LIVRE IV, CHAPITRE II
chevreuil et la biche timide cherchent à retenir leur compagne charmante, en l'arrêtant par les plis de sa robe légère. A son approche les fleurs s'épanouissent et se tressent spontanément en guirlandes gracieuses. Les éléments rivalisent de zèle pour la servir et pour lui plaire. Elle est au milieu de tous les êtres, visibles ou invisibles, comme un enfant de prédilection au sein d'une famille qui le protège et qui le chérit (i).
(1) Si nous avions eu le loisir, en traitant du climat, de nous occuper du détail des fables , nous aurions indiqué à nos lecteurs de curieuses différences , introduites par les diversités du climat dans les récits et dans les rites. A Saint- Domingue, où l'ardeur du soleil est insupportable, les indigènes se le peignaient à la fois comme un protecteur et comme un ennemi. Les premiers hommes , disaient-ils , avaient habité long-temps les obscures cavités d'une montagne. Un énorme géant les y retenait. Cette sentinelle, avide de connaître les environs de son poste, s'en éloigna pour un instant. Le soleil darda sur elle ses rayons enflammés , et la changea en rocher. Délivrés de sa surveillance , les hommes hasardèrent dé sortir de leur sombre et ennuyeuse retraite, mais de nuit seulement, de peur du soleil, aussi redoutable pour eux que pour leur gardien. Un jour, plusieurs d'entre eux étant restés à la pêche jusques à l'aurore , le soleil levant les surprit et les métamorphosa en arbres odoriférants. Une autre fois, l'un
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Indigène dans certains climats, grâce à l'astrolâtrie , transplanté dans d'autres par les
d'eux fut transformé en oiseau ; et depuis ce temps, lorsqu'il aperçoit à l'aube du jour le soleil sur l'horizon, il fait retentir l'air d'harmonieuses plaintes. Mais le Groè'nlandais , sur qui cet astre, enveloppé de froides vapeurs, ne répand qu'une lumière triste et affaiblie, au lieu de l'imaginer l'auteur, le suppose la victime d'une métamorphose funeste. Deux amans , séparés par d'invincibles obstacles , furent transportés dans les cieux, sous la forme du soleil et de la lune, et se suivent éternellement sans pouvoir se joindre. Des Groënlandais égarés après la pêche, et qui ne purent retrouver le chemin de leurs demeures, furent métamorphosés de même en étoiles. (Crantz , Hist. du Groenl.)
Des oppositions pareilles se remarquent dans les époques des cérémonies et dans celles des fêtes. En Italie, le mois de novembre, qui semble ravir à la terre sa force productive, était consacré à Diane, déesse vierge et stérile. Mais en Egypte, la déesse de la production (Athyr, dans la langue cosmogonique , la nuit primitive, le principe créateur) préside au même mois, durant lequel la nature commence à développer sa fécondité.
Quelquefois l'action du climat est contrariée par des circonstances locales , qui, sans changer le caractère fondamental d'une mythologie , introduisent des anomalies très- singulières. Les fables kamtschadales qui ont pris leur origine au milieu des frimas , sont néanmoins empreintes d'un mélange de volupté et d'amour sensuel, qui ne conviendrait qu'aux nations du midi. Cette bizarrerie