‹ De la Résistance à l'Asphyxie dans la SubmersionChapitre 3 sur 21 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'idée de ce travail nous est venue en voyant répéter, à son cours, par M. le professeur Hédon, une expérience de M. Ch. Richet sur l’asphyxie chez le canard. Cette expérience qui, jusqu'ici, n’a été l’objet d'aucune recherche approfondie, si ce n'est pourtant de la part de M. Richet, est, comme on Va le voir par la suite, assez remarquable et saisissante par elle-même pour mériter une attention plus soutenue. Voici de quoi il s’agit :

Deux canards de mème taille sont soumis au mème instant à l’asphyxie, l’un par submersion, l’autre par obturation de la trachée. Tandis que le canard plongé sous l’eau retient sa respiration et reste immobile, celui qui est dans l'air, au contraire, commence à se débattre, fait de temps en temps de grands efforts d'inspiration, et meurt finalement sur la table au milieu de convulsions asphyxiques.

On retire alors le canard submergé, et celui-ci se met aussitôt à marcher, à se secouer, à lisser ses plumes avec le bec, manifestant ainsi par toute son attitude qu'il n'éprouve absolument aucun malaise. On conçoit que cette expérience étonne vivement un auditoire qui la voit pour la première fois.

Comment s'expliquer, en effet, que de deux animaux privés d'air en mêmetemps, l'un meure, tandis que l’autre ne paraît nullement incommodé ? Quel phénomène le milieu liquide

a-t-il apporté avec lui, pour immuniser, si l'on peut s'exprimer ainsi, l’un des deux animaux contre l'asphyxie ?

La solution de ce problème fera en partie l’objet de notre thèse et, si là s’arrètaient nos recherches, nous serions en droit de l'intituler : « De la résistance à l’asphyxie sous l’eau chez le canard ».

Mais il nous a paru intéressant, dans une thèse de médecine d'étudier, en outre, certains phénomènes analogues que l’on observe chez l’homme, tels que ces cas de longue survie à la submersion chez les noyés, et encore ces cas de séjour volontaire sous l'eau qui, chez les acrobates et pècheurs de perles, peuvent atteindre jusqu'à 4 minutes. Peut-être nous sera-t-il possible d'expliquer ces phénomènes par un mécanisme à peu près identique à celui qui préserve les canards de l’asphyxie, et, pour ces raisons, sommes-nous amené à présenter notre thèse sous le titre plus simple et plus général à la fois de : « Résistance à l'asphyxie dans la submersion ».

Nous ne consacrerons pas de chapitre particulier à l’historique ; la bibliographie étant fort peu chargée, nous nous contenterons, au cours de notre étude, de citer et d'analyser en leur lieu et place les travaux qui se rapporteront directement ou indirectement à la question qui nous occupe.

Un premier chapitre sera consacré à l'étude de la durée comparée de la résistance à l’asphyxie sous l’eau et dans l'air chez le canard, sans rien préjuger sur leur mécanisme.

Dans un second chapitre, nous nous occuperons des phénomènes respiratoires qui accompagnent la submersion.

Dans un troisième, nous rechercherons les variations du rythme cardiaque au cours des deux genres d’asphyxie sous l’eau et dans l’air.

Un quatrième chapitre sera consacré à l'étude du chimisme

respiratoire chez le canard submergé.

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Nous aidant des résultats trouvés dans ces quatre premiers chapitres, nous serons peut-être en mesure, dans un cinquième, d'aborder la solution de ce problème : « Pourquoi un canard submergé résisle-t-1l plus longlembs qu'un canard asphyxiant à l'air libre ? ».

Dans un sixième chapitre enfin, nous verrons si l'on peut appliquer les conclusions du cinquième aux plongeurs et aux noyés en état de mort apparente.

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