CHAPITRE IV
De la nécessité de travaux matériels pour F existence physique des sociétés.
Lihose remarquable ! tandis que l'amour du repos et l'indolence favorisent l'empire des prêtres, la nécessité urgente de travaux matériels pour l'existence physique d'une société naissante y contribue aussi , et plus fortement peut-être encore. « On ne saurait, » dit Biodore (i) , « calculer , en voyant le lac Mceris, « combien de milliers d'hommes et quel prodi- « gieux nombre d'années ont dû être employés « à l'achèvement d'une telle entreprise. » Or, son exécution pesait naturellement sur les castes inférieures. Sa direction était confiée à
l6û DE LA RELIGION,
la caste régnante. Cette caste pouvait seul© indiquer les travaux et en contraindre l'exécution. Elle avait le secret de l'inondation, elle calculait son retour et ses phases , elle savait distribuer les eaux fécondantes , les empêcher d'être destructives, les contenir, ou les répandre , les diviser en canaux , leur op^ poser des digues. Le peuple était condamné à l'obéissance sous peine de la vie ; car il s'agissait de défendre , contre les empiétements des eaux toujours menaçantes , une contrée arrachée à leur domaine, et qu'elles tendaient sans cesse à ressaisir. De là l'oppression la plus sévère , justifiée d'abord par la nécessité , prolongée ensuite par l'intérêt , transformée en devoir par la religion , et sanctionnée par l'habitude (i).
(i) Par un effet de cette habitude , assez facile à expliquer, bien qu'il semble bizarre , un peuple accoutumé à des travaux nécessaires se résigne plus facilement qu'un autre aux travaux inutiles. Le gouvernement égyptien, théocratique ou royal, continua d'en imposer d'énormes à ses sujets, ou pour mieux dire à ses esclaves. Les rois suivirent l'exemple des prêtres, même en les combattant. Chemnis et Chephren, le persécuteur du sacerdoce, firent élever les deux plus grandes pyramides : mais les peu-
LIVR1S IV, CHAPITRE IV. l6l
Cette circonstance dut imprimer au culte et au sacerdoce de l'Egypte un caractère beaucoup plus sombre que ne le fut jamais celui de la religion indienne et de ses ministres. Aussi n'aperçoit-on chez les Egyptiens aucune trace de la douceur, de l'humanité, de l'esprit de tolérance dont on doit faire honneur aux peuples de l'Inde.
pks , irrités à la fin , ou plus vraisemblablement excités par les prêtres, jurèrent de tirer de ces monuments les corps de ces princes, et de les mettre en pièces, ce qui les empêcha de s'y faire enterrer. (Diod. I, 2,16.)
l{D2 de la religion,