LIVRE XIII, CHAPfTRE IV. 2C
Les initiés aux Dionysiaques mangeaient dans une fête particulière de la chair crue, en mémoire de la barbarie à laquelle les hommes étaient réduits, avant que les prêtres ne les eussent civilisés (i). L'institution des lois valut à Cérès l'épithète de législatrice (2), qu'on donnait à Thémis dans d'autres mystères (3). L'union de la médecine et de la religion était célébrée (4). Les cornes de Bacchus furent Femblème des taureaux attelés à la charrue (5) , et son corps déchiré , celui dû raisin arraché de la vigne et brisé sous le pjpéssoir (6).
(i) Dioo. , V, 75. Clbm. Alex. Gohort. Obigbhe contre Celse^ IV. Epiphak. ady. Haeres. IMacrob. Somn. Scipion. I, la.
(2) Gérés Thesmophore et Thesmotiiète. Hestch. vo Qtfjttntf. Virgile appelle Cérès Légiféra. Le nom de Tbesmophories rappelle rétablissemelit des lois.
(3) Euseb. Praep. ev.
(4) L*un des Cabires était Esculape. L^invention de la médecine était attribuée aux dieux dans les mystères , comme en Egypte à Isis.
(5) Wach. , 333.
(6) Cérès était la terre, les Titans les vendangeurs qui écrasaient le raisin et le faisaient cuire ; Bhée, qui rassemblait les membres de Tenfant divin mis en pièces, était le vin composé du jus des diverses grappes. Diodore adopte ce sens symbolique , et après lui Corvvttis (de Nat. Deor. , cap. io). Mais n*oul>]ions jamai«i que tous ces sjrmboles avaient plusieurs sig[ni6cations. Diodorb même, dans Tendroit cité , ajoute que d*autres interprétations de la môme fable* étaient cachées aux profanes. De ce nombre était le sens astronomique. Bacchus décbiré en sept morceaux faisait allusion aux sept planètes. Ce qui le démontre , c'est que d*après les dogmes orpbiques , ce dieu présidait à chacune d^elIes sous un nom différent; à la lune, 80US celui deLiknitès; à Mercure, sous celui de Silène; au soleil, sous celui de Tiétérique; à Mars, sous celui de Bassaréus; à Jupiter, sous celui de Sabazicn ; h Saturne, sous celui d^Omphiétés. (Giralu*
3o DE LA RELIGION y
L'astronomie qui occupait, dans le polythâsme soumis aux prêtres, une place telle qu'elle a paru à plusieurs savants constituer à elle seule cette religion, ne pouvait manquer d'obtenir dans les mystères un rang proportionné. Les danses sabaziennes étaient une représentation pantomime des mouvements du soleil , de la lune et des planètes (i). L'échelle à huit portes était un symbole astronomique^ parce qu'on y révélait que les âmes
de^Musts.) La même légende était aussi Tun de emblèmes de la chate primitive. Les Titans , disait-on , ayant mis Bacchus en pièces et rayant dévoré, Jupiter les foudroya. Leurs corps inanimés produisirent la matière, et de cette matière les hommes furent formés. De cette origine résulte ce que nos passions ont de violent, de grossier, de féroce. Nés delà chair des Titans, nos corps ont conservé leurs inclinations coupables. Il faut les punir de leur faute antérieure, les faire souffrir et les subjuguer. ( Plut, de Esu Carnium. OltmpiODOR. in fragm. Orph. , p. 609.) Ici s^aperçoit, réintroduite par l'efficacité expiatoire de la pénitence, la notion du mérite religieux de la douleur.
(i) Plut, de Crac. Def., lo. Les prêtres d'Eleusis jouaient dans les mystères le rôle des divinités astronomiques , comme les prêtres égyptiens aux fêtes de TÉgypte. L^Hiérophante représentait le Demiourgos; le Dadouque, le soleil; TÉpâbomela lune, etc. L^astronomie se joignait comme toujours à Tastrologie. Les planètes sont appelées dans la sixième hymne orphique les dispensatrices et déclaratrices des destinées. En général tous les symboles de la doctrine orphique fixent la pensée sur Tadoration des corps célestes. La tradition disait qu^Orphée avait déclaré le soleil le premier des dieux. Les sept cordes de la lyre orphique , qui ne diffèrent point delà lyre égyptienne de Thotou d'Hermès (Spanh., p. 117. Hbms- TERH. ad Lucian , II. Foerxel , Gesch. der Musik) , représentaient les sept planètes. Leurs relations avec la destinée étaient une suite naturelle de la liaison de Tastrologie avec le culte des astres*