‹ De la religion (volume 3)Chapitre 28 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE I. II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I. II

l'excès de la civilisation est le seul danger que nous ayons maintenant à redouter.

Avec l'empire de l'intolérance doit s'évanouir aussi l'irritation que l'oppression fait naître, et qui s'enorgueillit de lui résister. L'incrédulité a perdu son plus grand charme , celui du danger. Il n'y a plus d'attrait, là où il n'y a plus de péril.

Le moment est donc favorable pour nous occuper de ce vaste sujet , sans partialité comme sans haine. Le moment est favorable pour juger la religion comme un fait dont on ne saurait contester la réalité , et dont il importe de connaître la nature et les modifications successives.

La recherche est immense. Ceux même qui la croient telle ne l'ont pas appréciée dans toute son étendue. Bien qu'on ait beaucoup écrit sur cette matière , la question principale reste encore inaperçue. Un pays peut être long-temps le théâtre de la guerre , et demeurer, sous tous les autres rapports, inconnu aux troupes qui le parcourent. Elles ne voient dans les plaines que des champs de bataille , dans les montagnes que des postes, dans les vallons que des défilés. Ce n'est qu'à la paix

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qu'on examine le pays pour le pays même.

Tel a été le sort de la religion, vaste contrée , attaquée et défendue avec une ténacité , une violence égales, mais que n'a visitée aucun voyageur désintéressé, pour nous en donner une description fidèle.

L'on n'a jusqu'ici envisagé que l'extérieur de la religion. L'histoire du sentiment intérieur reste en entier à concevoir et à faire. Les dogmes , les croyances , les pratiques , les cérémonies, sont des formes que prend le sentiment intérieur et qu'il brise ensuite (5). D'après quelles lois prend-il ces formes? d'après quelles lois en change-t-il? Ce sont des questions que personne n'a examinées. L'on a décrit les dehors du labyrinthe : nul n'a percé jusqu'au centre , nul ne le pouvait. Tous cherchaient l'origine de la religion dans des circonstances étrangères à l'homme, les dévots comme les philosophes. Les uns ne voulaient pas que l'homme pût être religieux sans une révélation particulière et locale; les autres, sans l'action des objets extérieurs. De là une erreur première, de là une série de longues erreurs. Oui , sans doute , il y a une révélation , mais cette révélation est universelle, elle est per-

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