‹ De la religion (volume 3)Chapitre 30 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE F. l · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE F. l

l'ignorance des causes physiques n'existe plus, et où l'homme n'étant plus en épouvante devant une nature qu'il a subjuguée, n'a plus d'intérêt à diviniser cette nature, ne voyezvous pas se reproduire le même besoin d'une correspondance mystérieuse avec un monde et des êtres invisibles ?

Lorsqu'on attribue la religion à notre organisation plus parfaite, on méconnaît une distinction très-essentielle. Entendez-vous par organisation l'ensemble de toutes nos facultés, nos organes , notre jugement , notre puissance de réfléchir et de combiner, notre sentiment enfin ? nous sommes d'accord ; mais ce que vous appelez notre organisation n'est autre chose que notre nature, et alors Vous reconnaissez que la religion est dans notre nature. Entendez-vous par organisation seulement la supériorité des moyens physiques dont l'homme est investi ? Mais si la supériorité de l'organisation physique décidait de la tendance au sentiment religieux, comme il y a des animaux mieux organisés les uns que les autres, on devrait remarquer en eux quelques symptômes de cette tendance, symptômes qui seraient proportionnés à la perfection plus ou moins grande de leur organisation.

l6 DE LA RELIGION.

Si, par une suite de sa prévoyance et de sa mémoire, l'homme combine ses idées et tire des faits qu'il observe les conséquences qui en découlent , les animaux ont aussi de la mémoire, ils ont aussi de la prévoyance : le chien, corrigé par son maître, évite de retomber dans la même faute; comment se fait-il que non moins exposé que l'homme aux accidents physiques , il ne cherche point à en conjurer les causes, tandis qu'il cherche à éviter ou à désarmer la colère d'un maître offensé ?

D'ailleurs , quelle prévoyance vous prêtez au sauvage, de toutes les créatures, même pour ses intérêts présents, la plus oublieuse, la plus insouciante ! L'Esquimau , lorsque ses besoins sont satisfaits , dort dans le creux de ses rochers, ne médite sur rien , n'observe rien ; le Caraïbe n'étend pas ses réflexions jusque sur sa vie du lendemain : et cependant quand il s'agit de la religion , l'Esquimau devivnt curieux, le Caraïbe prévoyant : c'est que la reliL^ion est pour eux un besoin plus vif et plus impérieux que tous les autres, un besoin qui l'emporte surtout le reste de leur nature , sur leur indifférence , sur leur apathie , sur leur manque de curiosité.

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