EN CONTACT ET DU NOMBRE DE TOLES RÉUNIES
Les praticiens savent que des tôles mal planées, ne collant pas, font distendre le rivet, surtout lorsque le rivetage est fait mécaniquement et que la pression n’est pas maintenue; le rivet libéré de la pression des bouterolles alors qu’il est
encore très chaud, cède sous la pression produite par la llexion élastique des tôles momentanément rapprochées et tendant à reprendre leurs positions initiales respectives en allongeant le fût du rivet; on constate alors, après rivetage, un écartement plus ou moins important entre les tôles rivées et la résistance à 1 adhérence est alors presque nulle.
C’est, d’ailleurs, pour atténuer le plus possible ce grave défaut que les tôles à river sont préalablement serrées de distance en distance par des boulons qu’on remplace par des rivets après que les trous intermédiaires ont reçu les rivets qui leur sont destinés.
M. Dupuy rappelle ces conditions pratiques en disant (p. 58): « La résistance au glissement ne peut exister que si les tôles sont parfaitement en contact; il importe donc que les tôles soient bien dressées et qu’aucun corps étranger n empêche leur rapprochement. Il faut, en outre, surtout lorsque le rivetage est fait à la main, exercer un serrage énergique sur les tôles avant l’opération afin de les mettre en contact parfait. »
Par ce serrage préalable à l’aide de boulons, on obtient généralement {'accostage des tôles, mais celles-ci sont rapprochées élastiqucment et, après rivetage, elles tendent à s’écarter et produisent par réaction un effort antagoniste qui diminue d’autant l'effort de serrage du rivet, en reportant une partie de l’effort perdu par la tension du rivet sur les points de contact avec les tôles voisines; mais cet effort reporté ne s’ajoute pas en entier à celui du serrage produit par les rivets en ces points d’appui.
En résumé, des tôles rivées peuvent présenter un contact apparent et cependant n’avoir, par suite de l’inégale répartition des efforts de serrage, conséquence d’un planage défectueux, qu’une résistance à l’adhérence très réduite.
J’ai eu l’occasion de constater dans certaines régions des semelles de ponts, boulonnées et prêtes à être rivées au montage, des écarts entre les tôles de plus d’un millimètre et demi. Cet affaissement élastique des tôles, ce temps perdu , augmente avec le nombre de feuilles de tôles rivées ; il est d’autant plus important que le planage est plus défectueux, que les tôles sont plus épaisses, l’acier plus dur, etc.
Sous l’effort de serrage du rivetage, une partie de ce temps perdu disparait complètement par suite de la déformation permanente des tôles, mais il reste une déformation élastique.
Pour fixer les idées sur l’importance possible de ce temps perdu, j’ai pris onze morceaux de tôle d’acier doux de construction, de 15 millimètres environ d’épaisseur, de la grandeur de la main, planés comme on le fait ordinairement dans les ateliers et je les ai soumises à une pression de 50 tonnes sous une presse hydraulique munie d’un appareil enregistreur.
L’épaisseur totale des onze morceaux de tôles était de 102 millimètres. Le
diagramme (fig. 8) donne en ordonnées l’effort à raison de 500 kilogrammes par millimètre de hauteur, et en abscisses, l’affaissement des tôles amplifié dix fois.
Le diagramme A correspond au premier effort de 50 tonnes, qui, ayant produit une déformation permanente, un dressage relatif, ne laisse au temps perdu,
Fig. 8. — Diagrammes donnant l’affaissement d’un paquet de 11 morceaux de tôle de 15 mm. d’épaisseur chacun, sous une pression croissante jusqu’à 50 tonnes.
à la déformation élastique, qu’une moindre course indiquée par le diagramme B, qui reste constant quand on répète plusieurs fois l’essai dans les mêmes conditions.
On constate ainsi que cet affaissement élastique est de 2 millimètres pour une épaisseur de 162 millimètres, soit environ lmm,25 pour une épaisseur de 100 millimètres.