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LIVRE V, CHAPITRE III. 3i

dans les animaux , les pierres , les arbres , les montagnes.

populaire, les philosophes et les orateurs grecs l'accusaient d'avoir accrédité les fahles les plus grossières et les plus révoltantes. «Orphée, qui prête plus que per- « sonne,» dit Isocrate (in Busirid.), «des indécences aux « immortels , fut mis en pièces, en punition de ce erime.» Diogène Laçrce refuse le nom de philosophe à ce même Orphée, qui attribuait aux dieux les excès les plus honteux, et ce dont les hommes souillent à peine leur bouche. (Diog. in Proœm. 3.) Musée, qu'on a voulu faire passer aussi pour un théiste , représente le bonheur céleste , nous dit Platon ( de Rep. ) , d'une manière beaucoup plus sensuelle qu'Homère et Hésiode , et prétend qu'une ivresse perpétuelle sera la plus digne récompense de la vertu. Et pourtant , après avoir parlé de l'opinion d'Hérodote sur le premier culte des Pelages, M. de Sainte-Croix ajoute : « Telle était l'idée que des polythéistes pouvaient se former du théisme des premiers habitants de la Grèce, et la manière dont ils devaient l'exprimer. Au théisme devait succéder naturellement l'ouranisme ou le culte du ciel matériel. On y joignit bientôt celui de la terre. » ( Myst. du Pag. éd. de M. de Sacy, p. 14.) Présupposer ainsi le théisme nous semble une obstination inexplicable. On voit , du reste , avec plaisir que ces idées chimériques sont abandonnées par les écrivains de nos jours. M. Rolle , auteur d'un ouvrage trèsrecommandable sur le culte de Bacchus, reconnaît que les premiers Grecs étaient des sauvages, et que leur culte était très-grossier, I, 1-2.

Telles sont, en effet, les divinités que tous les écrivains grecs nous indiquent comme les plus anciens objets de la vénération religieuse de leurs compatriotes.

Dans les temps reculés, dit Pausanias, les Grecs rendaient à des pierres toutes brutes les honneurs que depuis ils ont rendus aux simulacres des immortels (i). Les Thespiens adoraient un rameau (2); les habitants de l'île d'Euhée et les Cariens, des morceaux de bois (3) : les montagnards du Cythéron, un tronc d'arbre; à Samos, une simple planche avait des autels, et les plus anciennes images de la Pallas et de la Gérés d'Athènes étaient des pieux, pareils aux idoles des Tongouses(4); la Vénus de Paphos était une pierre. A trois stades de Gythée, on voyait une roche informe. On racontait qu'Oreste, s'y étant assis, avait recouvré la raison ; et en mémoire de cet événement, cette roche mystérieuse portait le

(1) Achaïc. aa.Voy. aussi, sur le fétichisme des premiers Grecs, Eschyle, Prométhée, 642 et suivants. (a) Arnobe, VI.

(3) Culte des dieux fétiches, p. i5i- i5a.

(4) Creutz. Symbol. I, 184.

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