‹ De la répression pénale, de ses formes et de ses effets: Rapports faits à l'Académie desChapitre 8 sur 62 · IL CRIMES CONTRE LES PERSONNES · texte numérisé non relu

IL CRIMES CONTRE LES PERSONNES

Les crimes contre les personnes, qui forment la seconde catégorie, présentent une diversité qui doit être attentivement étudiée : si quelques-uns d**entre eux ont pour mobile une prédisposition instinctive qui porte à verser le sang avec une sorte de sensualité sauvage, monstrueuse exception dont, à Thonneur de rhumanité, nos fastes judiciaires n''offrent que de rares exemples; s''il en est d'^autres qui font servir rinsthiment du meurtre à faciliter la perpétration ou à assurer Timpunité d'autres crimes, tels que le vol,

Textorsion, rattentat à la pudeur, etc., etc., un plus grand nombre est le résultat, ou de Tune de ces grandes passions : Tamour, la haine, la vengeance, qui, en envahissant le cœur, obscurcissent la raison; ou de circonstances fortuites, imprévues, ayant pour effet de substituer à la réflexion rentraînement, et la fièvre des sens au calme de la volonté. Les premiers de ces crimes, tant ceux 'qui procèdent d'aune brutalité féroce que ceux qui emploient la violence comme auxiliaire, ne permettent d'^espérer Tamendement de leurs auteurs qu'^à la suite de longues et rigoureuses épreuves. Il y a là instincts mauvais, corruption invétérée, habitude du mal ; le temps peut seul faire pénétrer dans ces âmes déchues, et pour ainsi dire une à une, les bonnes semences propres à y faire revivre le sentiment moral.

Il n'^en est pas de même des crimes accomplis sous Tempire d'aune grande passion ou d'aune circonstance qui surgit inopinément. La passion assouvie ou calmée, la circonstance, qui n'^est qu'Hun accident dans la vie, n'^étant pas d'ordinaire de nature à se reproduire, on peut se flatter d'^amener promptement la régénération du coupable par le repentir. Chez lui, le sentiment moral a pu n'être que suspendu ; il est facile, avec un peu de soin, de lui rendre sa force et de le raviver.

Donc, si les crimes contre les personnes jettent dans la société une perturbation plus grande que les atteintes portées à la propriété, ils ne supposent pas toujours une perversité aussi profonde et aussi avancée.

Dans nos bagnes, dans nos maisons centrales de détention, il se trouve des hommes à qui la faveur des circonstances atténuantes en a seule ouvert les portes. S'^il n'^achevaient pas de se corrompre par leur contact avec leurs compagnons de captivité, nul doute qu'ails ne pussent, à leur libération, reprendre sans danger leur place dans la société. Une de ces maisons, notamment, renferme deux cent cinquante Corses condamnés ^ pour assassinat : la plupart n'ont fait qu*obéir à ce préjugé déplorable qui, imposant la vengeance comme un devoir, fait de ce devoir prétendu une tradition de famille et une nécessité d'^honneur. Nous avons vuoîes hommes : tous ou presque tous accusent à un haut degré, par leur attitude, par leur langage, par les habitudes de leur vie, un sentiment prononcé de dignité personnelle. Ils vivent entre eux, s'^isolant des malfaiteurs dont les rapproche leur peine, excluant avec mépris de leur société trois de leurs compatriotes, condamnés pour vol, et qui, sous le poids de cette réprobation, se voient forcés, dans les heures de repos, de se tenir à Pécart et de se suffire à eux-mêmes.

■ 11 y a encore cela de remarquable, que, nonobstant cette égalité de la prison qui place sous le même niveau ceux que réunit une expiation commune, ces Corses conservent dans leurs rapports respectifs le respect des supériorités sociales. L'^un d'yeux, également condamné pour assassinat, appartient à Tune des familles les plus distinguées de leur pays: ils Tentourent de témoignages de déférence, le qualifient dlllustrissime, et le considèrent comme leur chef.

On voit par là combien peu les idées démagogiques qui se sont emparées de tant d'^autres populations ont eu d'accès parmi eux. Us inspirent même à cet égard une telle confiance que les factieux du dehors ayant manifesté l'intention de forcer, à un moment donné, les portes de la prison pour délivrer les douze cents condamnés qu'elle renferme et s'^en faire des auxiliaires, le directeur se proposait de demander des armes à Tautorité pour les remettre aux msJns de ses Corses, persuadé qu**!! était, qu'avec leur aide, il parviendrait à la fois à contenir les autres prisonniers et à repousser la tentative d''agression qui lui était annoncée.

Retranchez donc de la vie de ces malheureux le fait coupable qui a motivé leur condamnation; placezles dans d'autres circonstances, dans un milieu différent, en dehors de ce fanatisme héréditaire qui, dès leurs plus jeunes années, s''est assis avec eux sur leur foyer, et vous aurez des citoyens probes, honnêtes, consacrant à la pratique du bien et au service du pays cette énergie qui a été détournée au profit du crime !

La conclusion de ce qui précède est que, s'^il importe de réserver aux attentats contre les personnes les plus menaçantes rigueurs d'aune pénalité proportionnée au danger qu'ails présentent et à Peffroi qu'ails inspirent, il est juste d'envisager, en général, la condition morale de leurs auteurs comme plus susceptible d'amendement que celle de la plupart des hommes qui ont encouru à un moins haut degré la réprobation publique, et de se rappeler qu'yen les préservant des influences corruptrices de la prison, on peut espérer

que, rendus plus tard à la société, ils ne lui donneront pas de nouveaux sujets d'^alarmes.

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