‹ De la responsabilité de l'état à raison des fautes de ses agentsChapitre 114 sur 144 · HBVUE DO DROIT PUBLIC · texte numérisé non relu

HBVUE DO DROIT PUBLIC

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grand-duché de Toscane, absolutistes dans les États pontificaux, cléricaux ou sanfédistes. Cette première catégorie eut le dessus, comme on lésait ; et c'est à elle que Ton doit Taveugle réaction dont Tltalie eut à souffrir pendant tant d'années.

L'autre fraction des partisans des anciens gouvernements, qui avait vu avec plaisir la restauration, était composée d'hommes qu'avaient offusqués et effrayés les procédés trop militaires des gouvernements napoléoniens, les guerres continuelles qui appauvrissaient et ensanglantaient le pays, d'hommes qui avaient toujours conservé l'amour de l'autonomie régionale de l'Etat auquel, jusqu'à l'invasion française, ils avaient appartenu.

Ces hommes appréciaient les réformes opérées par les Français, détestaient les vieux abus de l'absolutisme et auraient voulu restaurer les anciens gouvernements en conservant seulement ce qu'ils avaient de meilleur. Ils étaient très nombreux en Toscane où restait vivace le souvenir des réformes de Pierre- Léopold ; en Piémont, où la fierté du peuple et son attachement séculaire à la dynastie de Savoie rendaient intolérable l'annexionfrançaise ; moins nombreux, mais toujours puissants, dans les États pontificaux, dans les duchés, dans le royaume de Naples; enfin la Lombardie et la Vénétie en comptaient un nombre respectable, bien qu'elles fussent appelées à retomber sous la domination de l'Autriche.

Ces derniers, qui au fond étaient libéraux, voyant qu'avec les anciens souverains, revenait en grande partie l'ancien régime, changèrent d'idée et s'unirent aux vrais libéraux pour combattre ces gouvernements que précédemment ils avaient pour la plupart acclamés. Les autres se retirèrent de la vie publique, pleurant leurs illusions perdues.

2° L'autre opinion dominante était celle que professaient les véritables libéraux, dont un certain nombre étaient partisans des gouvernements napoléoniens et dont les autres, en plus grand nombre, auraient voulu faire de l'Italie une nation libre et indépendante, soit dans la forme unitaire, soit dans la forme fédérale, soit dans la forme monarchique, soit encore dans la forme républicaine.

Les libéraux appartenaient en grande majorité à la bourgeoisie et avaient servi, soit dans l'armée italienne, soit dans l'armée française ; mais, parmi eux, surtout en Piémont, on

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comptait de nombreux représentants de Taris tocratie. Les premières manifestations de ce parti libérrfl consistèrent dans l'offre faite à Napoléon, rélégué dans Tîle d'Elbe, de débarquer dans la péninsule, et dans la tentative, misérablement avortée, de Joachim Murât, pour conquérir le royaume d'Italie.

Ce parti libéral se recrutait naturellement en grande partie parmi les adeptes des sociétés secrètes, telles que la franc-maçonnerie et ses dérivés, dont le plus important est le Carbonarisme.

Ce parti libéral, organisé tant bien que mal et dépourvu d'idées bien arrêtées, uni à ceux des adhérents des anciens régimes que choquaient les allures réactionnaires des gouvernements d'alors, fit ses premières preuves en 1820 dans le royaume de Naples,en 1821, dans le Piémont et en Lombardie, et chacun sait avec quel insuccès.

Les gouvernements qu'effrayaient ces mouvements révolutionnaires, se montrèrent impitoyables dans la répression : l'Autriche leur prêta son concours, les encouragea et les soutint dans cette œuvre néfaste, se constituant ainsi la protectrice de la légitimité et du droit divin en Italie. En agissant ainsi, elle remplissait le mandat qui lui avait été confié par l'Europe monarchique et conservatrice dont les principaux potentats se réunissaient en ce moment à Laybach et à Vérone. Les partisans de l'Autriche (austriacanti), les absolutistes, les sanfédistes ou cléricaux prédominèrent, et leur action fut plus vigoureuse que jamais.

Mais si les libéraux étaient battus, persécutés et dispersés, si plusieurs d'entre eux avaient laissé la vie sur Téchafaud ou erraient en exil à travers le monde, l'esprit libéral, opposé à la domination étrangère et à l'absolutisme des princes indigènes, n'en subsista pas moins ; au contraire, les persécutions ne firent que le fortifier et l'épurer. Des rapports intimes s'établirent entre les révolutionnaires italiens et ceux des autres nations, de France spécialement ; et ces rapports occasionnèrent, immédiatement après les journées de Juillet et l'élévation de Louis-Philippe au trône, l'explosion de la révolution dans les États pontificaux et dans le duché de Modène, et des tentatives de même nature, réprimées sans retard, dans les autres parties de ritalie. Les temps n'étaient pas encore venus; aussi tous

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ces mouvements restèrent-ils sans résultat, comme en 1820, laissant seulement derrière eux une traînée sanglante de martyrs et de persécutions.

A cette époque, Joseph Mazzini songea à la fondation de la « Jeune Italie », substitua cette dernière aux anciennes associations de la franc-maçonnerie et du carbonarisme et lui donna, au lieu de leur programme vague et confus, quoique libéral, un programme bien net et bien précis : L'unité de toute Vltalie avec Rome capitale et la forme républicaine du gouvernement. Ainsi naissait enfin, sans sous-entendus et sans ambiguités d'aucune sorte, \t parti unitaire italien.

Tandis que la jeunesse enthousiaste et les plus exaltés parmi les anciens libéraux adhéraient aux plans de Mazzini, les effets de la révolution française de i83o se faisaient sentir en Italie, et une évolution très importante se produisait dans l'opinion publique italienne. Le traité de Vienne, par suite de cette révolution et de la révolution belge de la même année, pouvait être considéré comme déchiré, et ainsi disparaissait le spectre de la Sainte-Alliance. Les principes et les idées du gouvernement représentatif se répandaient rapidement en Italie où ils étaient accueillis avec enthousiasme par les esprits les plus cultivés qui les faisaient apprécier et aimer autour d'eux.

Des hommes de talent, comme Cesare Balbo, le comte de Gavour, etc., se mirent à étudier le système représentatif, non seulement en France et en Belgique, mais encore en Angleterre ; cependant, la plupart d'entre eux prenaient leurs exemples et leurs modèles en France. Ce système représentatif semblait conciliable avec le maintien des princes locaux, à la condition que ces derniers voulussent en accepter les règles — et il n'y avait pas de raisons pour qu'ils ne le voulussent pas — et qu'ils se persuadassent qu'en les adoptant, ils consolideraient leur trône. Aussi tous les libéraux italiens qui, par éducation ou par haine des révolutions, ne pouvaient pas approuver Joseph Mazzini, tous ceux qui considéraient comme une utopie irréalisable l'unité de l'Italie, tous les partisans de l'autonomie régionale représentée par les princes, acceptèrent le principe du système monarchico-représentatif répudiant par là toute idée révolutionnaire.

Mais tout le monde était d'accord pour admettre que, volon-

tairement ou par force, l'Autriche devait repasser les Alpes ; et, dans ce but, tous étaient persuadés qu'il était nécessaire de fonder une union ou confédération permanente. C'est ainsi que tous devinrent pour le moins fédéralistes.

Les partisans des gouvernements absolus se divisaient, eux aussi, en deux catégories : i° ceux qui restaient fidèles aux anciens principes rétrogrades ; 2^ ceux qui, tout en approuvant les principes de la monarchie absolue, auraient voulu qu'ils fussent modifiéis suivant les exigences du temps et qu'on créât au moins des assemblées consultatives.

Voici donc l'énumération des partis italiens après i83o : I» absolutistes, rétrogrades, cléricaux ; 2° absolutistes modérés ou réformistes ; 3° monarchistes libéraux eifédéralistes qui plus tard furent appelés modérés ; 4° républicains unitaires. Il existait, en outre, surtout en Lombardie, un puissant groupe de républicains fédéralistes qui reconnaissaient pour chef Carlo Cattaneo ; mais ce groupe, s'il exerça une influence, souvent malfaisante, sur la révolution de i848, ne survécut pas à cette dernière, tout au moins comme parti politique militant.

Le programme monarchico-libéral-fédéralisteTencontTSLiiddins sa réalisation un rude obstacle : la Papauté avec son pouvoir temporel. Assurément, on croyait possibles des réformes qui apporteraient quelque tempérament à l'absolutisme et qui feraient disparaître, au moins dans une certaine mesure, les maux les plus graves du gouvernement théocratique : beaucoup d'esprits'étaient même persuadés que la Papauté accepterait des institutions représentatives plus larges. Mais si tous s'occupaient de la place que le Souverain Pontife devait avoir dans la confédération italienne, tous également étaientd'accord pour reconnaître qu'il ne pouvait en être un simple membre.

Vincent Gioberti s'efforça de résoudre cette difficulté dans sa « Primauté morale et civile des Italiens ». Sans entrer dans l'examen des doctrines et des principes de la Primauté^ rappelons que le philosophe de Turin soutient que le Pape devrait être le Chef, le Président de la confédération italienne, et que cette confédération devrait avoir son centre intellectuel, moral et religieux, à Rome, et son centre militaire à Turin. Tous n'acceptaient pas volontiers cette présidence du Pape ; mais, comme tous les libéraux monarchico-fédéralistes adhéraient d'une

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manière générale aux doctrines concernant la Primauté, on les désigna sous le nom de néo-guelfes^ parce qu'ils voulaient faire revivre Tidée guelfe qui avait atteint son apogée au moment où le pape Alexandre III s'était mis à la tête des communes italiennes, confédérées contre l'empereur Frédéric de Hohenstaufen.

Tels étaient les partis italiens au moment où éclata la Révolution de 1848. Celle-ci commença par les réformes qu'adoptèrent les princes et le pape Pie IX lui-même, tout infatué des idées de la primauté ; et, se développant logiquement, elle arriva aux institutions monarchico-représentatives et à la guerre de l'indépendance contre TAutriche.

Les réformistes et les modérés suivirent, dès que les institutions représentatives eurent été adoptées ; mais ils ne purent pas marcher longtemps d'accord ; d'abord parce que les premiers, effrayés de l'allure, trop précipitée à leur avis, que prenait la révolution, se retirèrent prudemment à l'écart; ensuite, parce que les princes, (surtout le Pape et le roi de Naples), à l'exception du roi de Sardaigne, crurent leurs droits et leur pouvoir menacés par la révolution, et surtout parce qu'ils redoutèrent que le roi de Sardaigne, le seul prince qui fit sérieusement la guerre, voulût s'approprier l'Italie tout entière.

Les modérés se méfiaient des princes, lesquels, à leur tour, n'avaient aucune confiance en eux ; ce qui les empêchait de dominer la situation et de réaliser leur programme.

Contre les modérés marchaient les rétrogrades, les cléricaux et les absolutistes, en secrète intelligence avec les cours, les républicains (mazziniens et fédéralistes) et ceux qui, ayant été républicains avaient accepté le programme monarchico-libéral fédéraliste, moins par conviction que par opportunisme. Ces partis opposés aux libéraux modérés finirent par avoir le dessus dans les Etats italiens (le Piémont excepté), causèrent la perte de la révolution si heureusement commencée, et amenèrent ainsi d'une manière inévitable le rétablissement des anciens gouvernements et la domination de l'Autriche.

Il en fut ainsi, comme nous l'avons dit, dans toute l'Italie, sauf en Piémont où les choses se passèrent d'une manière différente en raison des conditions particulières de ce pays. En Piémont, la monarchie était très solidement établie ; depuis

des siècles, elle s'identifiait avec le pays lui-même, de telle sorte que bien peu songeaient à la renverser. On peut dire qu'il n'y avait aucun véritable révolutionnaire en Piémont. Il en existait à Gênes, rattachée au Piémont parle traité de Vienne ; et Mazzini était lui-même Génois. Toutefois, ils étaient peu nombreux : la classe commerçante et Taristocratie étaient conservatrices.

En outre, s'il y avait des absolutistes rétrogrades, ces derniers, par amour du Roi, n'auraient jamais mis obstacle à la réalisation de ses desseins ; ils savaient d'ailleurs que si le Roi donnait une constitution à son peuple, il le faisait sérieusement, dans l'intention de la respecter et de la maintenir. Aussi, qui combattait la constitution, combattait le roi.

En dehors des absolutistes, il existait en Piémont de nombreux réformistes qui, tout en aimant le Roi autantque les premiers, se seraient contentés de réformes partielles, qui leur paraissaient mieux appropriées aux besoins du peuple ; mais ils n'étaient pas opposés à une constitution représentative qu'ils mettaient tout leur zèle à faire connaître.

Un noyau puissant par le talent et le nombre de ses membres, était celui àt^ modérés fédéralistes^ (auquel appartenait Cavour), qui réclamaient fermement les institutions représentatives et étaient prêts à toute agitation légale pour les obtenir ; les modérés fédéralistes se recrutaient principalement parmi l'aristocratie et les magistrats issus de la bourgeoisie. Et ici il convient de se souvenir que les privilèges, dont avaient toujours joui l'aristocratie et cette fraction de la classe bour^ geoise, avaient suscité, à l'égard de ces dernières, une certaine jalousie dans la petite bourgeoisie des artisans et des commerçants. Aussi, bien que la petite bourgeoisie n'eût pas, d'une manière générale, des idées bien différentes, elle affectait cependant d'en avoir ; ce qui fait qu'elle abondait dans le sens démocratique, sans toutefois adhérer au parti républicain.

Aux divers degrés des partis libéraux et réformistes piémontais, à la différence de ce qui se produisait dans les autres régions de Tltalie, se manifestaient une confiance sans bornes dans la dynastie, une éducation politique profonde provenant de ce fait que la monarchie avait toujours eu des rapports directs avec son peuple, et une aptitude particulière tendant

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au développement réf»^iilier du système représentatif, qui avait surtout pour cause le voisinage de la France.

L'œuvre de l'indépendance italienne trouvait de chauds partisans en Piémont, car il était de politique traditionnelle dans la maison de Savoie de chercher, parles armes ou les traités, à étendre sa domination en Italie. Sur ce point, tous les Piémontais, quelle que fût leur façon de penser, étaient pleinement d'accord. Il n'en allait pas de même ailleurs où la poursuite de l'indépendance suscitait des appréhensions: beaucoup redoutaient qu'elle ne servît de prétexte à la maison de Savoie pour augmenter la puissance du Piémont : ce qui aurait entraîné la rupture de l'équilibre italien que la Toscane et les États pontificaux auraient surtout voulu maintenir.

Telles sont les raisons pour lesquelles dans le parlement subalpin, la plupart des députés se trouvèrent prêts à adopter les institutions représentatives. Voici comment se divisaient les partis dans ce parlement.

I® A droite, les réformistes et les modérés (ou plutôt les nobles et la haute bourgeoisie) ;

2* A gauche, un certain nombre de modérés et les prétendus démocrates j tous monarchistes, à l'exception de quelques républicains tout à fait théoriques ;

3* Au centre, les esprits les plus calmes, ennemis des divisions politiques trop accentuées.

Les réformistes^ (auxquels vinrent se joindre quelques abso- Iutistesconvertis),vou}aient maintenir purement et simplement le Statut, sans modifier dans un sens moderne, si cen'estdans quelques parties tout à fait surannées, la législation en vigueur, quoique passablement rétrograde.

Les morf^r^5 voulaient, au contraire, que la législation tout entière de TÉtat fût transformée comme en France et en Angleterre. Quelques modérés étaient d'avis qu'il fallait procéder avec lenteur; et, en cela, ils se rapprochaient des réformistes ; d'autres croyaient qu'il valait mieux marcher vite, et, par là, passant par dessus le centre, allaient y rejoindre les membres les plus modérés de la gauche.

A gauche, quelques-uns protestant qu'ils étaient plus libéraux que les hommes de droite, n'étaient en quelque sorte que les membres les plus avancés du parti qui était opposé aux

révolutions précipitées ; les autres, plus démocrates, réclamaient des réformes radicales et ressemblaient par là aux représentants de rextrème-gauche des assemblées françaises sous Louis-Philippe. .

Par respect pour le problème de l'indépendance italienne, les réformistes se contentaient de demander la retraite de TAutriche et la constitution d*une confédération italienne. Les modérés et les membres les plus modérés de la gauche auraient voulu que le Piémont étendit sa domination sur toute Tltalie ou que, tout au moins, en restant dans le programme de la fédération, on annexât au Piémont, en dehors de la Lombardie et de la Vénétie, les duchés, et qu'on arrivât, si cela était possible, jusqu'à la Toscane. Les plus avancés de la gauche voulaient tout cela ; mais ils étaient d'avis que Ton devait procéder d'une manière plus violente. Parmi les modérés et les hommes de gauche, un certain nombre réclamaient l'unité de l'Italie entière ; d'autres, rejetaient cette idée, la considérant comme une utopie ; d'autres, enfin, y étaient tout à fait opposés.

Durant la guerre de l'indépendance, en i848 et en 1849, ^* droite et la gauche se trouvèrent face à face au Parlement subalpin et se succédèrent au pouvoir. Mais, après la défaite de Novare et la paix qui en fut la suite, tout changea. Les libéraux modérés de droite trouvaient de la résistance, dans la réalisation,de leur plan de réforme de l'État, de la part des réformistes conservateurs ; leurs partisans, au contraire, faisaient .partie de la gauche. Le respect dû au problème de l'indépendance italienne ne parvenait pas à diminuer la discorde qui existait entre les deux fractions de la droite ; les conservateurs réformistes auraient voulu que le Piémont ne se préoccupât que de lui-même, sans toutefois renoncer à l'avenir ; les modérés sans épithète et la gauche modérée étaient convaincus qu'il devait résolument se mettre à la tête de Tltalie, devenir le centre du libéralisme italien, comme il était déjà son lieu de refuge, et ce, sans commettre d'imprudences, mais aussi sans se livrer à des craintes excessives.

Il était évident que le système représentatif dans le royaume du Piémont ne pouvait se développer sans un déclassement général et une nouvelle orientation des partis. C'est ce que comprit le comte de Cavour : c'est ainsi qu'il constitua sa fa-

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meuse alliance (connubio) et qu'il forma une majorité de gouvernement qui comprenait une partie de la droite, le centre et une partie de la gauche. Aux deux extrémités, restaient, d'une part, les réformistes et les conservateurs modérés, et de l'autre, les radicaux et quelques rares républicains purement théoriques.

A Taide de cette majorité, le comte deCavour réalisa le programme italien en prenant à Mazzini son idée unitaire. Presque tous les libéraux des autres États italiens adhérèrent à cette majorité, et très peu restèrent fidèles au programme mazzinien. Aussi peut-on dire que l'Italie se constitua en Etat monarchique représentatif unitaire, principalement parce que le comte de Cavour désorganisa les partis qui existaient au sein du Parlement subalpin et forma une majorité de centre, laissant en dehors d'elle les deux extrémités.

2. LES PARTIS POLITIQUES DANS LE PARLEMENT JUSQU'a LA RÉFORME

ÉLECTORALE DE 1882. — Daus le premier Parlement italien, celui qui proclama le royaume d'Italie, en 1861, le comte de Cavour avait une majorité immense, divisée comme celle qu^ l'avait soutenu au Parlement subalpin.

A droite, restaient à peine quelques réformistes ; le temps et le progrès de la révolution les avaient, ou fait disparaître ou éloignés de la Chambre élective ; aux meilleurs de ceux qui avaient survécu, on avait accordé des sièges au Sénat ; les survivants d'ailleurs disparaissaient peu à peu. Aussi, sur les bancs de la droite siégeaient les libéraux modérés de toutes les parties de l'Italie avec les principaux hommes d'États italiens tels que L. C. Farini, B. Ricasoli, M. Minghetti, G. Lanza, etc.

A peu près tous les députés des centres soutenaient la politique de Cavour, qui avait également des partisans assez nombreux dans la gauche.

Mais, à gauche, existait un groupe d'opposition puissant, sinon nombreux; il était composé des anciens membres de Topposition subalpine, parmi lesquels brillait Augustin Depretis et, à côté de lui, Urbain Ratazzi lui-même, qui avait été, au Parlement subalpin, le chef de la gauche cavourienne ; en fai-

saient également partie ceux des libéraux des autres régions de l'Italie que, pour une raison ou pour une autre, la politique de Cavour n'avait pas satisfaits.

En dehors de ces opposants anciens et nouveaux, se tenait le groupe garibaldien composé de ces républicains qui, avec Garibaldi, avaient adhéré à la monarchie sans toutefois accepter la politique cavourienne, et qui étaient devenus les adversaires de Cavour, par suite de la conduite suivie par le gouvernement dans l'Italie méridionale et de l'accueil fait aux volontaires. Parmi eux, outre Garibaldi qui en était comme le chef idéal, mais non effectif, puisqu'il ne siégeait que rarement à la Chambre, apparaissait Francesco Crispi, qui devait prononcer bientôt la célèbre formule : la monarchie nous unit, la République nous diviserait^ et à côté de lui, Agostino Bertani, moins monarchiste que Crispi, mais nullement républicain.

Indépendamment de ce groupe garibaldien, il s'en formait un autre composé de républicains convertis ou demi-convertis, comme Mordini, Nicotera, etc.

Ces groupes d'opposition, peu d'accord entre eux, n'étaient pas bien dangereux pour le comte de Cavour. A la mort du grand homme d'État, la Chambre des députés italienne était donc composée de la manière suivante :

i*^ Majorité. — A peu près toute la droite, la plus grande partie des centres, une partie de la gauche.

2® Opposition de gauche, — Groupe de la gauche subalpine avec quelques membres du centre gauche; groupe garibaldien ; groupe des ex-républicains.

3^* A Vextrême droite. — Quelques opposants peu nombreux et sans importance.

La situation changea profondément après la mort du comte de Cavour, car aucun des chefs de sa majorité n'avait assez d'autorité pour la maintenir compacte ; pas plus qu'aucun d'eux n'avait sur les autres une influence suffisante pour en faire des lieutenants. Joseph Ferrari, éminent philosophe et historien, a qualifié finement les chefs de la majorité cavourienne : les (( généraux d'Alexandre n ; et on ne peut pas dire que sa comparaison fût fausse. La majorité s'émietta j quelques-uns de ses membres, surtout parmi les représentants des provinces méri-

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dionales, passèrent à Topposition. Cependant, jusqu'en 1876, les électeurs ne lui furent jamais infidèles au point de la transformer en minorité.

Les quelques conservateurs qui étaient restés à la Chambre disparurent dans la lutte contre la papauté ; aussi, la majorité se composa-t-elle des députés qui siégeaient à droite et au centre droit et de quelques membres du centre gauche. Les centres restèrent les véritables maîtres de la situation, car de leurs votes dépendait le sort des ministères.

Cette majorité cavourienne, après la mort du grand homme d'État^ se proposa deux buts: i^'réorganiser TÉtat administrativemen t et financièrement, de manière à lui donner de l'unité et de la cohésion et à faire disparaître les traces de la révolution récente dont il était issu ; 2* compléter Tunité italienne, en faisant la conquête de Venise et de Rome.

Pour obtenir ces résultats, il était nécessaire de continuer la politique de Cavour ; et surtout, pour la question de l'unité italienne, il fallait user de prudence afin de ne pas compromettre par une audace intempestive ce qui était déjà acquis. D'accord sur ces deux points^ la majorité était convaincue qu'elle seule était capable d'arriver à ces deux fins et que les adversaires ne pouvaient que nuire irrémédiablement aux destinées du nouveau royaume. D'où sa ténacité proverbiale à se maintenir au pouvoir. Mais ici cessait l'entente entre les membres de cette majorité : elle était divisée sur les voies et moyens, en raison des sympathies et des antipathies personnelles de ses membres, qui formaient plusieurs groupes dont les deux principaux, — les autres en dérivaient en réalité — étaient représentés par les deux hommes d'État les plus éminents de l'école de Cavour, Giovanni Lanza et Marco Minghetti.

A proprement parler, les deux parlementaires les plus éminents après la mort de Cavour avaient été L. C. Farini et Bettino Ricasoli, les deux véritables chefs de l'Italie centrale. C'est à leur activité que l'on dut, après la paix de Villafranca, de ne pas voir revenir les princes dépouillés de leurs États et qu'il fut possible de fonder l'unité italienne. Mais le premier fut bientôt ravi à la vie politique par une maladie qui lui ôta l'intelligence ; le second, véritable tempérament de dictateur, ne put passe plier à la vie parlementaire : deux fois il monta au

pouvoir (la première fois, il fut désigné presque à runanimité comme le successeur du comte de Gavour) ; mais il eut à s'en repentir ; aussi ne tarda-t-il pas à se retirer volontairement et à s'éloigner à peu près complètement de la vie politique active. D'ailleurs, son action parlementaire a des points de ressemblance avec celle de Marco Minghetti, de même que celle des Cabinets présidés par le général Menabrea peut également être comparée à celle de ce dernier. Au contraire, les ministères présidés par le général Lamarmora présentent les mêmes caractères que ceux qui eurent Giovanni Lanza pour chef.

Sans tenir compte des petits groupements qui, pour nous, ne présentent aucun intérêt historique, nous pouvons donc dire que la majorité cavourienne, après la mort du comte de Gavour^ se divisait en deux fractions principales : Tune qui avait à sa tête Marco Minghetti, et l'autre, Giovanni Lanza; et c'est alternativement à ces deux groupes qu'appartint le pouvoir de 1861 à 1876. Naturellement, aucun de ces derniers, abandonné à luimême, n'aurait été capable de gouverner ; mais la majorité formée du centre droit et quelquefois aussi d'une partie du centre gauche appuyant, suivant les besoins du moment, tantôt l'un, tantôt l'autre de ces hommes d'État, les remplaçait l'un par l'autre, de façon à empêcher les adversaires de gauche d'arriver au pouvoir.

Voici quelles étaient les différences principales entre ces deux hommes d'État, différences qui s'observaient également dans la majorité : Minghetti, au point de vue administratif, voulait considérer le royaume comme un organisme entièrement nouveau, par suite, ne pas tenir grand compte de l'élément piémontais, mais, au contraire, s'appuyer sur la Lombardie et l'Italie centrale (d'où le transport de la capitale à Florence en 1864, à la suite de l'entente survenue au mois de septembre avec Napoléon III). Lanza, lui, sans se refuser à réaliser le concept de l'unité, voulait que les traditions et l'influence du peuple subalpin se fissent sentir d'une manière plus sérieuse. En outre, Minghetti, en raison de son instruction plus vaste et plus moderne, croyait qu'il valait mieux organiser l'État conformément aux principes scientifiques et politiques les plus nouveaux ; Lanza, peu partisan des nouveautés, sans y être toutefois complètement opposé, désirait user de beaucoup de pré-

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cautions dans leur mise en pratique. Minghetti était une intelligence ouverte, un tempérament d'artiste, un caractère honnête et ferme, mais souple et élastique dans la forme ; Lanza, au contraire, doué d'une intelligence non moins vaste, avait un caractère rigide, d'un extérieur dur, trop dur peut-être pour un homme d'Etat parlementaire. Le premier recrutait ses partisans parmi les Cavouriens de l'Italie centrale, les Lombards et les Vénitiens ; le second avait à peu près tous les Piémontais et comptait des adhésions et des sympathies dans le centre, surtout dans le centre gauche ; le premier était plutôt le type du réformateur, du whiffy le second, du conservateur, du tory. Si leurs qualités se fussent mêlées, leurs défauts réciproques s'en fussent trouvés tempérés ; et il en serait résulté un type d'homme d*État parfait. En réalité, ils étaient éminents l'un et l'autre sans atteindre à la perfection. Il est possible cependant que l'histoire constitutionnelle de l'Italie place Minghetti audessus de Lanza.

Les deux buts que visait la majorité cavourienne étaient : la réorganisation, financière surtout, du royaume et la réalisation du programme national avec la conquête de Rome.

Ce second but, le plus important et le plus difficile, fut atteint le 20 septembre 1870. Restait le premier auquel on se consacra presque exclusivement après le 20 septembre ; il fut atteint à son tour en 1876, lorsque Marco Minghetti put annoncer à la Chambre que l'équilibre du budget était obtenu.

Dès cet instant, la majorité se désagrégea, s'émietta et céda le pouvoir à ses adversaires. En réalité, ce qu'on désigne sous le nom de parti de la droite ne fut jamais un véritable parti ; formé par Cavour d'éléments divers et non homogènes dans un but spécial, celui de la libération de l'Italie, il s'était maintenu, pendant la vie du grand homme d'État grâce à l'autorité du nom de ce dernier, et, après sa mort, grâce à l'influence exercée par sa mémoire et aussi grâce à la nécessité de poursuivre l'œuvre entreprise ; mais il ne put pas rester uni lorsque le résultat en vue duquel il avait été constitué, apparut et fut réellement obtenu.

Outre les deux divisions dont il vient d'être parlé, on pourrait en signaler d'autres encore relativement secondaires, mais qui devaient reprendre vie et se montrer au grand jour dès

qu'auraient cessé lespréoccupations relativesàPunité italienne. Il existait un groupe dont faisaient partie principalement les méridionaux et les jeunes gens qui avaient reçu une culture sociologique allemande ; il aurait voulu un État fort avec de vastes attributions qui se fussent fait sentir dans toute la vie sociale. Il y en avait un autre, composé surtout de Toscans, qui restait fidèle à TÉcole économique classique de l'initiative et de la liberté individuelle;s et considérait l'État comme un mal nécessaire dont il fallait restreindre autant que possible, l'action. Il y avait des hommes de droite, fidèles en cela aux traditions cavouriennes, qui voulaient l'Italie grande à l'extérieur ; d'autres qui désiraient qu'elle se recueillit en ellemême et qu'elle ne se préoccupât que de son bien-être économique.

A ces divisions, ayant pour base les idées, s'en ajoutaient d'autres qui dérivaient des antipathies personnelles, de l'éducation, des différences et des rivalités régionales. On comprend sans peine par là que ce qu'on appelait le parti de la droite manquait de plusieurs conditions indispensables pour former un véritable parti politique.

Cela est si vrai que la crise du i8 mars 1876 survint, non parce que les électeurs abandonnèrent les vieux parlementaires pour en choisir de nouveaux, mais parce qu'un groupe de la droite, (le groupe toscan), se sépara de la majorité, non point que ses idées eussent changé, mais bien parce qu'il accusa la majorité d'être devenue infidèle aux idées du parti commun. A la défection du groupe toscan vint s'ajouter celle du centre droit, mécontent d'avoir été tenu à l'écart des derniers ministères. C'est ainsi que la majorité se transforma en minorité et que le pouvoir passa à l'opposition désignée sous le nom de parti de gauche.

Cette opposition était-elle réellement un parti ? — Non, parce que dans son sein, (malgré la cohésion qui est le propre des groupes opposés au gouvernement et qui résulte du seul fait de l'opposition), se manifestaient les mêmes divisions que dans la droite. Les groupes principaux étaient, à peu de chose près, les mêmes que ceux qui existaient en 1861, mais leur composition interne était quelque peu modifiée; le nombre de leurs membres s'était notablement accru. Ils avaient recruté tous les

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mécontents qu'avait faits dans la chambre et dans le pays le gouvernement des hommes de la droite, qui avait été long et non exempt d'erreurs.

Le groupe des anciens adversaires du comte de Gavour avait augmenté en nombre au centre gauche et avait trouvé des adhésions sur des bancs de gauche ou siégeaient les libéraux doctrinaires, genre gauche dynastique française du temps de Louis- Philippe ; — parmi ces derniers, brillait en France la figure d'Odilon-Barrot ; en Italie, celle de Joseph Zanardelli. Ce groupe, le plus puissant de tous était présidé par Urbain Ratazzij et, après sa mort, par Augustin Depretis. Peu nombreux^ mais très compact^ se maintenait toujours le groupe garibaldien avec Francesco Crispi à sa tête ; c'était le seul peuUétre qui eut un programme démocratico-impérial, franchement en opposition avec celui des hommes de droite.

Entre ces deux groupes, s'en était formé un troisième composé d'ex-républicains et auquel venaient s'adjoindre tous ceux qui, tout en étant convertis à la monarchie, ne se sentaient pas le courage de faire ouvertement des déclarations franchement opposées à celles qu'ils avaient faites auparavant. C'était une réunion d'hommes ambitieux, désireux d'arriver au pouvoir et prêts à se joindre à celui de deux groupes les plus importants qui lui ferait les propositions les plus avantageuses : le personnage le plus en vue était Giovanni Nicotera.

Enfin, il y avait le groupe de l'extrême gauche, composé de vieux républicains, à moitié convertis à la monarchie, et de jeunes ambitieux^ dont les uns étaient sincèrement républicains et dont les autres disaient l'être. Tant qu'ils eurent pour chef Agostino Bertani, ils eurent, grâce à l'autorité de ce dernier, une certaine importance au Parlement ; mais dès qu'ils ne l'eurent plus pour guide, leur groupe ne fut plus qu'une troupe sans ordre où tout le monde voulait commander et personne obéir. D'ailleurs, les meilleurs éléments dont il était composé s'en séparèrent pour aller aux groupes constitutionnels : c'est ce qui arriva à Alexandre Fortis, à Joseph Ferrari et à d'autres.

Lorsque survint la crise du i8 mars, tous ces groupes s'étaient unis pour arriver au gouvernement et avaient choisi pour chef Augustin Depretis. C'était l'homme dont les étals de ser^

LES PAnTIS POLITIQUES EN ITALIE it

vice étaient les plus anciens au Parlement ; par la modération de ses idées, c'était celui qui était le mieux placé pour nouer des accords avec les groupes mécontents de la majorité de droite, ce qui lui permettait de faire arriver plus rapidement son parti au but désiré.

Mais la gauche, à peine parvenue au pouvoir, montra^ aggravés par une discipline moindre, les mêmes défauts que la droite; aussi l'instabilité des ministères fut-elle plus grande qu'auparavant ; en outre, les chefs des divers groupes se haïssaient réciproquement, ce qui faisait que, non seulement, il^ se combattaient, mais encore qu'ils se calomniaient, se harce-' laient sans cesse, au grand dommage des institutions parlementaires elles-mêmes. A. Depretis, homme très adroit et très pratique en matière de gouvernement, s'appuyait indistinctement, lorsqu'il était au pouvoir, sur l'un ou sur l'autre de ces groupes, pour s'y maintenir, et lorsqu'il en était tombé, il abattait, à l'aide de ses ruses, ceux qui l'occupaient.

Mais, si tous les groupes de droite étaient d'accord sur un point, la réalisation du programme national et la réorganisa-' tion, financière surtout, du royaume, et s'ils oubliaient toutes leurs dissensions, lorsque c'était nécessaire, pour atteindre ce but, de même tous les groupes de gauche étaient d'accord, eux aussi, pour réclamer la réforme électorale dans un sens démocratique et pour vouloir qu'elle devint bientôt une réalité.

La droite, après que la capitale eût été transférée à Rome et que l'équilibre budgétaire eut été obtenu, se désagrégea comme nous l'avons vu plus haut. La gauche, à son tour, après avoir opéré la réforme électorale, cessa d'exister à titre de parti ; et c'est alors que commença, dans la vie parlementaire italienne, la période dite du transformisme.

3. LES PARTIS POLITIQUES ITALIENS DEPUIS l885 JUSQU'a CE JOUR-

— La réforme électorale fut mise en vigueur à l'occasion des élections générales de novembre 1882. Très démocratique, elle quadrupla le nombre des électeurs et éveilla parla des craintes sérieuses touchant l'intégrité des institutions monarchiques représentatives, non seulement parmi les hommes de droite, mais encore parmi les membres de la gauche sincèrement attachés à la monarchie. Au surplus, le parti socialiste.com-

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