‹ De la Responsabilité Atténuée Étude Médico-LégaleChapitre 23 sur 52 · LOS · texte numérisé non relu

LOS

décrit en ces termes : « À ces moments, je ressens soit un flot d'idées qui se pressent, s'enchevêtrent avec une rapidité et une confusiou extrêmes, soit une sourde colère qui me pousse à me jeter sur quelqu'un, à tout briser chez moi, ainsi que cela m'est arrivé quelquefois. Je ne suis pas gros, mais mes tables et chaises, quand je m'y mets, sont bien vite

réduites en morceaux. Il me semble que je suis comme du feu. Le moin-

dre bruit me fait tressaillir et il me monte derrière la nuque, des frissons qui semblent se propager et courir dans la tête ; les oreilles me bourdonnent. D’autres fois, et c’est là ce qui m'est le plus douloureux, je sens une lourdeur qui arrive lentement, lentement, puis ma tête se remue, s’agite ; il me semble avoir une autre tête en dedans qui choque les parois de la vraie. Oh! celle là est épouvantable et lorsqu'elle disparaît pour faire place à une douleur vive et aiguë qui se trouve localisée de chaque côté des oreilles et se dirige jusque sur la tête où elle se divise en trois courants, je me trouve dominé, subjugué par une idée : couper de la chair avec un rasoir. Quels dangers ma pauvre femme a courus! Quelles luttes épouvantables pour ne pas saisir un rasoir! Le lendemain, j'étais abattu, j'avais le cerveau vide, je tremblais et j’évitais de me raser, Je partais précipitamment, la tête me tournait quelquefois, quelques gouttelettes de sang me coulaient par les narines. J'ai quitté souvent le domicile conjugal, j'avais peur de mes idées de meurtre, j'errais parfois des heures entières, sachant bien a de certains moments que si j'étais rentré, ma femme était perdue. Je me suis promené ainsi des nuits entières n’en pouvant plus de fatigue, transi par le froid, je revenais et je sonnais à la porte de ma maison. Aussitôt, un tremblement me prenait et je me mettais à fuir comme un insensé. Comment se faitil que ma femme soit encore vivante ? c’est ce qui me surprend moi-même tellement de telles idées s’implantaient avec fixité dans mon cerveau. Une autre bizarrerie de ma nature impressionable et nerveuse, c’est que le vide exerce sur moi une attraction irrésistible : je suis pris de vertige, aussitôt que je m’avance vers une fenêtre. Je ne puis coucher que daus un cabinet noir; l'absence de fenêtre me rassure ».

Depuis son arrivée à Mazas, B... ne s’est fait remarquer par aucune excentricité, il est seulement un peu singulier, et surtout irritable. Il demande qu’on en finisse, il ne se reconnaît coupable que de négligence dans ses rapports avec son coinculpé G... et ses explications à ce sujet, ne paraissent pas empreintes d’une entière sincérité. En examinant les divers appareils, nous constatons une sensibilité réflexe exagérée (réflexes rotuliens). Certains points de la surface cutanée sont le siège d’une hyperesthésie imarquée.

B .. se plaint de mal dormir, il a quelques cauchemars : les extrémités sont animées d’un peu de tremblement. Il est vraisemblable que ces derniers signes se rattachent à quelques abus d’absinthe.

À notre dernière visite, l’inculpé se plaint d’éprouver des étourdisse-

“#fis s "OURS *

ment, des vertiges ; son humeur est toujours irascible ; il s'ennuie, nous dit-il, et «il finira par se fâcher ». Des propos bizarres, mais pas de délire défini.

B... est à ranger parmi les héréditaires dégénérés dont l'équilibre mental est des plus instables, subissant le poids d’une hérédité morbide très chargée, fils d’une mère épileptique, il est lui-même sujet à des crises délirantes subites qui empruntent aux impulsions de nature

comitiale un certain nombre de leurs caractères, sans cependant pour cela les réunir d’une façon bien complète.

Par l’ensemble des dispositions morales, par l'aspect de certains de ses accès, il se rapproche de l'hystéro-épileptique, tandis que pour les

obsessions, les idées homicides conscientes dont nous avons parlé, il ‘revendique sa place parmi les dégénérés héréditaires, malades chez lesquels se retrouvent de pareilles impulsions. C’est plus à la lumière des antécédents que par l'observation directe que nous avons à juger la personnalité morale et l'état de santé de B.. Tout en notant chez lui la bizarrerie du déractôre ainsi que divers troubles, nous n’avons pas eu lPoccasion d'assister à l'un de ces paroxysmes, à l’une de ces crises délirantes dont nous avons fait l’histoire, Mais ce que nous avons constaté par nous-même, paraît s’accorder avec ce passé pathologique, si l’on accepte comme véridique des renseignements que rien ne nous porte à suspecter, il est certain que B... à ces époques d’exacerbation de sa névrose hystéro-épileptique ou de ses impulsions est un aliéné dangereux qu’il Doors de traiter et de * surveiller,

Nous pensons même pouvoir aller jusqu'à demander en faveur de ce déséquilibré, relativement calme présentement, une indulgence véritable, bien que nous ne soyons pas autorisés à prétendre que, au temps de l’action, il était incapable de comprendre la portée de sa conduite, Un homme diminué par des influences héréditaires aussi accentuées, offrant une aptitude si grande à délirer, tourmenté par des impulsions bizarres, est un malade dont on ne saurait attendre cette volonté ferme et réfléchie, cette lucidité d’esprit, cette mûre délibération qui entraipent avec elles la pleine responsabilité pénale.

OBs. IV. — Débilité mentale. — Perversion. intellectuelle et morale Actes de violence, — Adultère. — Resp. atténuée (1). Mme V..a dix-huit ans, elle s’est mariée à 16 ans, elle est mère d’un enfant de onze mois, Elle appartient à une bonne famille, sa situation est aisée ; elle a épousé librement un jeune homme qui lui plaisait, tout serublait devoir lui préparer une existence heureuse, Mais on avait, comme il arrive trop souvent, tenu trop peu compte du passé; peut-être même avait-on

(1) Rapport médico-légal par le D' MoreT.

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supposé que le mariage modifierait à la fois la caractère ct le: tempérament d’une jeune fille d’une constitution nerveuse et chez laquelle des crises hystériques violentes avaient éclaté entre la quatorzième etla quinzième année. Les faits sur lesquels nous a vons à donner aujourd’hui notre avis démontrent combien a été grave l’erreur commise.

L'interprétation de ces faits est aussi délicate que difficile ; il n'est pas permis de juger l’état de Mme V... ,en restreignant Teen à une seule période de sa vie.

Nous étudierons le passé, en ‘remontant aussi loin. quen nous le per-. mettent des renseignements recueillis à des sources sûres.

Mwe V.…., était, dans son enfance d’une santé assez délicate ; sans maladies graves, sans accidents convulsifs, elle était nerveuse, irtable: et de bonne heure on la fit entrer au couvent de Sainte-Clotide, espérant que la discipline du personnel assouplirait son caractère difficile. Elle se montre tout aussi rebelle que dans la famille; elle n’était pas inintelligente, mais elle ne travaillait pas, et toujours en faute, elle était un sujet de trouble pour la classe.

La sévérité pas plus que la douceur n’avaient de prise sur slles * la Communauté, alléguant ces Re qui, d’ailleurs, n'étaient pas les seuls, ñe voulut pas la garder, Mi B..., fut placée au couvent de la Mère-de- Dieu, elle ne s’y comporta pas rnieux, et fut encore rendue à sa famille, qui la fit entrer au pensionnat des dames M... Là, mêmes difficultés, même refus de conserver une élève dont on ne pouvait rien faire; sur les instances de son père on prit patience ; il fallut encore renoncer à la garder dans la maison dont elle troublait gravement l’ordre et la discipline.

C’est que Mie B... n'était pas seulement une enfant paresseuse, turbulente, indocile, elle avait, dès son arrivée au couvent Ste-Clotilde manifesté des instincts d’une précoce perversité. Elle se livrait sur ses tamarades à des attouchements obscènes, elle avait des idées d’une lubricité rare à son âge, il fallait exercer sur elle une surveillance incessante, de jour et de nuit, défendre contre elle ses jeunes compagnes, et c’est à la suite d’actes de libertinage qu’elle fut trois fois rendue à sa famille.

Mie B... perdit sa mère, et son père la garda chez lui sous la direction d’une gouvernante qui, tout âgée qu'elle fût, ne fit preuve ni d’expérience, ni de clairvoyance. L'enfant à douze ans, cherchait sans cesse à échapper à sa surveillance, et n’y réussissait que trop. Elle acheva par la lecture de romans de pervertir une imagination déjà trop éveillée, et la surexcitation intellectuelle et nerveuse aboutit vers la quatorzième année, au moment où la menstruation s’établissait, à des accidents hystériformes d'une intensité telle qu'on put tabies à ce moment qu’elle devint folle. Elle eut des crises convulsives, du délire, resta

malade pendant plusieurs mois, dans un état de chloro-anémie pro-

fonde. On la conduisit aux eaux de Néris, elle y fut soignée par un

médecin des plus distingués, le Dr Ronse, dont nous savons l'opinion

sur elle. Elle fit aussi un traitement hydrothérapique, et sa santé s ’amé-

- liora.

C'était une e fille fort difficile à garder : elle avait près de seize ans, elle

avaitgrandi très vite, elle manifestait son désir de se marier au plus tôt ;

son père, seul, fatigué peut-être d’une surveillance qu'il se sentait

impuissant à rendre aussi active qu’il eût été nécessaire, trouva un parti

convenable pour sa fille, M. V.. eut présenté, agréé pare Mike B.. et

le mariage fut conclu.

-. M. V.. nous déclare que pendant tout le temps qu'il fit sa cour, il ne remarqua rien d’extraordinaire dans Ja manière d’être de sa fiancée :. «elle était très raisonnable, nous dit-il, plutôt sérieuse ; » elle parais-

sait très heureuse de son prochain mariage, et à ancun moment, elle

ne laissa supposer que M. V... ne fût pas de son EonE, elle se décida

donc sans contrainte d'aucune sorte,

- On partit aussitôt en voyage, M»e V.. arrive à re et s’y montre d’une excentricité qui étonne son mari. Elle n'avait aucun sentiment de pudeur ; trois jours après son mariage, à Lyon, elle se mettait nue devant une glace, et disait : « n'est-ce pas que je suis jolie », et sur une simple observation que M. V... lui fit, elle s’emporta, s’habilla à la hâte et sortit. Son mari la suivit, elle pressa le pas, etcourut sur les bords

du Rhône, elle échappa à M. V..., qui ne la voyant plus, prit le partide

se-rendre chez le commissaire de police auquel il conta sa mésaventure

et ses craintes. Elle revint dans la soirée, ne chercha pas d’excuses,

disant seulement qu'elle était nerveuse, agacée, que ‘c'était fini. Le voyage continua, dans ces conditions : chaque jour il y avait de nouvelles excentricités, des emportements subits ; àtable, à l'hôtel, il arriva souvent que Mme V..., d’un revers de main jetait son couvert dans les

jambes deses voisins ; son mari eut à l’excuser auprès d'étrangers moins:

patients que lui, et il se hâta de rentrer à Paris. On s'installa dans un appartement au boulevard St-Germain. Là, les scènes de violence, les querelles avec les habitants de la maison, la concierge, rendirent le séjour impossible, De guerrelasse, pour échapper à ces scandales i incessants, M. V... vint habiter C...

Mme V... devint grosse trois mois après son mariage. Elle en fut d’abord très contrariée, puis elle prit son parti : élle eut une grossesse des plus faciles, elle accoucha à terme et se rétablit promptement. Comme elle avait manifesté le désir de nourrir elle-même son enfant; on la laissa faire ; elle avait beaucoup de lait, mais elle se lassa vite de

ces soins maternels, elle chercha à supprimer son lait, et se mit à sor-

tir des journées. entières, Elle abandonna à peu près complètement l'enfant, et se lança dans une vie de désordre qui ne devint bientôt plus un secret pour personne, À peine, d’ailleurs, gardait-elle quelques

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apparences vis-à-vis de son mari; elle sortait et rentrait à Sa guise, n'acceptant aucune observation, faisait des scènes violentes, qui se

reprodaisaient surtout aux heures des repas. Elle jetait alors les verres,

les carafes au travers de la table, eb si son mari cherchait à se défendre, elle le frappait, ie mordait. x | ;

C’est dans l’un de ces moments d’exaspération qu’elle a porté un coup de couteau à son mari. Il était dix heures du soir. Elle n’était pas rentrée à l'heure du diner, son mari l’attendait. Il lisait. « Elle arrive dans la salle à manger en chantant, dit M. V.., comme pour se moquer de moi, Je savais très bien qu'elle revenait de chez son amant, du reste elle ne s'en cachait plus. Je parus n’y pas faire attention, et ne dis rien. Cela l'irrita, elle se mit en colère, frappa sur la table, et comme je ne bougeais pas, elle s’énerva, prit sur la table un petit couteau à fromage et le brandit. Je n’y pris pas garde, et restai calme ; alors elle se précipita sur moi comme une folle et me fit une blessure, à droite en arrière à la base de la poitrine, Elle m'avait dit bien souvent qu’elle me tuerait, mais elle disait tant de choses contradictoires que je n’y faisais pas attention. Je ne sais pas ce qui a pu la détourner de moi : elle m'accusait de choses infâmes, elle se vantait, d’ailleurs, elle-même, de choses non moins infâmes, qu’elle désavouait ensuite. J'ai surpris dans sa chambre des livres obscènes, que ses amants lui prêtaient sans doute, ou qu’elle achetait. J'ai su qu’elle était allée dans des brasseries tenues par des femmes, Je crois pouvoir dire que son dévergondage existe plus encore dans l'imagination que dans les sens : elle se plaisait à avoir une mise et une attitude excentriques, elle était heureuse quand on la regardait et qu'on la prenait pour une fille.

Quant à des sentiments d'affection, elle n’en a eu pour personne ; je ne crois pas même qu'elle aime son enfant, elle ne s’en occupait pas, c'en était même honteux. J'ai tout fait pour la retenir, je n'y suis pas parvenu. Son père me disait : « Tâchez de prendre de l’empire sur elle, maîtrisez-la, et envoyez-la moi ». C'est ce que j'ai fait, je la lui ai envoyée, il y a trois mois, elle est allée chez lui et l’a menacé de son revolver ; son père l’a désarmée et m'a rendu l'arme qu'elle m'avait volée. IL n’a aucune influence sur elle, Il a dû la mettre à la porte après une scène dans laquelle elle s’est jetée sur lui et l'a mordu au bras »., Nous avons reproduit sans y changer un mot, le récit de M, V... Pour ce qui le regarde personnellement M. B.. nous l’a confirmé en nous montrant Son bras qui porte encore la trace de la morsure que lui a faite sa fille. 53

A la prison de St-Lazare, Mme V... se présente à nous sans émotion, sans tristesse. Nous la recevons dans le cabinet du Directeur, auquel elle se plaint d'être mal couchée et de n'avoir pu ni dormir, ni mauger., Elle n’est pas habituée à cela et demande à être mieux traitée, De sa situation, elle ne paraît pas avoir souci : et. quand nous la prions de

bien vouloir nous répondre, elle s’assied nonchalante, sourit à nos quesqions et nous dit avec une cynique franchise : « Moi, je suis très violente,

= très emportée, je ne suis pas foncièrement méchante ; il faut savoir

me prendre. Mon mari est un homme brutal, j'étais constamment battue,

croyez-vous que ce Soit agréable pour une femme? Il avait des maniè-

res qui ne me plaisaient pas; il dit que je savais des choses que je n'aurais pas dû savoir. Il y a des chansons de régiment qu’il m'a apprises. Pour les livres, on m'en prêtait, ou j’en achetais, ce n’est pas difficile à se procurer. Avez-vous lu G... ? ce n’est pas plus fort que Charlot s'amuse. Il faut avouer que je n’ai pas eu de chance, il y a des femmes qui en font dix fois plus que moi et qu'on n'arrête pas. Si j'ai pris un amoureux c'est bien la faute à mon mari. D'ailleurs, il m'y à autorisée, je ne veux pas le revoir, mais je veux mon enfant, c’est mon droit ; qu'il fasse ce qu'il voudra, je demandele divorce.

Si nous essayons de maintenir Mme V..., dans un ordre d'idées déterminé, elle nous échappe à chaque instant, nous devons la resserrer et nous n’obtenons d’elle que des réponses écourtées. Elle se met toujours

en scène, affirmant ou niant tour à tour les mêmes faits, posant elle-

même des questions, oubliant sans cesse qu’elle est prisonnière, ou si elle s’en souvient c’est pour se plaindre du manque de confort. Pas un regret, pas une expression de sentiment ; elle dit n’aimer que son enfant, elie n’a pas fait unie démarche pour qu’on le lui amenât, pas écrit une lettre pour en avoir des nouvelles. Rien n’égale le vide de son esprit, si ce n’est celui de son cœur. Elle est d’un égoïsme odieux, d’une coquetterie ridicule; sa vaniteuse sottise ne lui permet pas même de garder vis-à-vis de nous un peu de réserve, et à propos de nous ne savons plus quelle observation de nous, elle nous à dit en manière d’aphorisme, « les hommes n'aiment que les femmes qui ont du chic » ; nous savons, d'ailleurs, qu’elle à été très fière qu’on l’ait prise à son arrivée pour une femme entretenue.

Me V... qui ne peut soutenir une conversation, n’articule pas un fait précis ; elle est d’une puérilité qui touche à la niaiserie ; elle a en ellemême une confiance saus bornes, et se croit capable d’arranger sa vie aussitôt qu’elle aura recouvré sa liberté.

Elle ne met pas un instant en doute qu’elle triomphera de toutes les difficultés, et s’étonne que nous puissions lui dire que toutes les apparences sont contre elle, que les torts sont de son côté. Elle a agi, dit-elle, dans la plénitude de son droit, et elle coupe court à toute discussion par une phrase qui revient à chaque instant : « Il y a bien des femmes qui en ont fait plus que moi et qu’on n’a pas arrêtées, je n’ai pas eu de chance, voilà tout ». :

Nous avons lu ses écrits, vu les dessins qu’elle a faits ; nous retrouvons dans les uns et dans les autres le même dévergondage de sentiments et d'idées, et nous n’avons pu nous empêcher d'établir entre elle

et les jeunes gens que nous voyons à la maison d'Éducation correction= &

nelle une comparaison curieuse. On devine qu’elle a vécu dans un milieu.

où l'imagination est sans cesse surexcitée, où les appétits génitaux com- our

mandent, où les instincts prédominent. Elle a perdu tout sens MOrAT CR ARE RE

pervertie par des lectures, par des dessins obscènes, n'ayant plus. rie@- 2 PERCTIe

des pudeurs de la femme, elle a pris les goûts et les allures des débau- 4e

chés jeunes, chez lesquels toutes les exagérations sont possibles. RE +9 Mais ces perversions chez une jeune femme appartenant à un milieu 1

social où d'ordinaire on ne les rencontre pas sontune monstruosité, une ES

anomalie. Elles sont le témoignage d’une dégénérescence, nous devions re à

en nous référant à une loi de pathologie générale qui pose comme

certaine l'existence d'un trouble mental chez les ascendants, rechercher

la cause d’une infériorité intellectuelle et morale qu nous apparait") 0e Eh

évidente. Nous l'avons trouvée. ne | | - Du côté maternel il n’y a pas de tare. À < Du côté paternel on trouve, unoncle atteint d’aliénation mentale, une Les

tante, la propre sœur de M. B..., qui a été internée à l'asile Ste- Anne £, en 1867, et qui est morte folle dans un asile de province en 1882. Une

cousine (la fille de cette aliénée), bizarre, excentrique, ayant avec:

Me V.,. de nombreux points de ressemblance, et dont on a pu inter- ‘

cepter plusieurs lettres, aussi obscènes que celles. écrites par Mme V... re

avec laquelle elle était en correspondance suivie. le frère de l’inculpée est mort au Sénégal, soldat d'infanterie … ce

marine. À 19 ans, son père l'avait pris dans sa maison de commerce ;.

d’un esprit fantasque, exalté, il travaillait peu et mal. Un jour, sou père

lui fit une observation, une scène violente s’ensuivit, et sans vouloir

rien entendre, le jeune homme déclara qu'il voulait s'engager. Il fallut

céder en présence d’un entêtement invincible. Six mois après, son père .

supposant que la discipline militaire aurait ramené le calme dans un

esprit mal équilibré, alla voir son fils et lui proposa de le reprendre

avec lui. 11 se heurta à un relus catégorique. Le régiment partit pour

le Sénégal, et peu de temps après, le jeune B... ASC peut-être

à des complications cérébrales, ES L’hérédité pèse donc lourdement sur cette famille, et Mne V..., si.

elle n’est pas une aliénée confirmée, n’en porte pas moins la marque de

la dégénérescence morbide. Elle n’a pas, comme il arrive si souvent, de

signes physiques, mais elle a au plus haut point les perversions instine-. É

tives ct la débilité mentale de certains héréditaires. Mais les débilités…

mentales comportent une infinie variété de degrés : entre l’imbécillité

confirmée ct les simples défaillances de l'esprit, se caractérisant sur-

tout par l'absence de jugement et de raisonnement, il y à place pour

des types nombreux, ne différant entre eux que par le degré de conser-

vation d'activité intellectuelle, Mme V... est loin, malgré toutes les |

lacunes de son esprit, la perversion des sentiments, la prédominance des

instincts, d’apparteuir aux types inférieurs et si nous ne faisons pas difficulté de reconnaître que la plupart de ses actes sont extravagants,

qu'elle obéit à des entraînements, que l’abaissement du sens moral, le

défaut du jugement et de raisonnement rapprochent des actes iipulsifs, nous ne pouvons pas aller jusqu’à dire qu’elle a perdu toute conscience de la valeur morale de ses actes, et qu’elle a été impuissante à les réprimer. |

Les violences exercées par elle sur son mari, sont l’épilogue d’une scène qui, à l'intensité près, paraît avoir ressemblé à toutes celles qui lont précédée. Nous ne savons pas bien ce qui a pu se passer entre un mari outragé et une femme agressive dans sa tenue, dans ses paroles ; mais le choix de l’arme, un couteau à fromage qui est là sur la table, à portée de la main, exclut toute préméditation, et permet de supposer chez une femme plus que singulière, un accès subit de colère, un paroxysme de fureur, pendant lequel la volonté a pu être subjuguée un instant. Il n’en est pas de même de l’adultère, avoué par Mme V..Ilne nous convient pas d'insister sur des détails qui nous sont connus par elle, par l'instruction. Tout ce que nous avons à dire c’est que le dévergondage de la conduite n’est pas chez Mme V... le témoignage de la folie. Il y a eu des précautions prises, on a cherché à échapper à la constatation d’un flagrant délit ; que ce soit Mme V.., ou son amant qui ait eu l’idée de ces précautions, c'est elle aujourd’hui qui se vante de n'avoir jamais été surprise, et il ne lui est jamais venu à l'esprit de s’excuser en disant qu'elle ne savait pas ce qu'elle faisait, ou qu'elle ne pouvait pas résister aux entraînements qui la sollicitaient. Pour nous Me V... n'est pas une aliénée qu'on puisse placer et maintenir dans une maison spéciale.

Sous l'influence de prédispositions héréditaires non douteuses, d’un vice d'organisation cérébrale, elle présente des défectuosités, des Pers tions intellectuelles et morales, avec un abaissement évident du jugement et du raisonnement qui expliquent la bizarrerie de ses actes, le décousu et le dévergondage de sa conduite, et les défaillances de sa volonté. =

Mme V.., que nous déclarons atteinte de débilité mentale, n’est pas réduite à l'impossibilité absolue de se diriger, elle n’a pas perdu toute conscience de la valeur morale de ses actes, elle est responsable.

. Toutefois, nous estimons qu'il est juste, dans l’appréciation du degré de responsabilité qui lui incombe, de tenir compte des conditions d’infronts intellectuelle et morale que nous avons constatées chez Mme V...

- Le tribunal acceptant ces conelusions, a condamné Mme V... à un mois

dé prison, pour délit d aeutère eltn'a pas retenu la prévention de coups

et blessures.

INFANTILISME. FÉMINISME. AMORALITÉ. — Il eût été plus logique de T, 13

présenter ces états dans les pages précédentes, car ils ne forment pas un groupe de dysgénésies spéciales et de dégénérescences isolées. Tous ces types se fondent par des nuances dégradées, mais au point de vue pratique, il nous a paru utile de les étudier séparément. Il n’y a pas confusion dans notre esprit et ce classement artificiel nous paraît justifié par la façon dont certains criminels se présentent à l'examen.

On se figure instinctivement le héros de cour d'assises sous la forme dont Lombroso a fait un type trop exclusif. On s'attend à voir un homme vigoureux et hardi, et l’on se trouve souvent en présence d'un être plutôt chétif, insouciant ou craintif comme un écolier. « Loin d’avoir quelque chose de plus que les autres, il a quelque chose en moins », dit M Brouardel. 4 2

Il est évident que le type du criminel, s’il existait, serait essentiellement variable, comme le type moyen de l’homme dans les différents pays et les diverses classes de la société. $

Lilie, Paris, Lyon, les grandes villes, avait coutume de dire Lorrain, produisent une forme de dégénérescence propre. Il l'a décrite sous le nom de Féminisme et d'Infantilisme, et la thèse de son élève Faneau de la Cour (1871) cherchait que rapport pouvait exister avec la tuberculose.

Depuis, M. Brouardel a généralisé et complété La doctrine, en Fétudiant dans des centres .opposés, — sur le banc des accusés, — dans les hôpitaux, — au collège avec la question complexe du surmenage intellectuel où elle est un élément, à côté de PAIBIÈRE à rebours.

Notre maître Jules Simon insiste également sur Le précocité de certains enfants dans la société parisienne. Les parents qui ne sont pas toujours intacts, ajoutent à l'insuffisance physique, une éducation néfaste. On dirait qu'ils veulent rétrécir la poitrine et le bassin en dilatant le crâne. Dans les salons, c’est une course au clocher entre « petites prodiges », dont l'intelligence est plutôt de l'irritation cérébrale. Chacun d'eux a ses bals, sa loge, parle Bourse ou... mariage. Nous connaissons un petit monsieur, qui à deux ans, avait et recevait ses cartes de visite

Le gamin de Paris des quartiers populeux, que M. Brouardel dépeint dans ses conversations humoristiques, « le petit gavroche, est

ER

vers 10 ans un enfant très éveillé, vif à la répartie, aimant ce qui est joli, en un mot, un sujet très bien doué au point de vue intellectuel. On

. l'entend dans la rue faire de ces répliques étonnantes qui font retour-

ner la tête en souriant. Lorsque vous pénétrez dans un ménage d’ouvriers, vous êtes étonné de voir que souvent c'est une petite fille ou un

petit garçon de 10 à 12 ans qui répond et a l'air de mener la boîte ». = Dès le plus jeune âge, attablé avec ses parents, il mange, boit et

vit comme eux. Aussi, l'alcoolisme n'est-il pas rare chez les enfants. Nous avons pu nous en convainere pendant notre année d'externat à - l'hôpital des Enfants-Malades Quand arrive la puberté, dans l'une ou l’autre classe de la société, il est fréquent de voir la croissance, difficile et irrégulière. La nature semble hésiter. Le garçon paraît devenir femme, et la fille rester enfant, ou mieux revêtir un sexe neutre (neuter, ni l’un ni l’autre). Le bassin des premiers s'élargit, les seins grossissent, le corps est potelé quelquefois jusqu'à l'obésité. Les organes génitaux au entraire, ne se développent plus, les poils du pubis et de l’aisselle, la barbe sont à peine indiqués.

La jeune fille n’a pas de hanches, les seins sont rudimentaires.

L'esprit est à l'avenant, le petit phénomène de jadis reste puéril, superficiel malgré des apparences ençore brillantes, quand il n’est pas entièrement vidé.

Décadents sur toute la ligne, leurs aptitudes génésiques, pour n'être pas éteintes, n’en sont pas moins peu déterminées. La forme de . débauche leur est indifférente et assez facilement invertie.

Leur état psychique présente une lacune presque constante, carac- Chirisée par l'absence complète de sens moral. Aussi, les crimes commis par les jeunes « amoraux » présentent-ils un caractère de cynisme

particulier. Aveugles moraux, il font le mal de bonne heure, avec indifférence et sans remords. De là à conclure : L'amoralité est un genre d’aliénation dont le crime constitue une espèce et à déduire logiquement l’irresponsabilité, il y a une distance que nous ne voulons certes pas franchir. Car ces fous moraux sont en général intelligents et s'ils sont intelligents, ils savent l'acte qu'ils veulent commettre défendu par la société, puni par la loi, — et ce qu'ils HÉquens Ils comprennenttrès bien, quoiqu'ilsnelesententpas, qu'un assassinat est un crime et n’en ignorent point la sanction. Comme les enfants,

lis pensent toujours ne pas être pris, ou y réfléchissent fort peu, et suivent leurs instincts. N’en est-il pas ainsi du goutteux ? Un bon diner lui donnera un accès, il mange tout de même — et sait ensuite à qui s’en prendre. Les amoraux font de même ét courent, à bon escient,

les chances de la guillotine.

En somme, les lois sont faites contre eux, et nous les drone devant elles, absolument responsables.

A un autre point de vue, il y a peut-être un moyen de remédier à cette cécité regrettable. Nous le signalerons plus loin dans un chapitre sur les enfants moralement abandonnés.

Mais si ces êtres déjà déchus ont une intelligence faible, un état pathologique encore amoindrissant, il semble que suivant le degré et l'espèce, la responsabilité ira en s'atténuant.

Le rapport suivant dû à à M. Brouardel est DROETES à notre hypothèse.

OBSERVATION. — Meurtre. — Responsabilité atténuée. (af mé=dico-légal par les Drs BROUARDEL, BLANCHE et PÉNARD.) (Infantilisme). — P... est un homme de petite stature, il a été exempté du métier militaire pour défaut de taille. Sa tête est malconformée, la bosse frontale droite n’est pas aussi saillante que la gauche; le côtédroit de la face est un peu abaissé et déprimé comparativement au côte gauche, la lèvre inférieure penche un peu à gauche par moments ; l’articulation est délectueuse, la physionomie est plutôt niaise, tour à tour triste et souriante, le ton enfantin. Il répond avec assez de netteté aux questions qu'on lui pose ; il ne fuit pas le regard de la personne qui l'interroge, il ne semble pas réfléchir et combiner ses réponses ; on pourrait même dire que son accent paraît sincère, et cependant nous ne sommes pe édifiés sur sa franchise.

« Je me suis toujours bien porté ; c’est ma santé de tiaetiller: ; quand je ne travaille pas, je suis comme une bête, je m'ennuie. J'ai été à St-Nicolas ; j'ai appris à lire un peu, à écrire et à compter; la multiplication ça va encore, mais je ne peux pas faire de division ; ça me tourmeute; c'est dans les millions que ça se brouille ; je dirais bien combien il y a de fois 2 dans 50 (et il dit d’abord 50 fois, puis se reprend en riant).

J'ai des accès de colère, des impulsions à la violence, mais, la main tournée, je n’y pense plus.

Nous n'étions pas toujours d'accord avec ma sœur ; je me figurais que mes parents l’aimaient plus que moi; elle n’était pas laborieuse; elle se conduisait mal, elle n’était pas re et elle a eu un enfant; je ne le détestais cependant pas, mais elle ne valait pas grand'chose.

Ah ! la colère ! quel malheur, et encore, si c'était réparable. mais non, ça ne peut pas se réparer.

Je n'ai jamais été avec une femme.

Le samedi, c'est vrai, j'ai proposé à B..…. d'aller boire un verre de bière dans une maison sur la Petite Place, mais nous n’y sommes pas allés ; je suis rentré me coucher. Le lendemain dimanche, mes parents étaient absents ; ma sœur est arrivée, elle ne m'a pas seulement dit bonjour, elle avait une figure de haine après moi ; elle était ennuyée que maman ne soit pas là. Elle est sortie dans la journée ; quand elle est rentrée, elle m'a demandé ce que j'avais à diner; je n’avais que du lard, je n'avais pas voulu dépenser parce que maman l'aurait vu ; ellen’aimait pas le lard; j'ai été chercher des œufs, elle a fait une omelette. En mangeant, elle m'a dit: « pourquoi que tu as toujours ton argent dans ta poche »; j’ai mis l'argent sur la table, elle l’a compté; je le recompte, je lui dis : il manque 20 francs! — Eh bien! je te les rendrai demain.

Je n'ai rien dit. Pourquoi ne travailles-tu pas? lui ai-je demandé. N’aie

pas peur, je ne t'embarrasserai pas demain, me dit-elle ; il n'est pas sûr

que je te ferai ton déjeuner.

J'avais encore la moitié de dix sous de kirsch que j'avais acheté le matin ; nous l’avons bu ensemble, avec un morceau de sucre.

Nous sommes allés nous coucher chacun de notre côté, je n'ai pas beaucoup dormi; j'étais tracassé de l'argent qu'elle m'avait pris, et puis j'étais ennuyé de ce que m'avait dit ma mère, que le jour où je m'en irais, je n’aurais pas la peine de revenir, que j'étais plus à charge qu'à

profit. Sur les quatre heures environ, je me lève, je voyais un peu de

jour à travers la fenêtre ; je me dis quelle heure qu’il est ? J'ai allumé la lampe, j'ai été voir l'heure qu'il était dans la chambre où était couchée ma sœur ; je l’ai -éveillée en entrant ; elle me dit : « qu'est-ce que tu viens faire ? » « Je viens voir l'heure qu'il est ». Je lui dis : « donne-moi l'argent que tu m’as pris, parce que maman ne sera pas contente, elle sera en colère après moi ». Elle n’a pas voulu me le donner ; elle était dans son lit; je lui dis : « je veux mon argent », en m'’avançant vers le lit; j'ai monté sur une chaise pour prendre la robe. dans laquelle était l'argent, et moi je lui ai mis doucement la main sur la figure. Alors elle est descendue de son lit, elle m'a fichu une paire de claques, et puis moi, je lui en ai fichu une, nous nous sommes cramponnés. la lampe était tombée ; j'étais dans le coin,je n’y voyais plus clair, je la tenais d’une main, et de l’autre main, j'ai rencontré le couteau avec lequel je Vai frappée. Ah ! fatalité ! Je n'aurais jamais cru faire un coup pareil! Ah ! la colère! je ne me connaissais pas; elle a poussé un cri, elle est tombée quelques pas plus loin. Quand j'ai vu ça, j'ai rallumé la lampe

el, qu'est. ce que j'ai vu ? une mare de saug, je suis tombé à deux genoux

dedans, je l'ai relevée, je l’ai portée dans la chambre où j'avais couché, je l’ai étendue sur le lit, j’ai mis la couverture par-dessus ; je me suis

habillé comme une bête, comme un fou, je suis descendu, j'ai été à la - / prison : « Ouvrez-moi la porte, je suis un misérable, j'aitué ma sœur » TM RÉSRE on n’a pas voulu me recevoir ; je suis allé alors à la gendarmerie d'où. on m'a conduit chez le commissaire qui m'a arrêté. Vous me demandez # si je voulais coucher avec ma sœur ? Je l'ai dit à ces messieurs, Mais, , ma main sur la conscience, ce n’est pas vrai; je n'ai pas la conscience . Reel chargée de cela, je lui ai seulement demandé l'argent qu’elle m'avait. RSR. pris. Pourquoi que je me chargerais d’une faute que je n’ai pas commise ? PS: Depuis que je suis ici, je suis tracassé d’avoir dit que j'avais fait ce que je n’ai pas fait.

En parlant, P... était tantôt abattu, triste, tantôt au contraire enjoué et souriant, mais ce qui dominait chez lui, c'était l'expression du chagrin: Re . ‘ vrai ou simulé, qu'il éprouve du meurtre qu’il a commis ; etil est revenu e : à plusieurs reprises sur la fatalité qui avait placé un couteau à portée de 5e sa main, sur la colère à laquelle il avait cédé, maïs c'était sans grande difficulté que l’on détournait sa pensée sur d’autres sujets, comme si, en réalité, sa douleur n’était pas très profonde, et l'ayant un jour rejoint dans sa cellule peu de temps après l’avoir interrogé, il était très paisiblement à son ouvrage, eten montrant la fontaine qui est à sa disposition, il a dit en riant qu’il s'amusait à construire des petits moulins que l’eau faisait tourner.

Il nous a d'ailleurs répété le même récit, et n’a jamais varié dans ses déclarations, ni dans son accent, ni dans son attitude. Exposons maintenant ce que nous apprend le dossier. | Suivant ce qu'affirme sa mère, il aurait eu des convulsions depuis hi | k j l’âge de quatre ans, il est bien portant, il se plaignait quelquefois de la tête, mais il n’en souffrait pas autrement; sournois, peu intelligent, il se” met facilement en colère. Jusqu'à l’âge de 15 ans, on n’aurait pas pu le laisser seul à la maison, il aurait fait toutes sortes de sottises, mais elle le trouve bien moins bête depuis qu’il est revenu chez elle, c’est-à- < dire depuis le mois d'octobre dernier. | Le concierge de la maison dépose que P... était maladroit et brutal, qu’il n'avait pas la tête bien solide.

ne Le commissaire de police de V... fournit les renseignements suivants : P... n’a jamais eu l'intelligence bien vive : il souffre depuis son enfance de maux de tête ; il a toujours été taciturne, jaloux et brutal. Ses cama- Mot > : rades le trouvaient sournois et ne s ‘expliquaient pas toujours certains :

Re propos qui dénotaient un cerveau mal équilibré. Paresseux, coureur, il disparaissait; il a essayé plusieurs métiers pour arriver à être journalier, on ne pouvait rien lui confier d’un peu difficile ; très avare,

Voici le résumé des résultats de l'enquête faite par la gendarmerie auprès des personnes qui ont successivement employé P... comme ouvrier, domestique, vacher et cocher, :

Un vannier qui l’avait chez lui à l’âge de 13 ans déclare que Ce était

vindicatif et méchant ; un jour, ilatenté de mettre le feu dans un tas de

SES V1 re

“feuilles à côté de l'atelier; il coupait méchamment des balais en crins et “des plumeaux, il faisait payer par les clients plus qu’ils ne devaient et | gardait pour lui l'excédent.

- Le fermier P.. dit : «nous le considérons tous comme un homme qui ne jouit pas de js plénitude de ses facultés intellectuelles , il avait parfois des mouvements nerveux, les yeux rouges et injectés de sang ; on ne lui remettait que des acomptes de un franc ; s'il avait eu de Fceit il aurait payé à boire à tous ses camarades et se serait enivré.

Le maître cantonnier, chef de P..., n’a jamais rien remarqué d’extraordinaire dans Sa personne. Les voisins de la maison que P... habite sont ‘unanimes à déclarer que ce jeune homme a quelque chose dans la tête qui semble ne pas être naturel; il ne parlait presque jamais à aucun d’eux ; il passe pour avoir un caractère sournois et brutal. Il est à la connaissance de tous, que P... a été en apprentissage chez de nombreux patrons, et qu’il n’a jamais rien fait de bon.

Son camarade B... dit de P... qu ‘iln’est pas bien fin, qu’il est un peu bêta.

D... qui a eu P... ns ae da mois dedabre 1873 au mois de mai 1874, dépose que cet homme n'avait pas toute son intelligence ; il fallait le prendre par la douceur pour le faire travailler; quand ses

camarades lui faisaient des observations, il s’en allait ; il mangeait son

argent aussitôt RE il se plaignait très souvent de mal de tête; au

point de vue de D..., P... n'avait pas tout son bon sens

B.., cultivateur, dit qu'à à son point de vue, P... était intelligent, mais

qu’il avait à certains moments je ne sais quoi d'anotinal qui lui donnait

un air bête ; il se plaignait quelquefois de la tête ; il était cependant adroit ; il avait, à ce que l’on dit vulgairement, un caractère lunatique.

H..., rémouleur à B....a occupé assez longtemps P... qui l’a quitté il y ‘

a quinze mois. P... n'avait pas toujours le caractère facile ; il travaillait bien quand il voulait ; quand ilavait de l'argent il ta restait deux ou trois jours dehors et revenait sans le sou. . M..., cultivateur, n’a eurien à reprocher à P... ; seulement il était d’un onctère violent, lequel était attribué à son intelligence peu développée, etil est parti sans motif … La femme M..., fermière, qui a employé P... comme vacher pendant quatorze mois, dit qu’il était violent au point qu'un jour il a jeté par terre et écrasé d’un coup de pied une montre en argent dont il était possesseur parce qu’elle ne marchait pas à son gré ; un autre jour il a déchiré en morceaux une photographie de sa sœur sans proférer une parole ; la femme N.. a toujours remarqué que ses moments violents étaient causés par son peu d'intelligence, il se . quelquefois de maux de tête.

La femme $..., qui a eu à la fin de 1876 S... comme domestique,

cs

dépose: il nous a quitté sans motif; nous n’avions rien à lui reprocher; il se plaignait de la tête, il était d’un caractère très violent, et frappait nos animaux sans savoir pourquoi. Nous avons toujours pensé que ses colères ne venaient que de son intelligence peu développée.

Tel est représenté P... eu égard à son état mental et à son caractère, d’après les renseignements fournis par linstruction. - ME

Nous avons appris, en outre, de sa mère que lepère de P...est mort à l’âge de 37 ans d’une attaque d’apoplexie foudroyante ; elle a eu son enfant à sa charge jusqu'à l’âge de 18 ans, parce qu'il n’a jamais pu apprendre de métier ; on le plaçait dans une maison, il y restait huit jours ; il lui prenait une autre lubie et il s’en allait; il n’a jamais joué avec des enfants de son âge,il s'amusait seul à frapper avec des bâtons sur des casseroles ; on était obligé de lui laisserfaire tout ce qui lui passait par la tête. Elle n’a jamais entendu dire qu'il y ait des aliénés dans la famille.

Nous avons voulu reproduire aussi complètement que: ble les conversations que nous avons eues avec P...,etles renseignements que nous a fournis le dossier, afin que l’on sût exatement sur quels documents et quelles données nous fondons l'opinion que nous nous sommes formée, et la conclusion que nous croyons devoir en déduire

P.., âgé de 28 ans, n'a jamais eu les qualités intellectuelles dans un état normal. Atteint, si l’on en croit sa mère, à trois ans, de convulsions, il ne s’est jamais montré apte aux travaux de son âge ; enfant il n’a pu apprendre que très incomplètement à lire, à écrire et à compter, plus tard il-n'a été capable d'exercer aucun métier ; il commencé plusieurs apprentissages et n’en a achevé aucun, presque toutes les personnes chez lesquelles il à séjourné et a été employé. déclarent qu'il avait quelque chose dans la tête qui n’était pas naturel, qu'il était d'un caractère lunatique, que son intelligence était peu développée. Il était sujet à des accès d'emportements maniaques ; un jour il brise sa montre et piétine dessus parce qu'elle ne marchait pas à son gré; un autre jour, à l'âge de 13 ans, il a allumé un incendie dans un moment d'irritation contre son patron et nous devons rappeler ici combien cette tendance à mettre le feu est fréquente chezles enfants dont le cerveau est mal équilibré. Il a toujours montré une grande mobilité dans ses idées, ne pouvant se fixer nulle part, ni s'attacher à un travail suivi, parlant sans motif, disparaissant, dépensant en quelques heures tout l'argent qu’il avait, le plus souvent prodigue, quelquefois avare, irrégulier dans ses instincts comme dans ses pensées, le plus habituellement doux et inoffensif, parfois brutal et violent, menteur, sournois, où au contraire, naïf et crédule.

Voilà quelle est la situation intellectuellede P...

Présente-il des troubles appartenant à une forme d’aliénation mentale ?

Il n’est atteint ni d’idiotie, ni d’imbécillité, proprement dite, ni d’épilepsie, ni de monomanie, ni de démence, ni de folie alcoolique, il ne __semble avoir jamais eu ni hallucinations, ni illusion des sens. P.. l’âge de 28 ans, n’a pas plus de raison qu'un enfant de 12 ans. Ses ou tés cérébrales ne sont pas normalement développées ; il n’était pas apteà acquérirle jugement et la force de volonté nécessaires pour résister aux impulsions instinctives. Il apprécie le mal qu'il a fait, mais seu- L lement après l'avoir fait, on peut dire qu’il n’a pas eu en fui l'énergie morale suffisante pour lutter contre ses entrainements.

DS tout ce qui précède nous concluons que :

à es n’est pas atteint d’aliénation mentale.

À l’époque où il a commis le meurtre dont il est inculpé, iln ‘était sous l'influence d'aucune conception délirante, d'aucune hallucination ou illusion des sens qui l’empêchât de savoir ce qu'il faisait, et Dar consé-

quent d'en encourir la responsabilité.

8° Mais, P... n’a jamais eu un développement normal des facultés intellectuelles ; il est resté un enfant pour la raison et le jugement, et

nous pensons qu il y aurait lieu de ne lui attribuer qu’une responsabilité atténuée. =

ÉTAT MENTAL DE LA FEMME PENDANT LA PÉRIODE MENSTRUELLE, LA GROSSESSE ET LA MÉNOPAUSE. — 9Oi On a pu dire de la menstruation qu’elle était la première étape de la maternité, un accouchement en miniature (Courty), considérer la femmeindisposée comme une parturiente, avec son cortège d' accidents possibles, Sue une exagération

évidente.

Cependant, après avoir créé la manie puerpérale, au nom du même principe, on vient d'inventer de toutes pièces, la folie menstruelle. Certes, la femme subit l'influence des fonctions génitales depuis le moment où elle est réglée jusqu'au jour où elle cesse de l'être.

L Trois périodes: la puberté, la grossesse, et la ménopause sont appelées critiques, à juste raison, car elles sont comme la pierre de touche de son tempéramment et en particulier du système nerveux.

- L'une supporte difficilement la transformation physiologique qui la rend « grande fille » et passe des semaines et des mois dans la mé- lancolie et la gaieté, tour à tour, irraisonnées et insolites, puis l’équilibre s'établit, ces troubles disparaissent et ce retour des règles ne se traduit plus que par une aggravation du caractère habituel de la femme.

D'autres ont chaque mois une réédition de leur puberté et bien rare la femme, dont l’amabilité ou le calme n’en ressent nulle atteinte.

aie 14

NU de

Est-ce pour cela, qu’on les dit lunatiques ? | NÉS Les manifestations psychiques décrites pendant les règles, la grossesse et la ménopause, sont au fond les mêmes, les conditions exté-

rieures seules varient.

Leur étude ne devrait former qu’un bloc, on en a fait autant Fe ta- Fe

bleaux pathologiques différents et pour les réunir ensuite dans le même cadre, nous devons les Re d’abord d’une façon particulière et distincte. | Nous allons étudier l’un après l'autre ces points et its état génitomental correspondant.

La menstruation, écrit Landouzy, en dors de toute idomolE &e toute irrégularité, de tout désordre, peut devenir la seule cause de

px

l'hystérie.

D'autre part, Legrand du Saulle dit : les troubles menstruëls prédisposent à la névrose hystérique. ;

Axenfeld, Huchard sont du même avis.

L'épilepsie éclate surtout chez la j ET fille à la puberté (Beau, Huchard).

C'est aussi l’époque de prédilection pour le ue exophtalmique.

Legrand du Saulle dit encore : lorsque des jeunes filles volent, surtout des bibelots, des rubans, de la parfumerie, c'est presque Loue pendant leurs règles que le vol est commis.

Le fameux procès d'Henriette Cordier a pivoté sur cette question. Bonne, âgée de 17 ans, elle étrangle l'enfant de deux ans qu sie promenait. On la déclare non responsable.

Une fille réglée sur le tard, raconte M. Brouardel, tue l'enfant de sa voisine. On l’arrête. Elle ne se rappelle rien et affirme avoir perdu la mémoire. Dans la prison, elle a une deuxième époque menstruelle qui se caractérise cette fois, par un état de mélancolie, avec refus des aliments. Elle ne se rappelle toujours rien r de la première menstruation. ME

N'est-ce pas aussi l'époque où les jeune filles veulent entrer au couvent, parfois au milieu de la dernière exaltation religieuse ?

A son cours, M. Brouardel passant en revue cette nature de faits, nous avertit d'autres troubles qu'il faut connaître sinon comme criminaliste, du moins comme médecin. :

« La jeune fille a répété, pendant six semaines, sans 2 on

« Je suis perdue, je suis perdue. ». Il y avait peu de fièvre et de la photophobie. Le premier médecin avait diagnostiqué une méningite. Mais Lasègue qui m'a appris à connaître ces faits, vint ensuite et affirma que la maladie durerait six mois et AE C’est ce qui est arrivé ».

Nous pourrions multiplier à l'infini des observations de cette nature, M. Icard l'a fait dans sa thèse, 1890, sur l'état mental des femmes pendant la période menstruelle voici son idée génératrice :

x = « La fonction menstruelle, peut, par sympathie, créer de toutes pièces, un état mental variant depuis la simple psychalgie, c'est-àdire le simple malaise moral, la simple inquiétude de l'âme jusqu’à l'aliénation, à la perte complète de la raison et modifiant la moralité des actes depuis la simple atténuation jusqu’à l’irresponsabilité absolue. » | . Les conclusions devaient être en rapport avec les prémisses.

La femme peut être appelée devant les tribunaux comme témoin

ou comme accusée. | 1° Témoin, elle ne devrait point comparaître pendant ses règles, à cause de sa santé d’abord, ensuite dans l'intérêt de la justice. « Le tribunal, en effet, ne saurait s'appuyer sûrement sur la déposition d'une femme soumise au molimen menstruel », à cause de la jalousie, du besoin de nuire, ou de mentir. « I1 y en a qui vont jusqu’à s'accuser elles-mêmes de crimes qu’elles n'ont pas commis » (observations

. publiées aux Annales d'hygiène et de médecine légale).

2° Accusée, elle ne devrait être traduite devant le tribunal, que pendant la période intermenstruelle. Sa responsabilité, si l'acte a été commis pendant les règles, est en rapport avec le principe que nous avons d'abord énoncé, elle va donc de la “npe atténuation à l’irresponsabilité absolue.

M. Icard a fait un intéressant travail, mais nous ne pouvons admettre son interprétation pas plus que ses conclusions médicolégales.

La femme témoin ne devrait pas comparaître au tribunal si elle est indisposée, — mais, outre les difficultés pratiques sur lesquelles il n'y a pas à insister, la femme qui se présentera en pleine période intermenstruelle est-elle sûre de ne point voir des règles devancer de huit, quinze jours et apparaître le jour même de la déposition

sous l'émotion, Lip esien de la cour d'assises, des réquisitoires, etc. ? MR He

C’est l'histoire de tous les mariages et de la nuit de noces. a

Est-elle accusée, l’objection reste la même.

Au surplus, il y a toujours à se demander si l'acte délictueux et les règles ne sont pas une simple coïncidence de date ? Mais laissons ces points de détail. Voici la véritable objection à ce système. 5

M. Icard en créant une psychose menstruelle, a pris le prétexte pour la cause. Il dit bien, il est vrai, qu’on les observe le plus souvent chez les prédisposés (il aurait pu dire toujours), mais Le n'insiste pas et cela lui paraît secondaire.

Du reste, ni au point de vue mental, ni au point de vue Et le trouble psychique ne revêt de forme spéciale révélant l'origine menstruelle et l'on peut trouver tous les genres, kleptomanie, pyromanie, nymphomanie, mélancolie, délire religieux, etc. |

Aussi, n'acceptons-nous point l'état particulier de la femme comme suffisant à expliquer des actes délictueux ou criminels. ii

M. Letulle dans un humoristique article de la Gazette médicale intitulé : Voleuses honnêtes des grands magasins, admettrès sagement : « pour les cerveaux féminins, un état transitoire, un état de demidémence, pendant lequel les idées instinctives, se réveiilant sous l’influence d'une violente sollicitation des sens, immobiliseraient la conscience et la volonté, et il ajoute que cet état est favorisé peutêtre par la période menstruelle.

M. Icard s'empresse de le trouver trop peu affirmatif et il oublie que, dans ces cas, ce n’est pas tant la période menstruelle qu'il faut envisager, mais bien plutôt l’hérédité, avec les prédispositions individuelles qu’elle laisse derrière elle.

Il faut chercher la tare personnelle et fouiller les antécédents. On trouve presque toujours une riche moisson neuro-pathologique. « Ne vous contentez pas de constater des faits qui n’ont été, en réalité, que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, et d'innocenter une femme coupable de vol, par exemple, uniquement parcé que son état de grossesse ou menstruel la prédisposait à la kleptomanie », disait un jour notre maître, M. Brouardel. L

On ne saurait le répéter trop haut, car la thèse de M. [card est devenue celle des avocats, et comme M. le D' Garnier nous le faisait

judicieusement remarquer à l'Infirmerie spéciale du Dépôt : aujour- … d’hui, toutes les femmes ont leurs règles.

Grossésse, — Il est de notion vulgaire que les femmes enceintes éprouvent certaines aberrations du goût et de l'esprit. Parfois mème, dit la légende, si l'envie n’est point satisfaite, l'enfant qu’elles portent dans leur sein est marqué d'un signe, matérialisant en quelque sorte. le désir inassouvi. Nous sommes dans le domaine de l'imagination, hâtons- -nous d'en sortir, car le terrain solide des faits réels offre assez libre carrière à la fantaisie.

Murat rapporte qu’une femme mangeait avec délices et en abondance du marc de café arrosé de vinaigre à l’extragon, une autre, d'après Baudelocque, aimait se repaître de poissons crus qu'elle avait volés, ou dévorer une poignée de foin arrachée à une voiture qui passait dans la rue.

Telle femme biitssont douce, devient emportée, telle autre, tendre épouse, excellente mère, voue pendant sa grossesse une haine pr à son mari, et à l’un de ses enfants.

Mais, écrivent Briand et Chaudé, dans leur traité de aletihe

agi de tous les excès auxquels le délire de l'imagination peut

entraîner une femme enceinte, le vol est celui qui occupe le plus fréquemment les tribunaux. Tantôt c'est un penchant indéterminé, c’est-

à-dire qui se porte indistinctement sur toutes sortes d'objets, tantôt les désirs sont fixés sur tel ou tel objet en particulier, et la kleptomanie

n'est plus que l’exagération d’une envie.

Les grands magasins sont des pièges sans cesse tendus.

Zola, dans son roman « Au bonheur des Dames », décrit les étala= ges provoquants, ayant pour unique but de vaincre la femme. Le marchand volé, se plaint, mais « il a bâti ses temples pour tenir la

femme à sa merci, c'est toute sa tactique, la griser d'attentions

galantes, et trafiquer de ses désirs, exploiter sa fièvre ». Au surplus, dit notre maître le professeur Brouardel, « lorsque les

femmes les plus maîtresses d’elles-mêmes, dépassent souvent, dans

leurs achats, l’ultimatum de leur bourse, il n’est pas bien surprenant que des hystériques, des morphiomanes, des femmes grosses, ne puissent résister au désir de prendre. Car, c’est surtout dans ces trois catégories que se recrute la liste des voleuses de magasin. Et le désir

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ne réside pastant chez elles dans l'excitation “ l'envie, que dans l'atténuation de résistance à l'envie». SE

Si la kleptomanie est un des troubles fréquents de la grossesse, on trouve aussi toutes les autres en de manie jusqu ’à la folie com-

plète.

Il n'y a pas là une entité spéciale, une vésanie typique de la tone

enceinte. Comme pour la psychose menstruelle, la prédisposition par des antécédents personnels ou héréditaires est le point capital. ‘

Les experts, dit Legrand du Saulle, ne doivent donc j jamais perdre de vue la possibilité de phénomènes intellectuels bizarres pendant la grossesse : leur mission consiste à les apprécier à leur juste valeur. En présence d’un acte d’un ordre tout à fait inattendu et en complet désaccord avec la moralité antérieure, les habitudes ordinaires et la position sociale de l'accusée, il y a lieu de s'assurer si l’état mental n’a point été réellement lésé. L'examen médico-légal est dans ce cas très difficile et l'expert doit formuler des conclusions avec circonspection. Sila justice n’a point à punir certains faits sans liberté morale, elle ne doit pas, d'autre part, accorder aux femmes enceintes une HSP facile impunité.

Le rapport suivant est un modèle du genre. |

Mr: de X..., femme d’un certain rang, étant enceinte, vole trois fois des bijoux chez un orfèvre, elle est dévorée du désir de posséder des choses qui brillent, frotte continuellement les objets en cuivre de sa maison, dérobe un couteau en nacre, etjusqu'à des marques de whist, en présence même des joueurs. Appelée en justice, la grossesse fut alléguée comine excuse. Deux médecins furent d'avis différents et Casper, chargé alors de faire un rapport sur cette affaire, posa les conclusions suivantes :

Je niai positivement que l’accusée ait été atteinte d’un caprice de femme grosse, qui avait altéré ses fonctions mentales, et je discutai la valeur qu'il fallait attribuer au changement qui s'était opéré dans ses goûts, sa manière d'être, dans ses dispositions mentales; je disais qu'il était très naturel qu'elle eût conscience de ce caprice, comme on le voit par la déposition de son mari qu’elle prie de ne pas la mener chez des amis qui possédaient des choses brillantes. C'est ce qui arrive à quiconque est atteint d'une idée fixe ou d'une envie dont il ne peut s'affranchir, mais qu'il maîtrise encore avec sa raison, puisqu'il en a

conscience ; mais il est très étonnant que cette femme n'ait pas évité plutôt que les appartements de ses amies, les magasins remplis EC objets brillants ; qu'au lieu de charger des domestiques de l'achat qu ’elle avait à faire, elle soit allée sans nécessité même, en état de grossesse avancée dans des magasins dont elle connaissait tout le danger pour elle. Nous examinâmes ensuite sa conduite vis-à-vis des orfèvres volés. Nous remarquâmes cette circonstance importante que chez un orfèvre, au lieu de prendre des « objets brillants », elle répondit «qu'elle n’avait plus besoin de rien », et se fitrendre l'argent. Elle avait gardé un profond secret de ses vais, même pour son mari; elie avait dit être sortie pour rendre les objets volés, ce qu'elle n'avait pas fait ; de plus, ce qui ne se rapportait pas du tout à son envie maladive, elle brisa, afin de les rendre méconnaissables, les ie volés. Elle a toujours changé d'orfèvre. a

Considérant de plus, les nombreux mensonges contradictoires qu'elle avait faits dans ses interrogatoires, nous conclûmes : l'envie maladive de Me de X.., n'a pas été irrésistible, ne l'a pas entraînée, malgré elle, à ces trois vols, qui sont, au contraire, des actions criminelles dont elle est responsable.

La dame fut condamnée. Séparée de son mari, et après plusieurs années, tandis qu ‘elle n était pas enceinte, elle vola de nouveau des étoffes dans un magasin.

Pendant l'accouchement, on a bien cité quelques ble de troubles intellectuels passagers. M. Budin rapporte dans son livre se cas dus à Montgomery, Cazeaux et Tarnier.

- En Italie, une femme exaspérée par les douleurs de l’enfantement, s’est ouvert le ventre, se pratiquant elle même l opération césarienne.

Les médecins légistes Tardieu, Legrand du Saulle, Brouardel, font d’ expresses réserves au sujet des crimes d' infanticides qui peu- à vent être commis dans ces conditions. En tous cas, dit Tardieu, il faut en rechercher la cause ailleurs que dans l'influence exclusive du travail lui même, ils agit souvent ou d’un crime véritable et conscient, ou de folie hystérique, de mélancolie avec hallucinations, etc.

Pour M. Budin, «cette folie transitoire qui survient ainsi pendant l'accouchement, est sans nul doute, causée par un excès de douleur ». Les avocats connaissent ces observations d'impulsion et les opposent au médecin légiste.

Mais, leur répond Capuron: « Il y a loin de ne pouvoir s ‘empêcher de pincer les gens qui vous entourent, ou de mordre quelqu’ un va l'épaule (Laugius), à tuer son mari ou son enfant ! ». RD,

De plus, cette folie transitoire qui survient comme l'explosion d’un coup de foudre, avec retour aussi brusque à la raison ne saurait être admis à la légère par le médecin. Si un acte est anormal et absurde, il ne s'ensuit pas forcément que son auteur soit aliéné.

Après l'accouchement. — Les troubles qui surviennent alors sont

habituellement décrits sous le nom de manie puerpérale. La cause occasionnelle est encore l'hérédité, les causes détermi-

nantes, les grossesses nombreuses, l'âge avancé, rte le réta- *

blissement de la menstruation.

Le délire ou la manie n’a pas de caractère spécial. Certaines femmes, après leurs relevailles, ont été accusées de vol. Legrand du Saulle en cite des cas dans les Annales médico-psychologiques. Il y a là un état demi-physiologique, demi-convalescent, ressem-

blant aux suites de maladies infectieuses. « Au lieu de garder une fai-

blesse dans les mollets, elles gardent une faiblesse du cerveau », dit d’une façon originale M. Brouardel. S ;

A la ménopaus?, des accidents cérébraux réappüraissent ou se manifestent pour la première fois, plus souvent la forme mélancolique avec tendance au suicide, quelquefois la nymphomanie. |

En tous cas, le caractère est troublé, une irritabilité excessive assez commune. La mauvaise renommée des belles-mères n'y est pi étrangère.

femme, nous croyons au point de vue médico-légal, qu'il est nécessaire d'étudier chaque cas en particulier et qu'il faut baser son opinion non point sur l'acte en lui-même, quelque étrange qu'il soit mais bien sur “l'histoire clinique du sujet.

Ces désordres intellectuels, ces troubles nerveux sont comme les

prodromes d'une même affection qui se forme. Ils peuvent rester sta- à

tionnaires, ou rétrograder, après chaque accident génital, menstruation, grossesse, accouchement, ou bien progresser et aboutir à la folie confirmée.

Les faits de cette nature ne constituent point un type Se spé cial et spontané.

Après avoir parcouru tous les stades de la vie génitale chez la

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