‹ De la religionChapitre 233 sur 248 · LIVRE V, CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE VII

s'est plus reproduite dans l'histoire, lui permirent de ne jamais s'écarter de la marche naturelle des idées religieuses. La religion eut, à chaque époque , le caractère que l'époque devait lui imprimer. Les traditions, les cérémonies, les vérités, les erreurs, arrivées du dehors , se plièrent toujours à ce caractère. Les Grecs ne reçurent ces matériaux discordants que sous la condition qu'ils les façonneraient à leur gré (i). En puisant dans le

(i) Il est si vrai que la religion d'Homère est toute différente de la religion symbolique, que Creutzer est obligé de supposer que c'est volontairement qu'Homère a passé sous silence la signification symbolique des fables qu'il raconte, et que, bien que les rites se soient conservés, le sens a disparu. La poésie homérique, dit-il, a fait méconnaître la profondeur du symbole. Homère connaissait les secrets du sacerdoce : mais, comme poète, il attribue aux êtres symboliques, dans des fables populaires, des actions humaines. Il présente le ciel et l'armée céleste sous les couleurs sous lesquelles le peuple, les rois, les guerriers et le vulgaire étaient accoutumés à les concevoir. Homère, comme poète national, et pour ainsi dire dans sa mission publique, dut se renfermer dans le cercle des connaissances que possédaient les Grecs, auxquels ses poésies étaient destinées. Voss (Anti- Symbol., p. 3i, 65 et suiv.) réfute avec beaucoup de force et de raison

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fétichisme de leurs ancêtres quelques traits fondamentaux de leurs dieux, ils ennoblirent leurs penchants et embellirent leurs formes. Ils n'acceptèrent de l'Orient que des dénominations et des rites. En consacrant les souvenirs de leur ancienne et confuse histoire, ils empreignirent ces vestiges de siècles barbares d'un coloris plus doux et plus brillant. En plaçant dans l'Olympe quelques-uns des hommes qui les avaient policés, ils les revêtirent tellement d'attributs célestes, que leur origine terrestre fut couverte d'un voile.

Nous aurons même à remarquer plus d'une fois que, lorsque les Grecs adoptaient de quelque peuple des fables, dont une partie n'était pas analogue à l'ensemble de leurs idées, ils rejetaient cette partie de ces fables ; et que si , dans la suite, les progrès de la pensée les en rapprochaient, ils reprenaient ce qu'ils avaient rejeté (i), tant leur esprit national exerçait sur

cette opinion que rien n'autorise, et que dément, au contraire, tout ce que nous savons des auteurs divers et de diverses époques, dont les chants combinés composent les épopées homériques.

(i) Ainsi le dieu Pan, dont nous avons parlé ci-des-

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