‹ De la religionChapitre 100 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IX

tle monter au trône , s'était vu honteusement mutilé.

Néanmoins, en dépit de ces cruautés inefficaces , les mages soutinrent la lutte avec une persévérance qui fut récompensée.

Plusieurs des circonstances que nous avons indiquées précédemment , comme auxiliaires de la puissance des prêtres , militaient en faveur des mages. S'ils avaient contre eux le climat de la Perse proprement dite, où de hautes montagnes couvertes de neige durant plusieurs mois transforment pour ainsi dire le midi en nord , ils avaient pour eux celui de la Bactriane et de la Médie (i). Il y avait donc, dans ce vaste empire, lutte du climat contre ïe climat.

Par la même raison , si le caractère belliqueux des Perses pouvait se montrer impatient d'une domination peu conforme à leurs coutumes sauvages., et fondée sur des notions

(i) Cette variété de climats est prouvée par les figures qu'on voit sur les ruines de Persépolis. Les unes sont nues comme sous le ciel le plus ardent : les autres vêtues de fourrure à la manière des pays froids. ( Chah-

l(p DE LA RELIGION,

beaucoup trop abstraites pour leur intelligence encore brute , le raffinement de la portion policée de l'empire , et sa longue habitude de voir dans les mages ses guides et ses seuls instituteurs , devaient l'emporter sur la répugnance d'une populace méprisée , agrégation factice de hordes autrefois disséminées.

Enfin cette action des phénomènes de la nature, dont nous avons décrit l'influence en Egypte et en Étrurie, n'était pas moindre dans plusieurs régions sujettes ou voisines de la Perse. L'Aderbidjan, comme le remarque M. Creutzer (i), est fameux par ses sources de naphte. Le sol y est chargé de substances résineuses; le bitume y flotte à la surface des lacs. Souvent au sein de la nuit la plus obscure, s'élèvent des colonnes de flammes éblouissantes, qui semblent à l'œil étonné la manifestation miraculeuse d'une divinité vengeresse ou tutélaire , paraissant tout à coup dans sa splendeur terrible , pour protéger l'homme ou pour l'anéantir. Le sa-

(j) Creutz. Trad. franc. I, 319.

Page 1