LIVRE Ilf ? CHAPITRE V
En Afrique, les Giagues(i)ont le soleil pour dieu suprême ; les astres les dirigent dans leurs courses belliqueuses ; et l'autorité temporelle , aussi-bien que spirituelle , est réunie dans les mains du Calandola ou premier Pontife (2),
Nous ne nierons point que des circonstances accidentelles n'aient pu soumettre à ce pouvoir théocratique quelques peuplades, chez lesquelles l'adoration des astres ne semble point avoir été en vigueur. Ainsi chez les nègres de Juidah , dont le dieu national est un serpent d'une espèce particulière , le sacerdoce forme une corporation redoutable. Mais c'est que jadis, au moment d'un combat décisif, ce serpent, déserteur de l'ennemi , se déclara leur allié, et les jongleurs adroits s'en préva-p lurent , pour se consacrer au service de ce mi-
(1) U est douteux que les Giagues soient une tribu; ils sont peut-être une secte : mais notre assertion n'en serait que mieux prouvée, puisque l'adoration des astres, en réunissant des sauvages de plusieurs tribus, aurait créé une horde à part, professant un culte distinct, et subjuguée par les pontifes de ce nouveau culte.
(a) Parallèle des Religions , I, 70.
raculeux auxiliaire (1). Cette exception n'infirme donc point la règle. Les hordes voisines du royaume de Juidah n'ont pas été séduites par cet exemple ; et comme aucun événement ne les a fait dévier de leur marche naturelle , et qu'en même temps elles ne rendent aucun hommage exclusif au soleil, leur sacerdoce est resté sans influence et sans autorité régulière. Si des tribus sauvages nous passons aux peuples policés (a), le même fait frappera nos regards avec la même évidence.
(1) Culte des dieux fétiches, page 3i.
(a) Nous devons faire remarquer à nos lecteurs que, bien que nous n'ayons à traiter maintenant que de l'état social le plus voisin de l'état sauvage , la distinction des époques est impossible à établir chez les peuples que le sacerdoce a subjugués , tandis qu'elle éclate à tous les yeux dans les annales des peuples indépendants. Cela ne vient pas seulement de la disette de monuments historiques, comme le remarque Gœrres ( As. Myth. Gesch. II, 445-447) > au sujet de l'Egypte qui parcourut une carrière de plus de deux mille ans , dont nous ne connaissons que le dernier cinquième , de tous le moins national et le plus empreint d'importations étrangères. Cela vient encore de ce que les prêtres , quand ils tiennent en main la puissance , portent tout de suite l'espèce humaine au degré de civilisation nécessaire à son existence et à leur