‹ De la religionChapitre 193 sur 248 · LIVRE V, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE V

Pour être mieux compris de la généralité de ceux qui nous lisent, nous prendrons les exemples que nous venons d'annoncer parmi les divinités les plus connues, parmi celles qui nous apparaissent le plus habituellement dans les poèmes d'Homère. On appréciera mieux l'ascendant du génie grec qui, en admettant sur ces divines divinités des traditions lointaines et mystérieuses, transforma ces traditions en fables indigènes, et dégagea les divinités devenues grecques de ce qu'elles avaient de bizarre ou de sombre , d'abstrait ou d'effrayant, en un mot, de vraiment sacerdotal.

erreurs de tout genre dans ce peu de mots. C'est précisément Hésiode , comme on le verra, qui a gâté la simplicité de la religion grecque, en y faisant entrer des dogmes empruntés de cultes sacerdotaux, sans leur donner suffisamment le coloris grec. Mais la distinction de Dupuis entre les êtres fantastiques qui ne se liaient point à l'ordre visible du monde, et les êtres symboliques qui s'y rattachaient, indique dans l'écrivain un sentiment confus que les dieux du polythéisme soumis aux prêtres étaient des forces ou des abstractions personnifiées , tandis que ceux des Grecs étaient les créatures de l'esprit humain livré à lui-même. Rabaut, qui, de même que Dupuis, ne voit que l'astronomie avec un peu de géographie dans la religion, convient pourtant « que les Grecs ne « firent aucune attention aux vérités astronomiques enve-

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Cette méthode aura aussi l'avantage d'écarter d'avance plusieurs difficultés de détail, sur lesquelles nous serions forcés de nous arrêter, lorsque nous présenterons le tableau du polythéisme homérique. On ne nous objectera

« loppées de mystères religieux, soit que leur esprit ne fût « pas encore en état de les recevoir, soit qu'elles fussent « déjà méconnues par les étrangers qui les leur appor- « taient. » Un auteur allemand, passablement obsur, mais fort ingénieux, Wagner (Ideen zu einer allgemeinen Mythologie der alten Welt. ) divise les formes religieuses en quatre classes : i° la recherche de la divinité pour se confondre et s'unir à elle ; 2° la distinction de la divinité et du monde, soumis à la direction de la volonté divine; 3° la contemplation de la divinité dans les objets visibles , dont l'action est la plus efficace et l'extérieur le plus frappant; 4° l'adoration de la divinité dans les diverses parties de la nature, prises chacune à part et individualisées en divinités anthropomorphiques. Cette classification n'est pas exacte. L'auteur paraît croire qu'à toutes les époques l'homme peut concevoir la religion sous l'une ou l'autre de ces formes indifféremment. Cela n'est pas. Les deux premières , qui sont au fond le panthéisme et le théisme , ne sauraient être que le résultat de longues méditations, et ne peuvent exister que dans une civilisation assez avancée; mais les deux dernières sont celles dont nous traitons ici, et dont l'une, la troisième, appartient aux nations sacerdotales, et l'autre, la quatrième, appartient aux Grecs.

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