MAXILLAIRE INFÉRIEUR
dice céphalique du pays dont le criminel est originaire.
Du reste il ne faut pas croire que la dolichocéphalie ne s'observe pas chez les criminels, il est loin d'être rare de trouver des délinquants présentant cette configuration du crâne, et pour prendre quelques exemples parmi les criminels fameux nous pouvons dire que Lacenairc, Hélouin, Avril, Lemaire, Moreau, etc., étaient de purs dolichocéphales (Orchansky, Bulletin de la Société anthropologique),
D. Maxillaire inférieur. — L'étude du maxillaire inférieur a fourni à Lombroso des conclusions nettes et indubitables. La mâchoire inférieure et le système de la mastication sont toujours très développés chez les criminels. Le système osseux, les dents, les muscles masticateurs présentent constamment chez eux des dimensions, un volume, et un poids notablement supérieur à ce que l'on constate chez les normaux. C'est là du reste un caractère d'animalité très net. Les chiffres minutieusement recueillis par Orchansky permettent de comparer très exactement à ce point de vue le criminel soit avec les anthropoïdes, soit avec
rhomme primitif. Toutes les mensurations du maxillaire l'emportent, chez le criminel, sur les mensurations similaires de l'homme normal. La largeur bigoniaque qui est chez le criminel de 99, 5 est de 96 chez les normaux, la hauteur symphisienne qui est de 33 chez les premiers est de 31 chez les seconds, la longueur de la branche montante mesure 66,4 pour les délinquants et 57 pour les normaux. Les autres dimensions présentent un écart aussi considérable. M. Manouvrier a traduit en chiffres la relation existant entre le poids du maxillaire inférieur, toujours plus élevé chez le criminel, et le poids du crâne, c'est là. l'indice crânio-mandibulaire, et là comme toujours la prédominance marquée appartient sans conteste aux criminels. Chez les Parisiens normaux rindic3 crânio-mandibulaire est de 12,8 chez les femmes et de 13,4 chez les hommes.
Chez les assassins il est constamment de 14,78 ou au-dessus (Corre) (1).
C'est là un signe d'une réelle importance, et bien que je me sois expliqué sur la valeur des subdivisions des criminels suivant l'espèce des délits, il faut reconnaître que ce sont surtout les
(I) Corre, Les Criminels. Paris, 1839.
CAPACITE ORBITAIRE. ETC. iQÀ
assassins qui présentent un développement mandibulaire aussi caractéristique.
Ce n'est pas seulement dans ses dimensions et son poids supérieur de 4 à 6 grammes à celui du même os chez les normaux, que le maxillaire inférieur présente d'intéressantes particularités, c'est encore dans sa direction. Il est en effet assez fréquent de trouver chez les criminels une situation du maxillaire inférieur anormale en ce sens que l'os est porté en avant et légèrement en haut, constituant l'état connu sous le nom de prognathisme.
E. Capacité orbitaire. Trou occipifaL Fossette vermienne. Zygomes. — Chez les criminels, la capacité cubique de l'orbite est toujours plus considérable que chez les normaux, il en est de même des dimensions des sinus frontaux plus développés chez les délinquants, comme nous avons déjà eu occasion de le dire. L'individu normal présente une capacité orbitaire qui est en moyenne de 56,3 centimètres cubes, les criminels se présentent avec une capacité de 61,5. Comme on le voit la différence est notable. II a toujours été constaté que cet accroissement de
capacité s'accompagne presque constamment
i02 RESPONSABILITÉ CRIMINELLE.
(F un développement exagéré des arcades sourcilières. Au dire de certains auteurs ce signe serait aussi une tendance vers l'animalité.
Le trou occipital présente certaines dififérences quand on le considère chez les criminels, et chez les individus normaux. Chez les premiers il est constamment situé dans un plan qui regarde plus en arrière, ce qui d'après Orchansky serait constamment observé chez les peuplades sauvages les plus arriérées. Quant aux dimensions superficielles du trou occipital, elles ont été trouvées plus considérables par l'auteur que nous venons de citer, elles seraient au contraire moindres d'après les chiffres de Lombroso.
La fossette vermienne ou occipitale, située au niveau de la crête occipitale interne, correspondant à un développement du vermis cérébelleux, se rencontre chez les criminels avec une fréquence quatre fois plus grande que chez les individus normaux (Corre).
Les apophyses zygomatiques ont été trouvées, chez les criminels, et plus saillantes, et séparées l'une de l'autre par une plus grande distance. Notons encore qu'il est assez fréquent de trouver chez les criminels une voûte palatine qui est tou-
ASYMÉTRIES. 103
jours OU resserrée, dessinant une ogive surélevée, ou bien encore tout à fait asymétrique.
F. Asymétrie crânienne et faciale. — Les asymétries crâniennes et faciales se rencontrent souvent chez les criminels, les premières dans la proportion de 65,4 p. 100, les secondes dans le quart des faces examinées. Avec cette remarque tout à fait caractéristique : les condamnés pour crime contre les mœurs ont le crâne bien plus souvent asymétrique que les autres condamnés. Ainsi les meurtriers, les faussaires, et les voleurs n'ont un crâne asymétrique que dans la proportion de 63,7^ p. 100, tandis que les condamnés pour actes libidineux présentent l'asymétrie dans la proportion de 70,3. Il en est de môme pour l'asymétrie faciale. Tandis que le premier groupe ne présente cette défectuosité que 23,6 p. 100, les impudiques permettent de la constater 32,1 p. 100. Pour le crâne l'asymétrie consiste en des exagérations manifestes de telle ou telle région comparée aux régions homologues du même côté qui présentent des aplatissements absolus ou relatifs. Le plus souvent c'est la région pariétale ou occipitale qui présente d'un côté ou de l'autre une intumescence
i04 RESPONSABILITÉ GRIMLNELLE.
plus considérable. C'est donc au niveau du territoire cérébral plus spécialement dévolu aux actes impulsifs et purement animaux, que les renflements sont plus fréquents.
Sans doute on relève des asymétries crâniennes chez un assez grand nombre d'individus normaux, on pourrait même citer d'illustres exemples de crânes asymétriques, chez des hommes de génie. L'immortel Bichat avait un crâne asymétrique. Mais quand on considère avec soin ces tôtes, il est facile de voir que le plus souvent l'asymétrie est largement compensée par le développement des parties nobles du cerveau, le merveilleux épanouissement des lobes frontaux. Du reste il est certain que l'éducation, en exerçant constamment les territoires cérébraux destinés à mettre un frein à une trop grande impulsivité, peut arriver dans une certaine mesure à corriger l'influence de l'asymétrie. Mais si les individus qui portent un crâne où les parties latéro-postérieures sont prédominantes, sans compensation et que l'éducation normale vienne à faire défaut, il existe de grandes probabilités pour qu'on ait affaire à un criminel, surtout si les circonstances de la vie le met-
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tent aux prises avec des situations particulières.
Tous les auteurs qui se sont occupés de cette question de l'asymétrie crânienne dans la criminalité ont constaté son extrême fréquence, M. Bordier surtout a donné des chiffres qui sont fort élevés, c'est ainsi que sur 100 assassins ilta trouvé seulement 8,33 p. 100 un crâne absolument normal, 33,33 p. 100 des crânes étaient anormaux et 58,53 p. 100 absolument défectueux, pathologiques.
L'asymétrie faciale se manifeste par des inégalités de volume et de développement dans les deux parties similaires du visage, prédominance d'une région malaire, d'un maxillaire supérieur^ déviation du nez ou des commissures, inégalité des globes oculaires, le strabisme ou le nystagmus, rinégalité des oreilles, Tabsence du lobule ou le déplissement du pavillon.
Les oreilles peuvent être différentes comme superficie et surtout comme forme et comme épaisseur. C'est ainsi qu'on a noté chez certains criminels une oreille très épaisse d'un côté et tout à fait mince et translucide de l'autre. L'implantation des pavillons est aussi à noter; d'après Lombroso, les oreilles implantées à angle droit
i06 RESPONSABILITÉ CRIMINELLE.
sont fréquentes chez les délinquants et constituent les oreilles dites en anse.
En résumé, qu'elle soit faciale ou crânienne, Tasymétrie peut porter sur un côté quelconque, exagérant les saillies ou les amoindrissant, effaçant les courbes ou les accentuant davantage, créant des dépressions là où il ne doit pas en exister, des surfaces planes là où elles doivent être courbes et vice versa, développant outre mesure ou rétrécissant certains districts cérébraux, enfin pouvant domier au crâne une configuration et un aspect absolument anormal. On observe aussi souvent des fronts bas, étroits et fuyants, ou bien de vastes sinus frontaux, des régions pariétales, occipitales ou massétérines énormes. Quand ces déformations portent sur l'ensemble du crâne, elles constituent des formes plus ou moins bizarres, dont les principales ont été décrites sous le nom de platycéphalie, c'est-à-dire tête aplatie de haut en bas, ou de crâne scaphoïde ou en carène. D'après M. Campagne, un aplatissement de la région postérieure de la tête serait un signe très fréquent de dégénérescence cérébrale. On observe encore l'oxycéphalie ou tête en pointe, en pain de sucre, enfin
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la microcéphalie, caractérisée par une petitesse extrême de la boîte crânienne et par conséquent constituant un rapport de surface entre la face et le crâne, dans lequel rapport, la face remporte en superficie sur celle que présente le crâne. Cette prédominance de la surface faciale sur la surface crânienne s'observe souvent chez les criminels, c'est là au premier chef un signe d'animalité marquée. Le rapport exact est difficilement mesurable, même sur un crâne desséché, il est presque impossible d'en avoir une idée sur l'homme vivant. On aura cependant une mensuration assez probante en notant la longueur de la ligne mento-glabellaire, la plus grande étendue de celui-ci coïncidant nécessairement avec une superficie faciale plus considérable.
La mesure de l'angle facial chez les criminels et chez les normaux n'a pas donné lieu à des constatations bien décisives. Il en a été de même des pesées de tout le crâne ; à peine a-t-on pu constater une légère différence dans les moyennes. Celles-ci ont paru à Lombroso donner un poids supérieur chez les criminels, tandis qu'en France Manouvrier est arrivé à des conclusions opposées. Donc de ce chef rien de précis.
tlO RESPONSABILITÉ CRIMINELLE.
Lombroso s'est basé pour établir son type du criminel né, c'est-à-dire de l'homme condamné au crime, de par sa conformation cérébrale.
Il est en effet hors de doute que de pareilles anomalies si constantes sont un indice de criminalité. Le crâne est incontestablement influencé par son contenu. Il est bien sûr qu'un individu qui naît avec un encéphale plus ou moins développé dans Tune ou l'autre de ses parties sera également pourvu d'une boîte osseuse dont les dimensions concorderont avec le viscère contenu. La chose est aussi évidente quand on examine le crâne d'individus qui ont présenté dans leur jeunesse une affection ayant sérieusement altéré la forme ou le volume de la masse encéphalique. Il est aussi hors de doute que si la lésion a été primitivement localisée sur la boîte osseuse, si celle-ci a présenté des altérations liées au rachitisme, à la scrofule ou à la syphilis, un tel état pathologique a certainement retenti sur le cerveau, soit directement par compression, soit indirectement par des troubles apportés à la circulation.
L'ensemble des diverses anomalies crâniennes est fourni par le tableau suivant de Lombroso.
ANOMALIES CRANIENNES.