‹ De la responsabilité de l'état à raison des fautes de ses agentsChapitre 115 sur 144 · REVUE DH DROIT PUBLIC. — I · texte numérisé non relu

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mençait à apparaître à l'horizon et l'avenir semblait déjà sombre.

Avec l'adoption de la réforme électorale avaient disparu les causes les plus graves de dissension entre la droite et la gauche ; et un grand nombre des membres de l'un et de l'autre de ces partis de la Chambre, s'apercevaient qu'ils pouvaient s'entendre entre eux sur beaucoup de questions. Ce que voyant, Depretis en profita pour se maintenir au pouvoir et opérer ce que l'on appela le transformisme: il y réussit en abandonnant une partie de sa majorité de gauche, pour obtenir le sufiFrage d'une partie de la droite.

Restèrent en dehors de cette majorité nouvelle, à gauche, Baccarini, Zanardelli et Cairoli du groupe libéral doctrinaire, Crispijdu groupe que nous avons appelé garibaldien, Nicotera, du groupe intermédiaire, ainsi que ses partisans de toute Textrême gauche ; à droite, quelques députés tout d'abord, puis un plus grand nombre parmi lesquels S^ Spaventa, le marquis di Rudini et autres, faisant partie du groupe dit des dissidents.

Les deux oppositions ne purent pas combattre victorieusement contre la majorité. Il faut dire aussi que celle de droite était fort peu nombreuse ; et les chefs de celle de gauche n'étaient point d'accord entre eux, chacun d'eux aspirant pour son compte au pouvoir. Aussi Depretis put-il jusqu'en 1886 jouer le rôle de dictateur.

Le transformisme fut comparé à f alliance réalisée sous le comte de Cavour; par sa forme extérieure, il est, en effet, assez semblable à cette dernière ; car, dans Tun et l'autre cas, on forma une majorité à l'aide du centre de l'assemblée, laissant de côté les extrêmes, tant de droite que de gauche. Mais les effets et les conséquences en furent bien différents. Depretis, en effet, jaloux de Minghetti, homme d'État qui lui était bien supérieur, ne voulut jamais l'associer au pouvoir et le tint à l'écart en même temps que le groupe dont il était le chef; et pour avoir une majorité qui lui fut bien personnelle, il corrompit, lui, l'homme honnête par excellence dans la vie privée, le Parlement en accordant des faveurs aux députés qui étaient ses partisans et en leur confiant l'administration tout entière de l'État. Aussi la période du transformisme passe-t-elle pour

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l'une des plus tristes de Thistoire constitutionnelle de Tltalie.

Pendant ce temps, mourait Minghetti; et la partie de la droite qui lui obéissait devenait de jour en jour plus mécontente de Depretis, déjà vieilli et désormais incapable de déployer ces qualités d'homme d'État qu'il possédait incontestablement. Sur ces entrefaites, survint le désastre de Dogali ; alors la droite ministérielle et les dissidents se mirent d'accord et se retournèrent vers Crispi pour lui demander son concours, le suppliant d'abandonner ses collègues de gauche et d'accepter la succession de Depretis. Mais ce dernier qui, malgré les infirmités de la vieillesse, avait conservé sa ruse primitive^ prévint ses adversaires, appela à lui Crispi et Zanardelli et leur confia un portefeuille.

Quelques mois plus tard, Depretis mourut et Crispi devint président du Conseil. Crispi, ennemi delà dissimulation, tenta de gouverner avec l'aide du parti auquel il avait toujours appartenu ; mais son essai n'aboutit pas : son parti était trop divisé et trop agité par les ambitions personnelles et ne l'aurait d'ailleurs pas suivi lorsqu'il aurait été question de défendre énergiquement Tordre public. Lorsqu'il vit qu'il était impossible de marcher de l'avant avec un seul côté de la Chambre, il accepta les offres réitérées et pressantes qui lui avaient été faites par les membres de la droite, en appela quelquesuns au ministère et se rendit ainsi leurs votes favorables. Mais, en retour, aux élections de 1890, il appuya loyalemementtous les candidats que présenta la droite, et s'attira ainsi la haine implacable d'une grande partie de la gauche, spécialement de Textrême-gauche qui le poursuit encore de ses invectives.

Les hommes de droite, élus en aussi grand nombre qu'aux élections de 1874, n'ayant jamais fait partie de la Chambre, crurent devoir plier Crispi à leurs volontés ; mais ils ne réussirent pas : le ministre était trop fier pour se résigner à obéir au lieu de commander. Ce que voyant, ils votèrent contre lui : d'où la crise du 3i janvier 1891.

La droite, dirigée par le marquis di Rudini, prit alors le pouvoir ; mais elle ne tarda pas à s'apercevoir qu'il ne lui serait pas possible de gouverner en présence de la coalition de la gauche. Elle accepta, elle aussi, le système du transformisme y créé par Depretis et accepté par Crispi. On constitua un mi-

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nistère de coalition avec Nicolera qui apportait avec lui les votes de la gauche et du centre gauche ; on choisit encore quelques sous-secrétaires d'État parmi les représentants des autres groupes de cette partie de la Chambre.

Mais Nicotera, s'il représentait une force parlementaire, était trop discrédité dans le pays : la majorité n'était pas compacte et le marquis di Rudini ne savait pas la diriger. Aussi une nouvelle crise éclata-t-elle en 1892 : elle entraîna la formation du cabinet présidé par l'honorable Giolitti. Celui-ci, n'ayant pas d'attaches politiques en sa qualité d'homme nouveau, avait pu constituer une vraie majorité, — et plût à Dieu qu'il l'eût formée de la même manière que l'avaient fait DepretisetCrispi ; mais, il voulut, au contraire, essayer de ressusciter la gauche.

Les élections de 1892 lui donnèrent une majorité qui se dit de gauche, mais qui ne l'était pas ; car ce parti n'existait plus; elle se trouva composée, au contraire, de tous ces vulgaires ambitieux qui pullulent dans la vie publique d'un grand pays. Cette majorité le soutint, mais ne sut lui inspirer aucune bonne résolution. Survinrent alors les scandales de la banque romaine et les troubles de Sicile ; les partis du désordre firent leur apparition, et Giolitti dût quitter le pouvoir, laissant le pays sur la pente de la faillite, discrédité à l'extérieur, avec la révolution ouverte en Sicile et latente dans les autres parties de l'Italie.

Crispi fut de nouveau appelé: il invoqua alors la «trêve de Dieu» entre les partis et constitua un ministère s'appuyant sur le centre et laissa de côté les extrêmes. Aux élections de 1896, il appuya encore une fois les candidats de droite et attira sur lui, encore plus que précédemment, la haine des hommes de gauche.

Les désastres d'Afrique firent tomber le ministère transfor^ miste de Crispi ; et on fit appel au marquis ai Rudini. Le faisceau de droite, obéissant à cet homme d'État, s'était renforcé, grâce aux élections de 1896, mais non pas au point de lui donner la majorité. Aussi le ministère di Rudini est-il composé d'hommes pris dans tous les groupes de l'Assemblée, depuis l'extrême droite jusqu'à l'extrême gauche, et ses partisans siègent dans toutes les parties de la Chambre ; le cabinet

qui succédera au ministère actuel sera probablement formé dans les mêmes conditions ; car en Italie, (et ceci pourrait servir de conclusion à la présente étude), il n'existe pas de partis politiques y à proprement parler, ni dans la Chambre, ni dans le pays.

Assurément à la Chambre et dans le pays se manifestent des tendances diverses qui pourraient,dans un autre milieu, donner naissance à des partis. Parlons un peu de ces tendances. Il y a, par exemple, la tendance à faire de Italie une grande puissance dans la politique étrangère, tant européenne que coloniale, à organiser une forte armée et une puissante marine; mais, cette tendance, qui paraît trouver son incarnation dans Grispi, a des adeptes dans tous les partis de la Chambre et dans toutes les classes de la société : Taccord existe, sur ce point, entre conservateurs, modérés, libéraux doctrinaires, radicaux, etc.

Il y a la tendance opposée consistant à faire de l'Italie un État pacifique, préoccupé exclusivement de son bien-être intérieur, avec une petite armée et une modeste marine ; mais cette tendance, .elle aussi, qui paraît s'incarner dans M. di Rudini, a dans la Chambre, des partisans qui siègent sur les mêmes bancs que les partisans de la tendance opposée ; et ce qui se passe à la Chambre, se passe également dans le pays.

Il y a une tendance à suivre une politique de conciliation avec la papauté et une tendance contraire ; mais outre que cette question est trop grave pour servir à distinguer des partis, on trouverait des partisans de Tune et de l'autre tendance dans les partis les plus opposés de la Chambre et parmi les électeurs aux idées les plus diverses.

En somme, tandis qu'on aperçoit clairement les diverses tendances, on ne voit pas bien comment elles pourraient, rébus sic stantibusy servir à la formation de partis politiques. Telle est la vérité.

Avant de terminer cette étude, nous devons dire quelques mots des partis illégaux, de ceux qui sont en dehors de la constitution et qui se proposent de la détruire, tels que le parti clérical, le parti républicain et le parti socialiste.

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