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M. Raymond Bordeaux, dans un article fort obligeant sur la seconde édition de mon Essai sur rart de restaurer les estampes et les livres^ etc.^ article inséré dans le Bulletin du Bouquiniste du 1^' juin , exprime le regret de n'y avoir rien trouvé « sur Fart de réparer, de « consolider les maroquins armoriés ou les <c vélins luisants des reliures d'autrefois, sur la << marche à suivre pour décrasser, pour ravi- <K ver les dorures posées au petit fer sur les « veaux fauves du bon vieux temps ». J'aurais, en effet, dû songer à consacrer quelques alinéas à ce sujet , puisque j'ai tenté plusieurs
fois , avec un demi-succès , des réparations de ce genre. Je vais essayer ici de combler cette lacune.
Si j'ai négligé de décrire les opérations relatives à Tamincissement , à Tapplication et à la décoration des peaux » c'est par une excellente raison : je n^ai jamais étudié ni pratiqué la reliure sous ce point de vue. Ne possédant pas le secret, le certain tour de main qui produit les reliures souples , fashionables , artistiques, je me suis borné à conseiller aux amateurs qui désirent voir leurs livres revêtus de ces manteaux princiers, de recourir à nos habiles relieurs parisiens , dont le nombre doit égaler au moins celui des apôtres ; mais je puis donner, d après ma propre expérience , quelques bons conseils aux amateurs sur la manière de nettoyer, réparer et rafraîchir les bouquins vulgaires, et aussi, sous certaines conditions, ces somptueux maroquins du Levant, dont le seul fumet a la vertu d'émouvoir les bibliophiles pur-sang.
Nettoyage de la couverture. — Il est permis, sans être obligé de toucher au cartonnage d'un livre , d'en nettoyer et d'en con-
solider la couverture, soit dans son ensemble, soit sur tel ou tel point. Je connais, pour atteindre ce but, quelques moyens simples et praticables , mais assurément trop imparfaits pour rendre à une précieuse reliure tout l'éclat, toute la vigueur de la jeunesse. Une prima donna un peu mûre peut, dans certaines limites, pallier les outrages du temps ; mais , vues de trop près, les rides de son visage ne sauraient se dissimuler : ainsi des vieilles reliures coquettes dont il va être question.
Le maroquin ou le veau encrassé par un maniement souvent répété se nettoie à Taide d'une éponge fine , trempée dans une gelée de savon blanc ; mais s'il existait des taches d'huile ou de graisse, ce savon ne serait pas assez énergique ; il faudrait avoir recours au savon noir, ou plutôt à une dissolution faible d'un alcali quelconque, potasse, ammoniaque, etc. Il serait bon d'essayer préalablement l'effet de cette eau alcaline sur un fragment de peau de même nuance , ou sur un point peu apparent du volume: car certaines couleurs , communiquées aux cuirs, sont susceptibles de se décomposer ou de changer de teinte sous l'action
d'un alcali. Il est à observer que les alcalis noircissent plus ou moins les cuirs; aussi, après leur emploi, on y passera un peu d'eau acidulée, qui annulera cet effet. On notera, en outre , qu'il faut humecter fort peu le maroquin , sinon Ton détruirait le grain de sa superficie.
On pourra commencer par essayer de la benzine ; cette huile essentielle n'attaque aucune couleur , à moins que cette couleur n'ait pour principe une substance grasse ou résineuse* Elle n'agit pas à la manière des alcalis; elle ne saponifie pas les corps gras , mais elle les dissout comme l'eau dissout un sel, de la gomme, de la gélatine, etc. On la fera agir vivement, vu qu'elle s'évapore avec beaucoup plus de rapidité que l'ammoniaque , alcali dit spécialement volatil: Ce dernier liquide se môle à l'eau , mais la benzine ne peut être étendue que d'alcool.
La benzine donc, comme toute autre huile essentielle , n'opérant qu'en qualité de dissolvant, il faut, après l'avoir appliquée, pure ou mêlée d'alcool, sur la couverture d'un livre, et avant sa vaporisation , l'essuyer avec un linge
fin , autrement les molécules de nature grasse qu'elle a dissoutes, maïs non décomposées, ne feraient que pénétrer plus avant sous Tépiderme du cuir pour reparaître plus tard à la surface. Le mieux serait, après avoir versé quelques gouttes du liquide sur une des faces du livre , de tourner celte face du côté du sol. Dans cette position la benzine , chargée d'une portion de la substance grasse, tombe et s'accumule sur la fleur du cuir; c'est alors qu'on l'essuie vivement, et qu'avec elle on entraîne la matière qu'elle tient en dissolution. On renouvelle au besoin l'opération plusieurs fois.
Cette manière d'employer les dissolvants des corps gras est également applicable à l'enlèvement, sur les estampes, des taches huileuses à l'aide de la benzine , de l'alcool , de la térébenthine, etc. ; je recommanderai donc au lecteur d'en prendre note. Quand on dégraisse avec de l'eau alcaline, il est inutile de procéder de cette manière : on n'a qu'à enlever^ à l'éponge humide le savon qui s'est formé sur la surface du cuir; ensuite on laisse sécher le volume à l'air, puis on le met en presse.
Pour les taches d'huile recenses on peut aussi
recourir aux poudres impalpables , de nature argileuse, absorbante et légèrement alcaline. On vient de m'en signaler une nouvelle (du moins quant au nom). M. Massignon , pharmacien, rue Saint -Honoré, Ta baptisée :
« Poudre margarivore , servant à détacher les étoffes les plus susceptibles. »
Une tache d*encre noire ordinaire (gallate de fer), qui souille une peau quelconque , maroquin , mouton maroquiné , veau , basane ou parchemin lisse , perd sa teinte noire au contact de quelques gouttes d'une solution de sel d'oseille ou d'acide oxalique; mais je renouvellerai ici le conseil déjà donné : ces substances pouvant altérer certaines couleurs, il est bon de pratiquer d'abord in anima vili. Si la nuance pâlit ou change un peu , il serait , je pense, assez facile de la raviver, de la raccorder, avec de simples couleurs à l'usage de l'aquarelle , après avoir annulé par un alcali les traces de l'acide oxalique.
La tache jaunâtre qui survit à la disparition du noir de l'encre est, pour ainsi dire, nulle sur les peaux de couleur brune ou fauve, mais sur du vélin très blanc, par exemple, elle resterait
DES VIEILLES RELIURES. li
apparente; comment Ten débarrasser? Si Ton est obligé de prolonger sur l'oxyde de fer, qui en est la base, Faction de Tacide oxalique, maintenu chaud, cette portion du parchemin non-seulement perdra son éclat , mais courra le risque d une désorganisation immédiate ou ultérieure (1).
Quant aux taches d'encre de Chine, anciennes ou récentes, qui auraient pénétré le tissu, quel qu'il soit, de la couverture d'un livre, elles résisteraient à tous lel^agents connus.
Pour faire disparaître les diverses couleurs qui font tache sur les différentes peaux usitées dans la reliure, on aura recours, avec circonspection et après avoir essayé d'en bien reconnaître la nature, aux procédés de décoloriage indiqués pour les estampes. Il se rencontrera , sans doute, plus d'un inconvénient que n'offre pas le papier ; mais, d'autre part, on n'aura pas ici à se préoccuper du souci de ménager l'encre d'impression. Quant aux couleurs indestructibles, comme le bleu de cobalt, on ne
(1) Voyez, au sujet des taches d^oxyde de fer, la Note imprimée à la suite du présent chapitre.
réussirait pas mieux que sur le papier à les faire disparaître. Passons maintenant aux réparations purement chirurgicales.
La plupart des bouquins, ceux surtout exposés longtemps sur les parapets de nos quais, ont été tantôt rissolés par un ardent soleil , tantôt distendus par une atmosphère humide ; ils ont contracté des infirmités, des maladies de peau plus ou moins cumbles , selon la durée de Té-^ preuve. Le régime plus doux d une bibliothèque, placée dans une chambre où la température est à peu près toujours égale, suffit quelquefois à rétablir leurs couvertures déjetées ; mais lorsque la superficie du cuir tombe en écailles, entraînant la dorure , il faut, s'ils en içont dignes, leur faire faire peau neuve, les livrer de nouveau au relieur, supposé que le papier, l'organe essentiel de leur existence, ne soit pas moisi sans remède ; sinon c'est un livre perdu, ou, du moins, incapable de faire les délices d'un bibliophile ; il ressemble à certains vieillards atteints d'infirmités inguérissables : il n'est plus bon qu'à consulter.
Il en est qui, placés dans des conditions
DES VIEILLES RELIURES. là
moins rudes , ont seulement Tépiderme çà et là écorché par le contact soit de rustiques voisins munis de têtes de clous ou de fermoirs , soit de planches raboteuses, soit enfin de ces paniers d*osier à l'aide desquels les entrepreneurs de déménagements gâtent en une journée une bibliothèque entière. Celle du Louvre , soit dit en passant, était, au printemps dernier , en train de s'installer dans un nouveau local , au moyen de ces paniers , si redoutables , en dépit du foin ou de Tétoupe dont on les tapisse à l'intérieur. Une partie de mes livres ont passé plusieurs fois par cette fatale épreuve et ils s'en sont fort mal trouvés. Aujourd'hui, quand je déménage (la précaution est un peu tardive), je fais usage des boites bien rabotées à l'intérieur.
Pour les bouquins légèrement dépolis , dé- /ïôwrwpar le simple frottement, il est un palliatif propre à leur rendre un certain degré de fraîcheur et un aspect plus décent , qui dissimule jusqu'à un certain point la râpure de leur vieil habit. On étale sur leur surface, à l'aide d'un vieux gant, de la colle de peau ou d'amidon (cette dernière assez épaisse) à la-
quelle on peut ajouter un peu d'alun. On en barbouille vivement le dos, les plats et les profils du carton ; puis , avec un linge fin , on enlève le gros de la colle. On entraîne en même temps et la couche de poussière et aussi plus d'une souillure que l'eau a ramollie (1). Il restera sur le volume, après cette opération, une très mince couche de gélatine ou de gluten (partie visqueuse de l'amidon) ; avant qu'elle soit tout à fait sèche , on y passera la paume de la main sur tous les points. Les portions défleuries du cuir, qui avaient l'aspect mat de l'amadou , reprennent une teinte brune quelquefois même un peu trop prononcée. S'il y avait à la superficie de légères excoriations , leurs dentelures bavochées, grâce à cet encollage, se trouvent réunies au corps de la peau, dont l'épidermQ redevient lisse , sinon brillant,
(1) Certaines reliures du XYI" siècle ont sur les plats des ornements de diverses nuances , formées par de simples couleurs à Feau. En ce cas, il faudrait ou s'abstenir d'y passer de la colle , ou conserver un dessin exact de ces fugitifs ornements, afin de les rétablir après Topération.
Les coins, qui, presque toujours, sont très usés ou même crevassés , se seront raffeimis. En un mot , si Thabit ne peut passer pour neuf, il sera du moins plus présentable et contrastera d'une manière moins choquante avec les livres fashionables placés sur le même rayon.
Après ce débarbouillage à l'amidon, il arrive, comme aussi après le décrassement par les alcalis , que la couverture du bouquin est devenue terne. On réussit à lui rendre son brillant (supposé que la fleur ne soit pas enlevée) , en le frottant avec un morceau de flanelle imprégné de quelques gouttes du vernis, très siccatif, dit des relieurs, vernis qu'on trouve à Paris chez des marchands dont les noms figurent à la fin de l'article Relieurs^ dans V Annuaire du Commerce.
La plupart des amateurs et des*bouquinistes de la capitale connaissent ce moyen peu dispendieux de rendre un certain lustre aux vieilles reliures fanées et dartreuses (qu'on me passe l'expression). Si j'en ai parlé si longuement, c'est surtout pour les amateurs encore novices ou confinés dans une petite ville de
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province. Comme ces derniers, c'est probable, ne sauraient où se procurer le susdit. vernis, je leur communiquerai la recette de M. F.
Mairet, qui indique les proportions des ingrédients pour une grande quantité ; mais on est libre de les réduire au dixième. « On fait « dissoudre (dit-il au 39® article de son Essai « sur la Reliure) dans 3 litres d'esprit de « vin de 36 à 40 degrés: — Sandaraque, 8 on- « ces. — Mastic en larmes, 2. — Gomme laque « en tablette, 8. —Térébenthine de Venise, Î8. » Il ajoute : « On concasse les gommes et on opère « leur dissolution en mettant tremper la bou- « teille qui contient toutes les matières , dans « de Teau très chaude et en la retirant de i< temps en temps pour Tagiter. On conserve « ce vernis dans la bouteille où il a été fait , c( la tenant bien bouchée. Quand on veut se (( servir du vernis, on a soin de ne pas le re- « muer, à cause du dépôt. »
Je ferai ici une recommandation analogue à celle de M. Le Normand : il vaut mieux placer d'avance la fiole de verre dans le vase contenant leau du bain-marie, avant que cette eau
boaille, sinon Ton risquerait de briser sa fiole ; au lieu de Tagiter, on remuera la mixture avec une tige de verre.
Voici comment M. Mairet s'explique au sujet de remploi de son vernis : « On pose avec « un pinceau très doux une couche de vernis « sur le dos du livre , sans en mettre sur la « dorure. Quand le vernis est presque sec, on « le polit avec un morceau de drap blanc lé- « gèrement imbibé d'huile d'olive; on frotte « d'abord doucement et ensuite plus fort & me- « sure que le vernis sèche. . . Pour réussir, il <c faut absolument que le volume soit parfaite- <( ment sec et sans la moindre humidité. »
À défaut de ce vernis, on donnerait au bouquin un certain brillant, moins solide il est vrai , en le frottant avec le liquide qui sert & glairer; il se compose de blanc d'œuf (albumine) délayé avec un peu d'eau et additionné d'un peu d'alcool ; le tout bien battu. On pourrait encore essayer d'un glacis à la colle de peau ou à la gomme arabique.
On rend le lustre au vélin blanc et au veau (hors pourtant aux endroits par trop défleuris par l'usure), en les frottant avec un polissoir
d*agate , une dent de loup, ou un fer d'un^ forme cambrée et chauffé convenablement.
Quelquefois , avant de polir, on passe sur la peau, selon M. Le Normand, de la flanelle très légèrement imprégnée de suif ou d'huile de noix. Il faudrait bien se garder de repolir le maroquin , vrai ou imité, car on en écraserait les grains ou les rides qui en sont la beauté. Même observation à Tégard de la basane, peau à fleur tendre , qui risquerait d'être écorchée. Pour lustrer ces sortes de cuirs , on se servira du vernis des relieurs ou , au pis aller, du vernis à Talbumine que j'ai signalé cidessus.
Réparations des lacunes, écorchures, etc.
— Passons au traitement de plaies sérieuses, qui s'étendent bien au delà de la superficie de l'épiderme. On voit souvent des couvertures en veau , basane ou maroquin , çà et là profondément écorchées ou même percées de trous comme les manteaux de Diogène et de Ruy- Blas ; le dos, les charnières et les coins , ceux du bas notamment, laissent paraître à nu la pâte du carton; c'est un état de cynisme qui réclame au moins quelques palliatifs ; le sim-
BES VIEILIBS RELIURES. 19
pie barbouillage à Tamidon est impuissant à guérir de pareilles blessures.
On essayera de réparer les lacunes à Taide de fragments de peaux de même nature et de nua&ce identique. Je supposerai d'abord que l'amateur possède des débris de maroquin, de veau fauve , de vietix vélins , etc. , dépouilles de livres infortunés dont le texte , à tort ou à bon droit, a été voué aux usages les plus humiliants. On cherchera parmi ces lambeaux une pièce convenable : quelquefois on trouve. Le point essentiel , c'est d'assortir le grain de la peau. Quand la nuance est trop claire, on la raccorde plus ou moins aisément avec des couleurs pour l'aquarelle; mais si elle est trop foncée, il faut chercher encore. On parvient à éclaircir un peu le veau d'une teinte trop brune à l'aide d'un acide affaibli.
Supposons le morceau trouvé : avec un peu d'adresse et de patience on réussira à combler une lacune par des procédés analogues à ceux indiqués pour les raccords du même genre , pratiqués sur une estampe. On donne à la lacune une forme nette, bien arrêtée, et on la com-* ble avec une pièce de dimension identique. Si
Ton n*â pas le temps de se livrer à ce travail de mosaïque de rapport , on se contentera de soulever, avec une lame souple ^ les bords de la peau qui forment le contour de la lacune; on appliquera de la colle épaissie ou de la gomme sur le carton mis à découvert ; on glissera la pièce , amincie surtout vers les bords , puis on rabattra par-dessus les bavochures tlë l'orifice du trou , après les avoir très légèrement imprégnées d'une colle peu -fluide, sinon cette colle ferait tache. Mais une pièce ainsi mise sera plus désagréable à Tœil que celle rapportée par le premier procédé, car à cet endroit il y aura toujours une sorte dé bour-» relet qui accusera la forme du trou.
Parlons maintenant de la réparation de ces excoriations plus ou moins profondes, produites par le brutal contact d'un corps dur, anguleux ou raboteux.
Quand les portions effiloquées du cuir sont au complet , on les redresse , puis on les rabat sur la cavité de l'écorchure après les avoir enduites légèrement de colle d'amidon épaisse.
Mais si les dentelures correspondantes au vide sont absentes , comment niveler ces sortes de
sillons qui offrent l'apparence de l'amadou?
Avec une pièce rapportée, incruslée dans la fissure ? C'est une opération , je crois , difficile ù pratiquer, et il en coûterait moins à convertir l'écorchure en une lacune bien nette , que l'on boucherait comme je l'ai dit ci-dessus. Tâchons d'imaginer une sorte de mastic.
Je ne suis pas au courant des procédés mis en œuvre pour la fabrication du cuir bouilli , mais il me semble qu'une pâte formée de limaille de cuir, qu'on ferait bouillir avec de la colle de peau , remplirait assez bien notre but. On en comblerait le sillon de l'écorchure, puis, quand elle serait sèche , on raserait l'excédant au niveau de la surface générale, et l'on passerait le brunissoir.
Ce moyen m'est venu tout en causant avec vous , mais en voici un autre que j'ai mis en pratique , bien qu'assez grossier. J'ai un jour employé la susdite colle mêlée tout simplement avec du blanc d'Espagne. Mon livre pouvait être assimilé à un tableau mastiqué , qui attend des retouches. J'ai réussi même, avec cette pâte , à imiter le grain du maroquin. Je raccordais les teintes avec des couleurs à la
fi DE LA RÉPARATION
gomme (1). Mais celte softe de replâtrage n*est applicable qu'à un endroit du plat assez rapproché du centre ; dans le voisinage de la charnière , ce mastic sans souplesse s'écaillerait et se détacherait , ou , du moins , rendrait plus difficile Touverture du livre.
J'ai songé aussi à tirer parti du gutta-percha (2). Cette matière y de couleur fauve, a la propriété, à une certaine température (vers 70 degrés), de se ramollir et d'adhérer au cuir, puis de reprendre à froid son état naturel , qui est une demi-élasticité ; mais , après avoir été fondue par l'approche d'un fer chaud, ou mieux encore (si l'état du temps le permet) à l'aide d'une loupe exposée au soleil , elle brunit beaucoup , et sa teinte ne s'harmoniserait
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(1) Si ToD souhaitait raccorder ariistement des Toaux marbrés , jaspés , etc., ou certaines nuances particulières , on consulterait les principaux ouvrages sur la reliure, qui indiquent les procédés usités pour apprêter ainsi les couvertures.
(2) Dans le commerce on dit : la gutta-^rcha. Mais M. Bouchardat et plusieurs autres savants chimistes donnent à cette matière le genre masculin ; >'ai cru devoir suivre leur orthographe.
bien qa'avec oelle d'un veau brun très foncé ; je n'ai trouvé aucun moyen pour Téclaircir.
Je signalerai encore une autre expérience à tenter. On connaît la souplesse de la pâte des toiles cirées ; il en existe de toutes nuances. En se mettant au courant de ce genre de fabrication, on composerait peut-être un mastic convenable; mais je dois ajouter qu'avec ces sortes de matières, il ne serait permis de raccorder les dorures qu'à froid.
. Parlons de la réparation , du rapiècement de la couverture , à l'endroit même où elle fait l'office de charnière. C'est une opération qui n'est praticable qu'à la condition de trouver un tissu à la fois très mince et très souple. J'ai réussi à consolider cette partie d'un volume par l'emploi d'une bande de baudruche, glissée entre le dos et le plat , et fixée , d'une part , sur le bord du plat, d'autre part, sur le carton de l'endossage. Je donnais ensuite à la baudruche une teinte analogue à celle de la couverture. La déchirure restait visible ; seulement , j'avais remédié à la solution de continuité : le livre s'ouvrait et se fermait.
Réussirait-on mieux par l'usage d'une mince
feuille de caoutchouc? Je n'ai pas essayé ; mais ce tissu , je crois , ne s'obtient en couches très minces que par un étirement exagéré de cette matière , qui tarde peu à perdre sa qualité essentielle : son élasticité. Peut-être raccorda rait-on sans inconvénient (sur un veau très brun) les déchirures de la charnière avec des fragments de gutta- percha liquéfiés par les moyens indiqués plus haut.
J'ai quelquefois rétabli des coins de volume avec plus ou moins de succès. En cas d'avaries peu graves, voici comment je m'y prenais :
après avoir décollé , à rintérieur du plat , le feuillet de garde , soit à sec soit à l'aide de l'humidité , je repoussais à une certaine distance la peau endommagée ; je collais sur te carton un fragment de peau de même nature et de même nuance; je rabattais les bavures et façonnais le nouveau coin à l'état humide; puis, après avoir replacé les bords de la garde, je raccordais la couleur.
Quand la peau qui garnit le coin est par trop délabrée, on rapporte un coin entier qu'on taille en forme de triangle et que l'on colle de niveau avec le cuir du plat, tronqué net au
DES VIEILLES HELIURCS. 2S
canif. Si la pointe de carton est toute feuilletée^ on lui rend de la rigidité au moyen de colle de pâte ou de peau , dont on Timprègne et qu*on laisse bien sécher. On peut ajouter un peu de blanc d'Espagne à la colle pour lui donner plus de consistance.
Mais, lorsque Tangle du carton est tout à fait arrondi , émoussé , écharpé par Tusure , on doit prendre le parti de le renouveler, en incorporant au plat un coin tout neuf. Pour Vy souder solidement , on dédouble de moitié , au canif, d'une part, le bord du plat, tronqué à cet endroit , d'autre part , la base du triangle qu'on y joint, de manière que ces deux espèces d'entailles se superposent, s'enchâssent avec précision. Ici on fait usage de la colle forte. Ce travail n'est pas difficile, mais les apprêts exigent du temps et de là patience, car il faut soulever le cuir et la garde sur une assez grande surface , puis tout replacer. Si l'on ne se sent pas assez doué de cette dernière qualité, on renoncera à cette entreprise et on la confiera à un relieur ; autrement on ne ferait rien de solide et l'on endommagerait son volume au lieu de le restaurer.
â6 DE LA RÉPARATION
Réparation des tranches. — Pour 6ter sur les tranches d*un livre une tache d'encre ou une flaque de couleur quelconque, ou essayera des substances chimiques indiquées pour ren^ lèvement sur le papier de ces mêmes souillures. Toutefois, il faut ici faire une distinction : on n'a pas affaire à une surface formée d'un seul jet de pâte de papier, mais à une réunion de profils de feuillets rangés en piles. Si Ton négligeait de mettre en presse la tranche à nettoyer, le liquide, pénétrant à travers les interstices, maculerait un certain nombre de pages. Si pourtant Tencre elle-même s'était infiltrée assez avant sur les plats des feuillets , il vaudrait peut-être mieux que le liquide dissolvant suivit la même route. Dans ce cas, on serait ensuite obligé d'effacer sur chaque feuillet les mouillures qui résulteraient de l'application du remède , travail assez compliqué.
Si ^ au contraire , la tache souille uniquement la superficie de la tranche , on maintien* dra le volume bien serré et de telle sorte que la tranche à nettoyer ait une position verticale ; puis on appliquera, au pinceau, le liquide nécessaire. La tache enlevée (supposé qu'elle ne
DKS VIEILLES RELIURES. S7
soit pas de sa nature indécomposable), il faudra , en certains cas , rétablir la teinte générale de la tranche, raccord peu difficile, à moins qu'elle ne soit habilement marbrée.
Quant aux tranches dorées , Tor étant inat-* taquable, elles résisteront naturellement à Tac* tion des agents chimiques ; on réussit à en faire disparaître Tencre , sans avoir à raccorder ce fond brillant. La tache cède quelquefois, au contact d*une éponge humide. L*encre de Chine elle-même , ce noir indécomposable , est sus* ceptible de s'effacer par ce simple procédé « qui agit par voie d'entraînement.
. Supposons maintenant des tranches que ne salissent aucunes taches , mais qu'un fréquent feuilletage a fanées, flétries, décolorées en, partie. Il est assez aisé , je le répète, d en raviver les couleurs , si toutefois elles ne sont pas trop compliquées ; j'ajouterai : et pourvu qu'il n'y ait pas de cahiers ou de feuillets , les uns en retrait, les autres en saillie, par rapport au niveau général ; car, en ce cas, il faudrait commencer par réparer l'endossage, sans disloquer le volume : opération presque impossible. La couleur ravivée , on repolit avec un brunissoir
en agate la tranche maintenue bien serrée.
Si une tranche , non plus peinte , mais dorée, a été çà et là endommagée par Tusure , est-il permis d*en raccorder les parties qui ont perdu leurs brillants reflets ? Les raccords parfaits de teintes d*or sont impraticables sur des bordures de tableaux, et, sans doute, il en serait de même à Fégard d'une tranche de livre. La nouvelle couche d'or appliquée sur la lacune contracterait par la fraîcheur de son poli avec le reste de la surface , et , aux endroits où elle empiéterait nécessairement sur les parties intactes, la surcharge serait visible. Il faudrait sans doute faire redorer l'ensemble par un doreur de profession.
Quand on s'est donné la peine de raviver la couleur des tranches , on peut désirer , pour compléter la réparation , le renouvellement des tranchefiles. Je n'ai jamais eu la patience de façonner une tranchefile , sorte d'ouvrage de passementerie, qui rentre toutefois dans l'état du relieur. Sur cet article , l'amateur aura recours au relieur, ou, s'il veut entreprendre lui-même cette restauration, aux conseils des ouvrages publiés sur la reliure.
' Réparation des dorures. — Il s'agH ici du ravivement , du raccord et du remplacement partiel des ornements dorés d'un bouquin prçr cieux. Quand , pour le nettoyer, on le frotte^ comme jeTai indiqué plus haut, avec du savon en gelée ou de la colle d*amidon , on n*altère pas la dorure 9 pourvu qu'elle ait été appliquée selon les règles ; on la débarrasse , au contraire, de la couche de crasse qui lui ôtait de son éclat; mais si elle a été, sur certains points^, détruite par lexcoriation de la surface du cuir., il faut , pour la rétablir, commencer par renoiiveler cette «urface. Ici se présente uno; grande difficulté ; il s'agirait de trouver un m.asti.c propre à servir defond (voir ci-dessus, page 21). A coup sûr on n'obtiendrait aucun service du gutta-percha , à moins de dorer à froid., puisque l'application à chaud d'un fer à dorer le liquéfierait. Il n'y a guère que la ressource d^s pièces rapportées.
J'ai réussi quelquefois à raccorder assez pro* prement des fragments effacés de dorures, par le simple emploi de l'or en coquille , étalé au pinceau sur le cuir préalablement réparé. J'imi- . tais . de mon mieux chaque partie de l'orpe-
menfatioh à rétablir. Ge genre de raccord manque de brillant et de solidité; le frottement d^nne éponge humide suffirait à TefFacer; mais on lui donnerait un peu plus de fixité en y passant du Ternis de relieur.
Indiquons des procédés moins imparfaits.
Si Ton n*a que des filets , que des segments de cercle à raccorder , on peut soi-même fabriquer son outillage. On se procure de petites lames de laiton , les unes à tranches rectilignes, les autres diversement courbées sur leurs profils , comme des gouges. On a aussi de minces tiges de divers calibres, dont le profil est circulaire ou ovale. Avec ces simples éléments , on raccordera bien des dessins. Le fond convenablement préparé, on applique à chaud ces fers (ainsi les nomme-t-on , bien qu'ils soient de cuivre) sur des fragments d*or en feuilles. Les fers doivent être un peu plus chauds que Teau bouillante ; pas assez , ils ne fixent pas la dorure; trop, ils brûlent le cuir (1). L'excé-
(1) Les doreurs, ai-je lu , portent sur leurs fers un doigt mouillé et reconnaissent , rien qu'au bruissement de Teau qui se vaporise, si le degré de chaleur dst don-
DES VIEILLES RELIURES. 3i
dant d'or, non louché par le /cr, s'enlève avec un morceau de serge.
S'il s'agissait de restaurer, sur une reliure ancienne des plus précieuses , des ornements très compliqués, on ferait fabriquer quelques fers, d'après les parties bien conservées dû modèle. Si l'on se sent assez de patience et d'adresse , on tentera d'en façonner soi-même. On calque au pinceau , avec nn vernis de ré«sine ou de cire , les principaux motifs de l'ornementation intacte de la reliure ; on applique ce calque , qui naturellement laisse une em^ preinte à l'envers , sur un fond de cuivre ; on retouche son dessin avec le même vernis. On enduit , de cette même substance , toutes les autres faces du cube ou cylindre de cuivre , qu*on fait tremper dans un bain d'acide azotique concentré (eau-forte). L'acide, corrodant le métal seulement aux endroits non couverts de l'enduit, permet aux ornements de ressortir en relief à la manière d'un cliché. On pour-
yenabie. Le moyen le plus simple pour un amateur novice, c'est d'essayer son fer sur un fragment de cuir.
32 DE LA RËPARATIOM
rait encore avoir recours au procédé électrochimique appliqué au clichage.
A Taide de ce moule, obtenu d'une manière quelconque, il est permis de dignement réta* blir les ornements effacés , pourvu que le fond du cuir soit apte à recevoir la feuille d'or.
Notons, en passant, qu'il n'est pas facile aux amateurs novices de coucher cet or, sans le plisser, sur les diverses parties de la reliure : c'est ,une expérience à acquérir. Ensuite , la pellicule d'or dépassera toujours nécessairement et masquera les places à redorer. Il faut pourtant que le fer tombe juste sur tel ou tel point pour qu'il y ait raccord ; c'est assurément là la plus grande difficulté à surmonter, et l'on aurait plus tôt fait de dorer un plat tout neuf sur toute sa superficie. Peut-être pourrait-on substituer à l'or en feuille une poussière d'or qu'on sèmerait sur le dessin tracé avec l'enduit albumineux destiné à fixer la dorure.
Selon M. Le Normand, quand on dore sur la soie ou le velours , on saupoudre la place où doit être appliqué le fer d'une poudre sèche d'albumine , qu'on rend légèrement visqueuse en y dirigeant son haleine.
On désire quelquefois rectifier un titre défectueux ou une date erronée. Le plus simple est de les faire réimprimer par un doreur sur une peau isolée , qu'on rapporte sur le dos du livre. On peut soi-même entreprendre ce travail, si Ton possède des lettres en cuivre , un composteur et une dose d'adresse suffisante.
Supposons le cas où, sur un titre anciennement doré , et qu'on tient à conserver, il y a une seule lettre ou un seul chiffre à changer. Il s'agit d'abord d'effacer la lettre ou le chiffre à remplacer. On commence par y déposer une goutte d'alcool; puis on l'essuie et l'on entraîne le vernis qui pourrait recouvrir l'or. Si la dorure résiste à un frottement prolongé, on tentera sa décomposition chimique. Je ne conseillerai pas l'emploi de l'eau régale, le dis* solvant infaillible de l'or, car il désorganiserait le cuir. Je pense qu'un globule de mercui*e, maintenu chaud sur la lettre à l'aidé d'un fer rouge ou des rayons solaires concentrés par une loupe (1), absorberait les
(1) L'application des rayons solaires concentrés à 1 é«
chauf fement de certaines substances conviendrait , en
parcelles métalliques en s'y amalgamant. Restera une empreinte en creux : comment la faire disparaître? On parviendra, je pense, à faire gonfler le cuir, à Tendroit déprimé , à Taide d'un jet de vapeur d'eau dirigé sur ce point au moyen d'un tube de verre très effilé. Cette trace effacée , ou au moins atténuée , on procédera au remplacement de la lettre. Le mieux serait de se procurer un caractère en cuivre du même modèle, et de rappliquer chaud sur la place vide couverte d'un fragment d'or en feuille ou en poudre. Mais, quand on a affaire à une reliure très ancienne, on ne saurait « le plus souvent , assortir ce caractère. Il faudrait le faire exécuter ou le fabriquer soi-même par le moyen indiqué plus haut à propos des op* nements.
plusieurs cas, à la réparation des estampes; mais il faut en user avec ujae précaution extrême, soas peine de brûler à Hnstant le papier sur lequel on dirige cette source intense de calorique. Si le soleil est très ardent» on se servira d'une petite lentille , peu convexe , autrement dit d'un foyer assez long. On pourra, à Tadde de plaques métalliques , protéger les environs du point où agit le foyer de la lentille.
J'ai plusieurs fois remplacé , tant bien que mal, le chiffre d'une date erronée au moyen d'or en coquille appliqué au pinceau ; mais, je le répète, ce genre de dorure manque de brillant et de fixité. Du reste, ce raccord n'est que provisoire; je compte, un jour, refaire ces chiffres par le moyen suivant. Vous avez , sans doute, vu sur nos quais, en vente à bas prix, des lettres ou chiffres de cuivre, incrustés dans des manches de bois, et destinés à marquer le linge? Voilà notre modèle tout trouvé. On se procure un fragment de cuivre laminé, et, à l'aide d'une petite pince, on en façonne le pro* fil, la tranche, de manière à obtenir, par exemple, un 2. L'épaisseur du métal devra égaler la dimension du plein ; pour former les déliés on amincit au canif. Avec un peu de goût et d'adresse, on a bientôt le chiffre désiré; on l'incruste dans une sorte de manche de plâtre ou de glaise qu'on laisse sécher et se durcir : on possède un fer à dorer prêt à fonctionner.
Report d'anciennes couvertures. — Est-il permis de reporter des couvertures d'ouvrages richement reliés , mais sans valeur, sur le carton d'autres livres, plus précieux par leur texte
et dont le miUésime s'accorde avec le styte de la reliure démontée? Pins d'un de nos bons re-. lièurs répondra par Taffirmative.
Où chercher ces magnifiques habits destinés à parer un livre en haillons, et pourtant d'une grande valeur intrinsèque? Où les vieilles coquettes , je vous prie , trouvent-elles ces belles chevelures factices qui les rajeunissent, do moins entre le front et Tocciput? Sur des tête& de jeunes mais niaises villageoises, qui livrent pour quelques francs une parure naturelle va^ lant plus que leur dot , si les jouvenceaux du pays en savaient apprécier le mérite.
Plus d'un volume a conservé vierge sa spleadide reliure originelle, par ce seul motif que le texte en est ennuyeux, insipide. A cette classe appartiennent certains ouvrages de théologie indigeste, « œuvres sacrées, dirait Voltaire, car personne n'y touche » , et ces odes courtisanesques, fadasses rimailleries^ en aristocratiques livrées, adressées à de hauts personnages qui les payent, mais ne les lisent pas. C'est à ces sortes de livres qu'on peut, sans remords, enlever leurs précieuses eaveloppes.
Toutefois, pour en tirer parti, il est urgent de
s'assurer si leurs dimensions, en tous sens, s'accordent avec celles des nouveaux volumes qu'on Se propose d'en décorer. Les vieux livres intacts se dépouillent aisément quand on n'a a ménager ni les nervures, ni les gardes, ni le carton. Ce qui exige le plus de temps, c'est l'enlèvement à sec des débris de colle qui adhèrent çà et là au cuir du côté de la chair après la dislocation. On cache, bien entendu, l'ancien titre sous le nouveau, qu'on imprime sur un fragment de peau rapportée.
J'ai revêtu plus d'un in-4*' de couvertures en vélin à ornements dorés , provenant de livres du même format. Quand le dos se trouvait trop étroit ou trop large, je remplaçais cette partie, mais alors la couverture se composait de trois pièces. Si le dos était de mesure, j'effaçais l'ancien titre , tracé à l'encre , avec le sel d'oseille, et j'inscrivais le nouveau au même endroit, mais à l'encre de Chine ; doré, je le couvrais d'une nouvelle peau, trouvant trop long d'en effacer les lettres par les procédés indiqués plus haut.
Supposons maintenant qu'il s'agit de reporter sur un volume rare, dont on change seule-
ment le carton , la vieille reliure contempor raine qui le revêtait. Si la peau est usée vers les bords, aux coins , et à Tendroit où elle fait Foffîce de charnière , sa séparation , sans avaries, de Tancien carton, est assurément unç opération très délicate. Pourtant on y réussit, même à sec, avec de la patience et des précau:tions qu'inspire la pratique. Nos habiles re*" lieurs, pour peu qu*on ne regarde pas au prixi exécutent plus d'un tour de force en ce genre. Seulement, presque toujours, ils sont obligés de renouveler les parties corrodées par Tusure, ainsi que les gardes. Ils revêtent donc çà et là le carton neuf du volume d'une peau mince , bien assortie à la nuance de Tancienne, y transportent la couverture séculaire encore chargée des riches ornements qui en constituent toute la valeur, et , sur ces portions re* nouvelées , rétablissent les dorures d'après le modèle qu'ils ont sous les yeux.
Plus d'un relieur a réussi à reporter, avec une merveilleuse habileté, sur un nouveau fond , le splendide habit d'un livre rarissime, sans avoir été dans la nécessité de le recoudre et de le rogner une seconde fois, extrémité
DBS VIEILLES RBLItJRES. 39
toujoui^ fâcheuse. On peut même, à la rigueur, à force de soins, parvenir, sans en disjoindre les cahiers, à nettoyer les feuillets un à un et à en réparer les lacunes et les déchirures ; mais on conçoit que de pareilles restaurations sont une affaire d'argent, et ne doivent s'appliquer qu'à un livre pour ainsi dire inestimable. Je crois même qu'il existe à Paris des relieurs de force à remettre en place un cahier inrocîavo qui aurait été transposé , sans dérelier le vo* lume et sans laisser subsister la moindre trace de cette opération difficile.
lOTE RELATIVE AUX TACHES DE ROUILLE.
Dans mon Essai sur l'art de reskiurer les estampes^ etc.^ j'ai plus d'une fois exprimé mes regrets au sujet de la difficulté de faire disparaître radicalement les taches ou couleurs qui ont pour principe le peroxyde de fer. Gomme une estampe à décolorier contient d'ordinaire plusieurs couleurs à base ferrugineuse , il se^ rait à souhaiter qu'on pût la soustraire à l'ac*-