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‘Que se passa:t-il ? La jeune femme dit que son beau- -père les reçut fort mal, que son mari répondit vivement, et que sur une insulte grossière de Son père, s'adressant aussi bien à sa femme qu'à lui,X... fils perdit la tête, et tirant son arme, en déchargea plusieurs coups. De détails, elle n’en peut
plus donner que X... lui-même, qui, hors de lui, dans un état d’ égarement,
ed fut arrêté sans qu'il opposât de résistance.
Il est permis de supposer qu’il a été pris de l’une de ces colères décbgiès auquelles il est sujet. Ce n’est pas à nous qu’il appartient de déterminer s’il ÿ à eu on non préméditation, et si, en achetant le revolver, X... pensait à s’en servir contre son père. Nous serions plutôt disposés à penser qu'il avait eu mr de se suicider, mais nous ne pouvons rien ire : RET Eues :
- Mais, ce que nous sommes autorisés à faire valoir en faveur de l'accusé, c’est la faiblesse de son intelligence, le désarroi dans lequel l'avaient jeté les difficultés de sa situation. Cet homme que nous ne pouvons pas considérer comme un aliéné irresponsable de ses ‘actes, est un de ces êtres héréditairement prédisposés aux troubles intellectuels, chez lesquels la résistance aux sollicitations instinctives est diminuée. par l'infériorité de HS oPGaRISAUON cérébrale et ne ont droit à une RE ee d'indulgence.
Obsenvatiox II. — Tentative de parricide. — Cinq coups de revolver. — — Acquittement. — Responsabilité atténuée. (Rapport médico-légal du à l'obligeance de Me Perir, avocat) (a).
- Le 6 novembre, vers neuf heures du matin, le nommé X..., âgé é de 18 ans, pénétrait par escalade dans le château de Z..., domicile de ses parents, et là, après une discussion violente, tirait sur son père cinq coups de revolver petit calibre, sans produire de: blessures suffisantes pour déterminer Ja mort. IL paraît établi par l'instruction que, depuis plusieurs années, messieurs X.. père et fils, avaient l’un avec l’autre des rapports si difficiles et si extraordinaire que M. X.. s'était décidé à placer son fils à la campagne, chez des fermiers, où il vivait de la vie des paysans, se louant inême à la journée pour amasser un petit pécule, chassant, pêchant, mal vêtu, mal nourri, ressemblant plus à un maraudeur qu’à un fils de châtelain de la contrée. C’est après avoir placé son fils dans plusieurs pensions, collèges, chez un cordonnier, à la paternelle de Mettray, sur un navire de commerce, dans une ferme école, que M. X... père l'avait relégné chez des paysans, en raison de son caractère violent, indomptable et par suite de « son absence complète de sens moral ». Le prévenu, interrogé à cet égard, a constamment répondu qu'il s'est toujours bien conduit partout où il était tranquille et traité avec justice, et dans les pensions où il pouvait prendre de l'exercice et faire des promenades néeessaires à son tempérament, il en était ainsi chez M. H..., maître de pension à Paris, où il a séjourné près
(1) Rapport médico-légal par le D' DOUTREBENTE.
de trois ans, à la colonie de in Du trois mois, et à bord de. la Saintonge, pendant neuf mois. « Là, au moins, dit-il, on y était juste, on ne se moquait pas de moi, on ne me tournait pas en ridicule, mais mon père, pour faire dépit à ma mère, me changeait toujours d'un. endroit où je me plaisais et conduisais bien, pour me placer dans’un autre où j'étais
en butte aux taquineries, moqueries, sobriquets de camarades me traitant de « quatre-z-yeux» (son surnom, à cause de sa myopie et de ses lunettes),
et ne se génaient pas pour me battre, ou me jeter de l'eau dans mon lit, comme à la P... Dans ces bomisbne il perdait patience, se défendait rageusement et était alors rendu à sa famille. On trouve d'ailleurs à ce sujet dans le dossier une foule de renseignements provenant de sources les plus diverses et parfois contradictoires. Si, en effet, d'une part chez M. H..., à la colonie de Mettray, à bord de la Saintonge et chez un grand nombre de paysans où le jeune X... a été placé ou a travaillé comme jourvalier, sa conduite a paru irréprochable et son caractère. normal, par contre, et d'autre part, chez M. B..., au collège S..., etc., et chez son père, l'inculpé s'y est montré sous un aspect tout différent, mauvais écolier, indomptable, capable de commettre un mauvais coup ; mauvais fils, dénué de sens moral, ete. Si, d’un côté, Me X... donne presque tous les torts à son mari en lui reprochant d’avoir méconnu le caractère de son fils, de l'avoir traité durement, injustement et même de l'avoir brutalisé en plusieurs circonstances, d’un autre côté M. X... n'accepte pas ces reproches et oppose aux affirmations de sa femme et de plusieurs témoins des dénégations formelles, des atténuations ou des explications tendant à démon
trer qu'il avait à lutter contre un fils absolument rebelle et insensible à
ses conseils, à ses objurgations, à toutes les punitions, et que si une fois, au
plus, il lui a donné un coup de bâton sur la tête, « c'était, dit-il, parce que mon fils avait manifesté du mépris en passant à côté de moi, et je lui ai donné en passant, un simple coup de bâton sur la tête qui l’a blessé assez profondément, mais je ne savais même pas comment il avait été atteint ». S'il fallait croire le prévenu, ce mode d'éducation et de châtiment serait habituel ; il était pour son dire martyrisé par son père, qui lui refusait souvent la nourriture, des vêtements, de l'argent et le rouait de coups, il nous a fait voir sur sa tête de nombreuses cicatrices du cuir chevelu ayant toutes la même origine paternelle. E
X..., âgé de 18 ans, est un adolescent de haute taille, maigre, marchant comme Le marins, et paraissant avoir souffert de la condition primitive et de l'alimentation insufisante ou irrégulière mise à sa disposition depuis plusieurs années, il s'en plaint très amèrement d'ailleurs ; l'aspect général de la physionomie est agréable, le crâne est très régulier et de volume normal, toutefois la voûte palatine est d'une étroitesse remarquable, elle affecte la forme ogivale exagérée, la voix est nasillarde en raison d’une hypertrophie chronique des amygdales, il y a un peu de bégaiement. Le cuir chevelu présente douze cicatrices de longueur et de situation diffé
rentes, non adhérentes aux os crâniens. X... possède aux deux mains une malconformation symétrique des deux derniers métacarpiens, qui ont une = diminution de longueur de deux centimètres et demi, cette malformation constituerait pour une profession manuelle une sorte d’ incapacité de tra- “vail, il est aussi admis et VÉROnIre ue l’inculpé est atteint d une myopie sue des plus accentuée.
On remarque enfin au côté gauche du visage, entre le menton et la j joue, une longue cicatrice à direction oblique, de He curviligne, due, paraît-il, aux mêmes causes que celles du cuir chevelu, suivant X... fils.
Dans l'ordre intellectuel il nous a été impossible de trouver des troubles Fate de l'idéation, à plus forte raison un délire constitué, des hallucinations
sensorielles, ou des illusions ; X... est doué d’une intelligence moyenne
qui s'est développée malgré une singulière éducation, ou des milieux déplorables, et une instruction souvent modifiée, interrompue, reprise pour être supprimée complètement plus tard. Nous l'avons plusieurs fois interrogé sur plusieurs sujets d'histoire, d'orthographe, d’arithmétique et de chimie, il a toujours répondu avec sang-froid assez rapidement, et d'une façon assez satisfaisante ; les questions par trop simples ou enfantines le __ faisaient sourire, il haussait les épaules en disant : « Mais pour qui me prend-on, je ne suis ni un crétin, ni un imbécile ». Du côté de la motricité, ilnya rien d’anormal à signaler, ni convulsions, ni états neuroso-moteurs tels que paralysie, hystérie ou épilepsie. Dans l’ordre moral, on ne peut pas admettre a priori, l'absence complète de sens moral signalée par X.. père, ou même ce caractère indomptable sur lequel n’ont pu avoir d’ re les avis, les conseils, les punitions et les châtiments. __ X... a des sentiments affectifs pour sa mère et n’a point oublié les gâteries de sa grand'mère dont il a conservé le souvenir, il a vécu en bonne intelligence avec beaucoup de RaPonee soit à bord de la Saintonge où pendant plusieurs mois le capitaine n’a jamais eu à se plaindre de son caractère ; il en est de même de M. J..., son premier maître de pension qui >, FAR l'a gardé pendant trois ans ; du directeur de la colonie de Mettray et de plusieurs paysans qui l'ont occupé pendant la fenaison ou la moisson. Quand mous demandions à X... d’où lui venait sa mauvaise réputation d'élève insoumis, ne pouvant rester au collège sans se faire renvoyer pour son caractère violent, il répondait invariablement : «Mais j'étais tourmenté tourné en ridicule, battu, persécuté avec mes « quatre-z-yeux». Depuis - l’âge de douze ans à treize ans, j'ai été martyrisé par mon pere, comme ma mère aussi, par ce qu'elle me donnait souvent à manger en cachette, - lle était maltraitée par mon père qui lui refusait de l'argent, pendant que lui, ne se privait de rien, qu'il buvait des bons vins ; mon père n'est pas estimé dans le pays, vous pouvez demander partout où j'ai travaillé, tout le monde m'’estime, mon père ne OUT rait pas en dire autant, on se moque de lui, il veut faire de la culture il n’y connaît rien, il mange son argent». X fils, n'a pas toujours eu pour son père les sentiments qu'il professe
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ouvertement aujourd’hui ; il nous a déclaré qu’autrefois, il aimait son père comme tous les enfants aiment leurs parents, mais que depuis plusieurs années « à voir la maison souillée, dit-il, comme elle l'était, mon père se conduisait mal avec les femmes de chambre et cuisinières, ne se cachant pas, les conduisant en voiture, au café, martyrisant ma mère, lui refusant de l'argent, excitant les domestiques contre elle, je ne pouvais plus le respecter, je me révoltais de voir traîner dans la boue l'honneur de la famille : il veut faire passer ma mère pour folle, et quand elle a ses crises de nerfs, au lieu de la calmer, il l’excitait encore en me battant devant elle: on me disait dans le pays, tout le monde le disait : Ge n'est pas votre père, il veut vous faire mourir à petit feu ; j'ai fini par le croire. Certes, en ce moment, l'inculpé ne se gêne pas pour accentuer les preuves de son manque d'affection pour son père, il s’excite même facilement, quand on lui en parle, discutant énergiquemeut et revendiquant ses droits de fils de famille, avec les mêmes soins que ses frères et sœurs, sous le toit paternel et à la même table, se révoltant au souvenir de toutes les injustices et de tous les actes de brutalité dont il prétend avoir été la victime.
Puis quand on arrive au drame du 6 novembre, il n'est pas le moins du monde gêné pour en parler. « Je n'ai jamais eu l’idée de tuer mon père, je serais parti après avoir mangé, j'ai tiré avec mon revolver pour me défendre croyant que mon père voulait me tuer, il l’avait dit assez de fois pour cela ; si j'avais voulu tuer mon père, je n’aurais pas manqué l’occasion dans le bois, je n’y ai jamais même pensé. » Quand on parle au prévenu des quelques actes de violence qui lui sont reprochés dans l’instruction soit par son père, par un domestique, par un paysan, ou- le directeur de la ferme-école de la P..., il répond qu’il ne commençait jamais, qu'il se défendait, qu'il n’attaquait pas. À la P..., on serend parfaitement compte en lisant les documents du dossier que X... a eu à subir les brimades de la part de ses camarades, ce qui expliquerait la précaution qu'il avait prise de cacher un bâton dans son lit pour se défendre. Dans le cas où la légitime défense serait invoquée ou démontrée comme aussi dans toute autre hypothèse, il est impossible de placer le prévenu en présence defaits précis qui démontrent clairemement soit un défaut d'intelligence, soit un caractère violent, indomptable, ou une absence de sens moral. Si l’on peut admettre avec ses parents maternels que dès l'enfance, il était peu intelligent et d’un caractère difficile, on ne trouve à l'appui de cette affirmation que des racontars ou des actes que bien des enfants mutinssont capables de commettre ; on se demande même, étant donné le milieu, les exemples parfois reçus, les moyens employés, comment il se fait qu’une catastrophe ne se soit pas produite plus tôt. Pour un enfant de cette sorte, la douceur, la patience, font plus que les conseils, punitions ou actes de brutalité ; c'est au moins, ce que recommandentles médecins ou éducateurs spéciaux qui ne reculent pas devant l'ingrate mission de l'éducation et de l'instruction des idiots et des enfants arriérés,, auxquels nous ne voulons point,
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