‹ De la religion (volume 3)Chapitre 60 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE VI. ^S · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE VI. ^S

l'homme pouvait être mis en possession d'une vérité absolue, et par conséquent toujours la même et toujours stationnaire. Quiconque professait strictement, exclusivement, les dogmes auxquels il s'était restreint, lui a paru posséder cette vérité. Quiconque restait en-deçà par l'athéisme, ou allait au-delà en reconnaissant des révélations miraculeuses, lui a semblé se tromper également.

De ces trois manières d'envisager la religion , il est résulté, nous osons le dire, que personne encore ne l'a contemplée sous son véritable point de vue. Un coup d'œil rapide sur les écrits religieux ou incrédules de la France, de l'Angleterre et de l'Allemagne , nous fournira d'irrécusables preuves de cette assertion.

Avant le commencement du XVIIF siècle, tous les ouvrages publiés en France par les défenseurs des communions diverses, n'étaient consacrés qu'au triomphe de leur secte. Ils partaient tous d'un point convenu qui leur in" terdisait les questions fondamentales , ou les dispensait de s'en occuper.

Source féconde de disputes, l'hérésie était envisagée par les catholiques comme une erreur volontaire et traitée comme un crime (28).

Ses partisans, d'accord avec ses ennemis sur les bases , ne contestaient que quelques conséquences de principes admis par tous.

Plus décréditée, bien qu'exposée à moins de persécutions que l'hérésie, l'incrédulité était flétrie en quelque sorte par une opinion qui se composait et du vif intérêt qu'avaient excité les guerres religieuses, et du prestige de la cour d'un roi qui avait fait de la croyance une affaire de mode et un moyen de crédit.

Bossuet, lorsqu'il foudroie les païens dans son Histoire , ou poursuit les protestants dans sa Polémique, paraît plutôt un juge qui, du haut de son tribunal, condamne des coupables, qu'un narrateur impartial des événements, ou un investigateur calme des doctrines; et quand il dirige ses coups contre les incrédules, ce sont encore des sentences qu'il prononce, sentences accompagnées d'argumentation, mais où l'autorité tient une place beaucoup plus considérable que le raisonnement.

Loin de nous de diminuer le mérite d'un grand homme. Si le point de vue , sous lequel Bossuet envisageait la religion , manquait nécessairement d'impartialité et d'étendue , il était admirable par la noblesse et l'élévation.

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