‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 42 sur 67 · LIVRE XIV , CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE XIV , CHAPITRE III

Telle , par des hommes qui avaient pour but bien plus d'inspirer à leurs contemporains une haute idée de l'antique poésie du Nord (i) , que de tracer la marche des opinions religieuses dans cette partie du globe , les monuments du polythéisme Scandinave ont été placés à côté les uns des autres, plutôt que classés dans leur ordre primitif. Avant d'être rassemblés , ils avaient subi plusieurs transformations. Lorsqu'ils reçurent par l'écriture, pour la première fois , une forme stable , les opinions qu'ils renferment n'étaient plus dominantes. Ceux qui les transcrivaient n'avaient aucun intérêt à rechercher s'ils ne contenaient pas des notions contradictoires , de diverses époques , et qui s'étaient supplantées , ou du moins succédé dans l'esprit des peuples. .

Il est donc impossible de distingu'er par des dates précises les monuments qu'ont agglomérés les deux compilateurs , et de là une nécessité manifeste de suppléer à la chronologie positive par une sorte de chronologie morale.

(i}Edda signifie Poétique , art de la poésie. Les Eddas sont donc an recueil pour former des poètes, et non un livre religieux. Les apprentis scaldes conservaient dans leurs poèmes les fictions de Tancienne mythologie , bien qu'elle fût détruite. (Mall. Hist. II, 25-a6.) Ce qui montre que les compilateurs des Eddas ne mettaient d'intérêt qu*à la poésie ; c'est une fable burlesqne évidemment interpolée, et qui est un persifilage contre les mauvais poètes. Odin , ayant ayalë le breuvage poétique , s'envolait sous la forme d'un aigle : poursuivi par un des géants de ce trésor , il en laissa échaflper une partie, et ce breuyagc, souillé de la sorte , devint le \)artage des mauvais poètes.

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