Trélat, Gazette hebdomadaire, 1862, page 84. S. M
lient en avant dans le sens où il n’y a pas de résistance, la langue tend au prolapsus, les mouvements de succion, de préhension alimentaire ne peuvent plus s’exécuter (1). Quant à la perte de la salive, elle n’est pas indifférente chez un malade déjà cachexié par le cancer, car la salive sert non-seulement à la gustation, à la mastication, à la déglutition, mais encore à la digestion de certains aliments.
Cette opération, qui rend de si grands services, n’est pas toujours facile. Sans doute, quand le cancroïde est peu étendu en largeur et en hauteur, l’opération est simple; il suffit de circonscrire la tumeur par deux incisions, de l’enlever et de rapprocher les bords de la plaie au moyen de points de sutures ; c’est le procédé en Y que nous indiquons dans notre chapitre premier. Le cancroïde est-il étendu en surface, d’une commissure à l’autre, et peu en hauteur, l’opération est simple encore ; elle est pratiquée journellement dans les hôpitaux ; nous la décrirons rapidement dans notre chapitre II. Mais quand le cancroïde a envahi une surface trop grande pour que les lèvres de la plaie puissent être rapprochées, que faut-il faire?
Les deux premiers procédés ne suffiront plus ici ; il faudra avoir recours à une méthode nouvelle, bien étudiée seulement en notre siècle, à la cheiloplastie. La cheiloplastie commence donc lorsqu’on ne peut compter sur les procédés précédents pour la restitution de l’orifice buccal ; elle se caractérise par la nécessité de faire un travail opératoire autre que celui qui consiste dans l’ablation ou la réunion. La brèche est trop grande pour pouvoir être comblée par
1. Bouisson, article cheiloplastie du dictionnaire encyclopédique de Dechambre.
le simple affrontement des tissus ; il faut en rétablir la continuité et en conserver la forme par l’apport d’un opercule vivant dont l’emprunt peut se faire à diverses régions. Au chapitre III, où nous traiterons de la cheiloplastie, ce mode d’emprunt nous servira à distinguer les méthodes anaplastiques. Qu’il nous suffise ici de rappeler ce que Velpeau écrivait dans son traité de médecine opératoire : la cheiloplastie est une opération qu’on ne peut soumettre à des régies absolues et qui se modifie suivant chaque cas particulier, suivant les circonstances et les limites du mal à enlever. Ceci explique pourquoi, bien loin de prétendre donner des régies fixes et de prôner une seule méthode, nous nous sommes surtout attachés à décrire les procédés qui nous semblaient devoir être employés de préférence, laissant à ceux qui voudraient bien consulter notre thèse le soin de choisir eux-mêmes le mode opératoire qui convient le mieux au cas particulier qu’ils ont à traiter.
Nous prions MM. U. Trélat et Benj. Anger de recevoir tous nos remercîments : M. Trélat, pour avoir bien voulu accepter la présidence de notre thèse et nous avoir autorisé it décrire un procédé dont il a fait le sujet d’une communication très-intéressante à la Société de chirurgie de Paris ; M. Benj. Anger, pour nous avoir dirigé dans ce travail et communiqué une nouvelle méthode de cheiloplastie qui n’a pas été employée jusqu’ici, en France du moins (i).
1. Ajoutons que M. le Dr Robert nous a fait connaître le procédé de Laoden, professeur de clinique chirurgicale à Valladolid. C’est le procédé