PARIS
CHEZ CASTEL, LiBftAIRE-ÉDITPUR Passage de rOp£ra, Galerie de l'Horloge, 21
IIB8
VIEILLES RELIUBE8
M. Raymond Bordeaux, dans un article fort obligeant sur la seconde édition de mon Essai sur l'art de restaurer les estampes et les livres^ etc.^ article inséré dans le Bulletin du Bouquiniste du juin , exprime le regret de n'y avoir rien trouvé <c sur Tart de réparer, de « consolider les maroquins armoriés ou les « vélins luisants des reliures d'autrefois, sur la €c marche à suivre pour décrasser, pour raviic ver les dorures posées au petit fer sur les u veaux fauves du bon vieux temps ». J'aurais, en effet, dû songer à consacrer quelques alinéas k ce sujet, puisque j'ai tenté plusieurs
UL LA hLVAnhïlOn
foU| avec un dumi-succèSt àcb lùy'àrdUooë de ce genre. Je vais essayer ici de combler cette lacune.
m j'ai négligé de décrire les opérations laiivu^ ii l aiiiincissement, à l uppUcaiioji et à la décoration des peaux ^ e^est par une excellente raison : je n^ai jamais étudié ni pratiqué la reliure sous co point de vue. Me possédant pas le secret, le certaia lourde main qui produit les reliures souples, fashionables , artii* tiques, je me suis borné à conseiller ans anutteurs qui désirent voir leurs livres revêtus de ces iiiuiilcaux princiers, de recourir & nos habiles relieurs parisiens , dont le nombre doit égaler au moins celui des apôtres ; mais je ptds donner, d'après ma propre expérience ^ quel* ques bons conseillé) aux aiiiaieurssur la manière dû nettoyer, réparer et rafraîchir les bouquins vulgaires, et aussi, sous certaines eondilions^ ces somptueux maroquins du Levant^ dam le t>eui fumel a la vertu d*émouvoir les bibljXH philcs pur-saiig.
Nettoyagb db u couveutorb* — H est per« mis , sans être obligé de toucher an cartoniia^jc a ua livre , d'en nelloyer et d'en cou-
DES VIEILLES BELiUâES. 7
$oUder la couverture, soit daua sou eu$emble« 8oit 8ur lel ou tel point. Je connais, pour atteindra ce but, quelques moyens simples et praticftbles , mais assurément trop imparfaits pour rendre à une précieuse reliure tout Téclat^ toute la vigueur de la jeunesse* Une prima donna un peu mûre peut, dans certaines limites, palUer les otttrai;e& du temps ; mais^ vues de trop près, les rides de son visage ne sauraient se dissimuler : ainsi des vieilles reliures coquettes dont il va être question.
JLe maroquin ou le veau encrassé par un maniement souvent répété se nettoie & Taide d'une éponge fine , trempée dans une gelée de qavon blanc ; mais s*il existait des taches d*huile ou de graisse, ce savon ne serait pas assez énergique ; il laudrail avoir recours au savon noir, ou plutôt à une dissolution faible d'un alcali quelconque, potasse, ammoniaque, etc. Il serait bon d'essayer préalablement TefTet de cette eau alcaline sur un fragment de peau de même nuance , ou sur un point peu apparent du ¥olnme : car certaines couleurs , communiquées aux cuirs , sont susceptibles de se décomposer ou de changer de teinte sous Taction
8 DE LA R&PAAATION
d'un alcali» Il est k observer que les alcalis
noircisseut plus ou moins les cuirs; aussi, après leur emploi, on y. passera un peu d'eau acidulée, qui annulera cet effet. On notera, en outre, qu'il faut humecter fort peu le maroquin, sinon l'on détruiraii lu grain de sa superficie.
On pourra commencer par essayer de la ben** zine ; cotte huile essentielle n'attaque aucune couleur , à moins que cette couleur n'ait pour principe une substance grasse ou résineuse»
£Ue n'agit pas a la manière des alcalis ; elle ne saponifie pas les corps gras, mais elle les dissout comme Teau dissout un sel, de la gomme, de la gélatine, etc. On la fera agir vivement, vu qu elle s'évapore avec beaucoup plus de rapidité que Tammoniaque, alcitli dit spéciale* ment volatiL Ce dernier liquide se mêle t reau , mais la benzine ne peut être étendue que d'alcool.
La benzine donc , comme toute autre huile essentielle , n'opérant qu'en qualité de dissol<vant, il faut, après l'avoir appliquée, pure ou mêlée d'alcool, sur la couverture d*un livre, et avant sa vaporisation , l'essuyer avec un linge
DfiS VIEILLES RBLIUBES. 9
lin , antrément les molécales de nature grasse
qn elle a dîssoates, mais non décomposées, ne feraieoi que pénétrer plus avant sous Tépi^ derme du coir pour reparaître pins tard à la snrtace* Le mieax serait, après avoir versé quelques gouties du liquide sur une des faces du livre , de tooraer cette face dn côté du sol. Dans cette position la benzine , chargée d*ane portion de la substance grasse, tombe et s accumule sur la fleur du cuir; c'est alors qu'on Fessoie vivement, et qn'avec elle on entraîne la matière qu'elle tient en dissolution^ On renouvelle au besoin loperâtiou plusieurs fois.
Cette manâète diemployer les dissolvants des corps gras est également ap|Acable k Femlèvement , sur les estampes, des taches liuileuses à l'aida de la Leuziue, de Talcool , de la térébenthine, etc. ; je recommanderai donc an lec* teur d'en prendre note. Quand on dégraisse avec de Feau alcaline, il est inutile de procéder de cette manière : on n*a qn^à ralever à Téponge humide le savon qui s'est formé sur la surface du cuir; ensuite on laisse sécher le volume à Tair, puis on le met eii presse.
Poorles taches dlmilerécmlefon peut aussi
DE LA RKPAHATION
rMOurir mx poudrée impaipaJ^ie» % de nature ar^ileufie, absorJt^uule et légèremeat alcalioe. On vient de m'en signaler une nouvelle (du
moins quant au nom)« M. MaBsignon « pharmacien, rue Saint-- iianorét Va bapiiaée ;
i$ Poudre margariwre^ servant détaciier kik étoffes les plus susceptibles. »
Une taelie d'encre noire eidinaire (gallate de fer), qui aouiUe une peau quelconque « ma* roquin , mouton maroquinô , veau , baaane ou parchemin lisse , perd sa teinte noire au con--* teot de quelques gouttes d'une solution de sel d'oseiUe ou d'acide oxaUque ; mais je renouvellerai ici le conseil déjà donné : ces substances pouvant altérer certaines couleurs, il est bon de pratiquer d'abord in anima vili. Si la nuance pâlit ou change un peu, il serait , je pensOf assez faeile de la raviver, de la raccorder, avec de simples couleurs à l'usage de l'aquarelle t après avoir annulé par un alcali les traces de racide oxalique*
La tache jauiiaire qui survit à la disparition du noir de l'encre est, pour ainsi dire, nulle sur les peaux de couleur brune ou fauve, mais sur du vélin très blanc, par exemple, elle resterait
DES Yl£iLLBS RBUURES. 11
a|4>areiiie; comment Ten débarrasser? Si Ton est obligé de prolonger sur Toxyde de fer, en est la base, Tactionde Tacide oxalique, maintena chaud, cette portion du parchemin non-seulement perdra sou éclat, mais courra le risque d'une désorgaaisation immédiate OU ultérieure (1).
Quant aux taches d'encre de Chine, ancienses ou récentes, qui auraient pénétré le tissu, quel qu^l soit, de la cou?erture d'un livre, elles résisteraient à tous les agents connos.
Pour faire disparaître les diverses couleurs qui fout tache sur les différentes peaux usitées dans la reliure, on aura recours^ wec eiroonspection et après avoir essayé d'en bien recon* naître la nature, aux procédés de décoloriag^ indiqués pour les estampes. U se renconlrefa, sans doute, plus d'uu inconvénient que n'o££re pas le papier ; mais, d'autre part, on n'aura pas ici à se préoccuper du souci de ménager Fencrc d'impression. Quant aux couleurs inde* structibles , comme le bleu de cobalt , on ne
(1) Voyez, au sujet des taches d oxyde dd fer, la Roté impriiDéei la flûte da présent ch^âtre.
i% DE U RftMIIATION
réoBsirait pas mieux que sur le papier h les faire disparaître. Passons maintenant aux réparations purement chirurgicales.
La plupart des bouquins, ceux surtout exposés longtemps sur les parapets de nos quais, ont été tantôt rissolés par uu ardent soieil , tantét distendus par une atmosphère humide ; ils ont contracté des infirmités, des maladies de peau plus ou moins curables « selon la durée de Vépreuve. Le régime plus doux d'une bibliothèque, placée dans une chambre où la température est peu près toujours égale, suffit quelquefois à rétablir leurs couvertures déjetées ; mais lorsque la superficie du cuir tombe en écailles, enliainant la dorure , il faut, s ils en sont dignes , leur faire faire peau neuve « les livrer de nouveau au relieur, supposé que le papier, Torgane essentiel de leur existence, ne soit pas moisi sans remède ; sinon c'est un livre perdu, ou, du moins, incapable de faire les délices d'un bibliophile ; il ressemble à certaûis vieillards atteints d'infirmités inguérissables : il n'est plus bon qu'à consulter.
Il en est qui , placés dans des conditions
DBS ?IBILLBS BBLIUEES. |3
moins rades, ont senlemeni Tépidenne çà et là écorché par le contact soit de rastiqnes voi«
sins munis de têtes de clous ou de lermoii^ , soit de planches raboteuses, soit enfin de ces paniers d'osier à Faide desquels les entrepreneurs de déménagements gâtent en une journée une biblioibèque entière. Celle du Louvre , soit dit en passant, était, au printemps der-» nier , en train de s'installer dans un nouveau local, au moyen de ces paniers, si redoutables, en dépit du foin ou de Tétoupo dont on les tapisse à l*intérieur. Une partie de mes livres ont passé plusieurs fois par cette fatale épreuve et ils s en sont fort mal trouves. Aujourd'hui, quand je déménage (la précaution est un peu tardive), je fais usage de boites bien rabotées & Fintérieur,
Pour les bouquins légèrement dépolis, defleuris ^BT le simple frottement, il est un palliatif propre à leur rendre un certain degré de fraicbeur et un aspect plus décent , qui dissimule jusqu'à un certain point la rdpure de leur vieil habit. On étale sur leur surface , à raide d un vieux gant^ de la colle de peau ou d amidon (cette dernière assez épaisse) à la^
14 HB LA RtMBATIOn
quelle on peat i^outor tn pao d'ahlii. On en barbouille vivement le dosi les phiia %t les pro** fils du carton ; puis , avec un liage fin , on en*
lève le gros de la colle. Ou euLruine en niôuiu
temps et la couche dé poussière et ainssi plus d*une souillure que i'eau a ramoUie (1) 11 restera sur le volume « après cette opération « une trôs mince couche de gélatine ou de gluten (partie vbqueuse de Tamidon) ; avant qu'elle soit tout à fait sèche ^ on y passera la paume de la main sur tous les points. Les portions défleuries du euir , qui avaient Taspect mat de Tamadou ^ reprennent une teinte brune quelquefois môme un peu trop prononcée. S*il y avait à lu superficie de légères excoriations ^
leurs dentelures bovochées ^ grâce à cet encoU )age , se trouvent réunies au corps de la peau , dontrépiderme redevient lisse, siuoa brillant,
(I) Cortaines reliures du XVI« siècle ont Bur les plats dss oraementg de diverse! ouanoeit (orinéas par de simples couleurs à Teau.^ En ce can, it faudrait ou s^abstaoir d*y passer de la coUe t ou coaserver uo dessin eiaot de oes fugitifs omemsatSi afin de Iw rétablir après i'opôratioDt
DES Vl&ILLfiS RELlUftES.
Leseoins^ quit presque toujours^ sont très usés ou même crevassés, se seront raiXermis» En un mot , si Thabit ne peut passer pour neuf, il sera du mcius plus présentable et contras* tera d'une manière moins choquante avec les livres fashionables placés sur le même rayon.
Après ce débarbonillage àPamidon, ilarrhret commç aussi apirès le décrassaient par les alcalis , que la couverture du bouquin est devenue terne. On réussit à lui rendre son brillant (supposé que la fleur ne soit pas enlevée) , en le firottant avec un morceau de flanelle imprégné de quelques gouttes du vernis, très siccatif, dit des relieurs, vernis qu'on trouve à Pans chez des marchands dont les noms figurent à la fin de l'article Aelimrs , dan$ l'Annuaire du Commerce.
La plupart des amateurs et des iNmqninistes de la c^^itale connaissent ce moyen peu dispendieux de rendre un certain lustre aux vieilles reliares £uiées et dartienses (qu'on me passe répression). Si j'en ai parié si longue^ ment, c'est surtout pour les amateurs encore ' novices ou confinés dans une petite ville de
Dfi LA R&i»AaATiON
pFovinœ. Gomme oes derniers^ c'est probable, ne sauraient où se procurer le susdit vernis, je leur couiuiuniquerai la recette de M. F.
Meiret, qui faidiqiie les prop6rtions des ingrédienis pour une grande quantité ; ma!s on est libre de les réduire au dixième, a On fait <K dissoudre (dit-il au 39** article de son Es^ai u iur la Rêiiurê) dans 8 litres d^esprit de a vin de 36 à 40 degrés: <-*SandarÉque, 8 on- « ces. «-Mastic en larmes, 2. ~ Oomme laque « en tablette, 8. —Térébenthine de Venise, 2. n Uajonte: « On concasse les gommeset on opère « leur dissolution en mettant tremper la bou- 4r teille qui contient toutes les matières , dans ir de Teau très chaude et eu la retirant de
temps én temps pour Tagiter . On eènserve « ce vernis dans la bouteille où il a été fait , a ia tenant bien bouchée. Quand on vent se
servir du veruis, on a soin de ne pas le re- « muer, à cause du dépôt, n
Je ferai ici une recommandation analogue à celle de M. Le Normand ; il vaut mieux placer d'avance la fiole de verre dans le vase contenant Teau du bain-marie, avant que cette eau
DES YIEILLBS IVEtlUftES. 17
èomUe^ sinon ïon mquaraU de briser sa fiole ; au lieu de Tagiter, on remuera la mixtnre a?eo une tige de verre»
Voici comaieDt M. Mairet j»'axplique au &u«* jet de remploi .de aoa verim : ^ On pose avec -a un pincean très doux une couche de vernis
sur le dos du Uvre, eans en mettre sur la u dorure* Quand le vernis est pnesque sec ^ on a le polit avec un morceau de drap bkuc lu-'' € gèremeat imbibé d'huile d'olive ; on frotte « d'aboid doaoemem et eatuite plus fort h me- « sure que le vernis sècbe... Pour réuâ^ir, il « faut absolument que le volume soit parfaite- « meiU sec et sans la moindre humidité. »
Adé&ut de ce veroi^t on donnerait au bou«* quin un certain brillant, moins solide 11 est vrai f en le frottant avec le liquide qui sert à giomr; il m compose de blane dJcsuf (albumine) délayé avec, un peu d'eau et additionné d'un peu d'alcool ; le tout bien battu« On pourrait encore esaayer d'un glaoie à la coUa de peau ou k la gomme arabique.
On rend le lustre au vélin blanc et au veau
(hors pourtant aux endroits par trop défleuris
par Tusure), en les trottant avec un polissoir
d^agaie, une àmi de low^^ aa uu fçr d'oue forme cambrée et chauffé, convenablement.
Quelquefois t avant de polir^ on «passe snr la peau, selon M.. Le Nonnandi dp iaflaneUe trës légëremept imprégnée de suii ou^d'buile dè noix. Il fiEHidrait bien se garder de repplir le maroquin , vrai on imité, car m^e» éeraseimH les grains ou les rides qui an sont la l^eaulé. Même observation à Tégard de la basane,; peau à fleur tendre , qui msqnerait d'étr»éeofcbée* Pour lustrer ces sortes de cuirs ^ on se sei^ vira du vernis des relieurs ou , au pis aller, du vernis & ralbomiae que j'ai signalé dessus.
AÉPAfiAiinNs n£& LACUN£S, Ëcoftcau&ËS, etc.
— Pasbous au iraiieiuent de plaies .sérieuses, qui s'étendent bien au delà de la superficia. de répiderme. On voit souVen| des couvertures en veau , basane ou maroquin, et là profondément éeorchées m môme ixnreées.^ da troua comme les manteaux de Di^ne efc de ^fiûyr Blas ; le dos, les charnières etie&iUiina , ceuf^ du bas notanmieut, lai^ent paraîtrait nu la pftte du carton; c'est un éttt.M cynispa réclame au moins.:quelqueapiiUw(îla; ieiSim^
DES YISILIËS' RELIUEES. 49
pie barbouillage à ramidon est impuissant à guérir de pareilles bleissures.
On essayera de réparer les lacunes à Taîde de fragments de peaux de même nature et de nuance identique. Je supposerai d abord que Tamateur possède des débris de maroquin, de yeâtt &uve « de vieux vélins ^ etc. , dépouilles de livres infortunés dont le texte ^ à tort ou à bon droit, a été voué aux usages lesplus humihante^ - Ou cherchera parmi ces lambeaux une^ttèce convenable : quelquefois on trouve. JLe point essentiel , c'est d'assortir le grain de la péau. Quand la nuance est trop claire, on la raccorde plus ou moins aisément avec des cou» leurs pour râquareUe ; mais si elle est trop foncée y il' faut chercher encore. On parvient à éclaircir un peu le veau d'une teinte trop brune à Taide d'un aeide affaibli.
Supposons le morceau trouvé : avec un peu d^adresse et de patience on réussira à combler une lacdne par des procédés analogues à ceux indiqués' pour les raceords du même geiire , pratiqués sur une estampe. On donne à la la* cune une forme nette, bien arrêtée, et ou la comble avec une pièce de dimension identique. Si
SO DB Ik HKPARATlUiN
l'on n'a pas le temps de se livrer à ce travail de mosaïque de rapport , on se contentera de soulever, avec une lame souple , les bords de la peaa qui forment le contour de la lacune ; on appliquera de 1^ colle épaissie ou de la gomme sur le carton mis à découvert; on glissera la pièce ^ amincie surtout vers les bords , puis on rabattra par-dessus les bavocliures de rorifice du trou » après les avoir très légère^ ment imprégnées d*une colle peu fluide, sinon cette colle ferait tache. Mais une pièce ainsi mise sera plus désagréable à Tœil que celle rapportée par le premier procédé, car à cet endroit il y aura toujours une sorte de boar^ relet qui accusera la forme du trou«
Parlons maintenant de la réparation de ces excoriations plus ou moins profondes, produi-» tes par le brutal contact d'un corps dur, an«guleux ou raboteux.
Quand les portions effiloquées du cuir sont au complet , on les redresse , puis on les rabat aur la cavité de Técorcbure après les avoir en-* duites légèrement de colle d'amidon épaisse.
Mais si les dentelures correspondantes au vide sont absentes , comment niveler ces sortes de
DES ViËlLLES RELIURES. 21
sillons qui offrent Tapparence de Tamadouî Avec une pièce rapportée , incrustée dans la fissure f C'est une opération , je crois , difficile It pratiquer^ et il en coûterait moins & convertir récorchure en une lacune bien nette , que 1 on boucherait comme je Tai dit ci-dessus. Tâchons dimaginer une sorte de mastic.
Je ne suis pas au courant des procédés mis en œuvre pour la fabrication du cuir bouilli « mais il me semble quanc pdle formée do limaille de cuir, qu'on ferait bouillir avec de la colle de peau ^ iremplirait assez bien notre but. On en comblerait le sillon de Técorchuret puis, quand elle serait sèche , on raserait lexcédant au nivesiu de la surface générale, et Ton passerait le brunissoir*
Ce moyen m'est venu tout en causant avec vous, mais en voici un autre que J'ai mis en pratique , bien qu'assez grossier. J'ai un jour employé la susdite colle mêlée tout simplement avec du blanc d'Espagne. Mon livre pouvait être assimilé k un tableau mastiqué, qui attend des retouches. J'ai réussi même, avec oette p&te, à imiter le grain du maroquin. Je raccordais les teintes avec des couleurs à la
98 lA RÂPAa^TlON •
gomme (i). Mais cette sorte de replâtrage
n'est applicable qu'à m eiidroU éu plat asse? rappit)cbé du centre ; dans le voisloage de la ebarnièfe ^ oe masiio bms souplesse sMeûUeraitet se détacherait, du «loi&Si mdcaU piuâ diiUcUe 1 ouverture du livre*
J'ai songé apssi à lirer parti du ^utta-peiy cha (2). Cette mali^re, de cottl^ fiauve^ a la propriété ^ à une certaMU^. ^euii^ratui^ (vers 70 degrés)» de se rauioUir et d adliérer au cuir» puis de pepreadre à froid son état oatureU qui est unedemi*4iasticité; maiSt après av4>ir. éié foudue par rapproche dun 1er chaude oa mieux encore (^i lelat du temps le permet) à Taide d'une loupe exposée au soleil « eUe Jbviir
nit beaucoup , et sa teiule ne s'hamnonisejRaU
(1) Si 1 oa soubaitûtl raccorder artist6QieQt46s veaus marbrés » jaspés « etc.* oa certunea niiaaces particii*lieras, on consulterait le$ principaux ouvrages aur la reliure , qui indiquent les procédés usités pour apprè->
1er ainsi les couvertures.
(2) Dans le commerce on dit : la gutta^-perclia. Mais M. Botichardat et plusieurs autres savants chimistes donnent à cette matière le genre masculin; j'ai cru da^ voir Stthré leur orthographe^
Hm quVivee Mile d'un veau brun trèft foncé; ^ n'ai tfOuv^Mfiaii moyeu pour \'éclsât€k» > ' ' le signalerai encore une autre expérience ^ testér. Oft connall^lft «mplease de la pâie dei loitea côréaa; ii en eûaie d& toutes nttaiicei4 £m se^mettani au courant de ce genre de labri- Mttoiif^n eompMerait peitô^tre un mastic MnwsaUfi; nmia je daîa s^wier qu'avec ce»
aories de niatièreSt il ne serait permis de rac^ <^rdjer les dorures qu'à froid,
. Paiiojii de: la répaniiiDtt, du nqfiidGement de là couvésriuce , h Tendiriui même aù elle fait
ïoidçii de tliarnière. C'est une opération qui tt'eal praticable qu'à la eandition de trouver un liMu k £ûia Uè» minca et très aouple. J'ai féubM k con^U^er cette partie d un volume par remploi d'une bande de baudruche^glissée entre le doi» et le plat , et fixée ^ d'une part ^ aur le b^rd da piat« d'autre part^ sur le carton d^ reudoHsage. Je donnais ensuite à la baudruche une teinte analogue à celle de la couverture^ JLa déchirure restait visible ; seulement , j'avais reuiédié & la solution de couûnuitô : le livre s'ouvrait et se fermait.
Béttssirai(-on mieux par Tusage d'une mince
feuille de oaoutchoucî ie n'ai pas essayé ; mai» ce tissu , je crois, ne s'obtient^ en couches très minces que par un étirimem'esagéfé éê cette matièffe , ^ui tarAepeit A ^fdve sa- cpiatîié es-* seniieiie : son élasticîl6% Peut-être raccorde^ rait-on sans incoilVénienl (sur un veau très bran) les déelrinroMB de-hi cbaivÉtaK avec des fragments de gutta^-peroba lifuéâés par les moyens indiqués plus hadt. '
J'ai quelquefois rétablr des wins de-'viAiiiie avec plus oti m^ias'âe'Siiiscès^ Su «aft d'à? aries peuiff&tTes, voielœuïment je m'y prenais ; après avoir décollé, à riutérieur du plat , le
féuiilet de garde, soit à tm soit A«*raide de rhumidîté , |e repoussais & une certaine dî«
stance la peau endommagée ; je collais sur le carton un fragment do peau de môme nature et de même nuance t je-mbaitai» tes bavures et façonnais le nouveau coin *a l'état humide; puis, après avoir replacé les bords de la garde, je raccordaiÉ^ la couleur.
Quand la peau qui garnit le coin est par trop délabrée, on rapporte un coin entier qu'on taille en forme de triangle et que Ton colle de niveau avec le cuir du plat; tronqué' net au
DES VIEILLES KEUURES* 88
canif. Si la pointe de carton est toute feutUe^ tée , on lui read de la rigidité au moyen de coUe de pète on de pean« dont on Vimprègne et qu'on laisse bien sécher. On peut ajouter un peo de Uane d^Ef^agne à la colle pour lui donner plu& de oonsistance.
Mais^lorsc|ue Taugle du carton est tout à fait arrondi , émoussé , écharpé par Tusure , on doit prendre le parti de la renouveler « en in-^ corporant an* plat un coin tout neuf. Pour Ty aouder solidement , on dédouble de moitié , au canif, d'une part, le bord du plat, tronqué à cet endroit , d'autre part , la base du tiiangle qu'ony joint, de manière que ces deux espèces d^entaiiles se superposent, s'enchâssent avec précision. Ici on fait usage de la colle forte. Ce travail n'eat pas- difficile, mais les apprêts exigeai du temps €t de la patience, car il faut soulever le cuir et la garde sur une asse£ graîBde* surface , puis tout replacer. Si l'on ne se aent pas assez doué de cette dernière qualité^ on renoncera & cette entreprise et on la confiera à un relieur ; autrement on ne ferait rien de solide et l'on endommagerait son volume au lieu de le restauter.
Sft DE U HtPAlUtlON
lUPAailTlON DES THANCiUSS. POUt ÙLÇr âUÇ
tes tranches d'un livre une taehe ^l^enore on uoe flaque de couleur ^ueloauque^ m eesayere des sub&iaui^es cbimiques indiquées p«ur Tenr lùvement sur le papier de ces mêmes souillures. Toutefois 9 il faut ici faire me disiinQtiQ& : en
ipas affaire h une sui^aee feimdeHl!ttA seul jet de p&te de papier, mai^ à une rôumon de profils de feuillets rangés piles. Si Ton néglig^i de mettre en presse la tmn^he à net* toyer, ie liquide^ ptaéitrant 4 travers toa àate^ sticesi maculerait un <:ertaiin nombre de pages. Si pourtant Tencre elle-mâme sV iaii infiltrée assez avant'sur les plata des feuillets , il vandrait peutrôtre mieux, qw le. liquide dàSMivant ;suivii lu même route. Dans ce cas,, on âer<m ensuite obligé d'effacer sur chaque feuillet les moiiillures qui résulteraient de TappUcation du remède t travail asses compliqué»
Si , uu cont4*aire ^ la tache souille uniquement la superficie do la u anche, on maintiendra le volume bien serré et de telle aorte que la tranche À nettoyer ait une position verticale; puis on appliquera, au pinceau, le Uquidi) nécessaire. La tache enlevée (supposé qu'elle ne
soit pas jie sa nature iudécomposable), il faudra , en Gerlains cas^ rélablir la teinte générale de la unwciie, inaccord peu difficile, à moin^ qu^eUctni^ soû^babUement marbrée.
Quant aux tranches dorées, lor étant inattaquable t elles résisteront naturellement à Faetiou des ageptïs cbioûques '% on réussit k en&ire disparaître rçuçiQ» sans avoi,!: (t raccorder ce fond brillant. La tache cède quelquefois au coni9Qi d'uneépongeàumide. L^noredeCbiîiie elle*!uêipe« ce noir indiicoQàposablQ , est susr cejplible de s effacer par ce simple procédé,
qui agit par voie d'entraînement.
Supposons maintenant des tranches, que ne salissent aucunes taches ^ m.ais qu uu fréquent feuiUetage a fanées, Oétries, déeolorées en partie. Jl est ^sç^s ai$^., je le répète, d en ravi* ver les cou^urs, si toutâfois elles ne sont pas Irop compliquées; j ajouterai : et pourvu qu'il n'y ^t pas de cahiers ou de feuillets , les uns en retrait, les autres en saillie, par rapport au niveau général; car, en ce cas, il faudrait commencer par réparer l'éndossage, ^oys disloquer le volume : opération presque impossible» l»a couleur ravivée t on repolit avec un bruni^ir
28 DE LA RÉPAKATiOX
en agate la tranche maintenue bien serrée.
Si une tranche , non plus peinte , mais dorée, a été çà et là endommagée par Tusure , est*il permis d'en raccorder les parties qui ont perdu leurs brillants reflets? Les raccords parfaits de teintes d'or sont impraticables snr des bordures de tableaux , et , sans doute , il en serait de même à Tégard d'une tranche de livre* La nou^ velle couche d'or appliquée sur la lacune contrasterait par la fralcbeur de son poli ayec le reste dé la surface , et , aux endroits où elle empiéterait nécessairement sur les parties intactes , la surcharge serait visible. Il faudrait sans doute faire redorer Tensemble par un do* reur de profession.
Quand on s'est donné la peine de raviver la couleur des tranches , on peut désirer , pour compléter la réparation , le renouvellement des tranchefilés. le n'ai jamais eu la patience de façonner une tranchefite , sorte d^ouvrage de passementerie, qui rentre toutefois dans Tétat du relieur. Sur cet article , Tamateur aura recours au relieur, ou, s'il veut entreprendre lui-même cette restauration , aux conseils des ouvrages publiés sur la reliure.
DBS VIBIUBS REUUA£S« S9
' Réparatiûn DBS DORURES. — Il s'agit ici du ravi veinent ^ du raccord et du remplacen^ent partiel des ornements dorés d'un bouquin préi cieux. Quand , pour le nettoyer, on le froHe, comme jeTai indiqué plus haut, avec du savon en gelée ou de la colle d'amidon » on n'aji.tère pas la dorure , pourvu qu'elle ait été api^iqu^e selon les règles ; on la débarrasse , au contr^ire^ de la couche de crasse qui lui ôtait de son éclat; mais si elle a été« sur certains pQînjy;^ détruite par rexcorialion de la surlace 4ti(;uirf il faut , pour la rétablir, commencer par renouveler cette rarface. Ici se présente une grande difficulté ; il s'agirait de trouver un mastic propre àservir de fond(voir ci-dess^Si page 21). A coup sûr on n'obtiendrait aucun service du gutta^percha , à moins de dorer à froid , puis** que l'application & chaud d'un fer à dorer le liquéfierait. Il n'y a guère que la ressource des pièces rapportées.
J'ai réussi quelquefois àraceorder assez prd^ promeut des fragments effacés de dorures, par le simple emploi de l'or en coquille , étalé au pinceau sur le cuir préalablement réparé. J'imitais de mon 'inieux chaque partie de VojMr
8d DE LA RÉPARATION '
mentalion à rttablîr. Ce gehre de raccord manque de brinant et de solidité; le frottemeni d^ttoe éponge humide suffirait à Teffacer; mais on lui donnerait un peu plus de fixité- en y îisssAit dtt yétniB de relieur.
' Indiquoitô des procédés moins imparfaits.
Si Ton n'a que dés filets , que des segments de eerble à taécerder, on peut'sai-ttéiiié fabrr^ quér Éon outillage. ^On se procuré de'pèUtes lames de Mton , les unes à tranches rectilignes, les autres diversement courbées sur leurs profite ^ comme des gouges* Ou a au^M de Atâees tiges de divers calibres, dont le pl^fil e&t cir^ culaire ou ovale. Avec ces simples éléniénts, ou rdoeéVdeMirtefi des dessîusrLiyfoftdebtft^ nablement |>répiiré/on applique diàiid tek fers (ainsi les nomme-t-on i bien qu'ils soient de cuivre) sur des fragments d'or en feuilles. Les férs doivent être un peu plu» chauds ^e Veau bouillante ; pas assez , ils ne âxeut pas la dorure ; trop , ils brûlent le cuir (1). L*excé-
(t) Les doreurs, al-je lu , portent sur leurs fers un doigt mbttUlé et reconnaissent , rien qu^au broissement "eau qui se vaporise, si le degré de chaleur est conr
UES VIEILLES RfiLIDAES. 3i
dant d'or, non touché par le /cr, s'enlève avec un morcôau de serge.
S il s âipissait de restaurer, sur une reliure ancienne des plus précieuses , des ornements très compliqués, on ferait fabriquer quelques fers, d'après les parties bien conservées dû modèle. Si Ton se sent assez de patience et d'adresse , on tentera d^en façonner soi-même.
On calque au pinceau , avec un vernis de ré*
sine on de cire, les principaux motift de l*oi^ nementation intacte de la reliure ; on applique ce calque, qui naturellement laisse une em-« pnreînte à Tenvers , sur nn fond de cuivre ; on reumche son desitfin avec le même vémis. On enduH,' de cette même substance t toutes les
autres faces du cube ou cylindre de cuivre , qu^on fait tremper dans un bain diacide âzotique concentré (eau-forte). L'acide, corrodant le métal seulement aux endroits non couverts de Tenduit, permet aux ornements de ressortir en relief à la manière d*un cliché. On poup*
vcoable. Le moyen le plus ^im^lû pour un amateur aoricat o'esl d'essayer son Uix sur un fragmeni de cdr.
DB U RtPAJUTlOII
rait eneoM ayoir reconri aa procédi électrochiniiqtie appliqué ao cUchage.
A Taide de ce mouiet obteau d'une manière quelconque, ile&tpenuis de dignement rcUblir les omements effacés , pourvu que le fond du cuir aoit apte k recevoir la feuiUe d'or*
NotonSi eu passant, qu'il n*est pas facile aux aaïulcurs novices de coucher cet or, .^aro le pUsier, sur les diverses parties de la reliore : c'est une expérience à acquérir. Ënanile^ U pellicule d or dépassera toujours nécessaire* meut et masquera les places à redorer, D fint pourtant que le fer tombe juste sur tel oit tel point pour qu'il y ait raccord; cest assurément làla plus grande diiïicullé à surmonter ^ et Ton aurait plus tût fait de dorer un plat tout neuf sur toute sa superficie. Peut^tre poarrail^ substituer à Tor en feuille une poussière d or qu'on sèmerait sur le dessin tracé avec l'enduu albumineux destinée fixer la dorure.
Selon M. Le Normand, quand on dore sur Im soie ou le velours , on saupoudre la place où doit être appliqué le fer U'uue poudre sèche d^albuminCi qu'on rend légèrement visqueuse en y dirigeant son haleine.
DÉS ¥1BILLBS BBUUUS. 33
On désire quelquefois rectifier un titre défectnen on une date erronée. Le pins ample est de les faire reimprimer par un doreur sur une peau isolée , qu on rapporte sur le dos du liYre. Oo peot soi-même entreprendre ce travail^ si Ton possède des lettres en cuivre , uni çompù^iieiiT et une dose d'adresse suffisante.
Supposons le cas où, sur un titre anciennemeni doré ^ et qu^on tient & conserver, il y a une seule lettre ou un seul chifire à clianger. E s'agit d'abord d'effacer la lettre ou le chiiïre à remplacer. On commence par y déposer une goutte d alcool; puis on Tessuie et Ton entraîne le vernis qui pourrait recouvrir l'or. Si la domre résiste à on frottement prolongé , on tentera sa décomposition chimique. Je ne conseillerai pas l'emploi de 1 eau régale, le dissolvant infailiibk de l'or, car il désorganiserail le coir. Je pense qu'nn globule de mercure, mainlena chaud sur, la lettre à Taide d un fer rouge ou des rayons solaires toncentrés par une loupe (^V , absorberait les
(I) L^applkatiott <l«s rayoos sohtras oonoeBlrés
côauitemeat de cerUmeâ i>ubdtaaces convieadraii, eu
parcelles métalliques en s'y amalgamant. Restera une empreinte en creux : commeat la faire disparaître? On parviendra, je pense, & faire gonfler le eoirt à Tendroit déprimé j k raide d'un jet de vapeur d'eau dirigé sur ce point au moyen d'un tube de verre très eftilé.
Cette trace effacée , ou au moins atténuée , on procédera au remplacement de la lettre. Le mieux serait de se procurer un caractère en cuivre du même modèle, et de l'appliquer chaud sur la place vide couverte d'un fragment dV>p en feuille ou en poudre» Mais, quand, on a affaire à une reliure très ancienne , on ne saurait « le plus souvent, assortir ce caractère* Il faudrait le faire exécuter ou le fabriquer 3oi-*méme par le moyen indiqué plus haut à propos des ornements, i '
plusieurs cas, A la réparation des estampes; mais il faut en user avec une précaution extrême, sous peioc de brûler à rinstant le papier sur lequel oo^lirige cette
source intense de calorique. Si le soleil est très ardent, on se servira d*uae petite lentille, peu convexe , autrement dit d*un foyer assez long. On pourra, à IVide de plaques métalliques, protéger les environs du point ou a^it le foyejr de la leoliUe.
J'ai pliudems fois remplacé , tant bien que mal» le chiffre d'une date erronée au moyen d'or en coqaiUe appliqué an pinceau ; mais^ je le répètCt ce genre de dorure manque de brillant et de fixité. Du reste, ce raccord n est que proiôaoire; je compte, tm jour, refaire ces cbiffires par le moyen suivant. Vous avez , sans doute, vu sur nos quais, en vente à bas prix, des lettres ou chiffres de cuivre, incrustés dans des manches de bois, et destinés à marquer le linge î Voilà notre modèle tout trouvé. On se procure un fragment de cuivre laminé, et, à Taide d'une petite pince, on en façonne le profit la transe, de manière & obtenir, par exemple, un 2. L'épaisseur du métal devra égaler la dimension du plein ; pour former les déliés on amincit au canif. Atcc un peu de goût et d'adresse , on a bientôt le chiffre désiré ; on rincruste dans une sorte de manche de plâtre ou de glaise qu'on laisse sécher et se durcir : on possède un fer à dorer prêt k fonctionner.
Repout d'anciennes couvertures. — £st-il permis de reporter des couvertures d'ouvrages richement reliés , mais sans valeur, sur le carton d'autres livres, plus précieux par leur texte
86 DB LA RÉPARATiOK
et dont le millésime s^accorde avec le Mvle de la relmre démontée ? Plus d'aa de nos bons felieurs répondra par Taffirmatlve.
Où chercher ces magniliques liabits desiinés à parer an livre en baillons^ et pourtant d^nne grande valeur intrinsèque! Oïl les vieilles coquettes , je vous prie ^ trouvenl-elie^ ces belles chevelures factices qui les rajeunissent, du moins entre le front ^ rooâpnt? Sur des lètes de jeunes mais niaises villageoises, qui livrent pour quelques francs une parure naturelle valant plus que leur dot , si les jouvenceaux du pays en savaient apprécier le mérite.
Plus d'un volume a conservé vierge saspleodide reliure originelle, par ce seul motif que le texte en est ennuyeux, insipide. A celle classe appartiennent certains ouvragesde théologie indigeste , « œuvres sacrées, dirût Voltaire , car personne n'y touche » , et ces odes courtisanesques, fadasses rimailleries^ en aristocratiques livrées , adressées à de hauts per^ sonnages qui les payent, mais ne les lisent pas. C'est à ces soxHes de livres qu'on peut, sans remords, enlever leurs précieuses enveloppes.
Toutefois, pour en tirer parti , il est urgent de
DES VIEILLES HELIORES« 37
s'assurer si leurs dimensions, en tous sens, s^accordeni avec celles des nouveaux volumes qu'on se propose d'en décorer. Les vieux livres intacts se dépouillent aisément quand on n'a aménager ni les nervures, ni les gardes, ni le carton. Ce qui exige le plus de temps, c'est l'enlèvement & sec des débris de colle qui adhèrent çà et là au cuir du côté de la chair après la dislocation. On cache, bien entendu, Tan- . den titre sous le nouveau, qu'on imprime sur un fragment de peau rapportée*
J'ai revêtu plus d'un in-4^ de couvertures en -vélin à ornements dorés , provenant délivres du même format. Quand le dos se trouvait trop étroit ou trop large, je remplaçais cette partie, mais alors la couverture se composait de trois pièces. Si le dos était de mesure, j'effaçais Tancien titre , tracé à l'encre , avec le sel d'oseilie, et j'inscrivais le nouveau au même endroit, mais à Tencrede Chine ; doré, je le couvrais d'une nouvelle peau, trouvant trop long d'en effacer les lettres parles procédés indiqués plus haut.
Supposons maintenant qu'il s'agit de reporter sur un volume rare, dont on change seule-
88 Dfi LA RitPAaATlON
ment le cartan , la vieUle reliure contempo* raiae qui le revêtait. Si la peau est usée vers les bords, aux coins, el à rendroil où elle fait Toffice de charnière, sa séparation, sans a^a-ries, de lauciea carton, est assurément une opération très délicate. Pourtaat ou y réussit, même (t sec, avec de la patience et des précautions qu'inspire la pratique. Nos babiles relieurs, pour peu qu'on ne regarde pas au prixt exécutent plus d'un tour de force eu ce genre* Seulement, presque toujours, ils sont obligée de renouveler les parties corrodées par Tusure, aiusi que les gardes. Us revétaut donc çà et Ut le carton neuf du volume d^une peau mince, bien assortie & la nuance de Tancienne, y transportôut la couverture séculaire encore chargée des riches oruements qui en constituent toute la valeur, et, sur ces portions renouvelées , rétablissent les dorures d'après le
modèle qu'ils oui sous les yeux.
Plus d'un relieur a réussi à reporter, avec
une merveilleuse habileté, sur un nouveau fond , le spleudide habit d'un livre rarissimoi sans avoir été dans la nécessité de le recoudre et de le rogner une seconde fois, extrémité
DES VIEIU.BS RELIURES. 39
toujours fAcheose. On peut même, à la rigueur,
à force de soins, parvenir, sans en disjoindre les cahiers, à nettoyer les feuillets un à un et à en réparer les lacunes et les déetiirures ; mais on conçoit que de pareilles restaurations sont une affaire d'argent, et ne doivent s'appliquer qu'à un limre pour ainsi dire inestimable. Je crois même qu'il existe 4 Paris des relieurs de force à remettre en place un cahier ir^tavo qui aurait été transposé , sans dérelier le volome et sans laisser subsister la moindre trace de cette opération dilâciie.
ion lEUTm m uens m looiui*
JDans mon Essai sur l'art de restaurer les estampes^ elc., j ai plus d'une fois exprimé mes regrets au sujet de la difficulté de faire disparaître radicalement les taches ou couleurs qui ont pour principe le peroxyde de fer. Gomme une estampe à décolorier contient d'ordinaire plusieurs couleurs à base ferrugineuse , il se* «ait à souhaiter qu'on pût la soustraire à Tac-
hOTIi EEUTiVK
tâoa prolongée de 1 eciiie oxalique iiottiUaiifc,
dout j ai i»i|j;ualé le dauger duui> la note de la
Je rappellerai d'abord le eonieil qoe donne
Mi de Footeaeiie pour enlever iea (racea de pejro)^>d<^ de fer^ autrauieat dit poor séparer ce méial de Toxygèiic qui s est combiné avec loi en doses plus ou moins fortes : * il indique remploi d'un hydrosulfure alcalin. J'ajoute rai ce pa^^age^ plus explicite, sur le même su* jet, extrait du Manuel du Relieur^ de M. Séb. Le Normand. Paris^ Jioret^ lëdl, pageS5i:
« On enlève les taches de rouille (sur le pa- « pier) eu leur appliquant d abord une soiuce tion de sulfure alcalin^ qu'on lave bien en* « suite « puis une solution d'acide axaliqne* a Dans ce cas, le suUure enlève au 1er une par- « tie de son oxygène et le rend soluble dans <c les acides affaiblis. »
M* Le Normand aurait dà, ainsi qae M. de Fontenelle, designer mains vaguement la sui>* stance quil conseille. Il veut, sans doute, parler du protosulfure depolassium. Selon M. Bou* chardat, « une dissoUition de ee protosnlfure, « exposée à i'air^ absorbe peu à peu loxy*-
AUX TACBB6 DE RÛUILLE. 41
<u gène. ')» Mise eii contact avec nue tadie d^oxyde .4e fer plus ou mains compliqué, se comporlerait-elle de la même manière ? Ce sulfure, au contraire, n'exercerait-il, ainsi que le projtocbloirure d*étain , son pouvoir désoseydant qu'à sec, au loud d'un creuset, à une haute température? La i^éponse à ces questions exigerait des expériences que je n'ai pas. le temps de faire , pour en communiquer au lecteur les résultats* Reste aussi à savoir si les sulfures alcalins n'atlaquent pas Tencre d'impression, ourle papier. Si remploi de la solution de protosullure de potassium pouvait, en effet, ramener le fer oxydé à Tétat métallique , le décoloriage des estampes offrirait une grande difficulté de moins, car, je le répète^ la rouille est le principal ingrédient de Tencre à écrire et do plusieurs couleurs très tenaces.
A propos de la décomposition* de l'encre noire ordinaire (dont je parle à la page 73 et ^^kOf i'^^ ^^^^ ^ ajouter. J'ai oublié de mentionner les encres, aujourd'hui tout aussi employées^ de teintes bleues ou violettes , qui B^'ont pas uniquement pour base le gallate.de fer. Si les taches produites par ces encres ne
4f MOTBN DB FIBB PLUUBIIM B8TAMPES
cédaient pas à l'acide o(uli«[ue, on aurait ooora aux remèdes indiqués an siqet des diverses couleurs Jbleues et vioiettes. £Ues doivent leurs nuances à telle ou telle substance , suivant le procédé de chaque fabricant. J*e8pèra^ en tout cas, que le bleu de cobalt, cette couleur tout à fait ineffaçable, n'entre pas dans leur composition.
lOÏEN DE FIXER RÉ6ULIÈREMEHT PLUSIEURS BSTAIPES SUR Ul 1£HB FEUILLET.
Encore un détail oublié dans mou Essai; je mtempresse de réparer cette omission. Les collections sont, en général, formées de pièces de toutes dimensions^. Les unes, plus grandes qne le format adopté, seiout repliées; mais beaucoup d*aatres, très petites et se rapportant aumâme objet, devront être fixées sur le même fraillet de soutien.
Disons d'abord que, si Ton tient à ce que le verso de chaque estampe reste apparent, on doit la coller senlement par un de ses bords, soit directement sur le feuillet , soit, s'il n'y a point de marge, par Fintermédiaire d'une bande adhérente d'une part à ce bord, de Tau*
SUR UN MÊME FEUILLET^ 4ft
tre au feuillet. N'oublions pas que , quel que 8oit le nombre de pitees fixées, cfaafcune d'elles doit pendre librement du côté du dos intérieur du portefeuille.
Pour ranger rapidement et avec une parfaite symétrie des ostampes sur un fond de sontieiif dt^nis une seule , de grande dimension , jns^ qu!à douze ou quinze très petites, voici le meilleur procédé à suivre : on se procure dn carton de Bristol d'une force convenable et de la grandeur du format de la collection ; on peut , si l'on préfère, le remplacer par une feuille de zinc mince et bien redressée. Sor run où Tautre de ces fonds , on trace à la pointe , en s'aidast d'une règle et d\ine équerre , des lignes ventieales et horizontales qui se croisent et ftw^ ment divers compartiments rectilignes ; on dé* coupe ensuite le carton (ou le zinc) nettementi au canif ou aux ciseaux, de manière à y percw une série de vides parfaitement équarris.
Quand il s'agira de ranger sur un feuillet un nombre quelconque de pièces de dimensions wiées, on prendra ce patron, cette espèce da gnile dont ohaqne barreau est également pacé , on rappliquera sur le feuillet de son^
44 MOTBif OB f nm plosibors estampes
Uen> etrpn tracera au. crayon , sur ce feuillet, •en suivant ie contonr des bandes y des lignes qui, ù le patron a été taillé avec précisioD, se croiseront toutes d angle droit* La découpure 4 jour du patron sera combinée de telle sorte, qn'use des lignes de crayon- tembe, en chaque sens. Juste au. milieu du feuillet* Je supposerai que mv un feuiiklde 60 centimètres de hauteur sur4tt de lar^c, il doit y avoir sept lignes de crayon verticales et neuf horizontales.
Ou conçoit 4U0 ce treillis aymétrique une fois obtenu ^ ou réussit, à vue d'oui , à placer avec précision et régularité deux , quatre , six estampes ou,davantaga* Ces pièces, quèUe que soit leujc graiidfiurt po^rvu qu'elles aient leurs bords coupés d'équerre, renconUeroni loujours , dans le voisinage , une ligne droite qni sera .un repère pour son placement exact.
C'est lo jseul moyeu de iix^r à la gomme plusieurs estampes sur la même feuille , avec célérité et sans tâtonnements* L%xéeution du psitron exige « il est vrai , des soins et des me-* sures miuutieusesi>mais une fois fait^ il épargna bien des peines et sert indéfiniment. On peut le craiparer à un moule bien façonné ,