LA LOI SUR LES RÉCIDIVISTES
s'expose à un double danger. En premier lieu, on peut à plusieurs reprises rendre à la vie commune des individus qui, véritables criminels nés, n'useront de leur liberté que pour commettre de nouveaux méfaits. En second lieu on s'expose à retrancher de la société, des individus malades d'une névrose, alors que ces individus peuvent parfois espérer, par des soins judicieusement appropriés, revenir à la santé et à un fonctionnement normal de leur cerveau.
Prenez par exemple un criminel dont les impulsions au vol et à l'homicide sont sous la dépendance de l'alcoolisme chronique dont il est atteint. N'cst-il pas évident qu'en se basant uniquement sur le nombre des récidives, on s'expose à expulser indéfiniment un homme qui, soigné méthodiquement, aurait pu peut-être guérir ou tout au moins devenir un citoyen dont la moralité ne s'écarterait pas trop de la moralité moyenne de ses semblables?
A côté de celui-là, voici un autre criminel, il est fils et petit-fils d'assassin, d'épileptique, de fou ou d'alcoolique, son crâne est asymétrique, son front bas et fuyant, il a une platycéphalie manifeste, un large développement de la face avec
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une mandibule énorme. Son crime, il Ta commis dans des conditions spéciales, d'irréflexion, de pauvreté de motifs ou avec des moyens d'action qui sont sans proportion avec le but poursuivi. Eh bien ! cet individu remis en liberté se signalera peu après par un autre crime, la prison n'aura en rien modifié sa tendance, au contraire. Le contact avec d'autres malades de son espèce, le continuel récit de forfaits développeront ses tendances criminelles, loin de les affaiblir. Si cet homme était soigneusement examiné par un jury compétent, celui-ci prononcerait immédiatement sa rélégation ou sa séquestration perpétuelle, évitant ainsi à la société les crimes que fatalement il doit plus tard commettre, car cet homme est le véritable type du criminel né, il ne peut pas faire autrement, et comme le dit si bien la vieille expression populaire, fruit d'une observation aussi ancienne que le monde : il a cela dans le sang.
Certainement, c'est là une chose pénible, certainement c'est là une violation de tous les principes, certainement on peut faire à ce sujet de la sensibilité, répandre des torrents de larmes et des torrents d'encre. Mais j'attendrais les auteurs de cette explosion de sensibilité au moment où
ASILES SPÉCIAUX. 34o
le malade incurable rendu à la société, après Texpiration de la première pénalité subie par lui, assassinerait leur enfant ou un de leurs proches, mettrait le feu à leur maison, et je leur demanderais alors si la mesure qui aurait empêché de tels crimes de se produire, leur paraît à ce moment-là aussi inique etaussi attentoire àlaliberté humaine. Supposez un individu atteint du choléra ou de toute autre maladie éminemment contagieuse, pouvant encore venir se mêler à ses semblables, auxquels son contact apporte la maladie et peut-être la mort. Croyez-vous que ce serait beaucoup violer les principes, que de le séquestrer pendant tout le temps où il risque de répandre la maladie autour de lui? Croyez-vous que si la loi proposée, pour la désinfection obligatoire des locaux contaminés par une maladie infectieuse, blesse dans quelques circonstances le principe de la liberté etdeTinviolabilité du domicile, elle n'en sera pas moins une loi utile pour le maintien de la santé publique? Cessons donc de nous apitoyer sur les conséquences des lois, destinées à protéger la société ou la santé publique, et rappelons-nous le viel adage romain : Salus populi suprema lex esto.
3î6 RESPONSABILITÉ CRIMINELLE.
Les asiles spéciaux dans lesquels devraient être soignés les criminels désignés par le jury de responsabilité, devraient-ils être une sorte d'aunexe de la prison? ou bien les faux criminels doiventils être purement et simplement confinés dans un asile ordinaire d'aliénés? L'une ou l'autre de ces solutions nous parait également mauvaise. Le côté vraiment nouveau qui ressort des dernières recherches de l'anthropologie criminelle, c'est de montrer qu'un bon nombre de crimi> nels ne sont autre chose que des malades, malades dangereux certainement, mais somme toute des malades. Comme conséquence de cette manière d'envisager les faits, le criminel irresponsable doit être rigoureusement enfermé, mais Taccomplissement de son acte n'implique aucune lâche pour lui ni pour sa famille, menacée seulemcnlpar l'hérédité. Par conséquent, il est bon que Tcndroit où sera enfermé le faux criminel ne relève ni ne touche en rien à la prison, les deux catégories d'habitants de la maison centrale et de la maison de santé criminelle, ayant chacun une raison différente d'être séquestré. L'un est emprisonné pour être puni d'une mauvaise action, l'autre est enfermé parce que sa maladie le pousse à com-