‹ De la religion (volume 3)Chapitre 150 sur 152 · VOTES · texte numérisé non relu

VOTES

|)èchfi' (Je yciiiir en voyant un dos niembies les plus distin^niés de cette église reproduire, avec une sorte de fureur dont la France avait heureusement perdu l'habitude, des anathèmes puérils s'ils sont impuissants, et bien condamnables s'ils ont quelque force. On en croit à peine ses yeux, lorsqu'on lit au commencement du XIX^ siècle, que ceux qui n'admettent pas tel oiv tel dogme sont coupables, parce que, s^il ne dépend pas de la raison de comprendre , d dépend toujours de la volonté de croire ce qui est attesté par un témoignage d'une autorité suffisante (Essai sur l'indifférence en matière de religion, tome I, |)age Si/J); comme s'il dépendait de notre volonté d'accepter pour suffisant un témoignage qui ne suffirait pas à notre raison, et comme si la difficulté, éloignée d'un degré par ce sophisme, n'en demeurait pas moins insoluble. L'étonncmcnt redouble quand on voit un homme qui ne sort pas du sanctuaire des druides ou des souter-^ rains du saint-office, s'indigner Avl penchant abject que montra la réforme pour la mémoire de Socrate , d'Aristide ou de Caton [ih. I, 67); proclamer la tolérance un abîme où la religion va se perdre (ib. I, aaS); faire un crime à un défenseur éclairé du christianisme d'avoir sauvé sans difticnlté les déistes de bonne foi, dont la conduite est moralement bonne {ib. I, 223 ); enfh», dans un pays où plusieurs cultes existent simultanément sous la sanction des lois, proclamer qa aucune religion ne peut subsister qu'en repoussant toutes les autres ( ib. 1 , 225 ) , au risque de raUiuuer par ce principe les guerres religieuses, et de ramener dans sa patrie les calamités qui firent assassiner deux rois , et coûtèrent la vie à des milliers d'hommes. Et que celui qui a tracé ces lignes inconcevables ne s'excuse point en disant qu'en sa qualité de catholique, il ne damne personne ( ib. préf. xuu ) : son indignation contre le

a8o NOTES.

ministre protestant qui ne s'ingère point de dtimner ceux qui ne pensent point comme lui(^ib. II, xliii); son courroux à l'idée que, suivant les principes duprotestantisine , on ne pourrait exclure du salut, comme hérétiques, ni les juifs , ni les mahométans , ni les païens {ib. I , aSi) ; cette soif, en un mot, de distribuer autour de soi des peines éternelles ( ib. II , 262 ) , nous paraissent l'atteinte la plus directe portée à un culte de paix et d'amour. Se flatterait-on de seivir la religion en disant que Dieu a voué au glaive des nations entières ( ib. III, 4?) ? Prodiguer à une portion de citoyens que les lois protègent les malédictions et les insultes; dire que, « tel que ces grands « coupables dont parle l'antiquité, un peuple», dont un dixième au moins est aujourd'hui français, « a perdu l'in- « telligence ; que le crime a troublé sa raison ; qu'au mé-

t pris, à l'outrage, il oppose une stupide insensibilité

« qu'il se sent fait pour le châtiment; que la souffrance et " l'ignominie sont devenues sa nature ( ib. III, 57 ) ; que le « sang que ses ancêtres ont versé il y a deux cents ans est « encore sur hii » ; et, après l'avoir ainsi foulé aux pieds autant que le pouvait la parole , « le renvoyer à son sup- « plice (IV , 202 ) • , voilà , nous n'hésitons pas à le dire, ce qui n'est permis, ni par la religion, ni par la morale , ni par la politique, ni par la décence; et, diît-on nous prescrire le silence sur les ruines de notre intelligence écroulée {ib. II , io5 ) ; dût- on nous traiter A' esprits rebelles qui trouveront la loi de supplice , et auront éternellement le crime pour compagnon [ib. III, 60), nous ne nous en féliciterons que plus sincèrement de professer une croyance qui nous permet d'aimer tous les hommes, et d'espérer le salut de tous.

(29) Rien ne prouve mieux l'alliance naturelle de la

religion avec la liberté. Bossuet, par son caractère, était l'homme le plus despotique : toutes ses opinions favorisaient le pouvoir absolu. La politique de V Écriture-Sainte aurait mérité les honneurs de l'imprimerie impériale de Constantinople; mais, quand il censure le pouvoir au nom de la religion , on dirait un de ces premiers chrétiens , les plus fermes apôtres de l'égalité, et les plus intrépides adversaires de la tyrannie.

(3o) On pourrait appliquer à notre caractère moral ce qu'on raconte de la paresse physique des Turcs. On dit que le secrétaire d'un ambassadeur de France à Constantinople se promenait tous les jours pendant quelque temps dans son jardin; les Turcs voisins de cet ambassadeur le prièrent de pardonner à son secrétaire, et de ne pas lui imposer une pénitence aussi rigoureuse. Ils ne concevaient pas qu'on pût marcher pour rien et sans but.

(3i) M. de Chateaubriand lui-même, dont le talent n'est pas contestable, et qui est certainement le premier de nos écrivains, lorsqu'il peint la partie rêveuse et mélancolique du sentiment religieux , a cédé d'une manière plus bizarre que personne à cette manie d'utilité. Il fait valoir celle du christianisme pour la poésie, comme si un peuple cherchait dans sa croyance de quoi procurer une mythologie à ses versificateurs.

(32) Cette disposition dogmatique met obstacle même aux recherches qui ont pour objet de connaître les opinions, et d'approfondir les antiquités des autres pays. « Que « peut-on attendre» , dit avec raison l'un des plus ingénieux critiques de l'Allemagne (M. Pihode, Ueber Alter und Werlh einiger morgenlaendischei- TJrkunden ) , « que peut-

lS-2 NOTKS.

« on atreiulre de recherches douL le» auteurs comnienceul «par les mots suivants? Ou les onze premiers chapitres « de la Genèse sont vrais, ou notre religion est fausse. Or '< notre religion n'est pas fausse , donc les onze premiers « chapitres de la Genèse sont vrais. » Sir W. Jones Asiat. Research. I, 2^5. Il est au reste tel incrédule qui s'est servi dans le sens opposé d'arguments tout aussi peu concluants. Le sophisme est de tous les temps et de toutes les sectes.

(33) C'est en conséquence de ce système qu'à l'époque dont nous parlons l'Allemagne vit se multiplier les traités sur la condescendance de Dieu envers les hommes , sur la marche graduelle des révélations, sur l'éducation du genre humain, sur le christianisme enfin adapté aux besoins du temps. Pour donner une idée de la pensée dominante qui présidait à tous ces écrits, nous rapporterons les raisonnements de ces théologiens sur les miracles.

« Les miracles , disaient-ils , soit qu'ils aient été des « choses surnaturelles ou seulement des phénomènes na- « turcls , mais dont la cause était inconnue aux hommes « ignorants qui les contemplaient, les miracles ont été des « preuves valables et nécessaires dans le temps où ils ont « eu lieu. L'espèce humaine était trop peu éclairée pour « être convaincue par des arguments ; il lui fallait des « preuves plus frappantes et plus courtes. Il nous en faut «aujourd'hui d'tui autre genre. C'est par la logique, la « morale, le sentiment du beau et de l'honnête qu'on peut « nous convaincre. Les miracles ne doivent pas être con- « testés, mais écartés. « Ils en disaient autant des mystères et des prophéties.

Un fait remarquable, c'est que la même idée s'était présentée à un Anglais lui siècle plus tôt. Il avait avancé qu'on

pouvait calculer la durée d'une relii,non d'après la diminution graduelle de son analogie avec les opinions et les intérêts contemporains. John Craigs, Thcologiœ christianœ principia mathematica. Ijonà. 1689 , in-4", Leip. i755, Mais l'esprit dogmaticpie des Anglais avait repoussé, comme impie, cette hypothèse; elle a pris, au contraire, en Allemagne un caractère éminemment religieux. « Comme éta- « blissement extérieur, dit un de ses défenseurs en 1812, « le christianisme est soumis avec le temps à des modifications et des changements inévitables, mais le fond de la doctrine n'a rien à redouter de ces changements. Elle « en paraîtra au contraire plus sublime et plus divine. « Quelque forme qu'elle revête, les idées fondamentales « et éternellement vraies de cette religion, seront toujours « plus clairement exprimées. Les formes du judaïsme ont n survécu à son esprit au bout de deux mille ans. L'esprit « du christianisme survivra à ses formes, en en prenant « d'appropriées à chaque situation intellectuelle et sociale « de l'espèce humaine. » Journ. littér. de Iéna, 3 septembre

Ce système se rapproche sous quelques rapports de la doctrine indienne sur les incarnations successives qui ont lieu toutes les fois que Dieu veut faire connaître aux hommes la vérité. Il est assez remarquable qu'on retrouve une idée analogue dans une hypothèse juive. Les Juifs attribuaient la même ame à Adam, à Abraham et à David, et croyaient que cette ame sera celle du Messie. (Bartholocci, Biblioth. Rabbin.) Ils prétendaient encore qu'il ne fallait point distinguer Élie de Phinès , fils du grand-prêtre Éléazar, et que le prophète qui a vécu parmi les hommes, tantôt sous le nom de Phinès, tantôt sous celui d'Élie , n'était point un homme, mais un ange toujours le même , qui s'incarnait pour donner ses conseils au peuple de

284 WOTKS.

Dieu. Orig. Tract. VII. — JEavivs Camart , De rébus gestis Eliœ.

(34) Considérer toutes les relij;ions comme des manifestations de la Divinité proportionnées aux lumières et aux mœurs des peuples, c'est établir entre la Providence et les hommes des rapports qui font de toutes les vertus et de toutes les connaissances humaines un sujet de gratitude et d'amour. Les Grecs ont été libres, éclairés, heureux. Les Romains, malgré leur soif de conquêtes, fruit d'abord de la nécessité, puis de l'habitude et de l'amour du pouvoir, et malgré l'atrocité trop fréquente de leur politique extérieure, nous offrent le tableau de l'homme perfectionné, de ses facultés, de son courage, de son patriotisme, de toutes les vertus mâles et grandes, portées audelà , peut-être, de ce qu'aujourd'hui nous pouvons concevoir. La religion qui avait tant d'influence sur ces deux peuples, et qui par conséquent a dû contribuer à leur perfectionnement , ne peut - elle pas être considérée comme un bienfait de la Providence ? Cette Providence à laquelle on devrait ces révélations successives, toujours plus pures et plus salutaires, ne se montre t-elle pas à nous sous des traits dignes de sa justice et de sa bonté ? N'est-il pas doux de voir cette bonté et cette justice veiller sur la liberté d'Athènes, sur le patriotisme de Sparte, sur le dévouement de Rome république; inspirer Socrate ; encourager Timoléon; appeler à elle Caton d'Utique ; armer Brulus; soutenir la fermeté de Sénèque?

(35) Ce n'est pas sans une satisfaction véritable que nous annonçons que l'ensemble de ce nouveau système allemand sera bientôt mis sous les yeux du public français

par un jeune écrivain , qui réunit aux plus vastes connaissances une sagacité rare, une bonne foi plus rare encore, et une impartialité dont notre littérature offre peu d'exemples. M. Guignaud fera bientôt paraître une traduction de la Symbolique de Creutzer, ouvrage qui a commandé l'attention de toute l'Europe savante , mais qui a le défaut de manquer, dans l'original , de cette mé^ thode et de cette clarté dont la France seule éprouve le besoin et apprécie le mérite. Le traducteur a remédié à ce grave inconvénient, en refondant ce livre, et en replaçant les idées importantes dont il est semé dans leur ordre naturel. Ce que le j)lan de notre ouvrage et ses bornes nous interdisaient de développer recevra, par le travail ile M. Guignaud, des développements inattendus; et bien (|ue ses opinions et nos doutes se trouvent quelquefois en opposition, nous pensons que souvent il aura, sans le vouloir, fortifié de preuves incontestables les vérités que nous avons tâché d'établir. Dans tous les cas, le travail de M. Guignaud aura l'immense utilité d'ouvrir aux amis de la pensée et aux admirateurs de l'antiquité une carrière tout-à-fait nouvelle , et d'agrandir la sphère des idées sur les religions anciennes, sphère beaucoup trop rétrécie par les érudits du siècle dernier , et dont le grand travail de Dupuis nous a fait prendre , depuis vingt ans,' une petite partie pour le tout.

(36) Nous avons tâché de définir le sentiment religieux dans un chapitre précédent. Mais pendant l'impression de cet ouvrage, le premier des poètes anglais en a donné une définition tellement d'accord avec la nôtre, que nous ne pouvons nous empêcher de la rapporter ici.

How often we forget ail time , when loue , Admiring nature's universal throne,

•iSÔ NOTES.

Her woods , her wilds , her waters , the intenses

Reply of hers to oui- intelligence!

Live not the stars and mountains? Are the waves

Without a spirit? Are the drooping caves

Without a feeling in their silcnt tears ?

T\o , no. They woo and clasp us to their sphères,

Dissolve this clog and clod of clay before

Its hour , and merge our soûl in the greatshore,

Strip off this fond and false identity!

Who thinks of self , when gazing on the sky ?

Lord Byron's Island.

On nous assure que certains hommes accusent lord Byron d'athéisme et d'impiété. Il y a plus de religion dans ces douze vers que dans les écrits passés , présents et futurs de tous ces dénonciateurs mis ensemble.

('i'j) Les nymphes , dit Callimaque , découvrirent trois pierres mystérieuses qui servaient à dévoiler l'avenir. Elles les présentèrent à Minerve , qui les refusa, en disant qu'elles convenaient mieux à Apollon.

(38) Il y a de certaines idées qui sont justes aussi long-temps qu'elles restent dans la sphère qui leur est propre, parce que l'esprit humain y arrive par les connaissances qu'il acquiert dans cette sphère elle-même. Telles sont les idées du temps , de l'espace, de l'étendue : telle est encore celle de cause et d'effet. Ces idées nous sont suggérées par l'observation des phénomènes , c'està-dire , des apparences qui frappent nos sens. Elles sont donc applicables, et indispensables pour diriger notre jugement dans la sphère de ces apparences. Mais le sentunent intérieur semble sortir de cette sphère; caries

NOTES. aSy

résultats de la logique stricte, tippliqiiée au sentiment intime , sont presqne toujours en opposition avec ce sentiment, bien que dans certains cas il soit tellement fort, que toute la rigueur du raisonnement ne peut triompher de sa résistance. Par exemple, l'idée de cause et d'effet, pour ce qui tient aux objets extérieurs et à nos relations avec ces objets, est le fondement de toute logique raisonnable. Mais si nous transportons cette idée de cause et d'effet à la nature del'ame, elle nous conduira directement et irrésistiblement à nier tout libre arbitre , c'est-à-dire qu'elle nous conduira à un résultat que notre sentiment intérieur, malgré tous nos efforts, ne saurait admettre. Or , si d'une manière de raisonner qui, sur certains objets, nous mène à des conclusions évidentes pour notre inlelligence , conformes à notre sentiment intérieur, et satisfaisantes pour notre esprit, il résulte, sur d'autres objets, des conséquences qui révoltent notre intelligence, contrarient notre sentiment intime , et loin de satisfaire notre esprit, lui font éprouver la douleur de ne pouvoir réfuter ce qui lui répugne, n'cst-il pas clair que cette manière de raisouner, convenable dans le premier cas, ne l'est pas dans le second ? Le catactère distinctif d'nn raisonnement juste, c'est de donner à l'homme le repos qui accompagne la conviction. Quand il ne lui procure pas ce repos, ce n'est pas toujours que le raisonnement soit faux en lui-même : ce peut être aussi qu'il est appliqué à des objets auxquels il ne doit pas être appliqué.

(39) » Un peuple qui perfectionne ses lois et ses arts, « est bien malheureux et bien à plaindre quand il ne peut .. perfectionner sa religion. » Paw, Recherches sur les Égyptiens et les Chinois , I , pag. 1 70. — Foy. sur le même sujet Herder, Phil. del'Hist., III, i38-i5o.

NOTKS.

(40) Ce ne serait pas la seule utilité de cette manière d'envisagei- la religion. Elle aurait encore l'avantage de rendre raison de beaucoup d'événements qui nous paraissent des effets du hasard , ou que nous attribuons à des causes partielles, tandis qu'ils sont le résultat nécessaire d'une inarche invariable. Ainsi quand nous verrions Cyrus et Bonaparte dans la même position , conquérants tous deux d'un antique royaume, dont les institutions politiques aussi-bien que religieuses étaient en hostilité contre leur puissance , nous concevrions pourquoi l'un, par un concordat avec les mages, établit la religion de Zoroastre comme ime religion de cour , au milieu de la croyance grossière de ses Perses à demi sauvages, et pourquoi l'autre en agit à peu près de même envers le catholicisme, au milieu de l'incrédulité nationale.

Nous retrouverions dans la subite persécution des chrétiens, parle collègue de Galère, dans l'hésitation de cet empereur, dans le zèle de ses courtisans, dans la fureur des prêtres de l'ancien culte, beaucoup de traits caractéristiques de la révocation de l'édit de Nantes. Nous apprendrions que Julien n'est pas resté sans imitateurs. Les temps modernes s'éclaireraient par les temps passés , comme ceux-ci par les temps modernes.

(41) Voy. The Periplus of NearcUus , by D. Vincent, Lond. 1798, et la traduction française de cet ouvrage. — NiEBUHR, Descr. de l'Arab., et Marco Paolo.

(4a) Agatharch. de Rubr. mar. in Geogr. min. Hudson. I , pag. 37 et suiv.

(43) Bruce, Voy. en Abyss. II, SSg; III, 4oi-

iVOTES. 289

(44) Diodore, I.

(45) Fréret, Mém. sur les Gaulois, Acad. des Inscript., XXIV, pag. 389.

(46) A la fête de Bhavani aux Indes, le premier du mois de mai, les Indiens, et principalement les bergers, élèvent des Mais, qu'ils ornent de fleurs. La môme cérémonie avait lieu le même jour, par des hommes de la même profession, chez plusieurs nations du Nord et de l'Occident. Le ridicule usage du poisson d'avril se pratique aux Indes comme en Europe , le premier avril , aux fêtes nommées Huli. (Rech. asiat. III, 333.) Les renards de Samson se retrouvent dans une fête de Carséoles , ville du Latium. (Ovin. Fast. IV, 681-712. ) Il y a beaucoup d'analogie entre la vache rousse desFordicules et la vache rousse des Hébreux. Il n'y en a guère moins entre les ruses de Vichnou, pour obtenir le breuvage nommé Amrita, qui procurait l'immortalité, et celles d'Odin, pour s'emparer de l'hydromel qui éclaire les sages et inspire les poètes. Cette ressemblance dans les détails s'étend des cérémonies aux traditions. Chez les Germains , Mannus , fils de Tuiston, avait eu trois fils, auteurs des principales nations germaniques. Les Scythes parlaient de trois fils de Targytaûs leur fondateur. (Hérod. IV, 6 et 10.) Polyphème et Galatée avaient donné le jour à Celtus, à lUyricus et à Gallus. Saturne avait eu Jupiter, Neptune et Pluton. Le Ciel et la Terre avaient engendré Cottus, Briarée et Gygès. On connaît les trois enfants de Noé. Mais ce qui est bien plus remarquable encore , c'est la parfaite conformité de la fable romaine d'Anna Perenna , et des fables indiennes sur la déesse de l'abondance , non^mée Anna Purna Devi. Ovide dit qu'on regardait

/. IQ

Anna Perenna tantôt comme la lune, et Anna Purna porte un croissant ; tantôt comme Thémis , et Anna Purna est l'épouse du dieu de la justice, Vrichna Iswara; d'autres fois comme lo, et Anna Purna est représentée sous la forme d'une vache; ou comme Amalthée, nourrice de Jupiter , et Anna Purna , assise sur un trône , donne des aliments au jeime Schiven , qui tend la main pour les recevoir. Enfin, la tradition même d'Anna Perenna, vieille femme, nourrissant les Romains sur le mont Sacré , s'applique à l'Anna Purna indienne, qui , suivant les Pouranas, nourrit miraculeusement Viasa Muni et ses dix mille pupilles, réduits à la famine par Schiven , irrité de ce que leur maître lui avait préféré Vichnou. (Comp. Ovin. Fast. III, 6.57-674, et Paterson, Mémoire sur la religion igdienrie. Rech. asiat. VIII. )

(47) Une erreur de ce genre, et même beaucoup plus grave , a diminué le mérite d'un ouvrage qui renferme de grandes beautés. On ne saurait trop regretter que M. de Chateaubriand ait commis, dans ses Martyrs, un anachronisme d'environ quatre mille ans. Il a présenté comme simultanées deux choses , dont l'une n'existait plus et l'autre pas encore. La première était le polythéisme d'Homère, et la seconde le catholicisme de nos jours. Certes, après Euripide, après Epicure, et presque en présence de Lucien , les vierges grecques ne demandaient pas an premier jeune homme qu'elles rencontraient : Ne seriez-vous pas un immortel? Et d'une autre part, il n'y avait encore chez les chrétiens, du temps d'Eudore et de Cymodocée, ni soumission habituelle au pouvoir sacerdotal , ni dogmes fixes , ni rien de ce qui caractérise , en plus d'un endroit, les discours de la vierge et du martyr. L'illustre auteur de ce poëme a de plus été entraîné, par cette erreur , à faire usage d'un genre de merveilleux tout contraire et bien

inférieur à celui qui ressortait naturellement de son sujet. Son enfer a tous les défauts de celui de Virgile, parce qu'on sent qu'il est écrit à une époque pareille , lorsque aucun des éléments de la description ne faisait partie d'aucune croyance. Le talent du style ne peut remédier à ce vice de la conception. Le paradis de M. de Chateaubriand, copie de l'Olympe , est également frappé d'une imperfection qui ne lui permet pas de lutter avec son modèle. Il a la diversité des couleurs de moins et la métaphysique de plus. La pureté au sein de la corruption , la certitude en présence des doutes universels, l'indépendance sous la tyrannie , le mépris des richesses au milieu de l'avidité, le respect pour la souffrance lorsqu'on voyait partout l'exemple de la cruauté indifférente et de la férocité dédaigneuse, le détachement d'un monde où le reste des hommes avait concentré tousses désirs, le dévouement quand tous étaient égoïstes, le courage quand tous étaient lâches, l'exaltation quand tous étaient vils; tel était le merveilleux qu'on pouvait faire descendre du ciel, et ce merveilleux placé dans l'ame des premiers fidèles , et renouvelant la face du monde, n'eût pas eu peut-être moins d'intérêt que des anges , pâles héritiers des dieux de riUade, traversant l'empyréecomme Vénus blessée par Diomède, ou Junon voulant tromper Jupiter.

Si cette critique et une observation placée dans une note antérieure paraissaient des attaques contre l'écrivain qu'elles concernent, nous nous croirions obligé d'expliquer notre pensée. Notre ouvrage prouve assez que nous n'adoptons point les opinions religieuses que M. de Chateaubriand a défendues , et sur bien d'autres questions nous sommes certainement d'avis très-opposés. Mais nous ne le confondons point toutefois avec les hommes qui ont embrassé , plus tard que lui , la cause que le premier il a

relevée. Quanti il a publié le Génie du Christianisme, la lice était ouverte à ses adversaires; le pouvoir superbe qui tenait tout l'univers à ses pieds, ne s'appuyait que sur sa force intrinsèque, et permettait la discussion sur tout ce qui ne touchait point à la politique. M. de Chateaubriand affrontait donc la critique dans toute sa liberté, ce qui est toujours la preuve d'un sentiment honorable de sa propre valeur. Ses successeurs arrivent sous d'autres auspices. Lors même qu'ils auraient, comme lui, le mérite du talent, ils n'auraient pas celui de combattre leiu\s ennemis à armes égales. Que serait-ce si par hasard ils lui étaient immensément inférieurs sous le premier rapport? s'ils n'avaient pour éloquence que de l'emportement, pour originalité que de ha bizarrerie, et pour bravoure que la certitude qu'on ne peut leur rendre les coups qu'ils portent ? Entre eux et M. de Chateaubriand, il y a la même différence qu'entre un chevalier dans un tournois , n'ayant pour lui que son adresse et sa force, et des inquisiteurs du saint-office, ayant avec eux leurs sbires et leurs familiers.

(48) Pour donner une idée de l'excès auquel cette méthode fautive a été portée, nous indiquerons l'auteur de l'Essai sur la religion des Grecs. Quand au milieu d'un grand étalage d'érudition il veut nous parler de l'enfer d'Homère, il nous renvoie à une note, et dans cette note nous trouvons des vers de Virgile; une autre note nous rapporte des passages de Proclus et de Jambhque. Il est vrai que quelquefois parmi ces autorités nous rencontrons aussi Racine et Boileau.

Ce que M. Leclerc de Septchéncs a fait pour la religion des Grecs , d'autres écrivains l'ont fait pour celle des Perses; ils ont invoqué, comme des garants dignes de

JVOTES. 29 J

toute confiance, non-seulement Plutarque, mais Porphyre, dont on connaît l'enthousiasme et le dévouement au platonisme nouveau; Etibule, contemporain de Porphyre, non moins inexact, mais bien moins savant que lui; Eusèbe, homme érudit, mais d'une crédulité puérile; Dion Chrysostôme , esprit imbu de toutes les subtilités d'Alexandrie; Eudème, enfin, dont le siècle même nous est inconnu , et que soupçonnait déjà d'imposture le compilateur qui nous en a conservé quelques fragments. (V. Ex.cerpta ex Damascii libro de principiis, pag. aSg.) Ils n'ont pas considéré que ces liommes écrivaient, pour la plupart, près de six cents ans après la chute de l'empire de Darius, lorsque le polythéisme grec et la philosophie grecque , la théurgie éclectique, le judaïsme et le christianisme, avec toutes les superstitions qu'entraînent à leur suite les bouleversements politiques, le mélange des peuples , l'asservissement, l'épouvante et le malheur, avaient pénétre dans la i-eligion des Perses.

Personne, au reste, n'a poussé l'absence de toute critique et la confusion de tons les auteurs à un degré plus haut que M. de la Mennais , dans le troisième volume de son Essai sur l'indifférence en matière de religion. Il cite indistinctement, pour prouver ce qu'il nomme la religion primitive, Pythagore, Épicharme, Thaïes, Eschyle , Platon , Sanchoniaton , Diodore , Pausanias , Jamblique , Clément d'Alexandrie, Maxime de Tyr, Cicéron , Plutarque, Anaxagore, Lactance, Archélaiis, Porphyre, Sénèque , Épictète, P.roclus, etc. Il saisit au hasard quelques expressions dechacun d'eux, pour en conclure qu'ils ont professé la même doctrine. Le sceptique Euripide, qui fait d'ailleurs , comme tout auteur tragique, dire à ses personnages le pour et le contre, lui paraît un garant non moins respectable que le religieux Sophocle. Le crédule Hérodote est appelé en témoignage avec l'incrédule Lucien. L'au-

teur se piévîiut d'un mot d'Aristote pour le présenter comme ayant professé le théisme et l'immortalité de l'ame à notre manière, tandis que le dieu d'Aristote, dépouillé de toute vertu, de toute qualité, de toute relation avec jes hommes , est une abstraction dont aucune religion ne peut s'emparer, et que, suivant le mémo philosophe, l'ame, après la mort, sans mémoire, sans conscience, sans sentiment d'individualité , est une autre abstraction que ne peuvent atteindre ni les châtiments, ni les récompenses. M. de la Mennais en agit de la même manière avec Xénophane, le panthéiste le plus audacieux qui ait existé, et qui, ne reconnaissant qu'une substance unique et immobile , le monde, ne mérite certes pas le nom de théiste pour avoir appelé Dieu cette substance qui, disaitil, avait toujours subsisté et subsisterait toujours dans le même état. Pline l'ancien qui, dès le commencement de son ouvrage, déclare que l'univers seul est Dieu , est invoqué pour attester la permanence de la révélation faite à nos premiers pères. Sanchoniaton , nom générique, annexé, on ne sait pourquoi, à des ouvrages évidemment supposés, les vers dorés du prétendu Pythagore, les hymnes si peu antiques du fabuleux Orphée, tout est bon à M. de la Mennais, pourvu qu'on y trouve le mot ôeèç , auquel chaque philosophe et chaque poète attachait un sens différent. Il n'y a pas jusqu'à Horace luiTmême, Epicuri de grege porcus, parcus deorum cultor et infrequens, qui ne lui serve à proclamer l'immutabilité, l'antiquité, la pureté du théisme primitif.

Il ne valait vraiment pas la ])eine de nous dire qu'on avait découvert qu'aujourd'hui l'antiquité était peu connue, pour nous présenter comme instruction une compilation qui, s'il n'y avait en France des savants véritables, reporterait la science où elle était avant les premiers efforts de la critique naissante.

NOTES. igù

(49) C'est là ce qui a trompé nos savants. Theologia physica prima veteribus innotuit, dit Villoison, dans Sainte- Croix, des Mystères, pag. 235, deinde apud solos remansit dodos et philosophas ac inysteriorurn antistites. Il y a là une vérité et une erreur. Il est vrai que la théologie physico-mystérieuse prit naissance d'assez bonne heure dans les pays où le sacerdoce exerça beaucoup d'influence; mais il est faux qu'elle ait d'abord été la religion populaire , et qu elle soit ensuite devenue une doctrine secrète réservée aux philosophes et aux initiés. Elle a commencé par être secrète , et s'est répandue ensuite peu à peu , malgré les prêtres.

(50) Indépendamment même de l'intention, les écrivains qui traitent des époques grossières des religions, sont toujours d'une époque plus avancée; ce qui fait qu'ils confondent toujours les opinions de leur temps avec celles qu'ils veulent décrire.

(5i) Il paraît, dit le traducteur anglais du Bhaguat-Gîta, que le principal but des dialogues qui composent cet ouvrage , fut de réunir toirs les cultes existants à l'époque où ces dialogues furent écrits (ils sont supposés l'avoir été il y a environ cinq mille ans), et de renverser les dogmes prescrits par les Védes , en établissant la doctrine de l'unité de Dieu (ceci n'est pas exact; le Bhaguat-Gîta établit le panthéisme et non le théisme), en opposition avec les sacrifices idolâtres et le culte des images. (Préf. du Bhag.-Gît. pag. 20). Dans ce passage, le traducteur anglais reconnaît clairement une religion antérieure et plus grossière. Cependant, par une suite du préjugé reçu, il dit ailleurs qu'en traduisant le Bhaguat-Gîta, son intention a été moins de faire connaître les superstitions actuelles que la religion primitive des Indiens.

(52) Dialogue intitulé Asclépius.

(53) Indépendamment de la marche naturelle des idées, les événements modifient les religions , et alors les prêtres de ces religions, ne voulant pas reconnaître que leurs doctrines ont cédé à une force extérieure et purement humaine, attribuent aux modifications qu'elles ont subies une antériorité chimérique. Ainsi , la religion égyptienne se divise évidemment en plusieurs époques. L'ancienne l'eligion de ce pays éprouva plusieurs altérations par l'invasion des Perses sous Cambyse. La religion qui était résultée du mélange de l'ancienne et des opinions persanes , se modifia encore sous Alexandre et ses successeurs , parce que les opinions grecques pénétrèrent alors en Egypte. Les prêtres égyptiens, en mêlant à leur culte les fables et les doctrines de leurs vainqueurs , s'efforcèrent de leur persuader qu'elles étaient originairement venues d'Egypte. (Brucker, Hist. phil. I, 281 , a82.)

(54) Plat, dans le Cratyle.

(55) Quand nous disons que le culte des astres fut toujours étranger aux Grecs , nous ne prétendons point qu'ils n'aient pas placé les astres parmi les divinités; m'ais nous prouverons, 1° que les astres déifiés par les Grecs n'ont occupé qu'un rang subalterne; et 2" que les divinités qui dirigeaient les astres dans la mythologie grecque avaient Tin caractère individuel, tout-à- fait distinct des fonctions qui leur étaient attribuées.

(56) Montrons, par un seul exemple, comment, à mesure que les écrivains sont plus modernes, ils prêtent un

INOTES. 297

sens plus raffiné à des coutumes et à des rites que les auteurs anciens expliquaient d'une manière fort simple. Hérodote et Plutarque racontent tous les deux que les prêtres égyptiens se rasaient le corps. Mais Hérodote assigne à cet usage une cause naturelle, un but de salubrité, dans un climat très-chaud. Plutarque y voit une idée mystérieuse. «Les Égyptiens agissaient ainsi, dit- il, « par-ce que les cheveux, les crins et la laine sont des « produits impurs que l'homme doit rejeter, pour arriver « par la pureté à la perfection. »

(57) Ce qui n'était , dit le traducteur de Warburton, que l'origine d'une sevde branche de l'idolâtrie, M. l'abbé Pluche en a voulu faire l'origine de toute idolâtrie. On peut en dire autant de presque tous ceux qui out écrit sur la reHgion , et de ceux même qui ont relevé ce défaut dans les autres. De la sorte, on a, pour ainsi dire, enté l'erreur sur l'erreur. Toutes les fables des religions sont susceptibles d'interprétations diverses, suivant qu'on les applique à l'histoire , à la cosmogonie , à la physique , ou à la métaphysique. La victoire des dieux sur Typhon était, par exemple , dans la doctrine secrète des prêtres égyptiens , tantôt le symbole de l'expulsion des rois bergers , tantôt celui du dessèchement de la basse Egypte. H est tout simple que le sacerdoce recoure à la langue religieuse pour ses récits comme pour ses enseignements et ses hypothèses : les explications coexistent sans se nuire; eUes ont toutes leur genre de vérité, mais elles sont toutes indifférentes quant à l'influence réelle des cultes.

(58) Lors même qu'on répandrait du doute sur la vérité historique des premiers événements de l'histoire romaine, il n'en demeurerait pas moins évident que l'impression

agB NOTES.

morale produite par la croyance a du êti'e en raison de cette croyance, et non du sens mystérieux ou de l'allusion scientifique dont le peuple n'anrait eu aucune connaissance. Si les Romains ont attaché à la commémoration de la chute des Tarqnins des idées de dévouement au gouvernement républicain, et de haine pour l'autorité d'un seul , il importe fort peu que quelques érudits ou antiquaires de Rome aient su que cette cérémonie avait aussi une signification astronomique, et que cette signification était la première et la seule réelle dans l'intention des fondateurs.

(59) Tacit. Ann. XIV, i5; XV, 33.

(60) XlPHILIN. 61.

(61) Monde primit. IV, 292.

(62) Ce que les érudits ont fait pour les explications scientifiques , les historiens n'ont pas manqué de le faire poiules explications historiques. Lévêque, qui a composé une Histoire de Russie, place dans la Tartarie la source de toutes les religions. Chacun veut que ce qu'il sait le mieux soit le principe de ce que les autres savent.

(63) Les explications exclusives des savants nous rappellent l'anecdote qu'on raconte sur l'auteur àH Acajou. Ayant vu des estampes destinées à un livre qu'il ne connaissait pas, il voulut les expliquer, et composa son roman. Il se trouva que ces estampes étaient préparées pour un ouvrage d'un tout autre génie ; mais le roman n'en resta pas moins.

(64) Cudworth aperçoit dans Mitbra le Dieu unique.

Mosheim , son commentateur, n'y démêle qu'un cliasseur avec SCS chiens déifiés.

(65) Il suffit de considérer la suite des assertions qui composent le système de Dupuis, tel que lui-même l'exj>ose , pour se convaincre de sa fausseté. « J'examine » , dit-il « ce qu'ont pensé de la divinité les hommes de tous « les siècles et de tous les pays. » Ce n'est donc pas seulement des philosophes et de leurs hypothèses qu'il parle, mais aussi du peuple et de sa croyance. « J'ai prouvé » , continue-t-il , « par les témoignages historiques de tous les « peuples du monde, par l'inspection de leurs monuments « religieux et politiques, parles divisions et distributions « de l'ordre sacré et de l'ordre social, enfin par l'autorité « des anciens philosophes , que c'est à l'univers et à ses « parties que, primitivement et le plus généralement, les « hommes ont attribué l'idée de la divinité. » Comme, chez presque toutes les nations, les prêtres étaient, dans l'origine , les seuls historiens, il n'est pas étonnant que les témoignages historiques aient placé au-dessus ou à côté de la religion vulgaire les doctrines raffinées des prêtres; et, de cela seul qu'ils ont été forcés de faire mention de cette religion vulgaire pour l'interpréter , il s'ensuit que cette religion vulgaire .était pour le peuple la seule religion. Les monuments religieux étant de même construits sous ia direction de celte caste , les allégories de la science devaient y occuper une plus grande place que dans le culte public. Quant à l'autorité des philosophes , il est assez simple que, retrouvant dans les symboles des prêtres des doctrines cosmogoniques analogues aux leurs, ils les aient fait valoir aux dépens des dogmes et des opinions populaires. Il s'ensuit que la métaphysique et la physique sacerdotales sont devenues la métaphysique et la physique

3oO NOTES.

philosophiques; mais nullement que la multitude n'ai( reconnu dans les idées religieuses que des abstractions perfectionnées. Or, si elle ne les a pas reconnues pour telles , elles n'ont pas été une religion primitive ou générale.-« L'histoire des dieux », poursuit Dupuis, «n'est autre « chose que celle de la nature; et, comme elle n'a point « d'autres aventures que ses phénomènes, les aventures « des dieux seront donc les phénomènes de la nature mis « en allégorie. » L'histoire des dieux n'est celle de la nature que pour les hommes qui ont étudié la nature. La foule ne l'étudié pas. L'histoire des dieux est pour cette fftule celle des impressions de détail qu'elle leçoit des objets extérieurs, combinées avec son besoin d'adorer quelque chose qui soit au-dessus d'elle ; les motifs qu'elle suppose à l'action de ces objets extérieurs, les passions qu'elle leur prête ont dû donner lieu à des fables sans aucun rapport avec les phénomènes de la nature, mais qu'on a ensuite interprétées de manière à les rattacher à ces phénomènes. « L'ancienne religion du monde >' , ajoute cet auteur, « est encore la moderne. » Rien n'est plus faux, si cette assertion s'applique à la partie morale, à l'influence réelle de la religion. On aurait beau prouver mille fois que tous les objets de l'adoration , depuis Osiris jusqu'à Jésus-Christ, n'ont, dans le langage des prêtres, été que le soleil , certes , l'influence qu'avait la religion sur les Égyptiens, et celle qu'a exercée le christianisme dans sa pureté, n'en demeureraient pas moins différentes; l'espèce humaine n'en aurait pas moins changé de destinée, et fait un pas immense, en passant du polythéisme égyptien, ou même du polythéisme grec, qui, comme on le verra, valait beaucoup mieux, à la conception du théisme , et d'un théisme fondé sur la justice et non sur la force , sur la bonté et non sur l'exigence, sur l'amour et non

NOTES. 3oi

sur la terreur. Dupuis reprend : « La lumière et les ténè- « bres qui sont dans un éternel contraste avec elle; la siic- " cession des jours et des nuits, l'ordre périodique des « saisons, et la marche de l'astre brillant qui en règle le « cours; celle de la lune, sa sœur et sa rivale; la nuit et « les feux innombrables qu'elle allume sur l'azur des cieux ; « la révolution ^es astres , plus ou moins longue sur notre « horizon, et la constance de cette durée dans les étoiles « fixes, sa variété dans les étoiles errantes ou les planètes; « leur marche directe ou rétrograde, leurs stations mo- « mentanées; les phases de la lune croissante, pleine, dé- « croissante, et dépouillée de toute lumière; le mouve- « ment progressif du soleil de bas en haut et de haut en << bas.... l'ordre successif du lever et du coucher des étoiles « fixes qui marquent les différents points de la marche du « soleil, tandis que les faces variées que prend la terre « marquent ici-bas les mêmes époques du mouvement anci nuel du soleil; la correspondance de celle-ci dans ses « formes avec les formes céleStes auxquelles s'unit « le soleil; les variations que subit cette même corres- « pondance durant une longue suite de siècles; la dé- « pendance passive dans laquelle la pdrtie sublunaire du « monde se trouve vis-à-vis de la partie supérieure à la « lune; enfin, la force éternelle qui agite toute la nature « d'un mouvement intérieur semblable à celui qui carac-

« térise la vie tous ces différents tableaux, exposés

« aux regards de l'homme, ont formé le grand et magni- « fique spectacle dont je l'environne au moment où il va

« se créer des dieux Il ne s'est point mépris sur la

« toute-puissance, sur la variété de ces causes partielles « qui composent la cause universelle. Pour le pirouver, «j'ai ouvert les livres où l'homme a, dès la plus haute « antiquité, consigné ses réflexions sur la nature; et j'ai

3o2 NOTES.

« fait voir qu'aucun de ces tableaux n'a été oublié. Donc, « c'est là ce qu'il a chanté; c'est là ce qu'il a adoré. » Nous avons cité ce lony passage, parce qu'il met dans toute son évidence l'erreur profonde de Dupuis. L'homme, dans l'enfance de l'état social , et dans l'ignorance où il est alors plongé , remarque sans doute la transition de la lumière aux ténèbres, la succession des jours et des nuits, l'ordre des saisons; mais assurément il n'a pas démêlé alors les révolutions des astres, leur marche directe ou rétrograde, leurs stations momentanées, la correspondance de la terre dans ses formes avec les formes célestes, et les variations que subit cette correspondance durant une longue suite de siècles. Ce dernier mot décèle toute la fausseté du système. Dupuis suppose l'homme environné de ce spectacle , éclairé par ces observations , qu'une longue suite de siècles a dû précéder, au moment où il va se créer des die^ix ! Ainsi, il serait resté sans idées religieuses durant tous les siècles antérieurs. Cette supposition se réfuie d'elle-même par les faits que nous avons sous les yeux. L'Ostiaque et l'Iroquois n'ont pas eu besoin d'être des savants et des astronomes pour se prosterner devant un fétiche ou un manitou. Dupuis se fonde sur les livres où l'homme a, dès la plus haute antiquité, consigné ses réflexions. Mais la religion , dans sa forme grossière, a précédé tous les livres. Ces découvertes en astronomie , ces observations du cours des astres , ces triomphes de l'intelligence humaine, c'est bien lace que l'homme a chanté; mais ce n'est point là ce que l'homme a adoré primitivement, c'est même ce que l'homme n'a jamais adoré : car ces phénomènes physiques , bien qu'ils aient pu être revêtus d'emblèmes religieux, n'ont jamais été l'objet de l'adoration. L'homme a pu adorer des êtres auteurs de ces phénomènes, mais auxquels il a toujours

NOTES. 3o3

prêté un caractère individnel, iiid<^pendant de leurs rapports avec les phénomènes de la nature. « Cette nature », poursuit Dupuis, « s'est toujours montrée aux hommes « comme l'être principe de tout, et qui n'a pas d'autre « cause que lui-même. » La natin-e ne s'est point montrée à la masse des hommes sous une forme tellement abstraite, tellement inintelligible, même pour des esprits fort exercés : cette notion n'a pénétré dans les têtes humaines qu'après des âges d'étude et de réflexion. « Les « hommes ont jugé de ce qui est par ce qu'ils voient et « par ce qu'ils sentent. >- Précisément; et c'est pour cela que leur religion s'est formée de conjectures sur les apparences extérieures, et non de découvertes qu'ils n'avaient point encore faites : elle s'est composée de sentiments naissant au fond de leur amc, et non de raisonnements , produit de longues méditations. « Les nations qu'il « nous plaît d'appeler sauvages en sont restées là. Que de « siècles il a falhi aux hommes pour y revenir; et com- « bien peu sont capables de recevoir cette sublime leçon ! » Si cette leçon est tellement sublime que si peu d'hommes soient capables de la recevoir, comment se fait-il que les nations sauvages y soient arrivées? car il a bien falhi y arriver pour y rester. Mais une phrase de Dupuis nous dévoile la source de son erreur. « L'empire des sens » , dit-il, « précède celui de la réflexion. Les notions puisées .< dans l'ordre physique ont existé durant bien plus de « siècles, et chez un bien plus grand nombre d'hommes, « que les abstractions métaphysiques postérieurement « imaginées. » Le vice est dans l'emploi du mot notions, quand il devait y avoir sensations. L'empire des sens est aussi étranger aux notions physiques qu'aux abstractions métaphysiques. Les unes sont de la science aussi bien que les autres; et la religion précède la science physique aussi bien que les hypothèses métaphysiques.

3o4 NOTES.

En réfutant l'idée fondamentale du système de Dupuis, nous croyons avoir réfuté celui de Volney. La base de ces deux systèmes est identique, et les vices des raisonnements sur lesquels ils reposent sont du même genre. Dupuis et Volney croient l'un et l'autre que l'essentiel est de prouver que telle fable a pris naissance dans une allégorie cosmogonique ou astronomique. La chose peut être bonne à savoir, mais ne nous apprend rien sur l'effet moral de la religion dans laquelle cette fable était ou est encore consacrée. Nous le demandons à nos lecteurs , quand même Volney aurait bien clairement démontré qu'Abraham n'est que le génie personnifié de l'astre Sirius , et que, dans le sacrifice d'Isaac, il devient la planète de Saturne (Nouvelles Recherches sur l'Histoire ancienne, tom. I, pag. 1 55-1 59), cela change-t-il rien aux rapports que la tradition de ce sacrifice établissait entre Jehovah et ses adorateurs? et, pour juger de l'influence de la religion juive , n'est-ce pas de ces rapports qu'il faut nous occuper? Quand le même écrivain nous parle du soin de l'auteur de la Genèse pour donner à son récit le caractère historique et moral convenable à son but [ib. pag. i58), il nous met sur la route ; mais comment se fait-il qu'il s'en détourne aussitôt ? N'en est-il pas de même des sept richis ou patriarches indiens {ib. pag. i55)? Qu'ils soient les génies des sept étoiles de la constellation de l'Ourse, réglant la marche des navigateurs et des laboureurs qui la contemplent, à la bonne heure; mais ne vaudrait-il pas la peine, pour apprécier la religion des Indes, de rechercher jusqu'à quel point l'exemple des richis, si étonnants par leur pénitence, a pu encourager l'esprit contemplatif des peuples de ces contrées , ou plutôt jusqu'à quel point cet esprit contemplatif, effet du climat, a favorisé l'invention ou l'adoption de fables pareilles? Enfin, lorsqu'il explique ce qu'il nomme la mythologie d'Adam et d'Eve

par les signes de l'Ourse et du Bouvier; lorsqu'il attribue au coucher héliaque de ces deux constellations la notion de la chute de l'homme et de la fécondité d'une vierge (Ruines, pag. 219), ne laisse-t-il pas de côté la portion la plus importante de ces traditions, celle qui se rattache aux idées d'une mauvaise nature ou d'une dégradation primitive dans la race humame , et aux notions de pureté et d'impureté, doctrine qui, de temps immémorial, a divisé l'Inde en castes; qui, plus tard, a peuplé les déserts de la Thébaïde et les couvents de l'Europe; et qui a fini par scinder le christianisme, et par amener toutes les révolutions que le monde a subies depuis plusieurs siècles? En critiquant ainsi librement un auteur célèbre , nous ne méconnaissons point son mérite. Il a, plus clairement que personne, et d'une manière éminemment ingénieuse, appliqué les calculs astronomiques aux systèmes religieux de l'antiquité. Il a déployé, dans l'examen de plusieurs questions de détail, une sagacité admirable. Il a, par exemple, parfaitement décrit comment l'astrologie naît de l'observation des phénomènes célestes (Rech. nouv. sur l'Hist. anc. , I, 172); et dans l'occasion nous nous aiderons de ses lumières, en prouvant toutefois, à notre toui-, que par cela même que l'astronomie a produit l'astrologie, la religion a été tout autre chose que l'astronomie. Il a très-bien démontré encore que les corrections apportées à la première division des temps introduisirent dans les mythologies une complication qui donna lieu à beaucoup de fables uniformes chez les divers peuples [ibid. pag. 177). Il a de la sorte dissipé de nombreux nuages et semé sur sa route un grand nombre de vérités. Mais quand il termine ses recherches par réclamer pour une seule science le privilège d'avoir servi de base à la doctrine « qui, professée secrètement d'abord dans les mvs-

/. ao

3o6 NOTKS.

« tères d'Isis, de Cérès et de Mithra, a fini par envahir « toute la terre {ib. pag. 211) », il ne réfléchit pas que la doctrine qui a envahi toute la terre , c'est la partie morale de la religion. Les traditions scientifiques, allégoriques, cosmogoniques des cultes antérieurs ont pu s'y glisser; mais ces choses voilées , méconnues, reçues sans examen, transmises sans explication , n'ont modifié en rien son influence sur l'espèce humaine. Quand il prétend que le but de toutes les religions a été de tromper, d'égarer, d'asservir les peuples (Ruines, pag. 3^4 et sui v.), il calomnie la religion en haine des prêtres; et quand il conclut (\\\ il faut tracer une ligne de démarcation entre les objets vérifiables et ceux qui ne peuvent être vérifiés, séparer iV une barrière inviolable le monde fantastique du monde des réalités , et liattacher aux opinions religieuses aucune importance (ib. pag. 224), il propose ce qui ne s'est jamais fait, ce qui jamais ne pourra se faire , parce que les objets vérifiables seront toujours fort inférieurs aux objets qui ne peuvent être vérifiés, et parce que, le monde des réalités ne nous suffisant pas, notre imagination et notre ame s'élanceront toujours vers le monde qu'on dit fantastique.

(66) Warburton [Div. leg. ofMoses) assigne à la fable deux origines. Suivant la première, elle fut une invention des plus anciens sages , pour exprimer symboliquement leur sagesse mystérieuse; mais cette opinion implique, ou que ces sages sont tombés miraculeusement du ciel au milieu des peuples sauvages , ou qu'il n'a pas existé de religion avant que la civilisation ne fût arrivée à l'époque où elle produit des philosophes. La seconde conjecture , c'est que la fable n'est qu'une corruption de l'histoire ancienne : mais il faut supposer alors que pendant un assez long intervalle l'homme n'a point eu d'idées religieuses^

car, si la religion ne s'est formée que de faits historiques, elle a dû attendre, pour se former, non-seulement que ces faits fussent arrivés, mais eussent été défigurés par le laps des temps. Toutes ces hypothèses sont inadmissibles.

(67) Herod. II, 23.

(68) Hermann , Hand buch. der mythol. 7, vers, initium.

(69) Heyn. de Theogon, Hes. i4o. Com. Soc. Gœt. Les divinités supérieures de toutes les nations ont des rapports incontestables avec l'astronomie. Cette vérité se prouve par le nombre seul de ces divinités, nombre fixé à douze en Grèce et à Rome , aussi bien qu'en Egypte et en Chaldée. L'on verra néanmoins que rien n'est plus différent que les dieux des Grecs et des Romains de ceux de Meraphis et de Babylone.

(70) Je lis dans un poëme d'ailleurs très -bien fait et très-ingénieux , mais qui repose sur le système de Dupuis, le vers suivant, adressé aux Juifs :

Vous fêtiez le soleil et non pas Jéhovah.

Certes, si les Hébreux croyaient adorer Jéhovah, leur croyance constituait leur religion, et c'était bien réellement Jéhovah qu'ils adoraient.

(71) Lors même qu'on ne s'appliquerait qu'à découvrir le sens scientifique des religions anciennes , il serait encore indispensable de distinguer les époques successives des mythologies. Par exemple, des savants qui veulent tout rapporter à l'astronomie, et qui prétendent que le sens astronomique était le sens primitif, ont reconnu dans la fonction de conduire les âmes des morts aux enfers , fonction attribuée à Mercure, le Mercure Anubis, qui

3o8 NOTES.

descend dans les signes inférieurs cachés sous l'hémisphère. (Bayeux, Trad. des Fast. d'Ovide, V, pag. 6i6.) Mais la fonction de conduire aux enfers les âmes des morts n'a été attribuée à Mercure que dans une mythologie postérieure à la mythologie homérique. Il n'y en a pas de traces dans Homère , et probablement Mercure n'est devenu le conducteur des âmes qu'après l'introduction en Grèce des dogmes et des fables de l'Egypte. (Voyez, pour une explication ou une rectification nécessaire, relativement à l'Hermès conducteur des ombres, la note i de la page 408 de notre second volume. )

(72) Metam. VH, 536-552.

(73) Iliad. liv. I.

(74) Odyss. hv. I.

(75) Le reproche que nous adressons aux érudits modernes n'a pas été moins mérité par les anciens. Balbus , dans Cicéron (de Nat. Deor. II, 24), après avoir assigné pour l'une des causes de l'idolâtrie les apothéoses des hommes qui avaient civilisé leurs semblables et fait des découvertes utiles à l'espèce humaine , ajoute , que ce ne fut pas là l'unique source de l'idolâtrie ; mais que la théologie physique ayant dégénéré peu à peu par l'ignorance et le laps de temps , les hommes avaient oublié le sens des choses, adhéré à l'écorce, et pris l'ombre pour la réalité. Nouveau renversement de l'ordre des idées. L'ignorance déifia les objets physiques. La théologie physique ne vint que beaucoup plus tard. Tous les auteurs païens qui écrivaient lors de la décadence du polythéisme sont tombés dans la même erreur. (Voy. Varron et Scevola dans saint August. de Civit. Dei, IV, 27, et voy. aussi Den. d'Haï. II.)

(76) ViLLOisoN, ap. Sainte-Croix, 222, aaS.

(77) On remarque la même chose dans les Romains éclairés. Voy. pour preuve la foi que Tacite accorde au miracle qui engagea Corbulon à détruire Artaxata , capitale de l'Arménie. (Annal. XVI, ch. 4i.)

(78) Nous ne croyons pas avoir besoin de dire qu'il faut éviter aussi l'autre extrême. Le professeur Meiners , de Goëttingue, homme d'ailleurs instruit et judicieux, n'a voulu voir dans la religion que la partie la plus grossière. Il a poussé jusqu'au ridicule la manie de. reconnaître le fétichisme partout. Il cite , pour prouver que tel ou tel peuple est adonné à ce culte , la manière dont il pare les chevaux, les chameaux, et autres-bêtes de somme, dont il leur parle , etc. Avec cette logique, les muletiers d'Espagne seraient fétichistes. Cette erreur diminue beaucoup l'utilité et le mérite de ses recherches.

(79) Varr. ap. August. de Civ. Dei, VI, 6.

(80) Les érudits , en traitant de la religion , n'ont vu ni les prêtres , ni le peuple , mais seulement la science. Les incrédules n'ont vu que les prêtres en tant qu'imposteurs. Les croyants n'ont vu , dans toute autre religion que la leur, que la fourberie ou le diable. Personne n'a voulu voir dans toutes les croyances le cœur humain et la nature de l'homme.

(81) « Pàen ne s'établit sans un principe pris dans la « nature, même ce qui devient ensuite contre nature », observe avec beaucoup de raison un auteur allemand, (Wagner, Mythologie, pag. 77.))

3lO NOTES.

(82) L'idée, ou plutôt le sentiment de la Divinité, a existé dans tous les temps. Mais sa conception a été subordonnée à tout ce qui coexistait à chaque époque. Plus l'état de l'homme a été grossier et simple, plus les notions de la Divinité ont été bornées et étroites. L'homme n'avait pas la possibilité d'en concevoir d'autres. A mesure que les temps ont avancé, ses conceptions se sont ennoblies et agrandies. La religion , dans son essence, n'est liée à aucun temps , et ne consiste point en traditions transmises d'âge en âge. En conséquence , elle n'est point assujettie à des l)ornes fixes, imposées aux générations qui se succèdent, d'une iîianière littérale et immuable. Elle marche, au contraire, avec le temps et les hommes. Chaque époque a eu ses prophètes et ses inspirés, mais chacun parlait le langage de l'époque. Il n'y a donc dans la religion, comme dans l'idée de la Divinité, rien d'historique , quant au fond; mais tout est historique daiis les développements.

(83) Pour réunir les traits qui devaient composer la ■peinture des mœurs des Sauvages, nous avons consulté

de préférence les voyageurs les plus anciens. Chaque jour les tribus sauvages disparaissent de la terre. Les restes des hordes à demi détruites éprouvent, malgré leur répugnance, les effets du voisinage des Européens. Leurs pratiques s'adoucissent, leurs traditions s'effacent, et les voyageurs modernes retrouvent à peine quelques vestiges de ce que leurs prédécesseurs avaient raconté.

(84) Livre I.

(85) Livre L

(86) Un Sauvage qui , pour la première fois , voyait une

NOTES. 3ll

lettre, et qui était témoin de l'impression produite par la nouvelle qu'elle avait transmise, la regarda comme un être indiscret et perfide qui avait révélé quelque impoi-tant secret.

(87) On verra tout à l'heure, et dans ce chapitre même , qu'il y a bien autre chose dans le culte du Sauvage que l'adoration des objets que nous allons indiquer; mais nous avons dû commencer par cette indication, parce que les hommages rendus à ces objets, forment, pour ainsi dire, l'extérieur ou le matériel du culte. Il est donc certain que les Sauvages américains choisissent pour fétiches les objets qui s'offrent à eux en rêve. (Chari.evoix , Journ. , pag. 243.Lettr. édif. VI, 174.) Les Malabares des tribus inférieures se font des dieux au gré du caprice du moment : un arbre, le premier animal qu'ils aperçoivent, devient leur divinité. Les Tongouses plantent un piquet où bon leur semble, y étalent la peau d'un renard ou d'une zibeline , et disent : Voilà notre dieu. Les Sau\^ages du Canada se prosternent devant les déj¥)«iilles d'un castor. (Paw^, Recherches sur les Américains, I, 118.) Chez les Nègres de Bissao, chacun invente ou fabrique luimême sa divinité. (Hist. génér. des Voyag. , II, 104). Il y a dans les déserts de la Laponie des pierres isolées qui ont une ressemblance grossière avec la forme humaine. Lorsque les Lapons passent à la portée de ces pierres , ils ne manquent jamais, encore aujourd'hui, de sacrifier quelques rennes , dont on trouve les cornes autour de ces pierres. ( Voy. d'Acerbi.)

On s'étonnera peut-être de ce que nous n'assignons pas à l'adoration du soleil et des astres une place à part dans le culte des Sauvages. C'est que, lorsque l'astrolâtrie est le culte dominant d'une tribu , sa religion prend une marche

01 l NOTES.

loute différente de celle qui est maintenant l'objet de nos recherches. Nous en traiterons dans le livre suivant , et nous ajournons jusqu'alors tout ce que nous avons à dire sur l'astrolâtrie. Quant aux sauvages pour qui le soleil et les astres ne sont des objets d'adoration que comme tous ceux qui les frappent, cette adoration ne modifie en rien le caractère de la religion dont elle devient partie. Presque tous les Sauvages américains rendent un culte au soleil (Allgemeine Geschichte der Voelker und Laender von America, I, 61-64), raais leur religion n'en est pas moins très-différente de celle des peuples chez qui l'astrolâtrie est en vigueur. Il en est de même du culte du feu. Quand ce culte n'est qu'un hommage isolé, tel que les Sauvages en rendent au premier animal , au premier arbre , rien n'est changé dans la religion. Ainsi , les hordes de la Sibérie et celles de l'Amérique septentrionale adorent le feu, tandis que les peuplades de l'Afrique sont toujours restées étrangères à cette adoration. (Meiners, Crit. gescir. I, 237.) Cependant aucune différence essentielle ne distingue la religion de la Sibérie ou des bords de l'Ohio de celle de la côté de Guinée. Quand le culte du feu tient au contraire à celui des éléments , c'est l'indice d'une tout autre forme religieuse, dont nous ne pourrons nous occuper que plus tard.

(88) (Heeren, Ideen ueber die Politik , den Verkehr und den Handel der vornehmstem Voelker der alten Welt.) Les Iroquois et les Delawares rapportent aux animaux l'espèce de civilisation à laquelle ils sont parvenus. Chacune de leurs tribus se distingue par le nom d'un animal, en mémoire de ce bienfait dont ils parlent encore avec reconnaissance. Les Moaseys racontent qu'au commencement ils habitaient dans le sein de la terre, sous un

NOTES. 3l3

lac. L'un d'eux découvrit une ouverture par laquelle il monta jusqu'à la surface. Un loup qui cherchait une proie tua un daim , que le Monsey prit avec lui dans son habitation souterraine. Charmée de cette nourriture inconnue, la tribu entière quitta sa demeure sombre pour s'établir dans un lieu où la lumière du ciel réjouissait ses regards, et où la chasse subvenait abondamment à sa subsistance. De là la vénération dont le loup est devenu l'objet chez eux, comme chez d'autres le serpent à sonnettes , qu'ils appellent leur grand-père. « Il est évident, » ajoute l'auteur auquel nous empruntons ces détails , « que les Indiens « se considéraient, dans les premiers temps, comme al- « liés en quelque sorte à certains animaux. Toute la nature « animée , à quelque degré que ce soit, est à leurs yeux « un grand tout, dont ils n'ont pas encore essayé de se « séparer. Ils n'excluent point les animaux du séjour des « esprits, où ils espèrent aller après leur mort. » (Histoire, mœurs et coutumes des nations indiennes qui habitaient autrefois la Pensylvanie et les états voisins, par J. Heckewelder, missionnaire morave, Paris, 1822, p. 897, 406.) L'opinion qu'il existe une sorte de parenté entre les animaux et les hommes est répandue dans toutes les îles des Indes occidentales et de la mer du Sud. (Hawresworth, Account of the voyages , etc. III, 758. Marsden Hist. of Sumatra, 257. Valentyn, oud en niew ostindien, II, iSg, 400.) Quelques tribus prétendent que parfois les femmes accouchent de crocodiles qu'on porte aussitôt dans quelque marais voisin , mais qu'on reconnaît toujours, et que les enfants de la famille traitent comme des frères. (Haw-

K.ESWORTH, ibid.)

(89) Herder, Ideen zur Philosophie der Geschichte, I.

(90) Ils donnent leurs morts à dévorer à des chiens.

3r4 NOTES.

(Steller, Beschreibung vom Kamtschatka , pag. 273.) Les Perses avaient une coutume semblable. N'aurait-elle pas dû son origine au même motif, au prix extrême que les aïeux des Perses, avant Cyrus , montagnards presque aussi sauvages que les Kamtschadales, avaient attaché à la possession d'un animal domestique ? Il arrive souvent que les motifs s'effacent, et que les usages se conservent.

(91) Quand nous traiterons de l'adoration des animaux chez les nations civilisées, les, Egyptiens, par exemple, nous démontrerons la futilité des explications données à ce culte par la plupart des écrivains anciens et modernes.

(92) Pline, Hist. nat. IX, 12.

(93) Indiquer toutes les causes qui fournissent à l'ignorance des objets d'adoration serait un travail fort superflu et sans terme. Les moindres circonstances y concourent , et rénumération serait infinie. Ceux qui trjrvaillent aux mines, en Irlande, croient à des génies qui travaillent avec eux. Ils les nomment AnocAen: Ils ne cessent de les entendre que lorsqu'eux-mêmes interrompent leur ouvrage. (Staeudlin, Magazin zur Religions Kunde, I, 5 18, 519.) Il est manifeste que c'est l'écho. Qui doute qu'une peuplade chez laquelle il n'y aurait point de culte institué ne fît de ces hnockers ses divinités? Il en arriverait autant aux montagnards écossais, qui, aujourd'hui encore, rendent une espèce de culte à un bon génie pour qu'il p^otége leurs troupeaux, et aux animaux carnassiers pour qu'ils les épargnent. (Pennant's Scotland, pag. 97.) Les Nègres de Juidah ont fait d'un grand serpent non venimeux et très-facile à apprivoiser leur principal fétiche , parce qu'un de ces serpents s'étant glissé dans leur camp

NOTES. 3l5

avant leur victoire sur une horde voisine, ils lui ont attribué cette victoire. ( Desmarchais , Voy. en Guinée, II, i33.) D'après une tradition du même genre, les Delawares rendaient une espèce de culte à la chouette. Dans une guerre qu'ils avaient eue à soutenir contre une nation puissante, ils s'étaient, disaient-ils, endormis dans leur camp, n'appréhendant aucun danger, lorsque la grande sentinelle du genre htimain, la chouette, sonna tout-àcoup l'alarme. Tous les oiseaux de son espèce répétèrent son cri qui semblait être : Debout ! debout ! Danger ! danger! Obéissant à cet appel, chacun saisit son arme, et, h leur grande surprise , ils virent que l'ennemi cherchait à les entourer, et qu'ils auraient tous été massacrés pendant leur sommeil, si la chouette ne les eût averlis à temps. ( Heckewelder , Mœurs des Indiens de Pensylvanie , pag. 339.)

(94) Lettr. édif. VI, 17/1.

(95) Roger, Pyrard, I, 276. Hamilton, Newr Account of the eastindies, 3io. Sonnerat, I, 47-

(96) Nous ne prétendons pas affirmer que , parmi les philosophies religieuses des Chinois, il n'y en ait aucune qui se rapproche du théisme. Une des plus fortes têtes, et l'un des savants les plus distingués que nous ayons en France, M. Abel Rémusat, paraît avoir découvert un système de platonisme chinois très-remarquable par ses conformités avec celui de la Grèce. N'ayant point une connaissance exacte de son mémoire, que nous n'avons pu nous procurer, nous ne saurions décider cette question. Dans l'impossibilité où est l'espèce humaine de rester inactive quartd l'incrédulité l'oppresse, et que le scepticisme

3l6 NOTES.

l'agite, il nous semble assez vraisemblable que, depuis long-temps en Chine, comme dans les dernières époques de la philosophie grecque , on s'est épuisé en tentatives pour remonter vers la croyance au moyen de l'abstraction; mais nous parlons de l'état constitué, et, pour ainsi dire, ostensible de la religion chinoise. La Chine, avec laquelle l'Europe acquiert chaque jour une ressemblance plus frappante, la Chine, gouvernée par la gazette impériale et par le bambou , a d'autant moins de conviction qu'elle a plus de formes, et doit avoir d'autant plus de superstition qu'elle a moins de conviction. Triste résultat du despotisme et d'une civilisation excessive, la Chine est, pour les nations européennes, ce qu'étaient les momies dans les festins de l'Egypte, l'image d'un avenir peut-être inévitable sur lequel on s'étourdit, mais vers lequel on marche à grands pas.

(97} Barrow, Travels in China, pag. 534. Au Tonquin, chaque bourgade adore un génie particulier, qu'elle représente, comme dans l'ancienne Egypte, sous la forme d'un chien, d'un serpent ou de toute autre bête. (L'abbé Richard , Voy. au Tonquin.) La théocratie des Hébreux ne les préserva pas toujours de toute trace de fétichisme. Il serait peut-être hasardé de vouloir reconnaître le culte des pierres dans l'adoration de la pierre Beth-el, consacrée par Jacob. Mais le serpent d'airain, que Moïse fit élever dans le désert, et auquel les Hébreux offraient de l'encens , est un vestige manifeste du culte des animaux. L'ordre ombrageux et sévère des lévites ne semble point s'en être effarouché. Les rois les plus attachés à la loi mosaïque , David , Josaphat , Jonatham , le tolérèrent. Ce ne fut que sous Ézéchias qu'il fut interdit.

(98) Nous avons donné le nom de fétiches aux divinités

NOTES. 3l7

d«s Sauvages , parce que cette désignation étant la plus habituelle, est par là même la plus intelligible de toutes. Du reste, on sait qu'elle est de l'invention des voyageurs européens , et empruntée d'un mot portugais. Le nom des fétiches varie chez les différentes peuplades qui professent ce culte. L'Ostiaque les appelle ses starryks, l'Iroquoisses manitous, etc. Cette nomenclature nous a 'paru inutile à conserver , l'idée exprimée différemment étant toujours la même.

(99) Asiatic researches, II, 187-193.

(100) Ibid. Nil, 196.

(loi) Vogel Versuch ueber die relig. der ^gypt. und Griech. p. loi. Lafiteau, Moeurs des Sauv. 1 , 870. Lettr. édif. VI, 171. Culte des dieux Fét. 58-59.

(102) Si nous pouvions ajouter une foi entière aux renseignements du père Labat sur la religion des Nègres , nous aurions une preuve bien frappante de la distance qu'ils metteint entre leurs fétiches et leur Dieu suprême. Il raconte qu'un Nègre auquel un missionnaire demandait comment sa tribu pouvait adorer un reptile nuisible comme le serpent , répondit que cette divinité n'était pas de son choix, mais de l'ordre du Dieu suprême. Le créateur, connaissant l'orgueil de l'homme, et voulant l'humilier, lui avait ordonné de se prosterner devant le plus vil et le plus rampant des animaux. S'il avait établi un homme comme l'objet de l'adoration de son espèce , celuici s'en serait enorgueilli , et la race humaine se serait crue égale à Dieu. L'idée que le serpent était l'objet que Dieu imposait aux hommages.des hommes les retenait dans l'hu-

milité, et leur faisait sentir leur dépendance. Il nous paraît difficile d'attribuer à des Sauvages des subtilités aussi détaillées ; et nous soupçonnons le missionnaire qui interrogeait le Nègre , ou d'avoir mal compris les réponses de son néophyte , ou de s'être plu à les embellir.

(io3) Cook/Forster, Wilson.

(104) ViDAURE, Hist. du Chili, pag. 119. Pour d'autres hordes sauvages, Pyrard, Voy. I, iSa.j et Forster, II, i4, Voy. round the world.

(io5) Lafiteau, Mœurs des Sauvages. Il est probable , au reste , que les missionnaires ont beaucoup développé cette idée chez les Sauvages, en leur parlant sans cesse du diable. Mayer, Myth. Lexic. II, 545.

(106) Cranz, Catéchisme des Groënlandais. Lindemann Gesch. der Meyn. III, 195. Le fait, d'ailleurs constaté, que les Sauvages rendent un culte plus asridu au mauvais qu'au bon principe, ne détruit point la vérité de nos assertions. Ils n'en espèrent pas moins qu'en définitive ce dernier sera vainqueur ; et leurs hommages au mauvais principe s'expliqueront dans un chapitre suivant par l'influence que leurs jongleurs exercent sur eux.

(107) La seule inspection des épilhètes qui accompagnent toujours les invocations au grand esprit prouve la suprématie qui lui est attribuée. Les Lapons l'appellent Ibmel, Jabmal, Radien-Atzhié , puissance souveraine, Père de tout. (Leems, Relig. des Lapons.) Les insulaires des Canaries le nomment le Dieu très-grand et très-bon, conservateur des êtres. Les Quojas, tribu de Nègres, lui reconnaissent

INOTKS. iig

un pouvoir sans bornes, l'omni-science et l'omni-présence; et il est à remarquer que les Nègres, qui recourent à leurs fétiches quand il s'agit de leurs passions , font intervenir le grand esprit, quand la morale est intéressée, toutes les fois, par exemple , qu'ils soupçonnent im menrtre ou un empoisonnement. Nous verrons pourtant tout à l'heure que la morale est naturellement étrangère au fétichisme.

(108) Quand les Sauvages de la Sibérie sont malades, ils jettent une poignée de tabac dans le feu, se prosternent, et s'écrient : Tiens: fume; et ne sois plus en colère.

(109) Voyez nommément sur les Gallois , ou pénitents d'amour, Sa.inte-Pa.laye, Mémoires sur l'ancienne chevalerie, II, 62.

(110) Les Sauvages de l'Amérique observent des jeûnes sévères et plus ou moins longs avant d'aller à la chasse ou à la guerre. Durant ces jeûnes, il leur est interdit de boire même une goutte d'eau. Ce que les Sauvages appellent jeûnes, dit Charlevoix, Journal, pag. ii5, c'est ne rien prendre du tout. Quand ils approchent de la puberté, ils jeûnent de même huit jours sans rien prendre. Idem^ 346. A la Guyane, les candidats pour la dignité de chef se refusent toute nourriture. Biet , Voy. dans la France équinox. III, ch. lo.

(m) Les habitants de la Guyane, de la Floride, et des îles de la mer du Sud , se mutilaient, se déchiraient le corps, s'arra' baient les doigts ou les dents, précisément comme les dévots indiens. (Saramlung der Reisen, XVI, p. 5o4. Dern. voy. de Cook.) Les femmes floridiennes se

frappaient avec des épines ou des fouets , et jetaient leur sang en l'air pour en faire hommage aux dieux. Les chefs n'étaient reconnus par leurs tribus qu'après des épreuves durant lesquelles chaque individu leur donnait un certain nombre de coups qui leur faisaient de profondes blessures. BiET, liv. I, ch. 20.

(112) Lafiteau, Mœurs des Sauvages, I, 174. Il est curieux de lire ce que dit à ce sujet le même auteur quelques pages plus loin; et le passage est assez important pour que nous croyions devoir le citer en entier. « Ils (les Sau- «vages) ont une grande opinion de la virginité. Le terme « qui signifie une vierge, dans la langue abenaquise, veut « dire celle qu'on respecte... Ils attribuent à la virginité et à «la chasteté certaines qualités et vertus particulières; et il « est certain que, si la continence leur paraît essentielle « pour donner du succès à ce que leurs superstitions leur « suggèrent, ils la garderont avec un très-grand scrupule, « et n'oseront la violer le moins du monde, de peur que « leurs jeûnes, et tout ce qu'ils pourraient faire d'ailleurs « ne fût absolument inutile par cette inobservation. Ils « sont persuadés que l'amour de cette vertu s'étend jus- « qu'au sentiment naturel des plantes , de sorte que, par- » miellés, ily en a qui ont un sentiment de pudeur, comme « si elles étaient animées ; et que , pour opérer dans les «remèdes, elles veulent être employées et mises en oeuvre « par des mains chastes , sans quoi elles n'auraient aucune « efficacité. Plusieurs m'ont dit souvent, au sujet de leurs « maladies , qu'ils savaient bien des secrets pour les guérir; fc mais qu'étant mariés , ils ne pouvaient plus s'en servir. » Ibid. p. ?>t\0.

(ii3) Projart, I, 167-170. ^^L,

(ii4) Chez plusieurs peuplades, aussitôt qu'on découvre chez une femme les signes de la gcpssesse , on la plonge dans la mer pour la purifier; et , durant la route , les jeunes gens des deux sexes l'insultent et la maltraitent. (Boss- MAN, Voy. en Guinée, p. aSo.) C'est, en quelque sorte, la virginité reprochant aux sens ce qu'ils ont d'impur. Chez les Giagues, espèce de tribu ou caste sacerdotale et la plus féroce des hordes nègres, les femmes qui accouchent dans le chilombo ( l'enceinte dans laquelle la horde est campée) sont punies de mort. Ailleurs, ce sont les pères qui se soumettent au châtiment qu'ils croient mérité. Les Caraïbes jeûnent et se déchirent les membres après la naissance de leurs enfants. { Dutertre, II , 371-373. La- FiTEAu,I, 256.) La même chose a lieu au Paraguay (Char- LEVOix ,1, 182 ) et à la Guyane, où les pères sont nonseulement fustigés, mais traités comme esclaves pendant un temps plus ou moins long. D'autres se font des blessures aux organes de la génération, même avant le mariage (Hist. of the Boucan. I, 241): c'est la punition précédant la faute. Les Salivas de l'Orénoque font à leurs nouveaunés des incisions tellement graves, que souvent ils en meurent. (GuMiLLA, I, i83.) On connaît la mutila^on que les Hottentots font éprouver aux leurs. (Beschryv. van de kaap van goede hope, I, 286. Levaillant, Deux. voy. en Afr. II, 290.) Le même motif suggère des tortures pour les jeunes filles qui approchent de la puberté. On leur met tout le corps en sang. ( BarIière , Descr. de la Guyane, 168. Lafiteau, Mœurs des Sauvages, I, 291. Thevet, Cosmogr. univers. II, 913. Lert, Hist. du Brésil . ch. 17.) La circoncision , qui a beaucoup d'affinité avec ces usages, ne dériverait-elle pas d'une idée analogue? Quelquefois les pratiques se sont modifiées de manière à ne plus rappeler le sens primitif. Ainsi, la coutume qu'avaient les

maris, chez certains peuples, de se mettre au lit quand leurs femmes accou/^iaient, coutume dont on retrouvait encore, des traces dans quelques provinces méridionales de France , vers le commencement du XVIII^ siècle ( La- FiTEAu, Mœurs des Sauvages, p. 5o), venait probablement de la même source, sans que ceux qui l'observaient s'en souvinssent. Il en est de même de l'usage qui prescrit aux nouveaux mariés, chez plusieurs tribus, de ne consommer le mariage qu'après un intervalle plus ou moins long. « Quoique les époux passent la nuit ensemble, c'est sans " préjudice de cet ancien usage : les parents de l'épouse y " veillent attentivement de leur part, et ils ont soin d'en- « tretenir un grand feu devant leur hutte, qui éclaii'e cou- « tinuellement leur conduite et qui puisse servir de garant « qu'il ne se passe rien contre l'ordre prescrit.... Un mari, « instruit par des missionnaires, n'ayant pas l'égard qu'il « devait avoir pour l'ancienne coutume, votdut se pré- '< valoir de l'exemple des Européens. L'épouse en fut si < outrée que, quoique ceux qui avaient fait le mariage '( eussent asse^ consulté son inclination, ils ne purent ja- '< mais l'obliger à revoir cet époux indiscret. Quelque re- « présentation qu'on put lui faire , elle ne se rendit point, « et l'on fut obligé de les séparer..... Parmi les Abenaquis, '( une femme qui se trouve enceinte avant la première '< année révolue, y devient un sujet d'étonnemcnt et de n scandale. » Lafiteau, Moeurs des Sauvages.

(i i5) Les Nègres vendent, jettent, brûlent ou noient les fétiches dont ils sont mécontents. (Bossmann, Reiso nach Guinea, ans dem Franzœsischen uebersetzt. p. 445.) Les Ostiaques, après une chasse malheureuse, les frappent de verges, et se réconcilient avec eux, dans l'espoir que cette punition les aura corrigés. (Voy, au Nord, VIII, /ji5.)Les

iVOTES. 39.3

habitants du Congo, affligés de la peste, brûlèrent tons les fétiches qu'ils avaient invoqués inutilement. (Projart, Hist. de Loango, etc. 3io.) Un voyageur vit un Lapon brûler ses fétiches, parce que ses rennes étaient stériles. (aig. ) tes habitants de la baie d'Hudson poursuivent leurs idoles à coups de fusil, quand ils croient avoir à s'en plaindre. ( Umfreville's présent state of Hudson's bay. ) Les peuples d'Ouéchib, dan's les îles Sandwich, supprimèrent leurs fêtes religieuses, parce qu'ils étaient en colère contre leurs divinités qui avaient laissé mourir leur roi. (Staeudlin Relig. Magaz.)

(i i6) Les Chinois, lorsque l'idole qu'ils invoquent n'exauce point leurs prières, fouettent ses statues, brisent ses autels , et la traduisent devant les tribunaux qvii la jugent. Si ces tribunaux la condamnent, elle est dégradée, et son culte aboli. Lecomte (Mém. sur les Chin. II, 128, 129) rapporte à ce sujet une anecdote assez l'emarquable. Un Chinois d'un rang distingué, alarmé pour sa fille dangereusement malade, ne se borna point à consulter tous les médecins qu'il put réunir ; mais il eut recours à tous les bonzes du voisinage , et mit en œuvre tous les moyens qui lui furent indiqués par eux, afin d'obtenir des dieux, et surtout de la divinité locale de son domicile, que la vie de sa fille fût prolongée. Les prêtres de cette divinité lui en donnèrent l'assurance formelle; mais, en dépit de tous les sacrifices, de toutes les prières et de tous les dons, la malade mourut. Irrité de se voir ainsi trompé dans ses espérances, le père voulut se venger d'une idole implacable ou impuissante. Il porta plainte devant le juge, et, en réparation de ce que cette idole avait accepté tous ses présents sans le secourir, il demanda que ses temples fussent abatUis, et ses prêtres condamnés au bannissc-

ment. L'affaire parut tellement grave au magistrat du lieu, qu'il crut devoir en référer au gouverneur de la ville , qui s'adressa lui-même au vice-roi. Celui-ci tenta d'abord d'apaiser le plaignant; mais ce père au désespoir refusa de retirer son accusation , et déclara qu'il s'exposerait plutôt à mourir que de ne pas obtenir la punition d'une divinité méchante et trompeuse. Cette obstination força le vice - roi à instruire le procès, et à renvoyer les parties devant le tribunal suprême de Pékin. Cette cour fit comparaître l'accusateur et l'accusé , c'est-à-dire le père et le dieu représenté par ses prêtres , et , après avoir entendu pendant plusieurs jours de longues plaidoiries , ordonna que le dieu serait banni de l'empire , que ses temples seraient rasés, et que ses ministres, les bonzes, subiraient à sa place un sévère châtiment. L'arrêt fut ponctuellement exécuté. Quelquefois aussi les tribunaux prennent l'initiative. Ils fixent un terme fatal durant lequel les dieux protecteurs des villes ou des provinces sont tenus de porter remède à la calamité dont elles souffrent, sous peine de destitution et de destruction de leurs temples. (DuHALDE, Descr. de la Chine, II, 38. }

(117) Les chrétiens du moyen âge , mécontents de l'un de leurs saints, lui annonçaient solennellement qu'ils renonçaient à son culte, le dépouillaient de ses ornements, et le jetaient dans la rivière. Une sécheresse extraordinaire pensa coûter à saint Pierre, vers le milieu du XVI''' siècle, sa dignité de saint. (Saint-Foix, Essais sur Paris, V, io3. ") Frézier, dans un voyage entrepris en 17 12, raconte que le capitaine de son vaisseau, ne pouvant obtenir un vent favorable, pendit au grand mât une image de la Vierge, et lui déclara qu'elle y resterait aussi long-temps que le vent serait contraire. (Frézier, Rela-

tion du voyage de la mer du Sud dans les années 17 12ï 714, p. 248. ) Qui le croirait ? les Napolitains, en 1793, à l'occasion des victoires des Français, firent condamner saint Janvier, par une espèce de procédure juridique, et ils le traitèrent de même en novembre 1804, pendant une éruption du Vésuve.

(118) BossMAN , Voy. en Guinée, p. 17g.

(119) Il est très-curieux de lire Brantôme sur le fétichisme de Louis XI: et, pour n'être pas soupçonnés de calomnier la royale mémoire du prince , nous rapporterons en original le texte de l'historien. « Entre plusieurs « bons tours de dissimulations, feintes, finesses et galan- « teries que fit ce bon roy en son teras , fut celuy lors « que, par gentille industrie, il fit mourir son frère, le duc n de Guyenne, quand il y pensoit le moins, et lui faisoit « le plus beau semblant de l'aimer, luy vivant , et le re- « gretter après sa mort : si bien que personne s'en aperçut, « qu'il eust fait faire le coup , sinon par le moyen de sou « fol, qui avoit été audit duc son frère, et il l'avoit retiré « avecque luy, car il étoit plaisant. Estant donc un jour en « ses bonnes prières et oraisons à Cléry, devant Notre- '< Dame qu'il appeloit sa bonne patronne, au grand autel , « et n'ayant personne auprès de luy, sinon ce fol , qui en « estoit un peu éloigné, et duquel il ne se doutoit qu'il fust « si fol , fat, sot, qu'il ne pust rien rapporter; il l'entendit « comme il disoit : Ah ! ma bonne dame , ma petite mais- '( tresse, ma grande amie, en qui j'ay toujours eu mon « réconfort ! je te prie[de supplier Dieu qu'il me pardonne « la mprt de mon frère, que j'ai fait empoisonner par ce « méchant abbé de Saint -Jean (notez, encore qu'il l'eust « bien servi en cela , il l'appeloit méchant ; aussi faut-il

326 INOÏES.

« appeler toujours telles gens de ce nom ). Je m'en conte fesse à toi comme à ma bonne patronne et maistresse : « mais aussi qu'eussé-je su faire ? Il ne me faisoit que trouât bler mon royaume : fays-moi doncques pardonner, ma « bonne dame, et je say ce que je te donneray (je pense « qu'il vouloit entendre quelques beaux présents , ainsi « qu'il étoit coutumier d'en faire tous les ans force grands « et beaux à l'église ). Le fol n'étoit point si recnlé ni dé- « pourvu de sens qu'il n'entendist et ne retinst fort bien « le tout : en sorte qu'il le redit en présence de tout le « monde à son disner et à d'autres, lui reprochant ladiste « affaire, et lui répétant souvent qu'il avoit fait mourir « son frère. Qui fust estonné } ce fnst le roy. Il ne fait pas « bou se fier à ces fols, qui quelques foys font des traits de « sages, et disent tout ce qu'ils savent, ou bien le devi- « nent par quelque instinct divin. Mais il ne le garda « guères ; car il passa le pas comme les autres , de peur <i qu'en réitérant, il eust scandalisé davantage.» Brantôme, Éloge de Charles VIII.

(120) Rœraers Nachrichten von der Kiiste Guinea, p. 16.

(i2i)Weber, veraendertesRusslandjII, 198. Les tribus qui habitent les frontières de la Russie ont mis au nombre de leurs dieux saint Nicolas. Lévêque, Excurs. sur le schamanisme, dans sa traduction de Thucydide, 111,292.

(122) HÉRODOTE, VI, io5.

(123) Le pape lui envoya le corporal sur quoy, dit Philippe de Commines , chantoit monseigneur Saint-Pierre. Il fit venir la sainte ampoule de Reims , et on lui apporta de Constantinople beaucoup de choses miraculeuses qui

étaient restées entre les mains du Grand Turc. Phii.. de CoMM. Faits et gestes du roi Louis XI.

( 1 24) Il n'y a pas jusqu'à la mort, à laquelle, entre autres calamités humaines, les Sauvages ne croient leurs fétiches exposés. Les Groenlandais disent que le plus puissant des leurs, Tornarsuk, peut être tué par l'impétuosité du vent, et que l'attouchement d'un chien le ferait mourir. ( Egede, Nachrichten von Groenland , g'i , 256.) Au reste, nos livres sacrés nous montrent .Tehovah se prêtant à la faiblesse des hommes , et se soumettant à leurs cérémonies. Lorsqu'il jure l'alliance qu'il conclut avec Abraham , il traverse les victimes immolées et séparées par la moitié , parce que cette formalité symbolique rendait chez les Juifs les serments plus obligatoires,

(i25) Nous n'avons pu présenter ici que les traits principaux et généi'aux de ce culte. Il y a , comme dans toutes les croyances , plusieurs gradations; nous ne saurions les détailler toules. Chaque forme et chaque époque des idées religieuses pourrait être l'objet en diminutif de l'histoire que nous essayons de tracer en grand.

(126) Cet aveu de son impuissance est d'autant plus remarquable dans le Sauvage, qu'il contraste avec l'esprit sauvage et barbare. V. Ajax dans Homère.

(127) Georgi Beschreibung einer Reise durch das Russiche Reich im Jahre 1772, p. 3i3. Marion, Voy. à la mer du Sud , p. 87. Dutertre , Hist. gén. des Antilles , II, 369-370. D'AcuGNA, Relation de la Rivière des Amazones, I, 216. Pallas Reisen, II, 683. Hogstrœm Beschreib. des schwed. Lapplauds. 201. Lettr. édif. VU, 8.

(128) Muller. Samml. Russ. Gesch. I, i5o. Voy. an Nord, VII, 337; Vm, 410.

(129) Les peuplades de pêcheurs adorent en commun un dieu de la pêche. Voy. au Nord, VIII, 414, 419-420. Celles de chasseurs, un dieu de la chasse. Gmelins Reisen, II, 2 14-21 5.

(i3o) WoLFF, Reise nach Ceylan, p. 176. Voyez pour d'autres peuplades de l'Inde , Asiat. Res. III , 3o.

(i3i) Loyer , Relation du Voy. duroy. d'Issiny, p. 253. Desmarchais , Voy. en Guinée, I, 160.

(1 32) Pallas, Reisen , 1 , 332. Ejusd. Mongol. Volkerseb. I, 220.

(i33) Voy. au Nord, VIII, 417. Qui pourrait ne pas gémir en réfléchissant que les Européens travaillaient naguère de tout le pouvoir de leur corruption et de leur logique pervertie à saper dans l'ame des Sauvages la sainteté des serments ! Voici ce que raconte un Européen , auteur de la scène hideuse qu'il décrit, et narrateur insouciant et presque satisfait de sa propre infamie. Un Nègre vint trouver ce misérable, alors facteur dans un établissement danois, sur les côtes de Guinée, et lui dit qu'il avait une jeune femme , au père de laquelle il avait juré, en présence d'un puissant fétiche, de ne jamais la vendre. Le marchand d'hommes lui suggéra l'expédient de se faire contraindre par la violence à fausser le serment qu'il avait prêté, ce qui apaiserait le fétiche qu'il avait pris à témoin. Le Nègre alla chercher l'infortunée qu'il voulait livrer, et le facteur Roëmer, l'auteur du récit, la

fit charger de chaînes. Aussitôt le mari poussa des cris lamentables, et des esclaves tombèrent sur lui à coups de massue. Soit qu'il voulût obtenir du fétiche offensé un pardon plus certain, soit que la conscience eût repris ses droits, il ne consentit à ratifier le marché qu'après avoir reçu des blessures graves. L'Européen lui reprocha cette résistance prolongée. Les fétiches, lui dit-il , ne sont pas si difficiles à satisfaire; et le sien lui aurait fait grâce à bien meilleur marché. Roemer , Nachrichten von Guinea. LiNDEMANN, Gcschichtc der Meinungen, etc. VI, p. 286. Telles étaient les leçons données par des hommes civilisés aux Sauvages , et par des chrétiens aux infidèles.

(i34) Cavazzi, Hist. de l'Ethiopie occidentale, I, 3o4. Il est tiiste de penser que beaucoup plus tard des papes ont raisonné comme raisonnent les Nègres.

(i35) Heckewelder, p. a83.

(i36) Journal fiir Land und See Reisen. Cinquième année, juin 1812.

(137) Oldendorp , Hist. des Missions, ï, 299-301. Dobritzhoffer de Abipon. II, 240.

(i38) Georgi Reise durch das Russich. Reich. 278-312,

(139) Lettr. édif. VIII, 335.

(140) Lettr. édif. IX , 101. Chari/ev. Hist. du Paraguay, II, 277, 278. IJUoa. Voy. dans l'Amer, mcrid. II, 182.

(141) Voy. au Nord, V, p. 33i.

33o NOTES.

(142) Dern. voy. de Cook, II, 164, i65. La fable d'Orphée et d'Eurydice se retrouve presque mot à mot chez les Sauvages du Canada. Un père ayant perdu son fils, et ne pouvant se consoler de sa mort, résolut d'aller le chercher au pays des araes avec quelques compagnons fidèles. Ils affrontèrent beaucoup de périls et supportèrent beaucoup de fatigues. La troupe aventureuse, réduite aux plus intrépides et aux plus vigoureux, arriva enfin à sa destination. Ils furent d'abord entourés d'une foule d'ombres d'animaux de toute espèce au service de leurs aïeux. Les sapins et les cèdres, dont les branches se renouvelaient sans cesse , étaient parés d'une verdure éternelle; et le soleil , descendant deux fois par jour sur cette terre, la ranimait de sa chaleur, et l'inondait de son éclat. Mais un géant terrible, roi de cette demeure des morts, menaça d'un prompt châtiment les profanes qui avaient franchi les bornes de son empire. Le père prosterné lui redemanda son fils, en étalant à ses yeux les présents destinés à le séduire. Le géant s'adoucit, et rendit au Sauvage l'ame réclamée avec tant d'instances. Celui-ci la rapportait dans une outre auprès du corps oii elle devait rentrer. Une femme, entraînée par une curiosité funeste, ouvrit l'outre fatale , et l'ame retourna dans le pays des ancêtres. Leclercq, Relat. de Gaspesie, p. 3i2.

(i4'i) Meiners Geschichte der Meinungen roher Voelker liber die Natur der Seele. Gœtt. Magaz. II, 744.

(144) Simple nature to bis hope bas given,

Behind the clojid topt hill , an humbler heaven , Sorae safer world, in depth of woods embraced Some happier Island in the wat'ry vs^aste.

Pope.

(145) Lev AILLANT, premier voy. en Afrique.

(146) RoEMERS , Nachricht von der Kiiste Giiinea, 86-87.

(147) GoiuEN, Hist. des îles Mar. p. 65-68.

(148) Çranz, Hist. du Groenland , liv. III.

(149) Lafiteau, Mœurs des Sauvag. II, 4^3.

(i5o) Culte des dieux fétiches, p. 72, trad. ail.

(i5i) Voy. d'Acerbi. Leems, de la Rel. des Lapons.

(iSa) Asiat. Research. II, 844. Les Arabes, avant Mahomet, laissaient mourir de faim sur la tombe de leurs amis un chameau destiné à devenir leur monture. Gibbon, ch. 5o.

(i53) Carver's travels through north America.

(i54) IsertsReise nach Guinea, 179-180. Desmarchais, Voy. en Guinée , 1 , 3 1 5 .

(i55) Charlevoix, Journal, p. 421.

(i56) Oldendorp Bcschreib. der Caraib. I, 317. CavAzzi, Hist. de l'Éthiop. occid. I, 896. Bernier, II, 11 3.

(157) Charlevoix, p. 352.

(i58) Charlevoix, p. 247. "

(iSg) Chez les montagnards du nord-est du Bengale, aux funérailles d'un homme distingué, on coupe la tête à un buffle, et on la brûle avec le corps. Le buffle devient la propriété du mort dans la vie future. Aux funérailles d'un Bonneah ou chef, c'est la tête d'un esclave qu'on coupe et qu'an brûle; et à celles d'un chef du premier rang, ses esclaves font des incursions hors de leurs montagnes, et saisissent quelque Indou de la plaine, qu'ils immolent de la même manière. As. Res. III, 28.

(160) Chez les Patagons , l'ame est l'image transparente de l'homme vivant ; et l'écho qui retentit <lu creux des rochers n'est autre chose que la réponse des âmes quand on les appelle. Les peuples même qui pensent qu'elles passent dans le corps des animaux, se les représentent sous une figure humaine, inconséquence de l'anthropomorphisme, qui en admet bien d'autres.

(161) Meiners Gesch. der Mein. roher Vœlker ueb. die Natur der Seele. Gœtt. Mag. II, 746.

(162) Roemers Nachr. von der Kiistc Guinea, p. 42. Snellgrave, Nouv. relat. de la Guinée, 218.

(i63) Un passage de l'Évangile nous donnerait à croire que , parmi ceux des Juifs qui ne rejetaient pas l'immortalité de l'ame , plusieurs supposaient sa résurrection dans l'état du corps. « Il vaut mieux, » y est -il dit, « que tu « renaisses à la vie éternelle boiteux, borgne, ou estro- '■ pié , que si tu allais en enfer avec tous tes membres. » Évang. selon saint Marc, IX, 43; selon saint Mathieu, XVIII, 3-9.

(164) Quand un Groëniandais riche a perdu son fils ou

sa fille, les femmes de la classe indigente chercheût à lui persuader que son ame a passé dans le corps d'un de leurs enfants , et l'engagent à en prendre soin.

(i65) MAYEBjMythol. Lexicon.

(166) Asiat. Res. IV, 32.

(167) Georgi Russ. Vœlker kunde, p. 383.

(168) Marin Y, Nouvelles des royaumes de Tunquin et <leLao, p. 395.

(169) DuTERTRE, Hist. gén. des Antilles, II, 372. Ro- CHEF. Hist. nat. et mor. des Antilles , II, cli. 4- Delaborde, Rel. des Caraïbes, Collection des voyages faits en Afrique et eh Amérique, p. i5.

(170) FoRSTER'sObserv. dur. a voy. round the World, 470. CoLLiNs', Account of New Southwales, I, 594-596.

(171) Rytschow, Orenburgische Topographie.

(172) Cavazzi, Relation historique de l'Ethiopie occidentale, I, 4o5.

(173) Charlevoix, Journal. Dutertre, il, 411. Ro- CHEFORT, II, ch. 24. Laborde, 37. Labat, Voy. III, l82>

(174) GoBiEN, Hist. des îles Marian.

(175) DoBRiTZHOFFER, Hist. dcs Abipous.

(176) Rien n'est plus curieux que de lire à ce sujet la

description de la fête des morts chez les Hiirons et les Iroquois. Après avoir décrit ce qu'a de repoussant le spectacle de ces morts déterrés ensemble tous les douze ans, et dont les uns sont des squelettes décharnés, d'autres des corps en dissolution récente, le P. Lafiteau continue ainsi : « Je ne sais ce qui doit frapper davantage , ou l'horreur « d'un coup d'œil si révoltant, ou la tendre pitié et l'affec- « tion de ces pauvres peuples envers leurs parents décé- « dés; car rien au monde n'est plus digne d'admiration « que le soin empressé avec lequel ils s'acquittent de ce « triste devoir de leur tendresse, ramassant jusqu'aux « moindres ossements, maniant ces cadavres, en séparant « les vers , les portant sur leurs épaules pendant plusieurs « journées de chemin , sans être rebutés du dégoût qu'ins- « pire une odeur insupportable , et sans laisser paraître « d'autre émotion que celle du regret d'avoir perdu des f< personnes qui leur étaient et qui leur sont encore chè- « res. » II, 449.

(177) Lafitkau , Mœurs des Sauvages , II, 433.

(178) Chez les Natchez , les chefs ont un certain nombre de personnes qui s'attachent volontairement à eux, et qu'on appelle leurs défoiiés. A la mort de ces chefs, ces dévoués accompagnent le corps au lieu des obsèques : on leur passe une corde autour du cou , et ils commencent une espèce de danse, durant laquelle deux hommes serrent cette corde toujours davantage, jusqu'à ce que les victimes expirent en s'efforçant encore de danser en mesure jusqu'au dernier soupir. (Lafiteau , Mœurs des Sauvages, II, 411.)

( 179) « Tous les travaux, toutes les sueurs, tout le corn-

« merce des Sauvages se rapportent presque uniquement « à faire honneur aux morts. Ils n'ont rien d'assez pré- « cieux pour cet effet. Ils prodiguent alors les robes de « castor, leur blé, leurs haches, leur porcelaine, en telle « quantité qu'on croirait qu'ils n'en font aucun cas, quoi- « que ce soient toutes les richesses du pays. On les voit « sQuvent nus pendant les rigueurs de l'hiver, tandis qu'ils n ont dans leurs caisses des fourrures et des étoffes qu'ils « destinent aux devoirs funéraires, chacun se faisant un « point d'honneur ou de religion d'être, dans ces occa- « sions, libéral jusqu'à la prodigalité.» Lafiteau , Mœurs des Sauvages, II, /ji4-

(180) V. Mallet, Introduction à l'Histoire du Danemarck, p. 71-72. Nous citons cet ouvi^age comme nous pourrions en citer bien d'autres. Les mêmes raisonnements fautifset vicieux se glissent partout, elles écrivains les plus graves se sont livrés sur cette matière aux suppositions les plus romanesques. Suivant Court de Gébelin, «les hommes du monde primitif ne sont point ces êtres méprisables ou stupides qui ne vivaient que d'eau et de glands et prenaient pour des divinités les pierres et les animaux les plus vils... S'ils méconnaissaient les discussions métaphysiques, s'ils n'avaient ni le temps ni le goût nécessaires pour s'y livrer, si la connaissance exacte des vérités les plus importantes leur rendait inutile toute discussion à cet égard, ils n'en admettaient pas moins une création et un seul maître de l'univers.... Long-temps les familles se réunirent ainsi dans le sein de la joie, de la paix, de la vérité , de la vertu. Insensiblement les sages disparurent ; les idées subhmes se brouillèrent, s'affaiblirent; les hymnes ne furent plus entendus. Les générations moins éclairées se souvinrent qu'on se rassemblait, et elles continuèrent de le faire;

qu'on exaltait les lieux sacrés, et elles les exaltèrent ; mais elles crurent qu'ouïes exaltait pour eux. Elles crurenty voir une vertu divine, et, bornant leurs idées grossières aux objets extérieurs, l'idolâtrie, la superstition prirent la place de la vérité rayonnante. Ainsi on honora les fontaines, les montagnes, les hauts lieux, les bocages, Mars ou le soleil, Diane ou la lune. On ne vit plus que la créature, oii tout aurait dû annoncer le créateur. >< Nous le demandons à tout homme de bon sens : comment les premiers hommes qui n'avaient ni le temps ni le goût de se livrer à des discussions métaphysiques , sont-ils arrivés à la notion métaphysique d'un seul maître de l'univers ? D'où leur est venue cette connaissance exacte des vérités les plus importantes , qui les dispensait de toute autre recherche? Remarquez que ce n'est point d'une manifestatioa surnaturelle de ces vérités que l'auteur entend parler; car il nous montre des familles vivant long-temps dans la joie , la paix , la vérité , la vertu. Il s'écarte donc des traditions sacrées , et ne peut les invoquer en faveur de son système. Il n'admet rien de miraculeux dans la manière dont ces vérités sont parvenues à l'homme , et alors nous sommes bien en droit de lui demander comment l'homme les a découvertes? Les a-t-il reçues des Sages qui ont disparu ? D'où sortaient ces Sages ? qui les avait éclairés ? par quel hasard étaient-ils seuls au-dessus de leur siècle ? qui leur avait donné ce privilège ? Pourquoi enfin ont-ils disparu ? Quand l'homme saisit une vérité , il est dans sa nature de la considérer sous toutes ses faces, de la suivre dans ses conséquences, de s'éclairer sur ce qu'il ignore, en partant de ce qu'il sait. D'où vient que les hommes du monde primitif onx. suivi la route opposée? Étrange hypothèse! Ils ont eu des Sages avant qu'aucune expérience leur eût fait connaître le monde qu'ils habitaient, les lois de ce

monde, l'enchaînement des causes et des effets, enfin <juahd ils étaient dénués de tout moyen d'acquérir les notions les plus simples ; et lorsque les expériences se sont accumulées, les sages se sont retirés. La vérité rayonnante s'est éclipsée, au moment où de toutes parts croissait la lumière; et le culte qu'on trouve trop abject pour l'homme ignorant, est devenu la religion unique des nations civilisées. C'est néanmoins ainsi qu'on a raisonné pendant cent ans. C'est ainsi qu'on s'est enivré de paroles , et qu'on a consacré à des édifices bâtis sur le sable un temps précieux et des recherches d'ailleurs laborieuses. Si nous avions besoin de réfuter sérieusement de pareilles chimères, nous nous servirions d'une comparaison que l'auteur même emploie dans l'un des morceaux que nous venons de citer. « Les arts » , dit-il , « sont fondés sur des principes « qui échappent à celui qui les exécute en simple manœuvre « et par routine, et sans lesquels on ne serait jamais par- « venu à les perfectionner. » Sans doute , mais le simple manœuvre a précédé l'artiste. La pratique a existé avant que les principes fussent découverts. On a construit les huttes avant les maisons, et dire que le polythéisme n'est qu'une dégénération du théisme, c'est dire que les cabanes sont une dégénération des palais.

(181) Hume, Natur. Hist. of Relig.

(182) Cette idée paraîtra bien subtile pour des sauvages. Il est certain cependant que toutes les fois qu'on leur demande s'ils rendent au grand Esprit un culte habituel, ils répondent qu'il est trop au-dessus d'eux et n'a pas besoin de leurs hommages. Il est à remarquer aussi que lorsqu'ils sollicitent des puissances invisibles une assistance ou une indulgence peu conformes aux règles de la justice,

ils ne s'adressent point au grand Esprit , mais à leurs fétiches. Louis XI , dans la prière que nous avons rapportée, invoquait Notre-Dame de Cléry; il espérait corrompre la sainte : il n'osait élever jusqu'à Dieu même ses moyens de corruption.

(i83) V. Sur les associations des prêtres dans l'Amérique septentrionale et méridionale, CarverTravels through north America, p. 272. Charlkvoix, Journal. Duter- TRE , Hist. génér. des Antilles, II, 367 , 368. Biet, voy. dans la France équinoxiale, IV, p. 386, 387. Lafiteau, Mœurs des Sauvages, pag. 336- 344- Chez beaucoup de hordes nègres , il y a un ordre de prêtres ou une école sacerdotale , désignée sous le nom de Belli. Il faut en être membre, pour exercer des fonctions quelconques. ( Hist. gén. de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique , IV, 65i.) M. Court de Gebelin a été frappé de l'analogie des initiations établies pour être admis dans cet ordre, avec celles qui se pratiquaient chez les Phéniciens. (Monde primitif, tome VIII.)

(i84)Lesnoaïds des Lapons sont instruits méthodiquement dans leur art ou leur métier. Voy. d'Acerbi.

(i85) Voy. au Nord, V, p. la. A la Guyane, l'apprentissage durait dix ans, et le jeiine, c'est-à-dire une diminution de nourriture poussée aussi loin que la force humaine pouvait le supporter, se prolongeait une année. Ce jeûne était accompagné de tortures de tout genre. (Lafiteau, Mœurs des Sauv. I, 33o. Biet, IV, ch. 12.) Chez les Abipons , celui qui voulait devenir prêtre se soumettait à une privation absolue d'aliments pendant plusieurs jours. (Dobrizhoffer, Hist. des Abipons , II,

5i5, 5i6.) Pour être admis dans l'ordre du Belli, dont nous avons parlé ci - dessus , le lécipiendaire se laissait découper le col et les épaules et enlever des lambeaux de chair.

(186) Cet instinct est le même partout. Rien de plus semblable à l'admission des candidats à la prêtrise chez les montagnards des Indes, que celle des jongleurs. (Asiat. Res. IV, 40-46.}

(187) Lafiteau, Mœurs des Sauv. I, Sgo-SgS.

(188) Les sorciers sont également punis de mort chez les Sauvages des montagnes de Rajamahall dans l'Inde. Mais ils peuvent racheter leur vie du consentement de la famille de l'ensorcelé. Asiat. Res. IV, 63. Au Congo, il suffit qu'un prêtre désigne quelqu'un pour sorcier : il est aussitôt tué par les assistants. Dans le royaume d'Issini , ils sont condamnés à être noyés.

(189) On peut remarquer encore dans nos missionnaires une grande répugnance à nier le surnaturel des opérations des jongleurs. «Plusieurs de nos Français», dit le P. Leclercq, «ont cru un peu trop facilement que ces jon- « gleries n'étaient que des bagatelles et un jeu d'enfant.... « Il est vrai que je n'ai pu y découvrir aucun pacte ex- « plicite ou implicite entre les jongleurs et le démon ; n mais je ne puis me persuader aussi que le diable ne n domine dans leurs tromperies... Car enfin il est difficile « de croire qu'un jongleur fasse naturellement paraître « les arbres tout en feu , qui brûlent visiblement sans se t consumer, et donne le coup de la mort aux Sauvages , « fussent-ils éloignés de quarante à cinquante lieues, lors-

34o NOTES.

« qu'il enfonce son couteau ou son épée dans la terre, et « qu'il en tire l'un ou l'autre tout plein de sang, disant «qu'un tel est mort, qui effectivement meurt et expire « dans le même moment qu'il prononce la sentence de « mort contre lui... et qu'avec le petit arc dont ils se ser- « vent , ils blessent et tuent quelquefois les enfants dans « le sein de leurs mères, quand ils décochent leurs flèches « dessus la simple figure de ces petits innocents qu'ils 1 crayonnent tout exprès. » Leclercq , Relat. de la Gaspésie, pag. 332, 335. La même conviction de l'intervention surnaturelle du diable aux initiations des devins caraïbes, perce dans le récit de ces initiations par Lafiteau. Moeurs des Sauvages, p. 348, et il se montre plein d'indignation contre ceux qui révoqueraient cette intervention en doute. « C'est une industrie des athées », ditil, pag. 374» «et un effet de cet esprit d'irréligion qui « fait aujourd'hui des progrès si sensibles dans le monde , « d'avoir détruit en quelque sorte dans l'idée de ceux « mêmes qui se piquent d'avoir de la religion, qu'il se « trouve des hommes qui aient commerce avec les dé- « mons par la voie des enchantements et de la magie. « On a attaché à cette opinion une certaine faiblesse « d'esprit à la croire... Pour établir cependant cet esprit «d'incrédulité, il faut que ces prétendus esprits forts « veuillent s'aveugler au milieu de la lumière , qu'ils ren- « versent l'ancien et le nouveau Testament , qu'ils contre- « disent toute l'antiquité, l'histoire sacrée et la profane.» Ibid. pag. 374. Il raconte ensuite plusieurs faits qui lui semblent prouver le pouvoir surnaturel ou infernal des jongleurs.

(190) La distinction entre les prêtres et les sorciers est si peu prononcée à cette époque de la religion , que suivant

quelques montagnards de l'Inde, les anies de leurs demaunos ou prêtres deviennent de mauvais génies. ( As. Res. IV, 71.)

(191) Cr/nz, 274. Oldendorp, Hist. des missions chez les Caraïbes, I, 3o3. Il est remarquable que ce sont presque toujours des fe\nmes et de vieilles femmes qu'on accuse de sorcellerie. Keysler, Antiq. sept. 456.

(192) Sparrman, Voyage an cap de Bonne-Espérance, 196-198. UnroidesPatagons fitmassacrer tous les prêtres qu'on put trouver, parce qu'aucun d'eux n'était parvenu à mettre un terme à la petite véroLe. (Falkner, Description of Patagonia, p. 117.

(193) Des Marchais. E. c. 296. Charlevoix et Lettres édif., passim. Georgi, p. 384.

(194) Cranz, 265-268. Cauche , Rel. de l'île de Madagascar:

(195) On peut consulter sur les convulsions sacerdotales des schammans Lévéque, Excurs. sur le schammanisme , pag. 298-304. Ces convulsions sont tellement violentes et effroyables, que les Européens ne conçoivent pas qu'on puisse les supporter. (Gmelin, Reise durch Sibirien , II, 353. Charlev. Joiirn. 36i, 362. Leri, Voy. au Brés. 242- 267-298. Carver, 271. Georgi , Beschr. 320-377, 378. IsBRAND,Voy. au Nord , VIII , 56, 57. Roemer, 57. Boss- MANN , Voy. en Guin. 260. ) Les.demaunos, ou prêtres, chez les montagnards de l'Inde , sucent le sang des victimes, et tombent ou affectent de tomber dans le délire, Asiat. Res. IV5 69.

(196) Georg. ib. SjS. Gmel. I, 289; II, 49.

(197) Cranz, a68. BiET, 887.

(198) Voici le portrait d'un jongleur américain , tracé d'après nature par un missionnaire, d'une époque assez peu reculée : « Le jongleur était entièrement couvert d'une « ou de plusieurs peaux d'ours extrêmement noires, et si « bien cousues ensemble qu'elles cachaient entièrement « l'homme; la tète de l'ours ainsi que les pieds et leurs « longues griffes , avaient la même apparence que s'ils « avaient appartenu à l'un de ces animaux vivants. Il avait « mis sur cette tète une énorme paire de cornes; une « queue extrêmement touffue lui pendait par derrière , et « elle faisait , lorsqu'il marchait , des mouvements comme « si elle eût été à ressorts. Lorsqu'il marchait à quatre « pattes, on l'eût pris pour un ours d'une taille extraor- « dinaire, sans les cornes et la queue. Il avait coupé dans « la peau des trous pour pouvoir, au besoin , se servir de « ses mains; mais on ne pouvait les voir, parce qu'elles « étaient recouvertes par les longs poils de l'animal, et il «voyait à travers deux autres trous, auxquels il avait « adapté des morceaux de verre. » Heckewelder, p. 373,

(199) Gmelin , II, 87.

(200) Idern, III, 72.

(20 1) Lorsque les angekoks annoncent l'arrivée du dieu , on entend un bruit sourd qui grossit en se rapprochant du lieu de la cérémonie , puis deux voix distinctes , celle de l'angekok et celle du fétiche, à distance l'une de l'autre. Cranz, 268.

(202) Roemer , Nachricht. von der Kûste Guinea , 80,

Cranz, Hist. du Groenland, pag. 273. Eoede, Beschr. v. Groenland , pag. 122.

(2o3) Proiart, 172. Ulloa , Voy. dans l'Ainér. mer. II,

(aoA) Dernier Voy. deCook,II, 11; III, i3i. On voit des vesîiges de cette opinion chez les Turcs , les Persans et les Arabes. Le penchant à supposer qu'il y a quelque chose de surnaturel dans le délire ou le dérangement de l'intelligence, n'est pas aussi étranger à la philosophie qu'on le croirait d'abord. AristoteI.es, dit Cicdronide Dmn. l. 37 ) , eos qui valetuclinis vitio jurèrent et mclancholici dicerentur, censebat habere aliqitid in animes prœsagiuin atque divinuin.

(2o5)Georgi, Beschreib. 376. Les angekoks choisissent pour élèves des enfants épileptiques. Cranz, 268-270.

(206) Relation d'un voyage en Sibérie , par M. Chappe d'Auteroche.

(207) Boulanger, Antiquité dévoilée par ses usages.

(208) Hennepin, Voy. au Nord , IX^ vol.

(209) Voy. au Nord , ibid. 275.

(210) Il en est de même en Amérique. « Un ancien mis- « sionnaire m'a conté», dit Lafiteau, Mœurs des Sauvages, I, 365, « qu'un Sauvage ayant rêvé que le bonheur « de sa vie était attaché à la possession d'une femme mariée « à l'un des plus considérables du village où il demeurait,

« il lui proposa de la hii céder. Le mari et la femme vi- «Vaient dans une grande union, et s'entr'aimaient beau- « coup; cependant ils n'o&èrent refuser. Ils se séparèrent « donc. La femme prit un nouvel engagement; et le mari « abandonné ayant été prié de se pourvoir ailleurs, il le « fit, par complaisance et pour ôter tout soupçon qu'il « pensât encore à sa première épouse. Il la reprit néan- « moins après la mort de celui qui les avait désunis, la- '( quelle arriva peu de temps après. » Un Sauvage, ayant rêvé qu'il était fait prisonnier par les ennemis , voulut c[ue ses amis réalisassent le songe, en le surprenant comme un ennemi et en le traitant comme un esclave , et il se laissa brûler long-temps pour éluder la prédiction d'un songe si funeste. Ibid. 366. Le respect pour les songes a porté plusieurs tribus américaines à célébrer en leur honneur une fête qui ressemble, sous quelques rapports , aux Saturnales des anciens et au carnaval des modernes./(&. 367.

(211) Charlev. Journ. 354.

(212) Ibid.

(21 3) Ib. 355.

(214) Cavazzi, Rel.hist.de l'Ethiopie occidentale , II, 222-234. DoBRizHOFFER, Hist. dcs Abipons , II, 84. Au reste , cette crédulité dçs Sauvages ne doit pas nous paraître sui'prenante. Les Espagnols eux-mêmes assurent avoir assisté aux apparitions des ombres évoquées. Hispani complures persuasissimum sihi habent mânes spectabiles fieri. Dobrizhoffek, ibid.

(2i5)Odys5. XL.

JVOTES. 345

(216) On n'a qu'à se rappeler pour preuve Protée, dans l'Odyssée; la Sibylle et Silène, dans Yirgile ; Élie et la Pythonisse, dans l'ancien Testament. Les contorsions de la Pythie étaient parfaitement pareilles à celles des jongleurs. Mém, de l'Ac, des Inscrip. XXXV, 112. La terreur de l'aclion du dieu sur elle était si forte, qu'elle essayait quelquefois de s'y dérober. Veritam se credere Phœbo. Pharsale , liv, V.

(217) RoEMER, Nachricht von Guinea, pag. 43 et suiv.

(218) Steller, Description du Kamtschatka , pag, 253 et suiv.

(219) Proiart, Hist. deLoango.

(220) Cette théorie du raffinement dans le sacrifice tourne quelquefois au détriment des prêtres qui en font usage. Lee Burattes , dans les dangers pressants, sacrifient des prêtres : ils pensent qu'une victime de cette importance doit être d'une plus grande efficacité.

(221) Dans plusieurs contrées de l'Afrique, et dans les îles de la mer du Sud , on immole des enfants dont les mères sont contraintes d'assister au sacrifice. (Snellgrave , Relig. of Guinea. Introd. Cook, dernier voy. I, 35i ; II , 39-43-203.) Voy. aussi Lindemann, Gesch. der Meyn. III, II 5. Dans l'île de Célèbes, les pères tuent leurs enfants de leurs propres mains. En Floride, la mère de la victime se place en face du billot fatal, couvrant son visage de ses mains, et déplorant son sort. Lai-iteau, Mœurs des Sauvages, I, 181.

(222) Parallèle des religions, lom. I.

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