‹ De la religionChapitre 80 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE III

cherche des jeux bruyants et des danses qui l'enivrent et qui l'étourdissent. Il en résulte qu'à peu d'exceptions près , qui tiennent à des accidents fortuits, les Nègres de l'Afrique sont beaucoup moins occupés de religion que les habitants de l'Inde , et que le sacerdoce a bien plus de pouvoir sur les seconds que sur les premiers.

De plus, partout où le règne végétal est riche et diversifié, la connaissance des simples acquiert une importance fort supérieure à celle que peut lui donner un sol aride, et l'exercice de la médecine devient alors plus que jamais une cause additionnelle de l'influence sacerdotale.

La fertilité du sol a encore un autre effet. Dans les pays où le travail est une condition nécessaire de la subsistance , la multiplicité des cérémonies qui l'interrompent ou le suspendent, a des inconvénients graves qui n'existent point quand la terre vient au devant des besoins de l'homme. Alors les prêtres profitent de leur ascendant pour multiplier les cérémonies , et le grand nombre des solennités religieuses accroît ensuite l'ascendant de ceux qui les ont instituées. Tout

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ce que nous savons de la religion égyptienne nous en est une preuve* Mais comme il arrive que ces institutions se transportent des pays où elles étaient , sinon convenables , du moins innocentes, dans ceux où des circonstances différentes les rendent nuisibles, les commandements de la religion contrarient les nécessités locales; et pour l'emporter sur ces nécessités, le sacerdoce est obligé d'exercer son autorité plus impérieusement , et de s'en arroger davantage , précisément là , où , d'après l'état naturel des choses , il devrait en avoir moins.

Quelquefois la même cause , ou pour mieux dire les deux causes opposées secondent le sacerdoce dans ses usurpations , en introduisant des dogmes qui lui sont favorables. Ainsi le Delta fertile suggérait aux Egyptiens l'idée du bon principe : mais par là même , l'aridité des déserts de la Libye semblait trahir l'action d'une divinité malfaisante. Or, il n'est aucune doctrine dont les prêtres s'emparent avec plus d'avantage que de la notion d'un dieu du mal.

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