‹ De la religionChapitre 132 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRÉ XII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRÉ XII

un crime, deviendra un devoir, quand les nôtres serontmenacés.Vousbraverezpournous seuls le courroux du ciel , que d'ailleurs nous vous exhortons à craindre; ou nous punirons Ja docilité, comme nous aurions puni la désobéissance. Certes , un pareil langage présume trop de l'inconséquence humaine.

Ces raisonnements s'appliquent aux temps modernes comme aux temps anciens , à Grégoire VII comme à Samuel ou à Joad, et contre eux se brisent également les concessions, de prêtres transformés en courtisans, et les argumentations d'hommes d'état , devenus des sophistes.

Aussi , toutes les fois que le sacerdoce s'est vu attaqué par l'autorité, les âmes religieuses l'ont accompagné de tous leurs vœux. Une voix secrète leur disait que puisque le ciel et la terre étaient divisés, c'était au ciel qu'il fallait obéir. L'interdit a frappé d'épouvante tous les 'peuples. L'anathème a dépeuplé les cours et les camps. En un mot , comme les Indiens le disent, la parole a toujours fait plus dans la bouche du prêtre que le glaive entre les mains du guerrier.

Et si nous y réfléchissons un instant, nous serons peu tentés de nous affliger de ce résultat inévitable.

Sans doute, si l'on plaçait d'un côté les castes égyptiennes, les mages ou les bramines, et de l'autre la liberté de croyance et de culte, le choix ne saurait être douteux. Mais entre Chephren ou Cambyse , et les prêtres qui contestaient leur pouvoir, la préférence était due aux prêtres; non qu'ils en fussent dignes : mais si la tyrannie au nom de la religion est funeste , la tyrannie au nom de la force matérielle est funeste à la fois et avilissante.

Sous la première, il y a du moins conviction dans les esclaves, et les tyrans seuls sont corrompus : mais quand l'oppression est séparée de la foi, les esclaves sont aussi dépravés, aussi abjects que leurs maîtres. Nous ne nous sommes donc jamais senti, nous l'avouons sans déguisement, beaucoup de sympathie pour Louisle-Débonnaire faisant pénitence aux pieds d'un légat, ou pour l'empereur Henri IV, attendant pieds nus dans la neige qu'un pape voulût l'absoudre. Nous avons réservé notre cornpassion pour d'autres malheurs. Nous l'avons

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