LIVRE V, CHAPITIIK V
tout ce qu'on lui raconte et confond tout ce qu'elle a recueilli.
De là ces emprunts sans nombre faits aux nations étrangères par les Grecs des temps les plus reculés. Il n'y a presque aucune divinité grecque dans les actions ou dans les attributs de laquelle on ne trouve un mélange de fictions et de doctrines sacerdotales :mais l'esprit grec en triompha toujours, refondit les fables, nationalisa les importations, modifia les doctrines^ les dépouilla de ce qui constituait dans lesmainsdu sacerdoce leur caractère essentiel.
Appuyons cette assertion de quelques exemples, sans ranger néanmoins encore ces exemples dans un ordre méthodique ou régulier. Car s'il nous semble utile de ne pas laisser sans preuves cette vérité fondamentale, nous ne nous déguisons point que nous anticipons ainsi sur une portion de notre ouvrage, qui exige de grands développements. Ce n'est que dans un autre volume que nous présenterons à nos lecteurs l'exposé complet des dogmes et des rites qui entraient dans la composition des religions sacerdotales de l'antiquité, et il y a peut-être un léger inconvénient à montrer comment les Grecs les ont repoussés, avant
de les avoir fait connaître dans leur ensemble D'un autre côté, nous pensons avoir déjà suffisamment indiqué ce qu'étaient ces religions compliquées; on a vu qu'elles contenaient de la science, des hypothèses de cosmogonie, des personnifications de forces physiques, un langage et des rites symboliques , une métaphysique aboutissant au panthéisme, tout cela recouvert et entremêlé de fables populaires, redescendant parfois jusqu'au fétichisme. Ces notions générales suffisent pour le moment, et il nous importe d'entourer d'évidence l'immense intervalle qui a séparé les Grecs du reste des nations anciennes (i).
(1) Malgré l'adoption des systèmes les plus opposés, l'évidence a forcé les écrivains de toutes les opinions à reconnaître cet intervalle. Dupuis, dont la France savante a trop long-temps respecté l'au torité ; Dupuis, qui trace aux idées religieuses une marche tout- à-fait inverse de celle qu'elles ont suivie, excepte les Grecs des explications qu'il propose pour toutes les fables. Il regarde les leurs comme récentes, et il ajoute que, depuis Hésiode, elles avaient été composées par des hommes qui, ayant perdu le fil des anciennes idées, n'avaient, conservé que les noms d'êtres fantastiques qui ne se liaient plus à l'ordre visible du monde. (Dupuis, Orig. des Cultes.) Il y a des