‹ De la Résistance à l'Asphyxie dans la SubmersionChapitre 4 sur 21 · RÉSISTANCE DES CANARDS A L’ASPHYXIE · texte numérisé non relu

RÉSISTANCE DES CANARDS A L’ASPHYXIE

Il est d'observation ancienne que les oiseaux et mammifères plongeurs peu vent résister très longtemps au besoin de respirer. Un canard peut être submergé onze minutes sans danger, d’après P. Bert (1). Un hippopotame peut rester quinze minutes sous l’eau, et une baleine ne revenir à la surface qu'au bout d’une demi-heure, d’après Ch. Richet (2).

Gratiolet (3), le premier, essaya d'expliquer ce phénomène remarquable. Il admit au niveau de la veine cave l'existence d'un sphineter puissant qui empêcherait le sang de s’accu-

(4) P. Bert. — Leçons sur la physiologie comparée de la respiration, p. 539, 1870.

(2) Ch. Richet. — Art. Asphyxie du Dictionnaire de physiologie.

(3) Gratiolet, cité d’après Richet, art, Asphyxie du Dictionnaire de physiologie.

muler dans le cœur et dans le poumon. Cette théorie n'a pas Survécu à celle qui lui servait de base, savoir : la théorie de l’asphyxie par arrêt de la circulation pulmonaire, avec stase du sang dans le cœur et le poumon.

I faut enfin arriver à P. Bert, avec ses Leçons sur la respiration, pour avoir du phénomène une explication en apparence plus plausible. Cet auteur pensait que le canard, pourvu d'une masse de sang plus considérable que celle des autres animaux, avait par suite à sa disposition une quantité plus grande d'oxygène dissous, ce qui expliquerait la longue résistance de ses Lissus à l’asphyxie.

Mais c'était là une hypothèse gratuite. Tout d'abord, il n’est pas démontré que le canard ait une masse de sang supérieure à celle des autres animaux. Si l’on prend, en effet, 1/13 comme rapport de la masse du sang au poids du COrpS, nous voyons que P. Bert (1) lui-même à trouvé que, chez le canard, ce rapport n'élait que de : 1/1#4; 1/16: LATE AL

Et ensuite, Richet (2), ayant soustrait à ces mêmes animaux | des masses de sang très notables, ils parurent supporter la privation d'air Lout aussi bien qu'auparavant.

L'hypothèse de P. Bert doit donc être définitivement rejetée.

Richet, enfin, est le premier à avoir étudié l’asphyxie chez le canard d’une façon plus approfondie. [la entrepris à ce sujet une série d'expériences qui sont consignées dans les Comptes rendus de la Société de Biologie (1894 et 1898), dans son article « Asphyxie » du Dictionnaire de Phusiologie, et dans le Journal de Physiologie (1. 1 p. 641). À lui revient le mérite

(4) P. Bert. — Lecons sur la physiologie comparée de la cespiralion, p. 551.

(2) Richet. — Compte rendu Société de Biologie, 1891 P. 244. La résistance des canards à l’asphyxie.

Cr re

d'avoir découvert la différence profonde qui sépare, chez le canard, l’asphyxie sous l’eau de l'asphyxie dans l'air : «Jai conservé en vie, dit-il, un canard qui était resté 2235" » sous l’eau avec la trachée fermée.…..».Et, plusloin : «... Deux » canards à trachée liée et non submergés sont morts au bout » de 530" et 745" » (À).

Voïei un fait intéressant que les auteurs précédemment cités n'avaient pas su mettre en lumière et dont l'étude fera en partie, comme il a été dit dans l'introduction, l’objet de notre thèse.

ASPHYXIE DANS L'AIR, — Commençons par étudier l’asphyxie dans l’air. Pour cela, il suffit d'introduire dans la trachée du canard une canule munie d’un tube en caoutchouc, qu'ilnous sera facile, au moment voulu, d’obtarer avec une pince à forcipressure. Un canard placé dans ces conditions reste tout d’abord immobile, comme surpris; puis, fait de grands mouvements respiratoires, bat des ailes, cherche à s'échapper et finit par mourir après avoir consommé tout son oxygène.

Les animaux sur lesquels nous avons expérimenté étaient mourants au bout de 3° — 8/30" — 5° — 6 — 630" — 7 — 730” — 8’. Cela fait une moyenne d'environ 6 minutes comme durée de la résistance à l’asphyxie dans l'air, et ce chiffre n'a rien par lui-même qui doive beaucoup nous étonner. Un simple caleul, analogue à un caleul déjà fait par M. Richet (2), va montrer, en effet, que la quantité d'oxygène dissous dans le sang du canard ou contenu dans ses poumons el sacs aériens, lui permet facilement une telle survie.

(4) Richet. — De la résistance dès canards à l’asphyxie (compte rendu Société de biologie), 1898, p. 685.

(2) Art. Asphyxie, Dictionnaire de physiologie.

Soit un canard du poids moyen de 2.000 gr. environ, ayant à sa disposition, d'après P. Bert, une masse de sang égale au 1/17%* du poids du corps, c’est-à-dire 120 gr. environ. Ces 120 gr. représentent 36 cc. d'oxygène dissous. Or nous savons qu'un canard consomme 400 cc. d'oxygène par kilogr. et par heure, soit T cc. par minute et par kilogr. Notre canard de 2 kilogr. consommera donc 14 cc. d'oxygène par minute el aura dans son sang une provision de ce gaz pour 230”. Maisilne faut pas oublier non plus que les oiseaux ont tout unsystème de sacs aériens dont la capacité, d’après Gréhant, (1) peut s'élever jusqu’à 300 ce. d'air, c’est-à-dire à 60 cc. d’oxygène. Les caleuis de Richet et Langlois (2), sur lesquels nous reviendrons plus tard, montrent que le canard, mieux favorisé que les autres animaux, peut utiliser les 5/6, de son oxygène intra-pulmonaire. Cela lui fait donc une nouvelle réserve de 30 ec. d'oxygène, qui pourra lui assurer encore 330” environ d'existence ; ce qui, ajouté aux 230” ajoutées précédemment, lui donne une réserve d'oxygène capable d'entretenir les combustions pendant six minutes. Or, c’est précisément ce chiffre que nous avons donné comme résistance moyenne à l’asphyxie dans l'air.

ASPHYXIE SOUS L'EAU. — Passons maintenant à l'étude de l'asphyxie sous l'eau. La manière dont se comporte le canard submergé est tout autre que celle du canard à trachée liée. Tandis que celui-cise d(bat, fait de grands efforts d'inspiration, celui-là, au contraire, reste absolument immobile, ne respire

(4) Gréhant, cité d'après Richet. Art. Asphyxie du Dictionnaire de physiologie. d (2) Richet et Langlois. — Dosage des gaz dans l’asphyxie du canard

(compte rendu Société de biologie), 1898, p. 718.

pas, et émet parfois des bulles d'air qui s’échappent en plus ou moins grand nombre de ses naseaux. Dans ce cas, P. Bert (1) a trouvé comme maximum de résistance 1 — 730" — 816" — 40° — 15", soitune moyenne de 1117”. Richet (2) nous donne une moyenne de 930”. Et nous même, dans une série d’exptriences, avons trouvé des survies après 7 — 730" — 8° — 0 10e 1e 11808-149%— 1$isoitencore une moyenne d'environ 10”. Si nous comparons cette moyenne de 10° au chiffre de six minutes adopté comme résistance moyenne à l’asphyxie dans l’air, nous pouvons émettre cette conclusion que la submersion augmente environ du double la résistance du canard à l'asphyxie.

Cette loi est encore vraie si, au lieu de nous baser sur des moyennes, nous nous reportons à des exemples particuliers, Ainsi, un canard qui se mourait dans l'air cinq minutes après la ligature de la trachée survécut facilement à une immersion de 10 minutes, dans une autre épreuve faite le lendemain. Un autre, qui avait supporté, à plusieurs reprises, une immersion de 11”, ne put pas être ranimé par la respiration artificielle 7 après l’occlusion trachéale. Un autre canard, enfin, qui resta sous l’eau, dans une série d'épreuves, 12°— 1230" —

‘ A3 sans en être troublé le moins du monde, fut pris de con-

vulsions asphyxiques 838" après occlusion de la trachée, et serait mort certainement, si on ne lui eût pratiqué quelques insufflations. Ces cas particuliers vérifient done la conclusion que nous avons énoncée plus haut, et nous montrent, en outre, que la résistance à l'asphyxie dans l'air augmente parrallèle-

(4) P. Bert. — Leçons sur la Physiologie comparée de la respiration, p. 537.

(2) Richet. — De l'influence de l'éducation sur la résistance du

canard à l’asphyxie (compte rendu Société de biologie), 1898, p. 481.

RC), ment avec la résistance à l’asphyxie sous l’eau, ce que nous

synthétisons dans le tableau suivant, en y ajoutant un quatrième exemple. |

Résistance à l'air libre Résistance sous l'eau AACAN ALU RO) 107 DCATaAr de RU 11’ D ACANAT SR ET 00. 9! — 411! — 12 HAcañtardie. NS SU 19: — 19/30 "15

Cependant, la résistance plus grande à l'asphyxie dans la submersion n'est pas un phénomène général chex le canard.

Sur certains canards, la submersion ne parait avoir aucune influence sur la durée de l’asphyxie. Tel canard qui est pris de convulsions après six minutes d'occlusion trachéaie est mourant au bout du même temps de séjour sous l’eau. La longue résistance à la submersion est, pensons-nous, un fait particulier, que l’on observe seulement chez les canards vivant au voisinage de l’eau. Nous avons observé, en effet, que les canards de basse-cour sont de très mauvais exemples pour étudier le problème qui nous occupe. Il semble done que nous nous trouvions, chez ces animaux, en présence d’un phénomène d'adaptation au milieu.

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