‹ De la responsabilité criminelleChapitre 21 sur 46 · TS · texte numérisé non relu

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Il est positif que ces chifi^es ne sauraient être invoqués comme donnant une certitude absolue et mathématiquement exacte. Peut-être constaterait-on la présence beaucoup plus fréquente de ces signes, ou dans tous les cas un écart encore plus sensible entre criminels et normaux, s'il était possible de prendre comme type de comparaison des individus dont la moralité serait nettement et sûrement définie et connue. On ne peut, en effet, pratiquer ces mensurations que sur les condamnés enfermés, en prenant comme terme de comparaison les diverses personnes dont on est entouré, c'est-à-dire ceux qui passent pour d'honnêtes gens. Or, tout le monde sait que les prisons ne renferment pas tous les criminels, il s'en faut, et aussi que bien des personnes qui sont en liberté peuvent être, soit des criminels heureux ou inconnus, soit des individus qui peut-être demain commettront un crime.

Ce serait une erreur de croire que tous les criminels présentent l'une ou l'autre des lésions que nous venons d'énumérer. De l'aveu de Lombroso, de graves lésions osseuses se rencontrent seulement dans la proportion de 65 p. 100. Mais à côté de ces malformations osseuses du crâne et

ÂiNOMÂLIES CRÂNIENNES. 113

de la face, il en existe d'autres encore assez nombreuses que nous avons à étudier. Et encore faut-il faire remarquer que l'étude des lésions que nous avons à faire comprend seulement les cas d'anatomie pathologique, macroscopique. L'étude histologique des lésions viscérales au point de vue de leur influence sur la criminalité n'a pas été faite encore et pourrait donner des résultats absolument inattendus.

Les anomalies dont nous venons de parler sont si fréquentes, que Penta(l) après examen de cinq cents criminels enfermés dans les bagnes d'Italie pour des causes très graves déclare n'en avoir trouvé que trois ne présentant aucune anomalie. La plupart du temps, d'après cet auteur, on aurait affaire à des lésions osseuses de la boîte crânienne. Un chiffre si considérable de malfaiteurs portant des malformations anatomiques s'écarte violemment, il faut bien le dire, du nombre constaté par plusieurs auteurs. La raison en est certainement en ce que Penta fait entrer en ligne de compte les malformations du nez, des globes oculaires, la présence des ma-

(0 Penta, Arch, de psychiatrie ^ t. XI, 1890.

il4 RESPONSABILITÉ CRIMINELLE.

melles, la bifidité de la luette, les anomalies des dents, celles qui portent sur les organes de la génération, enfin le goitre, le strabisme, etc., etc. Nous allons aborder maintenant Tétude des vices de conformation des viscères, en ce qui a trait à la fréquence du crime, en nous bornant à relever les seules données qui s'appuient sur des chiffres probants. Nous verrons ainsi qu'il est certaines lésions congénitales ou pathologiques qui jouent un grand rôle dans le fonctionnement du cerveau. Cet organe peut en être profondément perturbé et par conséquent la criminalité en résulter.

§ II. — Anomalies des viscères.

A. Cerveau, — L'étude comparée du poids du cerveau n'a pas donné des résultats nets et décisifs. Plusieurs auteurs divisent les cerveaux au point de vue de leur poids en trois catégories : 1* cerveaux de poids inférieur, ce sont ceux qui sont compris entre 1000 et 1250 grammes ; 2° cerveaux de poids moyen qui sont compris entre 1230 grammes et ISOO grammes; 3* cerveaux de poids supérieur qui pèsent

ISOO grammes et au-dessus. Après examen portant sur un nombre considérable de cas Bischoff arrive à cette conclusion : chez les criminels, les poids inférieurs sont dans une fréquence à peu près égale à celle que Ton observe chez les normaux, les poids moyens sont plus rares chez les criminels que chez les individus ordinaires ; quant aux poids supérieurs on les rencontre plus fréquemment chez les criminels que chez les normaux. Remarquons avant d'aller plus loin que nous avons trouvé chez les délinquants une plus grande fréquence des mensurations faibles et des mensurations fortes, quand nous avons parlé de leur capacité crânienne.

Les résultats des pesées cérébrales tels que nous venons de les indiquer ont toujours été les mêmes soit que tout le cerveau ait été pesé tout à la fois, soit que l'on ait successivement mis sur la balance chaque hémisphère Tun après l'autre, et que Ton ait comparé entre criminels et normaux le poids d'un hémisphère similaire.

D'après Giacomini l'asymétrie cérébrale serait constante chez les criminels et le lobe gauche remporterait toujours en poids et volume sur le lobe droit. Cette assertion a besoin d'être

116 RESPONSABILITÉ GRIMIiNELLE.

appuyée par de plus nombreuses observations.

Du reste une semblable asymétrie existe très souvent chez les individus normaux. Il faut cependant affirmer que quand nous parlons d'asymétrie cérébrale, nous n'entendons pas comprendre dans cette appellation un peu générale cette asymétrie, conséquence fatale et directe de Fasymétrie crânienne, réglée et déterminée par eelle-ci. Nous entendons seulement Tasymétrie eérébrale vraie, considérée en dehors de toute malformation crânienne.

A plusieurs reprises on a constaté des anomalies plus ou moins accentuées dans les circonvolutions du cerveau, et dans les sillons ou les scissures. C'est ainsi que Ton a observé des difformités de Tinsula de Reil (Mendel) (1). On a vu aussi des sillons creusés très profondément à tel point que Ton pouvait croire à une résorption de la substance nerveuse sous-jacente(Broca, examendu cerveau de rassassinPrevost). M. Hanot a constaté que la première circonvolution frontale ou la moyenne pouvaient être dédoublées. On a vu aussi les circonvolutions comme cou-

(I) Mendel, NevraL Cenlralb.^ 1832.

pées et interrompues par de profondes scissures (Ferrier).

Flesch examinant cinquante cerveaux de criminels déclare n'en avoir pas rencontré un seul qui ne présente des anomalies. Et d'abord, d'une manière générale tous les cerveaux examinés par lui présentaient des circonvolutions à type confluent, plusieurs d'entre elles étaient dédoublées. Le même auteur a constaté des communications du sillon de Rolando avec la scissure de Sylvius, et dans l'immense majorité des -cas, un effacement, une sorte de tassement des circonvolutions, avec notable diminution de leurs replis.

Il importe cependant de ne pas perdre de vue qu'il esl fréquent de rencontrer chez les normaux des lésions semblables, tous les auteurs s'accordent à le dire. C'est pour cela que Broca a décrit ce qu'il appelait un cerveau moyen, sorte de schéma destiné à servir de prototype et à montrer soit les écarts morbides, soit les grandes anomalies que l'on peut constater.

Telles sont les anomalies que Ton peut constater sur le cerveau des criminels, et comme on le voit, elles sont loin d'être concluantes. Mais

ce qui Test davantage c'est l'étude des lésions véritablement pathologiques que Ton peut constater sur le cerveau de bon nombre de délinquants.

Sur quatre-vingt-douze cerveaux de criminels, on a trouvé trente-sept fois des lésions pathologiques soit de l'encéphale, soit des méninges : ce sont des adhérences méningitiques, des traces d'inflammation chronique, des ossifications, des ramollissements, des scléroses, des dégénérescences artérielles, des hémorragies ventriculaires, des tumeurs, des abcès, etc. Flesch a trouvé des lésions de ce genre dans la moitié des cerveaux examinés par lui. Parmi les exemples les plus récents nous pouvons rappeler que l'assassin Lemaire présentait une adhérence considérable de la pie-mère avec la dure-mère épaissie et parsemée d'exsudations fibrineuses. Menesclou, violateur et assassin d'une petite fille, portait des adhérences semblables dues à l'évolution d'une méningite tuberculeuse, dont la nature était mise hors de doute par la présence de lésions pulmonaires relevant également de l'action du bacille tuberculeux. Léger assassina une petite fille de douze ans, il la tua et dépeça le cadavre pour

satisfaire un horrible appélit de chair humaine qui le tourmentait depuis huit jours. Ce monstre après avoir violé sa victime lui arracha le cœur et le mangea. Du reste, il avoua son crime épouvantable, fut condamné et exécuté. A Tautopsie faite par Esquirol et Gall on trouva une très notable adhérence entre la pie-mère et le cerveau. Benôist le parricide présentait des hémorragies méningées et des adhérences étendues, Ces faits sont du reste certainement très nombreux et d'après le D^'Lebon (1), lorsque Ton examine les procès-verbaux d'autopsie des suppliciés, il est fort rare de n'y pas rencontrer la constatation de lésions cérébrales plus ou moins profondes. Enfin fréquemment on a trouvé chez les criminels des traces de péri-encéphalite diffuse, ce qui est, comme on sait, la lésion aboutissant à la paralysie générale. Nous aurons à revenir sur ce dernier fait en traitant de la fréquence de l'aliénation mentale chez les criminels.

Les lésions histologiques relevées sur le cerveau des criminels sont encore assez multiples. La première en fréquence et aussi en importance

(1) Lebon, Revue philosophique, mai 1881.

i20 RESPONSABILITÉ CRIMINELLE.

consiste en une abondante prolifération de la névroglie qui enserre et comprime les éléments nerveux. C'est l'abondance extrême de cette substance qui le plus souvent donne aux cerveaux examinés un volume ou un poids supérieur à celui qu'ils présenteraient sans une pareille hypergénèse. On a aussi fréquemment noté des dégénérescences vasculaires diverses, consistant le plus ordinairement en des exsudations dans les gaines, observables sur des départements encéphaliques encore assez étendus, pour qu'un trouble circulatoire s'exerçant sur une étendue aussi considérable compromette le fonctionnement normal de l'organe. On a constaté aussi que les cellules nerveuses de la substance grise peuvent être très granuleuses ou fortement pigmentées et pénétrées de granulations noirâtres, qui sont le dernier vestige des cristaux hématoïdiques résultat d'un épanchement sanguin. Golgi a trouvé le cerveau d'un criminel endurci rempli par de petits amas de granulations amyloïdes.

Nous n'avons pas besoin d'insister sur ce fait, que ces nombreuses lésions, qu'elles soient macroscopiques ou histologiques, changent absolu-

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