ASILES SPÉCIAUX
mettre des actes nuisibles à ses semblables. Il est donc nécessaire de creuser entre ces deux catégories un sillon large et profond.
Il ne nous paraît pas plus convenable de mélanger avec les aliénés ordinaires, les criminels irresponsables. Sans doute, ce sont les uns et les autres deux espèces de malades, qui tous, à un moment donné, peuvent être très dangereux. Il y a même dans les asiles ordinaires, des aliénés qui seraient bien autrement dangereux que certains criminels irresponsables. Cependant il y a une idée choquante et qui peut paraître blessante à certains esprits dans ce mélange et cette promiscuité. Puis il ne faut pas se dissimuler que les malheureux atteints d'une forme d'aliénation mentale ne les ayant pas jusqu'alors entraînés à des actes criminels, peuvent parfaitement incliner vers la violence, s'ils sont mis en contact perpétuel avec d'autres malades pour lesquels les actions criminelles sont ordinaires. On sait avec quelle facilité s'effectuent ces sortes de contagions morales, et il faut autant que possible les éviter. De plus, l'aliéné que sa lésion cérébrale n'a pas poussé à des actes criminels, pourra être mis en liberté avec
beaucoup plus de facilité, qu'il ne sérail de mise pour le faux criminel qui aura commis des actes délictueux. Il résulterait donc de leur mélange une inégalité qui pourrait paraître choquante et qui souvent donnerait lieu aux commentaires les plus malveillants.
Hâtons-nous de borner là ces considérations d'ordre secondaire, il importe surtout que le principe soit appliqué, sa mise en pratique pouvant être dès le début plus ou moins défectueuse; c'est ridée générique du principe, qu'il importe surtout de sanctionner par des actes.
Nous arrivons maintenant à une difficulté autrement sérieuse et d'une mise en action autrement délicate. Ces malades, criminels irresponsables, peuvent-ils guérir? et quand ils seront guéris, les remettra-t-on en liberté ? A ces deux questions, nous répondrons hardiment: Oui. Certainement plusieurs de ces malades, dont la maladie cérébrale n'est pas trop accentuée, peuvent guérir et guériront s'ils sont soignés comme ils doivent l'être. Et lorsque la guérison sera complète, qu'elle sera jugée telle par le médecin qui aura donné des soins au malade, il n'y aura pas le moindre inconvénient à ce qu'il soit rendu à