‹ De la religionChapitre 232 sur 248 · LIVRE V, CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VIL

la réflexion. La classification est une espèce d'anatomie qui ne s'exerce que sur les morts.

De tous ces éléments hétérogènes résulte pourtant un tout uniforme, qu'un même esprit semble animer.

Si, comme nous en convenons, la religion grecque fut plus qu'aucune autre enrichie par des emprunts, jamais ces emprunts n'altéré^ rent son génie constitutif. Les coutumes et les opinions que les Grecs reçurent à diverses époques et de diverses nations , par la succession des temps et la communication des peuples, n'y pénétrèrent que partiellement, isolément, les unes dans un lieu, d'autres dans un autre , sans y recomposerl'ensemble qu'elles avaient formé sous la main des prêtres , et sans dominer jamais sur la masse des opinions grecques (i).Les changements que ces dernières subirent furent toujours l'effet des progrès

(i) Nous ne saurions trop répéter que cette vérité a été sentie par ceux mêmes qui avaient le plus d'intérêt à la nier, puisqu'ils voulaient prêter à la religion grecque un sens symbolique et profond. « Malgré toutes les influences « que l'esprit grec reçut de l'étranger », dit M. Creutzer, « il conserva dans la religion son caractère propre. De

des lumières et du développement naturel de la pensée. Ce peuple, privilégié de la nature et du sort, soumit, par sa force intérieure, à son esprit national les matériaux multiformes dont il composa sa religion. Son climat superbe, le bonheur presque unique qu'il éprouva d'être civilisé par des étrangers, sans être asservi par eux ; une réunion de circonstances qui ne

« même que les prêtres de Dodone ne purent rendre la reli- « gion égyptienne, les autres éléments ne purent effacer « l'empreinte nationale... Tout ce que les Grecs touchaient « prenait un nouvel être; et l'ancien symbole, pénétré par « les fables, les arts et la poésie de ce peuple, ne se recon- « naissait plus lui-même. » (Édit. allem. I, 370, a8o-38i.) Un autre écrivain, Stutzmann , distingue entre le monde et l'histoire de l'Orient, et le monde et l'histoire du polythéisme classique. C'est, sans qu'il s'en doute, la division entre les peuples dépendants des prêtres et les peuples libres de ce joug. Nous ne tirerons pourtant pas de ce fait, comme Hermann dans ses Lettres sur Homère (p. 64-68 et i/»i), la conséquence qu'on peut se faire une idée de la mythologie grecque sans sortir de Grèce. Nous pensons, au contraire, que pour n'être pas arrêté sans cesse par des contradictions ou des allusions qui seraient inexplicables , il faut étudier l'Orient , mais en ayant toujours présentes à l'esprit les modifications que la Grèce fit subir à ce qu'elle y puisa ou à ce qu'elle en reçut.

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