‹ De la répression pénale, de ses formes et de ses effets: Rapports faits à l'Académie desChapitre 7 sur 62 · I". — CRIMES POLITIQUES · texte numérisé non relu

I". — CRIMES POLITIQUES

Si les crimes politiques sont placés au premier rang, ils le doivent à Textrême gravité du danger qu'ails font courir à TÉtat. Est-il, en effet, de plus grands attentats que ceux qui s'^attaquent à Tordre établi , pour le détruire ou pour changer violemment les bases sur lesquelles il repose ; qui, en troublant ainsi la paix intérieure d\m pays, dont ils arment les citoyens les uns contre les autres, peuvent, dans certains cas, le commettre avec Tétranger, et amener des collisions de peuple à peuple; qui, enfin, eu contribuant, par les excès qui en sont ordinairement la suite, à Tanéantissement de la fortune publique, amènent nécessairement aussi Tanéantissement des fortunes privées !

Si on recherchela cause de cette nature des crimes, on la trouve le plus souvent dans Torgueil de ceux qui, peu satisfaits de la place qu'ails occupent dans la société, fondent sur les bouleversements et le désordre Tespoir d'aune situation meilleure ; ou bien, c''est Tambition déçue, source d^un mécontentement dont le paroxysme se traduit en actes coupables; ou bien encore ce sont des esprits faux qui, se donnant à eux-mêmes la mission providentielle de reconstituer Tordre social, érigent en systèmes les rêves de leur pensée, en poursuivent la réalisation par tous moyens et à tout prix ; novateurs redoutables qui, en faisant appel à des espérances chimériques sous lesquelles se cachent de perverses convoitises, découragent le tra-

vail, irritent la misère; et, après avoir ainsi jeté le trouble dans les idées comme dans les existences, finissent par être les premières victimes de ces erreurs qui ébranlent le monde !

Les machinations qui précèdent et préparent les crimes politiques sont d^'autant plus menaçantes, que, pour certains esprits, elles ont un grand attrait; le voile qui les couvre plaît à ces natures mystiques pour qui Tombre est préférable au grand jour ; poussées par un prosélytisme ardent à former des associations dont la première condition est le secret ; jalouses de rîmportance attachée à leur direction, ne reculant devant rien de ce qui peut Taccroître, conspirer est leur vie. Conspirer est Tidée fixe qui survit à la défaite, à la ruine^ aux condamnations, à la grâce ; que rien n''attiédit, ne décourage et ne désarme. Leurs adeptes, à leur tour, sans se rendre précisément compte du mobile auquel ils obéissent, sont flattés d'^avoir été jugés dignes de coopérer à Pœuvre à laquelle ils sWfilient. Leur imagination s'^exalte; les serments exigés, les mots d''ordre donnés et reçus, le périlleux mystère des réunions nocturnes, les péripéties de ce drame qui présente un continuel mélange de craintes et d'^espérances ; enfin, la contagion d^me même foi dans un même avenir, tout concourt à agir fortement sur ces âmes qui ne s**appartiennent plus, et c'est ainsi que, de proche en proche, Tassociation s'étend, grandit, se recrutant parmi les désœuvrés, les gens sans aveu, les repris de justice, et appelant à elle tout ensemble, et les caractères énergiques qui ont besoin d^ui aliment, et les caractères

faibles qui sentent la nécessité d'aune protection ; vaste réseau qui, à un temps donné, enveloppe des contrées entières ; nation souterraine, occupée sans relâche à miner les fondements de la société !

G^lle-ci n''a pas trop de toutes ses forces pour résister à des entreprises qui, se couvrant d'^apparences quelquefois généreuses, peuvent, par cela même, se faire de nombreux partisans, et devenir ainsi trèsmenaçantes pour la tranquillité publique.

La répression de semblables désordres exige une législation énergique, mais appliquée avec une grande modération. Énergique ! pour atteindre les véritables instigateurs, et séparer d'yeux, par Teffet de Tintimidation, les hommes faibles qui se sont laissé entraîner ; appliquée avec modération ! car Texpérience a prouvé qu'aune justice implacable à Pégard des coupables irrite les esprits au lieu de les ramener, et augmente le mal, bien loin de le guérir.

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