‹ De la religion (volume 3)Chapitre 31 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE I. I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I. I

En supposant le sentiment religieux, les espérances religieuses, l'enthousiasme qu'elles inspirent, de vaines illusions, ce seraient encore (les illusions particulières à l'homme; ces illusions le distingueraient du reste des êtres vivants, et il en résulterait pour lui une seconde exception, non moins singulière.

Tous les êtres se perfectionnent d'autant plus qu'ils obéissent à leur nature ; l'homme se perfectionnerait d'autant plus qu'il s'éloignerait de la sienne. La perfection de tous les êtres est dans la vérité ; celle de l'homme serait dans l'erreur !

Nous irons plus loin; si la religion n'était pas dans la nature de l'homme , la supériorité de son organisation l'en éloignerait au lieu de l'y conduire; car le résultat de cette organisation supérieure étant qu'il satisfait mieux à ses besoins par les forces qu'il connaît et qu'il est parvenu à employer, il aurait d'autant moins de motifs de supposer ou d'invoquer des forces inconnues. Il se trouve mieux sur la terre : il devrait être d'autant moins porté à lever les yeux vers le ciel.

Cette observation s'applique à tous les états de la société humaine. Il n'y en a aucun où, /. 1

j8 de la religion.

si vous ne reconnaissez la religion pour inhérente à l'homme , elle ne soit un horsd'œuvre dans son existence. Voyez nos associations civilisées. La culture de la terre subvient à notre nourriture. Nos murs et nos toits nous protègent contre les saisons. Il y a des lois pour nous garantir de la violence. Il y a des gouvernements chargés de maintenir ces lois, et qui, bien ou mal, s'en acquittent. 11 y a des supplices pour ceux qui les enfreignent. Il y a du luxe , des raffinements , des plaisirs pour le riche. Il y a des sciences pour nous expliquer les phénomènes qui nous entourent, et pour détourner ceux qui nous menacent. Il y a des médecins pour les maladies. Quant à la mort , c'est un accident inévitable, dont il est superflu de s'occuper. Tout n'est-il pas merveilleusement arrangé pour l'homme? Quel besoin cet arrangement laisse-t-il sans le satisfaire ? Quelle crainte sans la calmer? Où donc est la cause extérieure qui nous rend la religion nécessaire ?^ Elle l'est pourtant, nous le sentons, les uns toujours, les autres par intervalles. C'est que cette cause n'est pas hors de nous : elle est en nous, elle fait partie de nous-mêmes.

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