‹ De la religionChapitre 109 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XI

d'Ézéchiel ou de la Genèse, il faut réunir deux choses qui rendent cette gaieté assez triste, la plus profonde ignorance et la frivolité la plus déplorable. Loin de partager à cet égard l'opinion devenue populaire à la fin du siècle dernier, nous regardons les Hébreux comme fort supérieurs aux tribus qui les environnaient, et même aux empires despotiques qui les réduisirent en esclavage. Cependant, nous reconnaissons (ce qu'aucun homme impartial ne peut contester) que leurs annales sont remplies de faits révoltants et d'actions cruelles , que nous ne prétendons point justifier. Pour expliquer cette contradiction apparente, nous exposerons ici toute notre pensée, en usantdu droit que nous confère notre croyance. Ce droit, c'est l'examen, l'étude des monuments sur lesquels cette croyance se fonde; et rien ne nous oblige à taire le résultat que cet examen a produit en nous.

Si l'on admet des révélations , c'est-à-dire, des manifestations directes et surnaturelles de la Divinité envers l'homme, on doit considérer ces révélations comme des secours accordés par un être puissant et bon à un être ignorant et faible, quand ses forces ne suffisent

pas à son amélioration sur cette terre (i). Un éclair sillonne alors les ténèbres à travers lesquelles le voyageur incertain cherche une route. Mais le but de l'homme est le perfectionnement. Il ne peut se perfectionner que par ses propres efforts, par l'exercice de ses facultés, par l'énergie de son libre arbitre. S'il est protégé par une puissance sage et bienvaillante, que son sentiment a besoin de reconnaître, en dépit des doutes que la logique évoque, cette puissance doit borner sa protection à l'instruire par des enseignements, à lui révéler des vérités proportionnées à son intelligence. Ces manifestations l'éclairentsans l'enchaîner, elles le laissent libre d'user de ce bienfait à ses risques et périls; il peut en abuser, y renoncer même. Le combat que se livrent en lui le bien et le mal, ses tâtonnements, ses tentatives infructueuses, ses erreurs, et jusqu'à ses crimes, ne prouvent rien contre

(i) Nous prions nos lecteurs de relire à ce sujet une note de notre premier volume, page i33, où nous avons déposé le germe de cette idée, que nous ne pouvions expliquer aussi clairement alors, sans mettre dans la série de nos raisonnements une confusion qu'il fallait éviter.

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