RÉPARATION DES DÉCHIRURES, ETC
j Tai décrite page 18. Maïs supposons-la très rièvement blessée ; trous , éclaircis , déchiares, plis obstinés, piqûres de vers, etc , rien 'y manque. Voilà une série de réparations ui réclament du goût , de l'adresse , et sur- )nt de la patience. Il faut, avant de se mettre Q travail , se demander si Ton est bien dans m jour de bonne disposition, d'inspiration, i l'on veut.
Eclaircis ou Ecorchures. — J'ai déjà dit que ;e8 avaries se réparent en collant au verso de 'estampe des fragments de papier minces, en- ;ollés au môme degré (1), et de la même teinte [ue toute la surface. Ces pièces rapportées miteront aussi exactement que possible la orme des éclaircies, mais en dépasseront un levL la limite. Au lieu de les couper net, on en imincira,onen dentellera les bords au grattoir; eur contour ainsi préparé n'en adhérera que nieux et sera moins apparent. Il est indis- )ensable que la colle soit blanche et très pure,
(f ) Si l'on a trempé l'estampe dans l'eau bouillante, Ue a perdu l'encoliage qu'elle avait à sec; le papier e réparation, en ce cas, doit être également non encollé.
134 RltPAIIATlOlf
sinon ollo formerait au recto une sorte de ta cbo jaunAtm.
LoH inoillourH grattoirs aonti à mon avii ceux lég^roniont rocourbôs qu*omploiont le pâdicunm. Pour façonner lus bords d'une plèc nvoc une ccrtuino r(^gularitéf il est essenth ([uo lo papicT rupoHo sur un corps lisse et doi par exemple) sur un verre do montre légtn ment bomb(^ ; cette forme seconde efflcacemei laction du grattoir.
Dèchimres. — Le papier étant un tissu il landrcux , une sorte do feutre , sosdéchlrun offrent une multitude do bavures en forme ( dents de scie frangées. Quand il en manqi quelqucH portions « elles se retrouvent um souvent dans Teau do lavage de la bassim eau qu'on ne doit jeter qu'après un minutiet examen.
La déchirure simple, en ligne droite, e facile à réparer. Le recto de la gravure humic étant posé b plat sur une table bien unie , ( rapproche les deux rangs do dentelures Jui qu'à ce qu'elles se raccordent avec exactitud< puis on applique une bande de papier prépi rée comme je Tai dit ci-dessus, et enduii
DES DÉCHIRURES, LAGUNES, ETC. ISj
d*une couche de colle de pâte , ayant soin que ses bords soient à peu près, de part et d'autre, à une égale distance de la ligne que suit la déchirure. L'essentiel, je le répète, c'est qu'elle soit, quant au degré d'encollage, identique au papier de l'estampe ; sinon , à sec, la surface générale grimacerait.
Quand la bande est bien appliquée , on retourne l'estampe du côté du recto ; on réunit de ce côté avec la plus grande précision les bords de la déchirure, qui sont quelquefois fort accidentés ; on ramène au moyen de la lame (décrite page 13) les dentelures vis-à-vis les unes des autres , en les soulevant à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'elles se rejoignent parfaitement ; on relève celles qui sont repliées au-dessus ou au-dessous du papier de l'estampe, et l'on ajoute, s'il est nécesaire, de la colle avec un pinceau très doux.
En définitive, s'il ne manque aucun fragment, on peut parvenir à dissimuler les points de coïncidence ; mais le plus souvent, en dépit de tous les efforts, il reste une trace d'usure, un trait blanchâtre en zigzag qui décèle les sinuosités de la déchirure ; plus tard , à sec ,
i 36 RÉPARATION
OU le masquera à Taide de quelques points de raccord tracésàFencre de Chine (voirchap.IX).
Les déchirures en forme de croix ou de pattes d'oie , ctc , se réparent de la même manière, mais exigent plus de soins et de patience. Il faut appliquer un papier de soutien au verso de Tcstampe , avant de la tirer de li bassine : c'est le moyen d'éviter que ces déchirures compliquées no s'agrandissent. Quand on l'aura étendue à plat sur la table et qu'elle y adhérera par tous les points de sa surface « on relèvera les bavures, et l'on collera au verso plusieurs bandes , disposées suivant la forme des ramiûcations de la déchirure.
Plis et Rides. — Il existe souvent sur une estampe des plis antérieurs au tirage et contemporains de la fabrication du papier. On se gardera bien de les aplanir , car les traits du burin se trouveraient déformés ; il faut au contraire les resserrer davantage , puis les maintenir au moyen d'une bande collée au verso.
Mais les plis ou rides postérieurs au tirage, qui rompent ou font grimacer les lignes des hachures, doivent être détendus et aplanis.
Le simple redressage par la mise en presse au
moyen de poids (voir p. 18) opère le plus souvent cette réparation. On peut encore les faire disparaître avec un fer chaud appliqué sur le verso de Tcstampe maintenue à Tétat de ' moiteur.
Enfin . s'ils résistent opiniâtrement à ces deux moyens , on aura recours à un autre procédé. On collera par les bords l'estampe humide sur un carton sec et épais. Il faut, pour réussir, que son papier soit capable de suppor- ' ter en séchant une forte tension. Si elle n'avait* pas de marges , on y suppléerait au moyen de bandes qui adhéreraient d une part à son verso, d'autre part au carton. On se fera une idée de l'opération en lisant, au chapitre VIII , la manière de disposer la feuille destinée à doubler une estampe par le procédé dit à fond tendu.
Les traces blanchâtres que laissent quelque* fois les plis anciens proviennent du frottement; on les dissimule le mieux possible en retouchant les hachures, comme je l'indiquerai au chapitre IX.
TroiLS et Lacunes. — Les trous fort petits, comme les piqûres de vers , se rebouchent au moyen de rondelles de papier collées au verso.
138 RÉPAnATION
Si Ton tient à les combler avec une parfaite netteté, on a recours à un procédé plus long» mais aussi plus parfait : on prépare de la pâte de papier. Je ne sais au juste, je Favoue, comment on fabrique cette pâte dans les papeteries ; mais on obtient une sorte de mastic assez convenable en faisant longtemps bouillir dans Teau de la limaille de papier. On se procure cette limaille à Taide d*une r&pe à bois , qu^on promène sur les tranches , bien serrées en presse , d*un livre inutile. On broie ensuite cette bouillie avec de la colle de peau alunée , afin de Tencoller, puis Ton raccorde, s'il est nécessaire , sa teinte avec celle de Testampe.
La gravure étant humide et appliquée sur un marbre , on colle au verso , à Tendroit des piqûres, un papier très mince ; puis on retourne Testampe et Ton remplit de pâte toutes ces petites cavités , qu'on aplatit au niveau de la superficie de la gravure, absolument comme s'il s'agissait de mastiquer les lacunes d'une vieille peinture à l'huile. On met en presse, et plus tard on raccorde à sec les tailles du burin.
On pourrait même supprimer le papier des-
tiné à soutenir la pftte , car cette pâte écrasée sous la lame empiète assez sur les bords du trou pour s'y maintenir seule , surtout si ces bords ont été un peu dentelés au grattoir.
Les lacunes , ou trous trop larges pour être réparés à la pâte, se comblent au moyen de pièces rapportées, déchiquetées tout à Fentour, et affectant la forme du trou , dont elles doivent dépasser un peu Torifice du côté du verso, côté où elles s'appliquent. Il est essentiel que ces pièces soient façonnées avec un papier identique , autant que possible , à celui de Testampe.
Je suppose ici que Tamateur aura fait comme moi provision d'anciens papiers de toute époque et de toute nature, provenant de vieux livres ou de marges de mauvaises estampes sacrifiées. On peut même posséder un assortiment de fragments de ciels et d'ombres diversement hachées; il arrive quelquefois que ces hachures coïncident fort bien avec les traits à raccorder. Plus d'un artiste a eu l'idée de dissimuler ainsi des lacunes par trop choquantes ; mais on conçoit que la suprême perfection du système consiste à se procurer le morceau
iiO RÉPARATION
manquant découpé sur une autre épreuve in^ complète. Si Ton possède ce précieux fragment, on y superpose la gravure à sec, afin d'y tracer la forme précise du trou dont on suit les contours; puis on égratigne un peu au grattoir les limites de la pièce à rapporter, ft une petite distance du tracé.
Voici comment on colle au verso la pièce ainsi préparée : on glisse sous Testampe humide, et dont le recto repose sur un marbre, un papier fort à l'endroit troué; on imprègne de colle, avec un pinceau de plume, les borda diversement accidentés de la lacune; on retire le papier qui a reçu l'excédant de la colle, et l'on pose la pièce, humectée comme Testampe elle-même. On regarde en transparent pour s'assurer si l'application est exacte ; puis on retourne l'estampe; on rapproche les bavures de l'orifice du trou, en appuyant avec la lame pour les bien fixer ; on enlève avec du papier buvard l'excès d'humidité, puis l'on met en presse.
J'ai vu chez un peintre en miniature (1),
(I) Feu M. Ch. Fr. Mulier, qui recherchait surtout'
habile en ces sortes de réparations , des lacunes si adroitement comblées qu*à peine distinguait-on en transparent Tendroit précis de l'application de la pièce. Les bords du trou, ainsi que ceux du morceau rapporté , étaient aoiincis au grattoir et ajustés avec tant de précision que toutes les dentelures s'engrenaient pour ainsi dire les unes dans les autres sans laisser aucune trace de jonction. D'autres trous plus petits avaient été bouchés au moyen d une pâte de papier qui, sans soutien au verso, paraissait comme soudée à leur orifice , et s'incorporait tout à fait à la masse , sans former de bourrelet. Je dois ajouter que les traits et les hachures avaient été raccordés avec beaucoup de goût, d'art, de talent et de patience. Cette restauration merveilleuse s'appliquait au reste à une estampe de grand prix.
les aDciennes estampes et les dessins relatifs aux fêtes, mœurs populaires ou édiGces détruits de la capitale. Après son décès (1855], sa collection, vendue en bloc à M. Danlos, marchand d'estampes, a été dispersée dans les carions de divers amateurs. La majeure partie de ses dessins a passé dans la collection de M. Destailleurs, architecte.
142 RËPÀRàTlON
Quelques artistes comblent les lacunes par un procédé plus expôditif , mais aussi moins parfait : ils posent, avant le mouillage, la gravure, à Tcndroit troué, sur un papier identique pour la teinte, le degré d'encollage et le sens des vergeures ; puis ils rasent net toutes les bavures du trou , au moyen d'un canif bien tranchant.
On conçoit que du même coup ils découpent la pièce avec une grande précision. Il n*y a plus qu'à rapporter, qu'à ajuster le morceau, et à boucher exactement le trou , comme on fait dans le travail des mosaïques do rapport. L*opération a lieu à sec et à la gomme (voir Tar-^ ticle ci-après), ou à l'état humide, à l'aide de la colle de p&te. Dans les deux cas, il faut appliquer au verso de l'estampe de petites bandes do papier mince qui maintiennent la pièce dans l'espèce de châssis où elle reste incrustée. Dans ce système, les lignes de raccord sont un peu crues, et ne peuvent guère se dissimuler, surtout si les tailles refaites sont très déliées.
Quand on opérera à l'état humide, on écrasera légèrement les bords de la pièce , de telle sorte qua les points de contact soient à peins
apparents ; ce dernier procédé est donc plas parfait que Tautre.
Si le papier d'où Ton a tiré la pièce ne paraissait pas, après le séchage à la presse, aussi lisse que celui de Testampe , on lui donnerait du poli en frottant avec Tongle, ou, lâ'il est nécessaire , avec un brunissoir.
Je n'ai pas ici mentionné le cas où il serait question de faire adhérer à une estampe ou à on livre une partie additionnelle, par exemple un angle qui aurait été enlevé. On conçoit que ces réparations sont tout à fait analogues à celles qui concernent les lacunes. S'il s'agit d'un feuillet de livre imprimé des deux côtés, la pièce doit avoir son point d'appui au verso plutôt qu'au recto. Le texte , s'il en manque, se restaure par voie dé calque, à l'aide de procédés qui seront indiqués au chapitre IX.
Réparations à sec. — Quand le mouillage de l'estampe n'est pas nécessaire , on peut la réparer d'une manière fort simple et très expéditive , au moyen de la gomme dite arabique. Additions de fausses marges, comblement des lacunes, raccord des déchirures, etc., tout cela , grâce à ce procédé , s'exécute sans
qu'on ait recours à Thumidité ni à la mise en presse.
La meilleure gomme est la plus blanche e( la plus pure. Cette substance, imbibée d'eaa à un certain degré, retient cette eau, et ne dilate ni ne fait goder le papier, même le pins fm et le plus absorbant; mais le degré de viscosité de la gomme est une condition essentielle : trop épaisse, la dissolution ne peut s'étaler au pinceau ; trop fluide , elle traverse le papier, lui donne une transparence huilease et le fait grimacer; il faut un juste milieu.
Un morceau de gomme jeté dans une quantité d'eau égale & deux ou trois fois son vo* lume acquiert, au bout de douze heures, um consistance visqueuse satisfaisante. Cette coli( doit couler lentement du pinceau, à peu prèi comme la fMe dont on fait des beignets. Ai reste, l'expérience apprendra bientôt à jugei du point favorable de fluidité.
Pour prévenir l'épaississement, par évaporation, de la dissolution de gomme, on devra, Tcté surtout, la conserver dans un de ces en* criers à réservoir de verre posé sur un ressor en spirale, au fond d'une boîte qui ferme at
caoatchouc. On aura soin d'ajouter quelques gouttes d'eau toutes les fois que le vase sera resté longtemps ouvert. On évitera les atteintes de la moisissure en y jetant gros comme une tête d'épingle de camphre. Inutile de préparer beaucoup de gomme à la fois ; lorsque le vase est trop plein, on perd beaucoup de temps à déchaîner le pinceau de l'excès de matière qull a entraîné.
Ce pinceau doit être semblable à ceux que les peintres nomment brosses , qui servent à peindre à lliuile, et se composent de poils durs fixés par des fils de laiton. Quand il est enduit de gomme desséchée, on le laisse tremper une demi-heure dans leau, où il recouvre toute sa souplesse. Les pinceaux à tiges de plume sont beaucoup trop doux et ne valent absolument rien pour cet usage.
Parlons maintenant des réparations à l'état sec. L'estampe sur laquelle on va opérer doit être exempte de taches, plis, rides, etc., et avoir été préalablement redressée , et , s'il en était besoin, nettoyée d'après les procédés indiqués aux chapitres précédents. Cette condition est essentielle : car, après la pose despiè-
i46 HÉPARATION
ces de soutien appliquées sur les lacunes ou sur les déchirures, on n'a plus la faculté d'humecter l'estampe ; le plus léger mouillage liquéfierait très promptement la gomme et décollerait ces pièces , ou déposerait sur le papier, s'il n'était pas encollé , des taches d'an jaune sale , que le re trempage de l'estampe pourrait seul faire disparaître. C'est assez dire qne tout serait à recommencer.
Tous les procédés relatifs au bouchage des lacunes, aux déchirures, etc., exigent des soins et des précautions analogues à celles indiquées à propos des réparations pratiquées à Tétat humide ; je m'étendrai donc fort peu sur cet article. Je dirai seulement que les pièces ou les bandes rapportées , quand la gomme est délayée bien à point, n'occasionnent jamais de grimaces ni d'ondulations. Quant à la nature des papiers soumis à ce genre de collage, elle est à peu près indifférente; la gomme convenablement visqueuse appliquée môme sur du papier Joseph ne l'humecte pas du côté opposé, pourvu qu'on l'élende légèrement; le mieux néanmoins est de faire usage de papier à pâte encollée.
DES DÉCHlRUftES, LAC(J5eS, ETC. 14?
iuand on fixe une bande de soutien sur les telures d*une lacune , il faut y appuyer à le la lame , autrement leurs bords frangés prégneraient d*on excès de gomme et conteraient une transparence cornée fort déslable. Quand on étalera la gomme sur ces iles dentelures , on n'oubliera pas qu*on se d*un pinceau à poils durs , et qu'un mouent trop brusque en entraînerait des por- 8. Les papiers forts et rugueux exigent au traire une couche de gomme assez épaisse r bien adhérer ; en cette occasion, on ne Te jamais au pinceau trop de rigidité. e doublage en plein à la gomme ne peut cerner que de très petites pièces, ou plutôt fragments de gravures rapportés sur un l. Le système le meilleur et le plus expé- ' pour fixer par ce procédé une grande espe sur un papier de soutien consiste à ne er que les bords. Ce mode de collage est ■érable à tout autre en plusieurs circonces. Les estampes ainsi fixées, même au en (J'une couche très légère, adhèrent sufnment, et pourtant peuvent se décoller au )in avec une grande facilité, puisqu'il suf-