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À cette première modification du fétichisme se joint une circonstance qui complète la transition de cette croyance au polythéisme. Ce sont les apothéoses de plusieurs chefs des colonies étrangères (i).
lion privée, qui n'étaient pas ceux de la peuplade dont ils faisaient partie. Hérodote nous en rapporte un exemple ; et bien qu'il place en Sicile le lieu de la scène, et que l'événement lui-même n'ait point de certitude historique, il est précieux comme la preuve d'un fait qui constate les vestiges d'une religion individuelle, après l'adoption d'un culte public. « Une guerre civile, » dit-il, « s'étant « élevée à Gela, le parti vaincu se réfugia dans le voisi- « nage. L'un des fugitifs, plein de confiance dans ses « dieux particuliers , hasarda de ramener, sous leur « protection, ses compagnons d'exil dans leur patrie. »
(i) Il ne faut pas confondre ces apothéoses, qui sont particulières à la religion grecque, avec les incarnations que nous rencontrerons fréquemment dans les religions sacerdotales : ce sont deux choses directement opposées. Dans l'apothéose, on suppose que les hommes peuvent s'élever au rang des dieux par leurs exploits et par leurs bienfaits. Dans les incarnations, ce sont les dieux qui prennent la forme humaine , dans un but particulier, soit pour créer cet univers matériel, soit pour ramener ses habitants à la connaissance de la vérité qu'ils ont oubliée, soit enfin pour les racheter des condamnations auxquelles leurs péchés les exposent. Leur mission remplie , ces dieux remontent dans leurs demeures célestes.
Rien de plus naturel que ces apothéoses. Des hommes qui arrivaient chez des sauvages, avec quelque connaissance des arts indispensables, et qui, n'étant pas les plus forts, ne
Ce né sont jamais de simples mortels qui deviennent des dieux ; ce sont des dieux qui se font à leur choix hommes ou animaux.
Le principe de l'incarnation est dans l'intérêt du sacerdoce: celui de l'apothéose lui est contraire. Il est bon pour les prêtres qu'on admette que les dieux s'incarnent pour descendre du ciel. Les prêtres peuvent à volonté provoquer ces descentes merveilleuses. Il leur serait importun que les hommes pussent monter aux cieux. Ils y pourraient monter par leur propre mérite.
Cette remarque nous a semblé nécessaire, parce que des écrivains modernes, trompés par quelques expressions de Diodore, ont attribué aux colonies égyptiennes l'introduction de l'apothéose en Grèce. Mais Diodore, partisan du système d'Evhémère, voyait dans tous les dieux , à quelque religion qu'ils appartinssent, des hommes déifiés. Il est au contraire incontestable que les Égyptiens n'ont jamais élevé aucun de leurs rois au rang des dieux. Sésostris même n'a pas en ce privilège. Si dans la mort d'Osiris se trouvait contenue, comme la chose est possible, quelque réminiscence d'un événement historique, correspondant aux guerres des peuples pasteurs, l'esprit sacerdotal avait effacé jusqu'aux moindres traces de cet événement; tandis que l'esprit grec conservait avec soin, dans ses apothéoses, le souvenir embelli de la
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pouvaient être que les bienfaiteurs de ceux qu'ils instruisaient, devaient leur paraître des dieux. Les malheureux habitants de l'Amérique témoignèrent le même penchant à divi-
carrière mortelle que les héros avaient parcourue. La mort d'Hercule se rattache à ses amours et aux fureurs jalouses de Déjanire ; celle d'Osiris n'est qu'un emblème des révolutions du soleil.
Leibnitz, commettant, relativement aux Perses, la même erreur que Diodore au sujet des Égyptiens, a voulu, sur la foi d'une étymologie, voir, dans le mythe d'Arimane, l'apothéose d'un chef d'une tribu nomade. Mosheim ( Annot. ad. Cudworth. p. 238. ) a prétendu aussi que Mithras n'était qu'un chasseur déifié, parce que, sur les monuments qui nous sont parvenus, il est représenté tuant un taureau et suivi d'un chien. Ce sont là des interprétations que rien n'autorise. Les Perses n'ont jamais placé parmi les dieux leurs, grands hommes : maïs des écrivains systématiques ont cherché des grands hommes dans tous les dieux de l'antiquité.
La distinction que Julien établit entre les fables relatives à Hercule, et celles que les prêtres racontaient sur la naissance et les exploits de Bacchus, est assez propre à faire ressortir la différence qui sépare les apothéoses du polythéisme indépendant des prêtres, et les incarnations du polythéisme sacerdotal. « Hercule », dit -il, « bien que, dès son enfance, il eût éclaté en lui une force « divine et surnaturelle, est pourtant toujours resté dans « les limites de la nature mortelle. Mais dans ce que la my-
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niser les Espagnols, qu'ils voyaient dirigeant leurs vaisseaux ou montés sur des coursiers; et ces conquérants impitoyables ne les tirèrent de leurs erreurs qu'à force de cruautés et de crimes.
Par les apothéoses, un certain nombre de divinités revêt la figure humaine. Graduellement toutes les autres suivent cet exemple. Les rochers, les pierres, les arbres, les montagnes , cessent d'être adorés sous leur forme
« thologie nous dit de Bacchus, il n'est plus question d'un « homme devenu dieu, mais d'une essence divine, éma- « née de l'Être suprême , et se manifestant dans le monde « pour le perfectionnement du genre humain. Sémélé, « qui est appelée la mère de cette divinité, n'était qu'une « de ses prêtresses. Ayant annoncé son apparition, et « l'ayant provoquée trop tôt dans son impatience , elle « fut consumée par les flammes dont le dieu était ente touré. » Tout ceci a une analogie remarquable avec la mythologie indienne, tandis que tout ce qui se rapporte à Hercule est entièrement conforme à la mythologie grecque. Il est à observer que, dans l'édition de Spanheim, ce passage de Julien est défiguré. On croirait qu'il veut montrer qu'il n'y a nulle différence entre la naissance d'Hercule et celle de Bacchus. Toute la suite des idées prouve le contraire. Une légère correction dans le texte, et l'addition d'un point d'interrogation, rétablissent le sens.