DES GAZ PULMONAIRES DANS L’ASPHYXIE CHEZ LE CANARD
Nous n'avons point entrepris ici de recherches personnelles, MM. Ch. Richet et Langlois (1) ayant fait à ce sujet des expériences assez démonstratives et concluantes pour qu'ilsoit permis de nous en tenir aux résultats trouvés par eux. Par l’intermédiaire d’une canule trachéale, ils ont recueilli sur une cuve à mercure les gaz pulmonaires de façon à pouvoir doser l'acide carbonique qui se serait dissous trop facilement dans l'eau. Sur un canard qui avait subi une submersion de 25° et qui, par suite, arrivait aux limites extrêmes de l’asphyxie, ils ont trouvé un pourcentage de 13,5 d'acide carbonique et de 2,6 d'oxygène.
Chez un autre canard arrivé à la 27° minute de la submersion, ils ont trouvé 10,2 0/0 d'acide carbonique et 2,7 0/0 d'oxygène. Sur un autre canard ayant reçu de l’atropine, et asphyxiant à l’airlibre, on trouva au moment de la mort, c’est-
(4) MM. C. Langlois et C. Richet. — Des gaz expirés par les canards plongés dans l’eau (compte rendu Société de biologie), 1898, p. 483.
Dosage des gaz dans l’asphyxie du canard, tbidem, p. 718.
Ch. Richet. — Journal de physiologie, t. I, p. 648.
à-dire au bout de la 5% minute, 13,8 010 d'acide carbonique et 2,6 010 d'oxygène. Chez un autre canard non atropinisé, mais à trachée ligaturée, on trouva 10,8 p. 100 d'acide carbonique et 3,6 p. 100 d'oxygène. |
Moment de la mort GO* 0/0 O0/0 Arrpulmonaire 41405 minute OR 13,5 2,6 Air.pulmonaire à la 27° minute . . . . . 10,2 2,7 Air pulmonaire à la 5° minute (sansimmersion) . 13:812002,6 Air pulmonaire à la 7° min. (asphyxie à l'air libre) . 10,8 3,6
Ceci nous prouve plusieurs choses.
D'abord, que le canard est plus apte que tous les autres animaux à pousser le plus loin possible la consommation de son oxygène pulmonaire.
Nous voyons, en effet, dans les expériences prétédentes, qu'un canard meurt lorsqu'il ne reste plus dans ses poumons que 2,6 ; 2,7; 2,9 ; 3,6 d'oxygène pour 100, soit une moyenne de 2,9 p. 100.
En admettant que la quantité d'air, contenue dans les voies trachéo-pulmonaires, soit de 300 ce., comme cela sembie être établi d'après les calculs de Gréhant, le canard a à sa disposition 60 cc. d'oxygène dont il absorbe 50 ce. environ, soit les cinq sixièmes. Ce chiffre est assez extraordinaire si l’on songe que les autres animaux ne peuvent employer que le cinquième de leur oxygène pulmonaire.
Les expériences ci-dessus mentionnées nous prouvent encore que le canard asphyxiant sous l’eau absorbe la même quantité d'oxygène qu’un canard asphyxiant à l'air: libre ; mais, tandis que ce dernier la consomme dass l’espace de 5 minutes, le canard submergé, au contraire, ne la consomme qu'en 20, 95, 27 minutes. C’est dire qu'il en absorbe beaucoup moins à la fois et, par suite, qu'il a ralenti ses échanges pulmonaires.
Dans quelles proportions les a-t-il ralentis, c'est ce dont on peut se rendre compte en jetant les yeux sur le tableau suivant, emprunté à M. Ch. Richet. (Journal de physiologie,
Oxygène consommé OT ee SERIE
par le canard submergé p. 100 p. 300 p.100 p. 300 Dans la 1" minute. . . CRT 291 021 29,1 De la 2° à la 6° minute. 3,1 9,3 0,5 1,5 De la 7° à la 27° minute . 5,4 16,2 0,27 0,8
La simple inspection de ce tableau nous montre que le canard qui absorbait 29 ec. ! d'oxygène pendant la première minute, réduit, à partir de ce moment, sa consommation, de façon à ne plus absorber que 1 cc. 5 par minute, de la 2° à la 6*° minute de submersion, et Oce. 8 de la 7% à la 27"° minute.
Arrivée à ces dernières limites, sa consommation est quarante fois plus faible qu'elle ne l'était pendant la première minule.
Les conclusions de ce chapitre sont donc : 1° que le canard peut pousser excessivement loin l'absorption de l'oxygène contenu dans ses poumons. Il peut en utiliser les 5/6" alors que les autres animaux n’en utilisent que le cinquième.
2° Un canard submergé diminue sa consommation d'oxygène dans des proportions plus considérables que le canard asphy-
xiant à l’air libre.
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