LIVRE IV, CHAPITRE XIII
Indes, le climat ; dans le Nord, la guerre; en Perse, la royauté; à Carthage, le commerce, mitigèrent, combattirent , modifièrent le pouvoir sacerdotal. Mais ces adoucissements, ces résistances, ces modifications furent des nuances accidentelles et passagères. Le principe demeura le même, et le pouvoir surnagea , résista , triompha.
Si quelques-uns pensaient que nous avons peint ce pouvoir sous des couleurs trop défavorables, que nous avons méconnu son utilité relative, à quelques époques d'une société imparfaite, et qu'au lieu de le montrer subjuguant, opprimant , maintenant dans l'ignorance une race créée pour la perfectibilité et pour les lumières, nous aurions dû reconnaître que plus d'une fois il poliça des hordes sauvages, adoucit les mœurs des peuplades barbares, réunit contre les éléments qui les menaçaient les tribus dispersées, imposa la fertilité à un sol rebelle, ou la salubrité à une
était dans l'aine ou dans l'imagination humaine. Leur transformation en croyance positive et stationnaire, et les conséquences de cette transformation, voilà l'ouvrage sacerdotal.
nature malfaisante, fut, en un mot, par sa science précoce et privilégiée, le premier auteur de la civilisation même, destinée plus tard à le détrôner, nous accorderions à ces assertions quelque degré de force : mais nous ferions remarquer à nos lecteurs que nous n'avons rien dit qui leur fût contraire. A tel période de l'état social, le sacerdoce a pu concourir au grand travail de l'espèce humaine, et accomplir pour sa part les vues protectrices d'une providence bienveillante : nous ne le nions point.
Nous disons seulement que l'esprit sacerdotal, ennemi, comme tout esprit de corps, dès progrès et de la prospérité de la masse , parce que cette prospérité et ces progrès la conduisent à l'indépendance, nous a vendu chèrement ses bienfaits : qu'il est heureux qu'un peuple dont nous allons parler tout-àl'heure se soit affranchi de cet empire : que si le sort des Égyptiens valait mieux , grâce au sacerdoce, que ne vaut aujourd'hui celui des Esquimaux ou des Samoyèdes, il eût été déplorable que le sort du genre humain tout entier n'eût pas différé de celui des Egyptiens; et que si les hommes ont pu s'élever