‹ De la religionChapitre 90 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRE IX. I · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IX. I

s'est toujours établie entre eux, et les dépositaires des autres pouvoirs.

Cette lutte est dans la nature des choses et par conséquent inévitable.

Même dans les pays où le sacerdoce est originairement le pouvoir unique, une autorité subordonnée ne tarde pas à se constituer. Occupés du soin de dominer les peuples par la religion, les prêtres sont forcés de déléguer à des mains subalternes l'administration de l'état et sa défense contre les invasions étrangères. En conséquence, deux nouveaux pouvoirs se forment : le pouvoir politique, et le pouvoir militaire. Dans l'origine, ils ne paraissent qu'une émanation du sacerdoce. Ses délégués reçoivent de lui une mission révocable , et remplissent un devoir d'obéissance , plutôt qu'ils n'exercent une autorité. Mais dès-lors la puissance semble pourtant divisée. Ses diverses branches sont confiées en apparence à des mains différentes , et cette apparence amène bientôt la réalité. Les chefs temporels du gouvernement, les généraux des armées, se pénètrent du sentiment de leur force , et le moment arrive , où , soit par une

impulsion spontanée, soit parce que l'opinion les y invite , ils répudient leur assujettissement, et prétendent à l'indépendance. C'est le signal d'une lutte qui, une fois engagée, ne doit plus finir.

Tel est le spectacle que nous offrent l'Inde, l'Egypte , la Perse et surtout la Judée.

Tantôt les cutteries ou guerriers, enflés d'orgueil, secouent l'autorité des bramines. Mais quelque avatar venge la caste sacrée et punit les rebelles avec une sévérité effrayante (1).

(1) Les cutteries, enfants du soleil, ayant opprimé les bramines , Para Surama , le sixième avatar de la race de la lune,bramine lui-même, mais courageux comme un cuttery, attaque les factieux, les défait en vingt et une batailles rangées , remplit de leur sang des lacs entiers, partage leurs biens, et pousse si loin sa rigueur implacable, que les bramines eux-mêmes, dont il rétablit l'empire, s'affligent de la vaste destruction qui est son ouvrage. (Mythol. des Indous, I, 280- 290; Schlegel Weisheit der Indier. p. 184.) Cette lutte des guerriers contre les bramines forme un épisode du Makabarat. A Malva, est-il dit dans le 5' livre, régnait un prince nommé Hergbès. Son armée n'était composée que de cutteries. Une guerre s'éleva entre lui et le roi des Bramines. Dans chaque bataille les cutteries étaient les plus nombreux , et pourtant ils étaient toujours vaincus.

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