INTRODUCTION
4° Des origines du duel,
Dès que la population du globe se fut accrue suffisamment pour que des intérêts collectifs pussent se trouver en présence, la guerre naquitet mit aux prises des masses d'hommes prêts à s’entretuer pour des motifs souvent futiles.
La guerre a donc son origine à peu près à la naissance de l’humanité ; au contraire, le combat singulier qui met face à face deux hommes seulement n'apparaît pas tout d'abord et les peuples très anciens ne semblent pas l'avoir pratiqué. L'hisloire des Grecs’ et des Romains n’en offre que peu d'exemples, et si nous trouvons chez eux quelques exemples de combats seul à seul, ces luttes ne sont plutôt que des épisodes des guerres que ces peuples essentiellement guer-
riers soutenaient constamment contre leurs voisins pour les réduire en servitude. Les guerriers se détachaient des rangs de l’armée dont ils faisaient partie et défiaient quelqu'un des soldats ennemis en combat singulier. On vit quelquefois les armées en présence faire trève pour assister au com-
bat particulier qui avait lieu entre soldats de chaque camp. Andriveau
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On sait combien les combats de gladiateurs étaient en honneur à Rome et combien la foule aimait ces spectacles sanglants dont les prisonniers de guerre et les esclaves faisaient les frais et qui lui lui étaient offerts aux jours de fêtes publiques. ;
Quelquefois aussi les patriciens romains se défiaient en combat singulier. C’élait alors une sorte de pari et ils voulaient seulement par là faire preuve d'adresse et de courage. |
Quant aux combats singuliers chez les Grecs,ils y furent à peu près totalement inconnus. Peut-être se produisirent-ils comme chez les Romains, au milieu de luttes générales ; mais il faut reconnaître que la plupart des exemples que l’on cite à ce sujet appartiennent plus à la légende poétique qu'à l’histoire proprement dite ; tel le combat d’Achille et d'Hector sous les murs de Troie.
Quoi qu'il en soit, ces luttes particulières, rares d'ailleurs, n'ont aucun des caractères du combat singulier tel qu'il a existé chez les peuples barbares qui envahirent l'Italie et les pays de l'Occident, et à plus forte raison du duel tel que nous le remarquons sous notre ancien droit et surtout actuellement.
Il faut chercher l’origine du duel proprement dit chez ces peuples envahisseurs qui submergèrent l'empire romain arrivé à son déclin, et chez qui, comme le dit Montesquieu, « la bravoure et la science guerrière constituaient la vertu sociale, comme la vertu individuelle » (1). Pour des hommes qui avaient la force en partage, il était bien vrai de dire que la raison du plus fort et du plus courageux pouvait être considérée comme la meilleure.
(1) Esprit des Lois, 28, 17.
PRE re
Ilne faut pas croire cependant que les Barbares, lors des invasions, élaient absolument dépourvus de toute organisation. Ils avaient leurs lois, rudimentaires sans doute, mais enfin qui réglaient certains rapports des hommes entre eux (4). Mais la force individuelle, nous le répétons, jouait encore le plus grand rôle et bien souvent la loi s'effaçait devant l'audace et la force dont les manifestations entraînaient toujours les suffrages et l’admiration.
Ce sont ces mœurs elles-mêmes, c’est cette faiblesse de la loi rudimentaire d'alors, c'est ce manque presque absolu de protection de l'individu faible par la loi, qui furent les causes de la faveur dont a joui le duel chez ces peuples qui l'avaient d’abord pratiqué.
Quand on se croyait lésé on en appelait donc à sa force et à ses armes sans recourir à la protection à peu près illusoire dela loi. On se rendait ainsi la justice à soi-même, puisque l'autorité sociale ne pouvait le faire. Et cela était bien dans le caractère batailleur et indomptable de ces peuples. « C’est ainsi, dit encore Montesquieu, que la contestation de propriété, le procès civil, l'accusation, l’atteinte à l'honneur ou à la sûreté individuelle devenaient aussitôt l’état de guerre » (Esprit des los).
Chez les Barbares, au principe, l’idée de prendre à témoin la divinité, de l'excellence de son droit, n'apparaît pas, le duel n’est alors qu’un fait brutal qui termine et tranche toutes les contestations.
Mais peu à peu, dès l'invasion, les diverses peuplades très distinctes, qui avaient envahi l'empire romain, commen-
(1) Tacite décrit ces lois qui régissaient les Barbares et les admire sans réserve.