‹ De la religion (volume 3)Chapitre 59 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE VI. 'j · texte numérisé non relu

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que le laps des temps l'a ainsi modifiée, être ramenée le plus qu'il est possible à son premier état et à sa pureté primitive, a dit qvi'il fallait raffermir à tout prix les croyances ébranlées. Mais il n'a pas recherché si cette entreprise était au pouvoir d'une autorité quelconque. L'histoire nous montre tc^^tes les précautions inutiles, toutes les sévérités impuissantes. Socrate empoisonné, Aristote fugitif, Diagoras proscrit, n'arrêtèrent pas l'incrédulité d'Athènes. La philosophie grecque, chassée de Rome, revint bientôt pour y triompher, et l'austérité de Louis XIV dans sa vieillesse ne fit que préparer la France impatiente à l'irréligion la plus manifeste et la plus hardie.

Le second parti, justement épouvanté des maux que produisent le fanatisme et l'intolérance, n'a vu dans la religion qu'une erreur, tantôt grossière, tantôt raffinée, tantôt matérielle, tantôt abstraite, mais toujours plus ou moins funeste. Il en a conclu qu'il serait désirable de fonder la morale sur une base purement terrestre, et d'extirper tout sentiment religieux. Mais s'il avait consulté l'expérience , la reHgion se serait montrée à lui, renaissant toujours, au moment où les lumières s'enor-

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gueillissaient de l'avoir étouffée. Juvénal écrivait que les enfants seuls croyaient à une autre vie; et cependant une secte ignorée se glissait dans l'empire les yeux fixés sur un monde futur, et le monde présent devait être sa conquête. Et en effet, si la religion nous est nécessaire , s'il exist^. tn nous une faculté qui demande à s'exercer, si notre imagination a besoin de sortir des limites qui nous renferment, s'il faut à cette partie souffrante et agitée de nous-mêmes un monde dont elle dispose et qu'elle embellisse à son gré , ce serait bien en vain qu'on reprocherait à la religion ses inconvénients ou ses périls. La nécessité vaincra toujours la prudence. Qui ne peut supporter la terre doit affronter les flots, quelque semée d'écueils que la mer puisse être.

Enfin , le troisième parti , prenant ce qu'il regardait comme un juste milieu entre deux extrêmes, a cru devoir n'admettre qu'une doctrine qu'il nommait la religion naturelle, et qu'il réduisait aux dogmes les plus purs et aux notions les plus simples. Mais ce parti mitoyen n'a différé des deux premiers, des orthodoxes et des incrédules, que dans son but et non dans sa route ; il a supposé , comme eux , que

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