LIVRE IV, CHAPITRE II
et des parfums exquis : en voyant ici s'élever le pin lugubre , ramper la mousse flétrie , ou s'étendre au loin la bruyère stérile , et là des prodiges de végétation surcharger les plaines et décorer les collines; ici quelques animaux qui se ressentent de l'hostilité de la nature et demandent vainement à leur maître , compagnon de leur misère, une nourriture chétive, qu'il ne leur fournit qu'avec effort et parcimonie ; là tous les êtres animés, revêtus de couleurs éblouissantes, de formes tantôt élégantes, tantôt gigantesques, mais portant toujours l'empreinte d'une surabondance de vie ; et le règne minéral lui-même , le plus imparfait, parce qu'il est de tous le plus matériel et le plus séparé de l'intelligence , soumis pourtant à la même loi , n'offrant au nord que des cailloux et des roches , et déployant au midi l'éclat d'une richesse spontanée, qui fait resplendir l'or au milieu de sables et germer dans les cavités de la terre les pierres précieuses : on pressent les nombreuses différences qui doivent résulter , pour les habitants de ces deux zones , de positions si dissemblables et d'alentours si divers. Le besoin religieux demeure identique, mais ses apparences va-
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rient et son expression n'est plus la même. Comparez les fables des Scaldes et les chants de Sacontala. Là vache iEdulma lèche avec effort la neige glacée, d'où sort lentement une race inquiète, irritée et souffrante. Une froide sueur qui se condense, un sang noir qui se fige, des membres mutilés qui se roidissent, tels sont les matériaux hideux et informes de la création. Le serpent Mitgard, le loup Fenris, le corbeau ; prophète de destruction , témoins ou acteurs à la naissance du monde ; n'offrent sous des couleurs bizarrement poétiques, que de lugubres et repoussantes images. On dirait que les habitants de ces climats sévères , frappés de l'inimitié de tous les objets qui les environnent, trouvent une triste jouissance à Constater les rigueurs du ciel. Mais Brama repose mollement sur le lotus son berceau, que porte avec amour l'onde caressante de la mer de lait : Wichnou sort du calice d'une fleur : Crichna, lorsqu'il ouvre sa bouche vermeille, y montre réunies les merveilles de l'univers : et la jeune Sacontala, dans le jardin délicieux qu'embellit sa présence , est un emblème dé l'affection de la nature envers l'homme. Les hôtes des bois se jouent autour d'elle : l'agile