LIVRE V, CHAPITRE VI
naturelle, et l'on suppose des événements pour expliquer leur métamorphose (i).
Les colonies, dans leur patrie ancienne, avaient vu les prêtres déifier les grands phénomènes de la nature. Le souvenir de ces déifications se confond avec les apothéoses. Il en résulte des dieux dont le caractère est double, et les attributs mélangés; mais la partie de ce caractère et de ces attributs qui appartient aux prêtres disparaît par degrés', et l'époque de cette disparition peut être fixée. C'est la substitution du culte de Jupiter à celui de Saturne. Jupiter est le centre de la mythologie populaire (a). Tout ce qui est antérieur à son règne est sombre , mystérieux, incohérent. Les conceptions informes des sauvages luttent contre les traditions bizarres des étrangers. Tout ce qui suit l'avènement de Jupiter est élégant, régulier,
(i) Dolaure, des Cultes qui ont précédé et amené l'idolâtrie.
(a) Novus fabularum ordo, et, nisi fallor, à caeteris diversus , Hellenicae stirpi propiùs versatur, circà genus Japeti. ( Heyhe, de Theog. Hesiodi. )
/pO DE LA RELIGION,
applicable aux besoins d'un peuple qui s'avance vers la civilisation. De nouveaux dieux succèdent aux anciens. Ces dieux nouveaux ont une existence plus individuelle, et plus conforme à celle des hommes. Jupiter et Neptune remplacent Uranus et l'Océan. Dans Vénus, divinité séduisante, et passionnée comme les mortels, est personnifiée la force génératrice, éparse auparavant entre la Nuit, la Discorde, la Mer, personnages obscurs, sans action directe sur la vie humaine (i).
Les mêmes colonies avaient apporté des cérémonies et des rites dont elles avaient oublié le sen6. Des vestiges de ces rites se conservent sans explication de leurs motifs (2).
(t) La fable de Vénus sortant de l'onde, après que Saturne eut jeté dans la mer les parties qu'il avait enlevées à Uranus (Théog. 1 go ), reposait sur l'hypothèse cosmogonique qui faisait de l'humide le principe de tout. Les Grecs la repoussèrent, puisqu'ils donnèrent à Vénus Jupiter pour père (Iliad. V, 370 ) ; mais ils conservèrent, comme gracieuse et poétique, l'image de Vénus portée sur les vagues, et se montrant sans voile à l'univers enchanté.
(2) Le sacrifice d'un taureau à Athènes, les cérémonies qui le suivent, et le jugement du prêtre sacrificateur, jugement dans lequel toutes les parties se renvoient l'ac-