‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 41 sur 67 · LIVRE XIT, CHAPITRE III. Il · texte numérisé non relu

LIVRE XIT, CHAPITRE III. Il

yeloppent toujours dans cette destruction les divinités actives (i).

On conçoit aussi pourquoi , tandis que le premier Odin avait recommandé si expressément , si exclusivement le courage guerrier, et dirigé toutes les espérances et toutes les craintes vers un centre unique, Famour de la gloire et des combats ^ marquant d'infamie toute mort naturelle et frappant d'opprobre la paix, le second Odin, défaisant l'ouvrage de son prédécesseur , a prodigué à des qualités , jusqu'alors subalternes , le prix de la valeur. Le sacerdoce a dû vouloir remplacer des

toutes à ropposition du froid et de la chalear. Un autre antiquaire , M. de Suhm , s*est appuyé des allégories physiques , interposées dans les Eddas , pour envisager toute la mythologie du Nord comme an système de physique. C'est Terreur de Varron , sur la théologie grecque et romaine.

(i) Ci-dessus, p. 179 et suiv. Un auteur que nous avons consulté plus d'une fois (Roh, Scand., p. 268-269) , frappé de l'opposition de ce dogme avec les notions fondamentales du premier polythéisme des Scandinaves , Ta supposé introduit, après rétablissement du christianisme par des moines chrétiens. Cette conjecture prouve assez qu'on ne peut étudier les antiquités du Nord, sans y remar-» qaer des doctrines d'époques différentes. Mais le Ragnarokur n'a pas besoin de cette explication. Il a dû être le résultat de la révolution qui fit triompher le génie sacerdotal. Le même raisonnement nous porte à repousser , à plus forte raison , l'idée que tous les Eddas aient été l'ouvrage des missionnaires. Nul doute qu'il n'y ait eu des interpolations et des fraudes pieuses : mais tout une mythologie , créée pour s'en moquer, est une hypothèse ridicule. Les ressemblances de la mythologie du Nord avec le christianisme ne sont pas plus frappantes que celles de la mythologie avec les légendes de l'Inde. On y retrouve, par exemple, la fable de' l'Amrita , que les chrétiens n'ont pu y insérer , puisqu'ils l'ignoraient. (Roh, p. i35.)

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dogmes qui n'avaient d'influence que sur une portion des actions humaines . par des opinions propres à influer sur toutes ces actions , et à lui assurer ainsi une puissance plus intime et plus habituelle.

Nqus avons dit que la morale ne pénétrait pas progressivement , mais tout à coup , sous forme de code , dans les religions soumise aux prêtres (i) ; telle elle apparaît chez les Scandinaves. Elle est contenue tout entière dans FHavamaal , ou le can* tique sublime d'Odin. ce Mon père me chanta ce cantique, dit un héros, dans une Saga; ce cantique , qui rend les guerriers humains et justes. Celui qui l'ignore , insulte au faible , dépouille le voyageur, fait violence aux femmes, égorge les enfans. Mais celui qui en observe les préceptes , * défend le paysan, le voyageur , le vieillard, l'enfant et l'honneur des femmes (2); et, pour récompense, il est, après sa mort , transporté dans le Gimie , où il vit éternellement heureux. »

De tous les poèmes qui composent les Eddas , FHavamaal est celui que les Scaldes attribuaient le plus spécialement au premier Odin , et c'est à nos yeux une démonstration additionnelle , que ce

(1) T. IV, p. 479-

(a) Presque tous ses préceptes sont en opposition avec les exemples et les promesses du premier Odin à. ses compagnons : le pillage est leur vie , l'ivresse leurs délices , et rHamavaal défend le pillage et condamne J'ivresse. (Mall, Hist. du Dan., n,a8o.

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cantique était l'ouyrage du sacerdoce. Ce que les prêtres devaient faire remonter avec le plus de soin à leur fondateur fabuleux , était précisément ce qu'ils avaient ajouté à sa doctrine (i).

Essayons maintenant de déterminer à laquelle des deux époques des religions septentrionales se rapportent les traditions et les monuments qui nous restent. Les Eddas se divisent en quatre parties (2). Nous écarterons les subdivisions (3).

La première est la Yoluspa, le chant de la grande magicienne : elle contient les fables. La secondé est l'Havamaal , dont nous venons de parler ; il faut y joindre lé Lokfafnismal ou le chant de la sagesse. La troisième est le Runathal . et traite de la magie. La quatrième , qui ne se trouve que dans le plus ancien des Eddas, celui de Soemund,

(1) V. Bartholin 9 de Caus. contempt. mortis , UI, p. 193. Gsbh., Hist. Dan., 1. 35.

(a) Mallet (Bist. du Dan., II, 33) n*en compte que trois; mais c'est qu'il rejette la Lokasenna. L'on verra que c'est à tort.

(3) Ces subdivisions sont nombreuses et arbitraires. Pour les sim* p1î6er, nous re'unissons a la Voluspa , proprement dite , comme étant de la même époque , le Vaiftrudnismal , ou le combat d'Odin contre un géant; le Grimnismal, ou la querelle d'Odin et de sa femme Freya, pour l'empire du monde; le chant d'Alvis le nain; le Thiymsguida , ou l'histoire de Thor , de Loke et du géant Thrymmer ; l'Hymisguida , ou le récit cosmogonique , relatif au géant Ymer ; les trois légendes qui racontent la lutte de Thor contre un nain qu'il ne peut vaincre ; les amours du dieu Freyr, et les énigmes résolues par Svipdagr; la mort de Balder ; la généalogie des héros , fils des dieux, ou le passage de la race divine à la race héroïque ; le chant du corbeau , consistant principalement en prédictions sur la destruction du monde.

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est la Lokasenna. Enfin nous ne pouvons exclure de cette énumération ni les Nibelungen , ni le livre des héros (i) , composé long-temps après par des auteurs chrétiens, et soumis à une forme, chrétienne : mais l'empreinte du paganisme perce à chaque instant sous cette forme. La catastrophe du poèrtie germanique est manifestement empruntée du crépuscule des dieux , et le nom seul de Sigfrid ou de Sigourd rappelle le père d'un des Odins , chez les Scandinaves.

La Voluspa appartient aux deux époques. Les prêtres y déposèrent toutes les fables , devenues successivement parties de leurs légendes. Aussi les contradictions qui attestent la coexistence de plusieurs doctrines , sont-elles entassées dans la Voluspa. Elle est à quelques égards, pour la mythologie du Nord, ce qu'est Hésiode pour celle de la Grèce.

L'Havamaal et le Runathal ou chapitre Runique sont de l'époque du second Odin. Nous avons montré que Fun contenait une doctrine différente de la doctrine primitive , recommandait d'autres vertus , promettait d'autres récompenses , établissait , en un mot , un tout autre système religieux et moral. Le chapitre qui traite de la magie , tra-

<i) Le Heldenbuch. Ce livre des héros , plus re'cent que les Nibelungen , et attribué k Henri d*Ofterdingen , poète du xiii« siècle, n*en est pas moins rempli de traditions pareilles aux légendes anciennes du Nord.

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hit les précautions du sacerdoce contre des ri-^ Taux , et par-là même indique #un moment où les prêtres étaient en mesure de persécuter ceux qui allaient sur leurs brisées.

La Lokasenna est le banquet où Loke , après avoir causé la mort de Balber , vient insulter aux dieux courroucés. La salle du festin est un asile inviolable. Odin lui-même protège Loke à cause de la sainteté du lieu; et ce dernier, sûr d'être impuni , reproche aux habitants du Yalhalla leurs actions coupables et leurs penchants vicieux. Ce poème doit être contemporain du plus ancien polythéisme Scandinave, et antérieur au second Odin.

Sans doute ces poésies ont pu et ont dû subir diverses transformations. La caste sacerdotale en était seule dépositaire ; elles les transmettait , oralement et partiellement , à un peuple étranger toute littérature et pour qui l'examen eût été un sacrilège.

Quant aux ]\ibelungen et au livre des héros , ce que nous avons dit indique assez qu'on ne doit les consulter qu'avec précaution. Les réminiscences de deux mythologies , rapportées par des écrivains qui professaient une troisième croyance , ont été nécessairement très-défigurées , et les notions des deux époques sY trouvent mêlées , confondues et amalgamées de plus avec le christianisme qui les. avait remplacées , et les poursuivait encore de ses; haines et de ses défiances.

Si, malgré les preuves morales que nous croyons avoir portées jusqu'à Tévidence , on persistait à nous en demander d'un autre genre , fondées sur des témoignages historiques et des dates certaines , nous répondrions que les monuments de ces temps reculés n'ayant été recueillis qu'après que leur authenticité était devenue douteuse et leur époque inconnue , les règles de la chronologie ordinaire ne sauraient servir de guides.

Les Scandinaves n'ont eu d'historiens qu'à dater du onzième siècle (i). L'usage de l'écriture était interdit dans tout ce qui avait rapport à la religion , à l'histoire , aux lois^ Les hymnes, les légendes , les récits mythologiques ne se transmettaient que verbalement. Si nous trouvons des caractères runiques attribués à Odin , dans des poésies encore païennes, ils n'étaient employés qu'à des usages magiques.

Soemund Sigfusson , le premier qui osa mettre par écrit les Sagas et les poèmes dont la réunion forme les Eddas, vivait en 1057. Un siècle et demi plus tard, sa collection fut abrégée par SnorroSturleson.

Ainsi , recueillis deux fois , à cent cinquante ans de distance, après le triomphe d'une religion nou-

(i) Saivant Tobfobvs , il s'est écoule onze cents ans depuis Odin jusqu'au premier historien islandais , Isleif , ëvéquede Scalholt , qui mourut en 1080 {Mallet, Introd., p.'46)j et l'Odin dont Torfobus parle , nVst pas le premier , mais le second Odin.

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