LIVRE I, CHAPITRE IX
les Opinions ; elles naissent dans l'esprit des hommes , indépendamment de leur volonté.
Les uns les adoptent, les autres s'en servent. Le sacerdoce a trouvé le germe de toutes les notions religieuses dans le cœur de l'homme (8i), mais il a dirigé ensuite despotiquement le développement de ce germe , et de la sorte il a imprimé à la religion une marche qu'elle n'aurait pas suivie naturellement.
C'est faute d'avoir distingué ces deux espèces de croyance que l'on £t commis tant d'erreurs dans l'histoire des religions. En les confondant, on a essayé de se frayer une route qui conduisît à la fois vers deux extrémités opposées , et l'on s'est consumé en vains efforts daiis une tentative chimérique. La distinction entre les religions soumises au sacerdoce et celles qui en sont indépendantes , est la première condition requise pour concevoir des idées justes sur cette matière.
On voit combien est vaste la série d'idées qui doit nous occuper. Elle l'est tellement, que l'embrasser dans son ensemble et dans tous ses détails est au-dessus des forces humaines, et peut-être au-dessus de l'attention du public dans les circonstances actuelles.
l42 DE LA RELIGION.
Nous nous sommes donc restreints clans cet ouvrage à indiquer et à démontrer, par le raisonnement et les faits, la vérité fondamentale de laquelle découlent toutes les autres.
Nous sommes partis de la forme la plus grossière que les idées religieuses puissent revêtir. Nous avons montré le sentiment religieux créant cette forme, puis luttant contre elle , et parvenant quelquefois par sa merveilleuse et mystérieuse énergie à la rendre noble et touchante en dépit d'elle-même. Nous avons dit ensuite comment cette forme est modifiée, soit par les corporations de prêtres chez les nations soumises au sacerdoce, soit par les progrès de l'esprit humain chez les peuples indépendants de la puissance sacerdotale. *
Nous avons commencé par les premières.
Sans doute, on ne peut suivre l'esprit humain, dans sa progression naturelle , qu'en étudiant les religions indépendantes. Tous les changements s'opèrent à découvert dans ces religions, tandis que sous l'empire des prêtres, le travail se fait à huis clos, dans l'enceinte mystérieuse des corporations privilégiées. Mais les cultes que les prêtres ont dominés sont historiquement les pi us anciens; et les nations, en très-petit