CHAPITRE VII
De la déclaration que les Mini <ifres sont indigne.^ de la confiance publique.
Dans les discussions qui ont en lieu |lernièrement sur la responsabilité , Ton a propose de remplacer par un moyen plus doux en apparence Taccusation formelle, lorsque la mauvaise administration des Ministres auroit compromis la sûreté de TEtat , la dignité de la Couronne , ou la liberté du Peuple , sans néanmoins avoir enfreint d'une manière directe aucune loi positive. On a voulu investir les assemblées représentatives du droit de déclarer les Ministres indignes de la confiance publique.
Mais je remarquerai d'abord que cette déclaration existe de fait contre les Ministres , toutes les fois qu'ils perdent la majorité dans les assemblées. Lorsque nous aurons ce que nous n'avons point encore, mais ce qui est d'une nécessité indispensable, dans toute Monarcliie constitutionnelle, je veux dire , un ministère qui agisse de concert, une majorité stable , et une opposition bien séparée de cette majorité ^ nul Ministre ne
( 40 ) pourra se maintenir, s'il n'a pour lui le plus grand nombre des voix, à moins d'eii appeler au peuple par des élections nouvelles. Et alors , ces élections nouvelles seront la pierre de touche de la confiance accordée à ce Ministre. Je n'npercois donc dans la déclaration proposée aulieu de l'accusation j que l'énoncé d'un fait qui se prouve , sans qu'il soit besoin de le déclarer. Mais je vois de plus que cette déclaration , par cela môme qu'elle sera moins solennelle et paroîtra moins sévère qu'une accusation formelle , sera de nature à être plus fréquemment prodiguée. Si vous craignez que l'on ne prodigue l'accusation elle-même , c'est que vous supposez l'assemblée factieuse. Mais si en effet l'assemblée est factieuse , elle sera plus disposée encore à flétrir les Ministres qu'à les accuser 5 puisqu'elle pourra les flétrir sans se compromettre , par une déclaration qui ne l'engage à rien , qui, n'appelant aucun examen, ne requiert aucune preuve, qui n'est enfin qu'un cri de vengeance. Si l'assemblée n'est pas factieuse , pourquoi inventer une formule , inutile dans cette hypothèse et dangereuse dans fautre ?
Secondement , quand les Miiiisires sont accusés , un Tribunal dont la composition nous occiip(^ra tGut-à-l'hcure, est chargé de les juger;^
Ce Tribunal , par son jugement, quel qu il soit , rétablit riiarmonie entre le Gouvernement et les organes du peuple. Mais aucun Tribunal n'existe pour prononcer sur la déclaration dont il s'agit. Cette déclaration est un acte d'hostilité d'autant plus fâcLeux dans ses résultats possibles, qu'il est sans résultat fixe et nécessaire. Le Roi et les mandataires du peuple sont mis en présence , et vous perdez le grand avantage d'avoir une autorité neutre qui prononce entre eux.
Cette déclaration est en troisième lieu une atteinte directe à la prérogative royale. Elle dispute au Roi la liberté de ses choix. Il n'en est pas de même de l'accusation. Les Ministres peuvent être devenus coupables , sans que le Monarque ait eu tort de les nommer, avant qu'ils le fussent. Quand vous accusez les Ministres , ce sont eux seuls que vous attaquez : mais quand vous les déclarez indignes de la confiance publique , le Prince est inculpé , ou dans ses intentions ou dans ses lumières , ce qui ne doit jamais arriver dans un gouvernement constitutionnel.
L'essence de la Royauté , dans une Monarchie représentative , c'est l'indépendance des nominations qui lui sont attribuées. Jamais le Roi n'agit en son propre nom. Placé au sommet de
tous les pouvoirs , il crée les nus , modère les autres , dirige ainsi Tac lion politique , en la tempérant sans y participer. C'est de là que résulte son inviolabilité. Il faut donc lui laisser cette prérogative intacte et respectée. Il ne faut janiçiis lui contester le droit de choisir. Il ne faut pas que les assemblées s'arrogent le di'oit d'exclure, droit qui, exercé obstinément, implique à la fin celui de nommer.
L'on ne m'accusera pas , je le pense , d'être trop favorable à l'autorité absolue. Mais je veux que la Royauté soît investie de toute la force , entourée de toute la vénération qui lui sont nécessaires pour le salut du peuple et la dignité du trône.
Que les délibérations des assemblées soient parfaitement libres; que les secours de la presse , affranchie de toute entrave , les encouragent et les éclairent : que l'opposition jouisse des privilèges de la discussion la plus hardie : ne lui refusez aucune ressource constitutionnelle pour enlever au ministère sa majorité. Mais ne lui tracez pas un chemin dans lequel, s'il est une fois ouvert, elle se précipitera sans cesse. La déclaration que l'on propose deviendra tour à tour une formule sans conséquence; ou une arme entre les mains des factions. •
J'ajouterai qiic , pour les JMinisfres uiemes , il vaut mieux qu'ils soient quelquefois accusés, légèrement peut-être , que s'ils étoieut exposés à chaque instant à une déclaration vague, contre laquelle il seroit plus difficile de les garantir. C'est un grand argument dans la bouche des défenseurs d'uu Ministre que ce simple mot , accusez-le.
Je fai déjà dit et je le répète, la confiance dont un Ministre jouit , ou la défiance qu'il inspire, se prouve par la majorité qui le soutient ou qui Tabandonnc. C'est le moyen légal , c'est l'expression constitutionnelle. Il est superflu d'eu chercher une autre.