DÉC0L0RIA6B
c*est que j'ai réduit, par le chlorure die chaux, une sépia dite de Rome, à une légère tache rougeâtre et ferrugineuse qu*a enlevée à chaud Tacide oxalique en dissolution.
Autres couleurs brunes, — M. Lefort signiale les suivantes : — Brun de manganèse (bioxyde de ce métal), teinte fort riche, encore peu employée. — Brun Van Dyck, mélange d'ocre jaune, de colcothar et de sulfate de for, toutes substances fortement calcinées, réductibles seulement par des dissolutions addes maintenues bouillantes. — Brun doridephmb (bioxyde de ce métal), encore très peu connu, et qui, je le suppose, serait décomposé parles acides affaiblis. — Terre d'Ombre (ainsi nommée parce qu'elle provient de FOmbrie, province des Ëtats-Romains) ; elle a pour basa de l'oxyde de fer et de l'oxyde de manganèse unis à l'alumine. — Terre de Sienne^ composition chimique inconnue^ à base d*oxyde de fer, d'une teinte brune-rougefttre. — Terre de Cologne (ou de Cassel)^ lignite ferrugineux et pulvérulent, de teinte foncée, où domine. lu charbon. — Brun de Prusse (^hlen de Rmm calciné). Le fer que contient ce bl^o « pissi
DES ESTAMPES. ild
à Tétat d*oxyde; cette couleur est légère et transparente, comiae celle d'où elle provient.
— Bistre^ couleur extraite de la suie de certains bois, spécialement dn hêtre, et employée seulement dans TaquarelLe. Sa composition B*est,pas indiquée J'ai détruit par Tacide oxalique une couleur ainsi nommée sur l'étiquette.
— Ulmine^ couleur diversement composée et encore peu usitée. — Brun de chicorée^ employé très rarement.
6**. Des Couleurs bleues. — Ces couleurs se détruisent avec plus ou moins de rapidité, une seule exceptée : celle dont je vais parler immédiatement.
Bleu de cobalt. — Ce bleu éclatant est, selon M. Thénard , qui en a fait la découverte, un composé d'alumine et d'oxyde de cobalt.
M. Dumas le nomme aluminate de cobalt^ parce qu'il suppose que l'alun forme ici non un mélange, mais un sel inaltérable (1). Plus
(1) Quand ralumine constitue un mélange , et non mie combinaison, comme il arrive dans les laques bleue, verte, carminée , etc., elle ne s'oppose nuUement à la décomposition de Toryde métaUiqne.
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d*un acide peut-être dissoudrait cet oxyde métallique, si Talumine ne lui donnait de la fixité. Je n'ai pu réussir à le décomposer chimiquement; il a résisté à tous les réactifs^ à toutes les combinaisons. Je ne sais si quelque chimiste possède le secret de le réduire sur le papier; pour moi, je ne puis qu*en affaiblir la teinte éclatante par le procédé suivant. L^estampe étant placée dans une bassine, on verse goutte à goutte sur la partie coloriée une dissolution, concentrée et chaude, de savon blanc. Au bout de deux heures le savon a pénétré toute répaisseur du bleu et s*est pris en gelée. On passe alors avec légèreté une éponge sur la tache bleue. Le savon, en se dissolvant, entraîne une portion notable de la couleur, même sur un papier très absorbant (1) ; mais une faible teinte azurée survit toujours. Je n'oserais conseiller aux amateurs, pour dissimuler cette tache indélébile, de donner à toute la surface de Testampe une teinte pareille , car
(1) D'autres fubstancei mucilagîneuset, taUes que la gomme arabique , la coUe d'amidon, etc., prodainîiat fang doute ua effet analogue.
DES ESTAMPES. ISl
je doate que cette nuance soit propice à l^efTet du burin. Par bonheur les estampes ancienne* ment coloriées ne peuvent offrir aucune trace de bleu de cobalt, puisque cette couleur ne fut signalée qu*en 1804 , par H. Thénard.
Bleu de Prusse. — Composé d'oxyde de fer et d'acide cyanhydrique (cyanure de fer), ce bleu se décolore dans Teau contenant en dissolution une très petite quantité de soude ou de potasse. Il y disparaît sur-le-champ, laissant une trace jaunâtre qui, n'étant, je crois, qu'un peu d'oxyde de fer, doit céder à l'acide oxalique ; du reste cette trace est très faible et s'efface même quelquefois dans l'eau chaude.
Après l'emploi de la potasse, ou de tout autre alcali , on passera l'estampe à l'eau légèrement acidulée , et on la laissera retremper longtemps dans de l'eau pure.
Indigo. — Couleur végétale peu employée en aquarelle; elle cède au chlore et aux chlorures, et peut-être aussi à l'acide sulfureux.
Cendres bleues. — C'est une couleur due à un sel de cuivre. L'acide chlorhydrique très étendu d'eau la dissout, malgré l'argile qu'elle contient. En général, les bleus à base de
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cuivre cèdent à tous les acides affaiblis.
Outremer. ^ Bleu d*une teinte éclatante, qu*on extrayait jadis du lapis lazali, et qa*oa tire aujourd'hui d'autres substances. L'outremer que j'ai essayé s'est effacé sur-le-champ dans la plupart des acides mêlés d^eau, notamment dans l'acide chlorhydrique.
Violets, — La plupart des violets sont des teintes obtenues par le mélange d'un ronge et d'un bleu. Leur décomposition est plus on moins facile, selon la nature des deux éléments colorés qui les constituent (voy. y «plos loin, Couleurs mixtes).
Le jaune dit de Mars , qui a pour base la peroxyde de fer, donne, étant calciné (par des procédés tenus secrets), un violet naturel, probablement très difficile à détruire. Quant au violet végétal qu'on obtient de la décoc^ tion du bois de Gampéche, mêlée à un sel de plomb, il doit disparaître sur-le-champ dans les chlorures, puisque, selon H. Lefort, les rayons du soleil suffisent à l'altérer.
. V Das GoDLEuas vertes. — Beaucoup de teintes vertes résultant du mélange d'un bleu et d'un jaune quelconques , on attaque ii^é-
DSS ESTAMPES. i2S
ment chacune des couleurs qui entrent dans là composition. 11 est un cas qui serait difficile à résoudre : celui d:un yert formé de bleu de cobalt, matière indécomposable; heureusOf ment cette composition doit se rencontrer râ*^ rement, car le bleu de cobalt produit des nuances vertes peu agréables.
Verts à base de cuivre. — La plupart des verts éclatants ont pour base un sel de cuivre ; tels sont : la cendre et la laque verte; léverdeê (acétate de. cuivre, vert-dé-gris); le vert an/^ gluisou deScheele^ qui Se composé d*oxyde de cuivre et d*oxyde d*arsenic; le vert de Vienne ou de MHiis (nom de Tinventeur), qui est très vif et d*une composition à peu près analogue*
Ces couleurs s'effacent en général sur-lechamp dans une dissolution très faible d*acide chlorhydrique. Ceux qui suivent ont une autre base que le cuivre.
Veri de Rinnmann. — On le nomme aussi vert de cobalt ^ parce qu'il est un zincate de ce métal. Le vert dit de zinc est, selon M. Lefort^ la même matière , mais préparée par d'autres procédés. Cette couleur est fort chère. J'ignore si elle cède on don à l'action des acidei.
iU DÉGOLORIAGE
Vert de vessie. — Co vert, léger (peu opaque) et d*une teinte assez foncée , est extrait du nerprun, arbrisseau qui fournit aussi un sirop purgatif. Son nom provient de Tusage où Ton est de le faire sécher dans des vessies.
Cette matière, de nature végétale, doit être décomposée par les chlorures.
J'ai constaté dans la première édition de ce livre des essais faits sur un vert de vessie^ ainsi étiqueté sur la tablette ; il avait une odeur semblable à celle du fiel de bœuf. Plusieurs acides, ainsi que les chlorures, l'ont fait tourner au bleu, et ce bleu, analogue à celui dit de Prusse, a disparu dans une faible dissolution de potasse. Âvais-je affaire à un vert de nerprun mélangé? Je Tignore.
Vert d'Iris. — C'est encore une couleur végétale, extraite de la fleur que porte la plante de ce nom ; elle doit céder aux chlorures, et sans doute aussi à lacide sulfureux liquide.
Vert émeraude. — Cette couleur, qui doit sa désignation à sa nuance et se vend fort cher, est précieuse par sa solidité : elle résiste à tous les agents chimiques. Quand elle est récemment appliquée sur un papier bien encoUé, on-
DES ESTAMPES. iSit
peut Tentrainer avec le savon ; mais , quand elle s'est incorporée à sa surface, elle est tout à' fait indécomposable.
M. Lefort (^Chimie des couleurs j p. 300) nous apprend que ce vert, inventé par M. Pannetier, dont il porte quelquefois le nom , s*obtient par des procédés tenus secrets ; il lui donne pour base l'oxyde de chrome , et assure qu'il ne se réduit que calciné avec le chlorate de potasse. Il distingue ce vert de celui dit vulgairement i?6rt de chrome (sesquioxyde dé ce métal), qui vaut 1 fr. 50 c. le kilogr., tan-' dis que le vert d'émeraude se vend 140 fr. J'ai essayé un vert de chrome qui cédait à Teau acidulée. 11 est vrai que le nom inscrit sur la tablette pouvait être une fausse étiquette.
Cette source d'erreur, soit dit en passant, m'a peut-être plus d'une fois, dans le cours du
présent cha]f)itre , entraîné dans des méprises.
M. Lefort signale encore d'autres verts dont il est inutile de nous occuper.
8® Des Couleurs mixtes. —J'ai parlé,' en
passant, du gris, de 1 orange, etc. Les couleurs^
; peuvent, en se mêlant, former mille combinai-^
sons de nuances et de teintes. Un amateur un-
iS6 OËGOLORIAGB
peu exercé dans Taquarelle discernera promptemenl les diverses matières primitives qui ont concouru à former telle ou telle nuance. Il faudra souvent, pour les dissoudre, autant d'opérations qu'il y a de couleurs mélangées. Supposons, par exemple, une teinte d*ombre formée de carmin, de bleu de Prusse et de sépia : on devra successivement employer le chlorure de chaux pour effacer le carmin et la teinte noire de la sépia ; la dissolution de potasse pour le bleu de Prusse ; puis Tacide oxaHque pour le peroxyde de fer, résidu de la sépia.
Je Tavoue , je ne saurais trop dé<iider pair quel liquide on devrait commencer à attaquer une teinte si compliquée. Je crois que Tordre des substances indiqué ici est le plus convenable. En tout cas, il sera bon, entre chaque opération, de faire tremper Testampe asses longtemps, afin que les traces du ptemier liquide employé ne nuisent pas à Teffet du se* cond.
Quand plusieurs couleurs ont été superposées seulement , la décomposition de celle qui adhère au papier entraine les autres. AppH*
quez du carmin sur du papier; couvrei-Iei
quand il est bien sec , et avec légèreté^ d'une couche de bleu de cobalt : le chlorure de chaux enlèvera le carmin ^ et entraînera en même temps ce bleu indécomposable, parce qu'il est comme isolé et se trouve tout à coup privé de son soutien.
Dernières réflexions sur le décoloriage.
— Je n'ai pu parvenir, dans cette seconde édition, à résoudre plus complètement que dans la première la question du décoloriage. Il y a au moins trois couleurs positivement indé-* composables : — les noirs à base carboneuse , le bleu de cobalt et le vert émeraûde. Plusieurs antres ne s'enlèvent que difficilement et non sans quelque danger futur pour le papier ou le noir d'impression ; tels sont : le vermillon, les peroxydes de fer à base d'alumine> et autres qui exigent l'emploi de substances assez concentrées et chaudes. J'espère néanmoins qu'on évitera toute mauvaise conséquence en agissant prudemment et ayant soin , après chaque opération dangereuse, de laisser longtemps Testampe dans un bain d'eau pure, ott légères*
1 28 DÉCOLORIAGE
ment mélaDgée d'une matière capable âè pré-* venir les ravages de celle employée.'
Les estampes que j'ai , depuis plus de treize anSf décoloriées , n'ont pas souffei^ sensiblement. Cependant le noir de quelques vues d'optiques soumises à mes procédés est loin d'offrir le brillant et la netteté d'une épreuve qui n'aurait jamais été coloriée. Il est vrai qu'à titre de pièces à peu près sans valeur, je les avais traitées assez cavalièrement, tandis que j'aurais eu mille égards pour les estampes rares ou précieuses.
Je ne saurais trop le répéter : le poini difficile pour l'amateur qui a sous les yeux une estampe à décolorier, c'est de savoir au juste : 1^ à quelles sortes de couleurs il va avoir affaire, difficulté qui oblige à des tâtonnements; 2** si ces couleurs ont une teinte franche et ne sont pas falsifiées ou mélangées ; 3® si la substance indiquée qu'il leur applique est d'une pureté convenable.
On ne saurait satisfaire à cette dernière cou- \ dition en certaines localités ; de là des décq^j tions. Ainsi, tel liquide impur ou mal pré] déposera de nouvelles taches sur le papier
consolidera au lieu d'enlever celles qui s'y trouvent.
Quand le dccoloriage compliqué d'une gravure a exigé l'emploi d'un grand nombre de dissolvants , on fera bien , pour plus de sûreté, de la doubler d'un papier assez mince qui lui servira de soutien ; on pourrait même avertir (par une note au bas de la marge ou au verso) les amateurs de l'avenir de se garder de la dédoubler, de crainte de la perdre. Au reste ce n'est là qu'un avis de précaution, et je déclare ne raisonner que par hypothèse.
Chaque branche de l'arbre de science croît . en ce siècle avec une rapidité merveilleuse. l II est à espérer qu'un jour un habile chimiste , 1 qui daignera refaire mon livre , perfectionnera l mes procédés de décoloriage , sans perdre de ; \ue les deux conditions essentielles du problème à résoudre : conserver intacts le papier •et l'encre d'impression, et les garantir de tout dommage présent ou futur.
Un amateur ne doit jamais , dans un mo-
tienl de dépit , détruire une précieuse estampe
1 un livre rare flétris de taches réputées an-
urd'hui indestructibles. Pourquoi ne décou-
laO DKCOI.OIItAUK
vririiii-oii puH un jour uuo iiouvoUo «ubtttanco (Miptibin (riHolnr, (h) (liHHoudro, doniraluor cet innnH dn |mmilluN cariionouMoM agitlulinâoiii qtron uonnuo tuirro dn (Ihino, noir d*ivoirO|elc.T J^iii fort HU|Mirllr.it!llouiont (îiudiô 1 urt d*onlovor loH (M)ulnurH par voln d'ontrnlucmnnt tiiùcanl- (|U0 ; rot art oHt HUNcnptihIn do notabloft pro* grfm. Qui i«ait ni biiMilôt t)U no trouvora pM un agnnt inoHpôrô dn di^c-ompoMition dam la puiHNanoo, appli(|ui^o d*uno cortaina manibre, du Ituido i^loolriquo? LMtudo do In photograptiio nouM n^orvo aUKMi HauM douto la rdvdtatinn do pluN d'un Nocroi. I/aotiondo In lumiôro Nur la fonnation ou la doNtruction duM coulouric n*a pa.H onooro M h\vi\ approfundio. Il ont n\M quo In Kohtil, houh Tinfluonoo do plufûourN oirrouHtaucoH uiyKti^riouHOA , dôi^otoro ou mi^taniorphoHo ((uolfpioK nuancon. Pourquoi un Navant no dnvinorait-il paH la moyen do dt^oonipoMor, i\ Taido doN rayouH HolniroMi par rintoruM^diairo d*un agont (*uooro inoonnu , Ion roulourM rôput(^oM Ioh pluH MolidoMT Lon ouvragcrt do ctiiniir Higiudrnt dann tes charbon uno propriiUt^ d(^(*.()lorianto (Voir lo Journal ih Pharmaaw, t. VIII, ot Ich Anmlf$dc Chimie^
t. XXIX); pourquoi ne parviendrait-on pas à i tirer parti de cette propriété, pour résoudre en partie les difficultés de la question qui nous occupe?
Je conseille une fois encore au lecteur de bien méditer tout ce que j'ai dit çà et là relativement à Faction des divers liquides appliqués au décoloriage. Il pourra lui-même en tirer de nouvelles conséquences pour le perfectionnement de mes procédés. Je termine en le renvoyant à Tarticle (imprimé à 1^ fin du livre) intitulé : Note sur l'emploi des substances chimiques indiquées ^