‹ De la religion (volume 3)Chapitre 98 sur 152 · LIVRE II, CHAPITRE II. l · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE II. l

l'environne. Rien de ce qui l'environne ne peut l'éclairer. Il se replie sur lui - même : il tire sa réponse de son propre coeur. Cette réponse est proportionnée à la faiblesse de sa raison peu exercée , et à son ignorance profonde. Cette raison n'a encore aucune idée de ce qui constitue la Divinité à une époque plus avancée. Cette ignorance le trompe sur les causes des phénomènes physiques. ' r

L'homme , nous l'avons dit (85), place toujours dans l'inconnu ses idées religieuses. Pour le Sauvage , tout est inconnu. Son sentiment religieux s'adresse donc à tout ce qu'il rencontre. *

Partout où il y a mouvement , il croit qu'il y a vie. La pierre qui roule lui semble ou le fuir ou le poursuivre : le torrent qui se précipite s'élance sur lui : quelque esprit irrité habite la cataracte écumante : le vent qui mugit est l'expression de la souffrance , ou de la menace : l'écho du rocher prophétise , ou répond; et quand l'Européen montre au Sauvage l'aiguille aimantée , il y voit un être arraché à sa patrie et se tournant avec désir et avec angoisse vers des lieux chéris (86). /

De même que partout où il y a mouve-

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ment, le Sauvage suppose la vie , partout où il y a vie, il suppose une action ou une intention qui le concerne. L'homme demeure long-temps avant d'admettre qu'il ne soit pas le centre de toutes choses. L'enfant s'imagine être ce centre vers lequel tout se dirige. Le Sauvage raisonne comme l'enfant.

Entouré de la sorte d'objets puissants, actifs , influant sans cesse sur sa destinée , il adore parmi ces objets celui qui frappe le plus fortement son imagination. Le hasard en décidé (87). C'est le rocher, c'est la montagne , quelquefois une pierre , souvent un animal.

Cette adoration des animaux nous paraît étrange. En y réfléchissant toutefois, nous la trouverons fort naturelle.

Il y a dans les animaux quelque chose d'inconnu , nous pourrions dire de mystérieux , qui doit disposer le Sauvage à les adorer.

L'impossibilité de les juger et de les comprendre , impossibilité qui , du reste , nous est commune avec lui , mais dont l'habitude nous empêche de nous apercevoir , leur instinct plus sûr que notre raison , leurs regards qui expriment avec tant d'énergie et de vivacité

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