DES DÉCHIRURES, LAGUNES^ £TC
' Quand on fixe une bande de soutien sur les dentelures d'une lacune , il faut y appuyer à peine la lame , autrement leurs bords frangés s'imprégneraient d*un excès de gomme et contracteraient une transparence cornée fort désagréable. Quand on étalera la gomme sur ces fragiles dentelures , on n'oubliera pas qu'on se sert d'un pinceau à poils durs , et qu'un mouvement trop brusque en entraînerait des portions. Les papiers forts et rugueux exigent au contraire une couche de gomme assez épaisse pour bien adhérer ; en cette occasion, on ne trouve jamais au pinceau trop de rigidité*
Le doublage en plein à la gomme ne peut concerner que de très petites pièces, ou plutôt des fragments de gravures rapportés sur un fond* Le système le meilleur et le plus expé** ditif pour iixer par ce procédé une grande estampe sur un papier de soutien consiste à ne coller que les bords. Ce mode de collage est préférable à tout autre en plusieurs circonstances. Les estampes ainsi fixées, même au moyen 4'une couche très légère, adhèrent suffisamment, et pourtant peuvent se décoller au besoin avec une grande facilité , puisqu'il snf-*
148 RfiPARATlOK DES DÉCHIRURES, ETC.
fit, le plas souvent, de glisser Textrémité amiacie de la lame entre les deux papiers pour les désunir sur-le-champ, sans qu'il en résulte d'autre inconvénient qu'une faible trace de gomme desséchée au verso de Festampe.
11 est bien entendu que la feuiUe gravée et celle qui sert de soutien doivent être sèches au même degré , sinon Tune des deux serait plus tard moins tendue que Fautre et grimacerait Quand donc il s'agit d'appliquer à la gomme, sur un fond bien sec , une estampe récemment redressée à la presse, il faut s'assurer si elle a perdu toute trace d'humidité. On pourrait du reste mettre en presse les deux papiers superposés pendant vingt-quatre heures ; ce temps suffirait, je pense, pour équilibrer parfaitement leur état hygrométrique.
On verra, aux chapitres suivants, figurer assez souvent l'emploi de la gomme.
Une ancienne estampe d'art perd toujours à être doublée : l'amateur veut pouvoir examiner en transparent les vergeures et le filigrane du papier, qui attestent souvent Tépoque du tirage et Vétat de la gravure. Cependant , si ce papier avait si peu de consistance qu'il se plissât dans les cartons , ou si le verso était imprimé ou barbouillé d'un noir indé* composable , il serait convenable de le doubler « d'autant mieux qu'on a toujours la fa«
culté de le ramener plus tard à Fétat simple. Mais il est un cas de doublage plus urgent :
c'est lorsque Teslampe a bubi uu grand uombrc de restaurations de tout genre. Au sortir de la presse , elle grimace souvent sur quel-qucs points ou dans son ensemble ; on appliquera donc au verjso un papier qui en consolidera et en rcdrusbei a loulc la surface.
Doublage sur fond libre. — Les feuilles de doublage peuvent sans inconvénient être plus minces ou plus épaisses que les pièces à doubler; rcssentiul, c'est qu'elles soient encollées au môme degré. S'il était impossible de satisfaire à cette condition importante , il vaudrait mieux qu'elles fussent plutôt plus que moins absorbantes : car, en ce cas, l'estampe à l'état sec bomberait un peu du cété du recto ^ défaut moins désavantageux que le défaut contraire , soit qu'on l'encadre, soit qu'on la conserve en portefeuille.
On peut constater ainsi que deux papiers sont encollés au même degré : on tire de chacun d'eux une bande d'égale dimension et coupée dans le même sens ; on les humecte dans les même» circonstances, puis on les rap-
proche avec précision; il est facile alors de jL'ger si la dilatation est identique. Pour qoi* conque a un peu d'habitude, il suffit même de jeter une goutte d'eau sur chaque papier, et de suivre les effets de l'absorption , pour savoir à quoi s'en tenir.
Je suppose le papier convenable trouvé. On mouillera les deux feuilles; puis, quand elles seront un peu ressuyées , on étendra sur le ¥6150 de Testampe une couche de colle de pâte. Le pinceau dont on se servira doit êti*e assez dur sans 1 être trop, et assez large pour abréger l'opération. Quant h la colle, elle sera blanche, passablement épaisse et surtout bien bomogene dans toute sa masse, ce qu'on obtient en l agllant loiiijlemps et en y ajouLaut au besoin un peu d'eau.
U est aisé de préparer soi-même cette colle : on délaye de l'amidon dans de l'eau pure « à froid, à riiisou d'envirou trcûte grammes pour un demi-litre ; puis on fait bouillir cette eau laiteuse pendant quelques minutes. J'ai oui dire qu'en délayant l amidon dans une décoction de riz, on obtenait une colle plus blanche et moins sujette à jaunir avec le temps. Quant
k i'alua qu'eu y ajoute quelquefois pour la rendre plus tenace, je n'en vois pas la nécessité : c^est préparer une difficulté & celui qui , dans Tavenir, jugerait convenable d opérer le décollage. J'ai la bonne habitude aujourd'hui de jeter un ijolit morceau do ciunplirc au fond Ju vase qui la contient: Une fois imprégnée de cette odeur, elle peut se dessécher à la surface, mais jamais corrompre.
On trouve au besoin chez tous les marchands de couleurs pour peintres en bâtiments une colle satisfaisante et bien assez blanche. Il faut la prendre & Tétat de gelée terme , mais éviter celle qui est mêlée de portions avariées, moisies et grumeleuses.
Je reviens maintenant à Topération du doublage sur fond libre, eu avertissant toutefois le Iccleur que j'ai rarement recours aujourd'hui à ce système et ne l'applique qu*à de petites
pièces qu'il s'agit de doubler légèrement.
Quant à celles qui dépassent trente centimètres en longueur, je les double toujours sur fond tendu (voir ci-après).
L'estampe étant appliquée sur un fond net et uni, on étend au verso la colle assez vive-
ment; on promène d*abord le pinceau çà et là, puis on lui donne un mouvement uniforme, ayant soin d'enlever les grains de sable, les grameanx, les poils échappés au pinceau, etc., tous corps étrangers qui formeraient des boursouilures quand le papier serait sec. On veillera à ce que le pinceau n'enlève ou ne déplace aucune des bandes ou pièces qui auraient été appliquées pour boaicber des trous ou rapprocher les bords des déchirures.
On étalera ensuite une couche de coHe de la même manière et avec les mêmes précau** tioas sur la feuille de doublage, qui dépassera les limites de l'estampe de deux ou trois centimètres. Alors on posera à plat l'estampe sur cette leuiiiç, dont on rognera aux ciseaux tout ce qui déborde, aiiu d'éviter de reporter sur la gravure la colle étalée sur cette partie excédante.
Les deux feuilles superposées , il s'agit de les faire adhérer parfaitement sur tous les points de leur surface. On commence par appuyer au milieu de l'estampe avec un tampon de linge fin ou une éponge douce qu on promène à plusieurs reprises du centre aux extré*
mités. On chasse aiusi les bulles d'air qui formeraient des ampoules. Pour se délivrer complètement de ces buile^^^ il lau4 successivement décoller, puis recoller (en soulevant les coins) toutes les portions de I estampe. Ou étire tantôt celle-ci , tantôt le papier de renfort « sans pourtant négliger d'agir avec une certaine régularité : car, si Tune des deux feuilles avait été plus allongée que Tautre , elle se retirerait trop en séchant , et ferait onduler la masse. Ou remouille , s'il est nécessaire ^ à Téponge humide; on s assure qu'aucune des pièces ou bandes de soutien n'a été dérangée ; puis enfin, quand Tensemble parait bien uni et bien adhérent « on met en presse, comme je rindique page 48. Le papier qui double toa»
chera le bois de la table, et, sur le recto de restampe , on appliquera une main de papier buvard, qu'on couvrira d'une planche (ou d'un carton) chargée de poids.
J'ai conseillé Tapplication de la colle sur les deux papiers ; mais on peut en mettre seule* ment sur le verso de Testampe, qu'on posera sur le papier de doublage préalablement mouillé et bien étiré* La coi|che de epUe étant
DES ESTAMPES* . IfiS
moins épaisse , Testampe n'en conservera que plus de souplesse* L'excès de colle prédispose d'ailleurs le papier à devenir cassant, comme il arrive pour le linge trop chargé d amidon.
Ce dernier procédé serait donc le meilleur et le plus expéditif; mais, en chargeant de colle les deux papiers, on les place ainsi posifivemeul dans les mêmes circonstances, ce qui, en certains cas , peut donner lieu à un collage plus parfait. L'amateur choisira. Il est libre aussi de procéder en sens inverse, c'est-à-dire ^'appliquer le papier de doublage sur le verso de Teslampe. Les résultats seront toujours les mêmes.
Quelques personnes auraient peut-être Tidée d'employer, au lieu de colle de pâte , des colles formées de matières animales ou gélatineuses appliquées à Vétat de couche très mince. Je préfère la colle de nature végétale ; elle est bien as5e7< tenace et moins sujette à attirer les vers, ainsi qu'il arrive pour les reliures anciennes où Ton a prodigué la colle-forte.
Doublage sur fond tendu. — Ce procédé, le seul convenable pour les grandes pièces, est eeloi que je mets le plus souvent en pratique.
à moins que je ne veuille doubler mon estampe d\in papier mince et léger. Dans ce dernier cas il serait impraticable, car il exige remploi d'une feuille de renfort assez épaisse et d'une pùie résistanle, vu t^ue, retenue par les bords, elle aura, en séchant, supporter une tension énergique*
L'identité , sous le rapport du degré d encollage , des deux feuilles qu on va réunir, est toujours la condition essentielle , et les préparatifs qui précèdent Topération sont les mêmes que ceux du doublage sur fond libre. Occupons-nous d'abord de la feuille qui double.
Celte feuille doit nécessairement avoir^ en tous sens, une dimension plus grande que celle de Festampe, surtout si Ton veut qu'elle forme des marges. On Fétend sur nne table bien nette, et on llinmecte des deux côtés à Taide d'une éponge; puis on applique sur ses bords^ dans une largeur de deux ou trois centimètres^ du côté qui doit former verso , nne couche de colle de pâte épaisse, ou, si l'on préfère (pour ce cas seulement) , de colle gélatineuse, il est bon, pour opérer avec régularité, de tracer
DES ËSTAHPES. 157
d'avance au crayon une limite que ne dépassera pas le pinceau.
n s'agit maintenant de faire adhérer cette feuille par les bords au fond de l)ois ( ou de fort carton), sur lequel ou la laissera se tendre et se sécher. Au lieu de Ty poser à plat, nous rappliquerons comme une affiche sur un mur, c'est-à-dire que la planche de soutien sera maintenue dans la position verticale contre le dossier d'une chaise ou autrement. Les cartes géographiques se collent sur toile de cette manière , et ce système , quand on a affaire à de grandes pièces , a sur le collage à plat on horizontal un immense avantage.
Essayons donc de fixer la feuille , par les bords seulement, sans qu'aucune des parties chargées de colle touche une autre place que celle même qu elle doit occuper. Si , en effet, quand elle séchera , elle était retenue sur certains points plus ou moins rapprochés du centre, elle se déchirerait, ou, au lieu de se tendre avec régularité, contracterait des plis.
La planche, d'autre part, sera préalablement examinée avec soin. On s'assurera de sa netteté parfaite, du moins sur toute la portion où la
15â DOUBLAGE
feuille de doublage devra la loucher, mais rester libre. Si elle reieuaii la moiudre parcelle de colle desséchée , celle parcelle s'amollirait et deviendaît visqueuse au contact da papier mouillé , lequel adhérerait à cet endroit; ce qui occasionnerait uu accident quelcouque, etobligeraii à tout recommencer.
Pour coller la feuille dans le sens verticat^ à la manière d'une affiche , on la tient par les deux coins supérieurs. Si , au moment où on l'approche de la planche, elle se présente bien parallèlement à sa surface, les quatre côtés s'y appliquent à la fois ; mais , pour réussir plus sûrement, voici le moyen que j indiquerai. Jt suppose que l'amateur possède un tableau de bois (ou dessus de table) de 1 mètre de haut sur 75 centimètres de large, formé de planches solidement assemblées et bien unies ; on le dressera simplement et à l'état libre sur une tablette fixée à un mur.
Si l'extrémité supérieure de ce tableau reposait sur le mur, il aurait nécessairement un peu de talus , position bien moins favorable que celle verticale. Faites mieux : donnez-lui de rinclinaison en sens inverse ; faites-le peu-
cher en avant comme on dispose un cadre placé en face d'une fenêtre* Sur le profil de votre planche, de chaque côté, vous vissez un piton^ et dans les pitons vous passez une corde qui se rattache à un clou. La base de votre planche inclinée appuiera sur le bord de la tablette qui est contigu au mur. YoiU notre ap-pareil prêt à fonctionner.
Si vous approchez le sommet de votre papier de doublage de cette surface qui penche vers vous, cette partie se collera tout aussitôt , tandis que le bas de la feuille restera pendant, s*éloignant peu de la ligne verticale. Âlors^ tout en maintenant des deux mains le bord supérieur de la feuille, vous repousserez doucement vers le mur le tableau mobile , qui s y appliquera. La fouillé suivra le mouvement et s'ajustera d'elle-même sur le fond qui lui est destiné ; vous n'aurez plus qu'à bien Tétirer en tout sens au moyen d'un tampon de linge ou d'une éponge très douce.
On pourrait aussi étaler la colle non sur les bords de la feuille , mais sur la planche contre laquelle on l'appliquera à Tétat humide. A mon avis, le procédé inverse est
jiieilleur et plus expédiiif. Quelquefois, employant un papier à doubler d'une dimension suffisante, J'en rabattais les bords sur le profil (préalablement enduit de colle) de la planche, ou môme sur sou verso. Ce système permet de fixer à plat la feuille de soutien sans crainte qu'elle ne se colle ailleurs que sur les bords* Les encadreurs tendent ainsi les estampes sur des cartons qui leur servent de soutien et restent fixés au cadre. Ce mode d'encadrement, très usité , exige , une grande habitude : le^ coins de Testampe, repliée au verso du carton, grimacent toujours si on ne rabat les bords avec une parfaite régularité.
Revenons à notre opération. La feuille de doublag(i clant bien étalée sur le fond de bois, vous la laissez là et vous mettez de la colle au verso de Tcslampe , que vous avez eu soin de retirer d'avance de la bassine , afin qu'elle ait le temps de se ressuyer à Tair. Je suppose aussi qu'on aura tracé au crayon, sur la feuille de doublage , avant de la mouiller, la place précise où doit s adapter le bord supérieur Je restampe.
Gr&ce à ces simples précautions, on évite
DBS Ë&TAMP£$. i61
les i&tonnemMts. On incline de nouveau la planche que la* corde relient; on saisit l'estampe par le iiaut, et Ton en fixe le bord supérieur sur la ligne de crayon ; on relève la planebe, et toute la surface de Testampe se colle d'elle-même.
Si Testampe avait été tirée sur un papier ttte Un et sans consistance , son propre poids, à Fétat humide, risquerait d'en occasionner la déchirure. £n ce cas , on appliquerait préalablemeui au recto un papier fort, égalemeui humide, qui la soutiendrait pendant le collage, et qu'on enlèverait quand ce collage serait effectué. '
Le plus dillicile e^t fait. On pose alors la planche à plat sur une table ou sur deux dossiers de chaises,* et Yoh remanie à son gré et Testampe et le papier de doublage , qu'il est bon quelquefois de recoller sur les bords, cl iiictnc de consolider au moyen de bandes.
Grftce à ce procédé , quand Festampe sera
sèche , les rides et les plis seront complète*
ment effacés. Mais il y a un écueil ii éviter :
les plis antérieurs au tirage de la gravure ne
doivent pas disparaître ; sinon, certains points
seraiefit déformés , balafrés lacuots lilu-
cUàtres, plus hideuses que des décèirures^ est les tailleâ ue se râccorderaient plus. Il faat, avant le contre-coUage , prendre des aiednres pour relenir eu place ces pUs maleacoiitreax au moyeu de colle épaisse et très pure > et les maintenir avec des bandes fiiLées au verso. Ou poorrait encore retrancher au canif la partie cachée du pli et traiter la iissure qui en réaultel ait comme une simple déchirure (voyez p. 134), Si Ton désespérait de réussir à conserver ces pli» originels, il vaudrait mieux s»
contenter du doublage snr fond libre.
L'opération terminée , on n'a plus qu'à laisser sécher le tout pendant quelques, jours* On évitera Taction du feu et du soleil^ qui, opérant une dessiccation trop brusque ^ romprait le par pier de doublage et quelquefois 1 estampe ellemême. A Tombre ^ au contraire , et dans une chambre sans feu, tout se passe en bon ordre» J'ai vu des planches de sapin se courber sous celle tension, sans pourtant que le papier se
déchir&t. Quant aux cartons de moyenne foroe^ ils bombent comme le bois de Tare sous la corde. . .
DES SSIAMPfiS. itàà
Au bout ctegnaUrd a cUiijûurft» saivant Tôtckt tiysroi&étrique de l'atmosphère, ou eovpera au canif les bords de la feuille de doublage, . qai, détachée et chargée deTestampe, n'of^ frin aiiUe part ni pUsi û grimacea, ni ondula-* lions, môme aur la partie excédante etformant: marge, pourvu quou ait observe toutes les précautions prescrites.
11 est permis d'employer ce môme procédé^ pour contre-coUer une grande estampe .fi\;ir un» papier assez fin , mais à celle çoadliion : dès que Topération du doublage sera achevée , au lieu de laisser le tout sécher sur la planche OB détachera le papier qui double, on en ro-i gnera les bords au niveau de ceux de Testau^pc^ et on mettra sous presse comme je Tindique page 18.
On doit Vabstemr de^ doubler une préfiieuse estampe, en bon. état du reste, dans le seul but de lui donner des marges simulées. Ce doublage inutile lui ôterait une partie de sa valeur. Je conseille le contre^Uage unique-* ment dans le cas où. il est nécessaire de soutenir et de consolider une pièce rare , qui a subi de nombreuses réparations. Je repar*
lerai des t'aus&eâ marges au chapitre suivaol.
Je terminerai par une observation assez intéressante pour les iconaphiles. Le papier des estampes t en séchant ( surtout quand ii est fixé par les bords), s'allonge presque tonjours un peu plus dans un sens que dans Tautre.
11 conviendrait donc , quand la chose est possible, d'employer pour les doubler un papier d'une nature identique et de les contre-coiler de telle sorte que le sens de leur plus grande élasticité coïncidât*
Notons que cette irrégularité dans la dessiccation des papiers peut nuire ix l'effet de certaines gravures en déformant, en faussant, les propoiftions des lignes. Les calques sur papmr transparent des plans d'architecture sont su* Jets à cellu déformation quand on les double à Tétat humide par un procédé quelconque.
Je contre-^coUai un jour le calque du pla»
d'un quartier de Paris. Mon dessin s'allongea dans le sens horizontal ù lui point qu^en appliquant le compas sur l'échelle, je ne trouvai plus de proportions entre les rues qui s'étendaient dans le sens de la longueur et celles qui les croisaient. Il eût fallu, avant de mouil-
ler les papiers , tracer deux échelles des mesures^ une dans chaque sens du papier.
On tire d'ordinaire sur papier humide les épieoTes d'un cuivre gravé. Or, quand le papier sèche à l'air, il se retire presque toujours plus en un sens , ce qui entraîne une légère déformation du sujet de Testampe. Un portrait est tantôt un peu plus large , tantôt un pea pins allongé, sur Tépreuve que sur le cuivre. A la rigueur, deux planches tirées sur papiers qui diffèrent d'épaisseur ou d encollage n*auraient pas mathématiquement les mêmes proportions. Quand une estampe se com-pose de deux pièces (telles sont les cartes géo* graphiques), si chaque épreuve a été tirée sur on papier différent ou placée sous la presse dans un sens opposé , il est très probable que le raccord sera imparfait. C'est le défaut de [le presque toutes les anciennes gravures en ^Insieiirs pièces représentant des panoramas le villes.
BiCGOBD DO MOn D'IMPRESSIOV. ETC.
— BNC0LU6E DU PAPIEB.
Raccord du noir d^imprmion. ^ Quand Testampe doublée est coraplélemeut sècbe.
6116 offre souvent, à la suite de Test&unliiiDi compliquées I une multitude de places Uasr
cbes formées par les lacunes , les traces plis , les déchirures îi raccords intermittenis^ les piqûres de vers, etc. En cet état, elle pem être assimilée à un tableau rentoilé et parse' mé de tacbes de mastic qui attendent poui disparaître la louche d'un adroit pinceau.
JtACCûBii I>U .NOIR û'iMPIlËSSiUN, KIC. 107
Pour raccorder, pour remplir cet» bUma^ il s'agit de dessiner à la plume, de lutter avec la bardiMse du burin; c'eM donc nue question d'art. AusM u'iudiqueraHje que des moyensartificiel pour venir à l'appui du iulciu du réparateun Uae téte d'expression réeteme une mahi d'artiste; pour moi ^ qui le suis un peu uniquement lorsqu'il s'a^ii de juger, je n'ai jamais entrepris d'autres retouches que celles des lignes architecturales , des draperies , des ciels ft lignes droites, des hachures simples ou croisées* *
Il faut d'abord s'assurer si le blanc des laeiDies est bien de la même teinte que le reste de l'estampe* Au besoin on i éclairât à l'aide d'un pincei^u imprégné de chlore; ou le re-* jaunit au moyen de bistre ou de réglisse; quelquefois on ajotiSe, qnand la teinte jbu^ n4tre est jSécbe t un peu de iusui appliqué à i:ei>tompa* Le papier des gravures du XYll* siècle exige souvent cette addition , vu I^ur ton fris, kn iteste^ on a ddt s^arran^er autant ^pie possible pour ajuster des piéci^ tirées du papier même, de iejbiampe^, par exemple quand sa marge, d'une largeur inégale, peut.
168 A.iCCOM
sans iacoûvéoieiUs, fournir quelques roguures.
On reportera sur la lacone comblée de fastampe le tracé des oontoars et des hacAiares
de l'original en s'y prenant ainsi ; ou calque sur papiur iiansparent la partie manquante, d'après une autre épreu?e; puis, fixant le cal* que sur la lacune au moyen de poids iégen»
dès que la coïncidence parait établie, oa glisse entre le calque et Testampe , sans rien déranger, un papier chargé de mine de plomb , et ron décalque tous les traits du dessin à Taide d'une pointe assez dure , puis on repasse au noir les couiours et les tailles à Taide d'une plume ou d'au pinceau. Les plumes de corbeau convenablement taillées me paraisseirt les plus favorables à ce travail de patience.
L encre de Giiine, vu sa propriété indélébile et sa teinte légèrement brillante , se raccorde assez bien avec le noir d1nq>re^oii :
cette encre, délayée d'avance, doit n'être m trop fluide , ni trop épaisse ; on en cbaige la plume avec un pinceau. Pour les parties où papier n*est pas bien encollé , il £aut Ym^^ ployer assee épaisse pour qu'elle ne puisse être absorbée , sinon les traits seraient bavo-
DU NOIR D*IMPRBSSION, ETC. Id9
chés, comme récriture tracée sur un papier qui boit. Le mieux est de prévoir cette cir-» oûostauce et d'encoller d'avance les endroits blancs quand Festampe est encore humide.
(Voyez la fin du chapitre, article Encollage.')
Tontes les encres d'impression qu'il s'agit i/À d'imiter n'ont pas précisément la même AuaAce : les unes ont plus de brillant que les autres ; il en est de teinte grisâtre ou de couleur de rouille, etc* Uamateur appréciera, devinera ces nuances t et, par Taddition d'une pointe de couleur nécessaire, saura , s'il a du goût et un peu d'entente, approcher le plus près posâble d'an raccord parlait.
. On peut remplacer l'encre de Chine par le noir d'ivoire, également solide, ou par l'encre même qu'emploient les graveurs ; mais , cellea étant peu coulante sous la plume , il faudrait raccorder au pinceau. Un peintre déjà cilé (M. Muller) m'a conseillé le fiel de bœuf mêlé de noir de fumée, comme imitant très bien le noir d'impression ; le défaut de cette encre est aussi , sans doute , d'être trop peu fluide pour permettre de se servir d'une plume.
C'est avec l'une ou Tautre des matières que
170 BACGOiD
je viens de tignâler qu'on peai eommtmkèt^
ment rétablir, &i I on €St un pea arli&le ^ Im traits absents du burin « comme uas^i raviva les endroits où d^aneims plis ont , par suite d*osQre et de firottementt Ifissé «e trace bimih diAtre.
Fauuea marges f Quand ou vcui
donner à une estampe défectnense tente Vmp^ paranee dHin parfoit état, on ne se borne pm à en jraceorder les lacunes ; x>n lui resticne eo* core sa marge d'une manière factice, en Tiucrustant au milieu dhine feuiUe où Ton a ménagé nn Tide sniront le traeé exaet de soft contour. En ce cas , ou ajuste au verso, avec de la gommoi des bandes de papier qui la liieut dans cette espèce de châssis. (Voir an chapi-»* tre XU, Tarticle Ctdiage à: jour.)
On se contente, lorsqu'il s'agit de grandes pièces, d'ajouter sur les quatre sens de larges bandes d'un papier semblable en tout à celui de la gravure , qu'oa eeile à la gomme an bords du verso* Le remmargment peut-éga^ lemçut s'exécuter k Tétai humide, par le procédé dit doublage sur fond tendu ^ décrit an chapitre précédente La condition eiaelitidle
DU NOIR H'iMPRESSlON , BTC. 171
dans 063 trois systèmes de marges arlificielles, fi'ébi que lea vetpgewes et 168 pontuseftnx du f^apier employé eoKficîdeiit i|«rfoitèm«iit àvee ceusL du corps de l'estampe , sinon Teffet désiré ne serait pas obtenu.
Pour augmenter encore Vilhiston, quelques amateurs joutent à la Crasse marge une trace simulée de la pression de la planche ^ trace Dommée témoins (1). Le procédé le plus parfait consiste à placer sur lestarapc emraargée, et à Tétat de moitbnr, une planche de métal dépassant d'environ deux millimètres la ligne qui limite le champ de la gravure ^ et sur la-quelle on exerce une forte pression à l'aide, je suppose, d'une presse à copier. On ne peut mieux imiter i'espèce de bourrelet formée par la planche, puisque cette opération est identique à celle môme du lirage.
Quand une estampe, trop rognée, est privéé de sa ligne d'encadrement , on y peut tracer, À Tencre de Chine , une ligne factice qui ren* ferme tous les traits limitrophes. Mais je dois
Cl) Quand fl s'agit d*uD livre, <m aomine Mmotns lot bords ioigauz dos feuillets non rognés.
172 RACCOBD
déclarer ici que toutes ces petites supercheries m sont nullement de mon goût. La franchise, notamment dans les questions d'art , doit être
regardée comme un devoir, comme un point d'tionneur. Je ne passerais mon temps à fabriquer exactement des marges^ des traces de planches et des lignes d'encadrement factices,
(^uc dans un seul eus : celui où il s'agirait de
mettre de l'harmonie dans une suite précieuse, dont quelques pièces offriraient , relauvement à Tensemble, une choquante disparate.
Je ferai observer ici qu'une estampe vérita« blement rare mérite seule toutes les opérations minutieuses que j'ai indiquées, car on y emploie beaucoup de temps, et, quelque habileté, quelques soins , que Ton y molle , la mieux restaurée ne peut riyaliser, que par exception, avec une épreuve parfaitement conservée sous tous les rapports.
La condition la plus favorable pour bien réparer les estampes, surtout les grandes pièces, c'est la température humide. Les colles, dans cette circonstance, séchant avec lenteur, donnent plus de temps pour les apprêts préliminaires. Quand Tair est très sec, il faut coller
DU NOIR d'impression, ETC. 173
fort vite , si l'on se sert de gomme ; et , si Ton emploie la colle de pftte , on est souvent dans la nécessité de remouiller les papiers sur les^ quels on opère afin de les maintenir à un de* gré d'humidité convenable.
Encollage du papier. — J'ai signalé plusieurs cas qui entraînent la nécessité d'eiicol* 1er une estampe, soit entièrement, soit en par« tie, par exemple lorsqu'elle est couverte d'écorcbures sur lesquelles on doit faire des raccords. Le papier d'une estampe qui a été sou-* mise à Teau bouillante a perdu plus ou moins son encollage ; il faut avant tout le rétablir.
Pour encoller le papier, on le trempe dans de l'eau contenant en dissolution un peu de coUe de peau, d'alun et de savon blanc. Le savon ne me parait pas fort utile ; l'alun donne à la colle de la fixité.
Plusieurs chimistes ou fabricants de papiers, que j'ai consultés, n'ont pu m'indiquer au juste les proportions du mélange; elles varient suivant la nature et répaisseur des papiers.
L'excès d'encollage rendrait peut-être le papier cassant; tel est Teffet, je crois , de toute matière qui raidit trop une substance naturel-
174 hàocMkP
lement souple ; en toQt ciS| eUe I«i eommuii^ quêtait un hriUant défiOTorabte A Teffei de 1k
gravurei» JLa colle de peaa« qu'au esicaù viemw gaAts et de KOgixuFes de parchemin, peut être remplacée par celle de poUson, qui est plus blanehe.
Dau^ rincertûiide oik je mis « je fixerai les praporiiou^ que je crois raisonnables, et qu on modifiera au besoin après quelques essais. — Eau, demi'-litre; alun cristallisé, S gmuiies; colle de poissoB k Tétat sec^ B «;nuiimes; savon blanc ^ demi-gramme* On fait bouillir le tout pendant au moin^ une lieuie.
On peur, quand Testampe est sèche^ la ?e* tremper, s'il est nécessaire , dans la dîssola-^ tien chaude, une seconde , puis une troisième fois. La chaleur favorise lopération en ce qu'elle fait mieux pénétrer le liquide*
Quand on Teut encoller une écorehare seule, on applique le liquide chaud au moytt d'un pinceau doux, et Ton renouvelle lopération jusqu'à ce que le papier paraisse ne plus absorber Tencollage qn^avec peine. Si Testampe grimaçait à cet endroit; et si Tapplicuuon d un fer chaud ny remédiait pas, il
DU NOIR d'impression, ETC. 175
faudrait remouiller toute la surface à l'éponge, la laisser sécher à demi, puis la mettre en prefsse, le recto posé sur un marbre bien net.
On peut avec ce même liquide ( ou plutôt avec Talun seul) fixer plus solidement qu'à Feau de gomme les dessins à la plombagine et aux crayons tendres. Il suffit de passer sur la surface, rapidement et légèrement^ un blaireau très doux trempé dans la composition ; il faut prendre garde d'écacher le crayon, et éviter de passer plusieurs fois le pinceau sur le même point. On met ensuite en presse, comme je Tai dit ci-dessus.
J'ai quelquefois encollé des gravures que j'avais soumises à des réactifs qui passent pour disposer le papier à une désorganisation ulté» rieure plMs ou moins éloignée : tels sont les chlorures à Tétat concentré. J'ignore si cette opération peut prévenir uu dommage que je regarde encore comme tout à fait hypothétique ; quoi qu'il en soit, cet encollage de pré<* caution ne saurait nuire.
m màMm tibébs bob divbu timoIp
— RÉPABATIOI DU PARCBElIHi
Tout ce que j'ai dit concernant la réparation des estampes sur papier ordinaire pent, en plus d'un cas , s'appliquer à celles tirées sur papier de Chine, sur satin, sur toilei sur peau blanche, sur parchemin, etc.; néanmoins, j ai à consigner plusieurs observations au sujet de quelques-unes de ces matières*
Gravures sur soie et calicot. — L'usage de .
tirer des épreuves sur satin blanc est assez
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ancien et remonte au moins au commencer ment du règne de Louis XIV, peut-être beau- «coup plus haut. Ces estampes sont môme assez communes; on imprimait spécialement sm* salin les tlièses philosophiques et les images do^ dévotion, quelquefois aussi des portraits du^i ù d'habiles graveurs. J'en ai traité quelques-unes * absolument comme s'il se fût agi de papier ; je les ai blanchies au chlore , détachées et redressées à la presse par les procédés ordinaires. Je ne sais trop le meilleur moyen à em-> ployer pour reboucher les lacunes avec nettetéi au luoyen de morceaux d'une étoffe qui s'effiloque si aisément.
Le motiiilagc ne fait pas perdre au satin tout son brillant, et bien des taches doivent glisser plus aisément sur sa surface lustrée que sur celle grenue du papier. Quant k celles qui ont assez profondément pénétré ce tissu, ou peut essayer les agents chimiques indiqués pour le papier, ou consulter les nombreux ouvrages qui traitent du nettoyage et du dégraissage de la soie. On y verra que la soie blanche eniuméc perd en partie sa teinte jaunâtre au contact de la vapeur du soufre. La beiuine
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doit aussi enlever sur la soie, sans en altérer
le tissu, les lâches de graisse, de cire, de résine, etc.
Mais je sortirais de mon sujet si je consa*
crais un long chapitre à un genre d'estampes | qui est une exception. Aujourd'hui, eu fait de gravures tirées sur soie^ je ne connais guère que des foulards, produits rocoeos qu'appré* oient certains fashionables américains. i
Je ne ferai que mentionner les estampes tirées sur calicot ; ce sont des cartes géographi* ques, des portraits de personnages en vogaOt des plans de ville qui servent à la fois de guides et de mouchoirs. Tous les procédés signalés pour le nettoyage des gravures sur papier peuvent s*y appliquer, car c'est la môme matière autrement façonnée. Le calicot a sur le papier un avantage : on peut le frotter et le | tordre.
Mais je m'arrête : ces diefs-d'œuvres industriels ne sont pas de ma compétence, pas plus que les assiettes lithographiées , leur nettoyage rentrant dans les attributions des blanchisseuses et des laveuses de vaisselle.
Une dernière observation : c'est une idée i